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légales Texercice du droit de réunion et d'association ; qui restitue aux communes leurs franchises municipales ; qui garantisse enfin la pratique de ces droits individuels et publics par la présence à la tête des affaires d'hommes à l'esprit large et éclairé, confiants dans la démocratie, capables de la gouverner sans la craindre et sans Tasservir.
En ce qui touche le traval législatif, il est de la plus haute importance de s'imposer une règle de conduite qui détermine d'avance les divers buts à atteindre ; car ce que les majorités victorieuses, de quelque nature qu'elles soient, ont surtout à redouter, c'est de vouloir toucher à tout à la fois, au risque de tout confondre et de tout compromettre. L'exemple de ces dernières années doit être toujours présent à nos yeux. La politique, de nos jours, est astreinte, comme toutes les sciences, à marcher graduellement, du simple au composé ; mais, plus que toutes les autres sciences, elle exige l'esprit de circonspection, de prudence , de tempérament. La politique n'est pas une géométrie dont toutes les constructions sont tracées en des lignes parfaites , dont tous les problèmes reçoivent nécessairement des solutions exactes; elle doit s'inspirer, sans aucun doute, de principes fixes et certains, mais elle se fait avec des hommes, pour des hommes, au travers des intérêts et des passions qui se croisent, en face de traditions qui résistent. Elle doit donc savoir composer avec la nécessité et ne jamais risquer le sort d'une idée ou d'un peuple pour l'honneur d'une théorie sans espoir. Nous avons eu des prédécesseurs, nous aurons des successeurs ; nous ne leur transmettrons qu'un patrimoine bien imparfait, car toutes les conquêtes que nous aurons pu réaliser ne pourront donner que la mesure du progrès même des mœurs politiques, hélas! encore bien en retard.
Arrivés à la vie publique aux heures les plus diffi-
ciies de ce siècle , nous n*avons qu*un devoir : maintenir, augmenter et transmettre Théritage à des générations mieux préparées et plus heureuses. Il faut donc mesurer et régler sa marche pour éviter les chutes.
Trois grands buts se présentent devant nous : les atteindre suffira largement à Tactivité et à la durée des prochaines Assemblées : le crédit de la France, sa puissance matérielle, son développement intellectuel, c'est-à-dire faire une France riche, puissante, éclairée.
Le premier de ces buts réclame une réorganisation financière dont Timpôt sur le revenu doit devenir la clef, en prenant légitimement Targent là où il est et en dégrevant la consommation et par là même la production de taxes incohérentes et excessives.
Le second, en rendant le service militaire réellement personnel et universel, en y préparant, dès l'enfance , tous les jeunes Français et en faisant de Tarmée la plus haute expression de Torgueil national et récole virile de tous les citoyens, contient une réforme pour laquelle le pays est déjà préparé et qu'il ne reste plus qu'à compléter.
Enfin , et par-dessus tout, il faut refondre à nouveau et disposer en un mécanisme complet un système d'éducation nationale qui restitue à l'État ses véritables attributions et qui sache faire surgir des rangs pressés de tout le peuple l'intelligence et la moralité; un système à la fois général et technique, qui puisse sûrement mettre en pleine valeur toutes les aptitudes, aussi variées que mer\'eilleuses du génie français; un système d'éducation qui, depuis l'école primaire jusqu'à l'enseignement supérieur, repose sur les principes de la société moderne, le respect des lois civiles, l'amour exclusif de la patrie, et réunisse les Français de toutes les classes dans un même esprit de confiance mutuelle, d'émulation pour le bien général et de solidarité nationale.
L'étude des lois nécessaires à une aussi grande ot décisive réforme, la formation des maîtres, des écoles et des élèves, l'exécution ferme et patiente dépareilles lois suffiront, et an delà, à remplir la durée du mandat des prochaines Assemblées. Après avoir ainsi appliqué la Constitution et les lois dans un esprit constamment libéral et démocratique , il ne resterait à nos représentants qu'à rendre de nouveau la parole au pays et à le consulter alors, mais alors seulement, sur les améliorations qu'exigerait le pacte fondamental de la République.
Je suis convaincu qu'en comprenant ainsi le fonctionnement de nos nouvelles institutions, on en tirera les résultats les plus bienfaisants, dont je crois devoir énumérer quelques-uns.
D'abord, les partis hostiles à la République tombent dans l'impuissance et ne tardent pas à se désagréger. La masse du parti constitutionnel subira elle-même une nouvelle transformation; elle se décomposera en deux grandes fractions également respectueuses de la Charte , chacune représentant l'une des deux forces qui se partagent toute société réglée : la force de résistance et la force de progression.
Nous assisterons, à l'abri de la Constitution , à la lutte pacifique et légale du parti conservateur et du parti novateur, les wighs et les tories de la République se disputant les suffrages de l'opinion et se succédant régulièrement au pouvoir. Dans cette France unifiée il nous sera peut-être donné de voir tomber les haines et les préjugés de classe à classe, la paix civile sera faite. Les nouvelles couches sociales, sorties de la Révolution française et du suffrage universel, réconciliées avec l'élite de la vieille société , nous pourrons enfin achever, par l'alliance intime et chaque jour plus féconde du prolétariat et de la bourgeoisie, l'immense évolution commencée en 1789. Sous cette bienheureuse influence, on peut prédire
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à coup sûr un essor inouï des affaires et de la prospérité générale, un attachement tous les jours plus fervent aux institutions républicaines, une obéissance de plus en plus rigoureuse à la loi , un accroissement de la moralité publique. L'Europe, voyant la France stable, forte et sage, lui rendra ses sympathies et son rang légitime. Alors on pourra tenter avec conflance la révision de la Constitution républicaine toujours perfectible du 25 février.
L'ordre étant ainsi assuré autant que la liberté, il faudra songer aussi à un grand acte de clémence pour effacer jusqu'au souvenir de nos odieuses discordes civiles. Ce ne sera pas de la part de celui qu'on a placé à la première et inviolable magistrature de l'État, et dont la fermeté est connue, que pourront venir les objections à une mesure aussi humaine que politique.
C'est le cœur plein de confiance dans cet avenir que je vous envoie mes salutations fraternelles.
Léon Gambetta.
Séance du j5 décembre 1875
PROPOSITION DE M. PARIS (PAS-DE-CALAlS) AYANT POUR OBJET DE DEMANDER LA NULLITÉ DU SCRUTIN POUR LA NOMINATION DE TRENTE-TROIS SÉNATEURS INAMOVIBLES.
Les articles 1 et 5 de la loi du 24 février 1875 relative à Torganisation du Sénat étaient ainsi conçus :
« Article i "'. — Le Sénat se compose de trois cents membres : deux cent vingt-cinq élus par les départements et les colonies, et soixante-quinze élus par l'Assemblée nationale.
« Article 5. — Les sénateurs nommés par l'Assemblée sont élus au scrutin de liste et à la majorité absolue des suffrages. »
Dès la rentrée de l'Assemblée, la formation des listes de candidats pour les sièges de sénateur inamovible était la grande préoccupation des partis.
<( A gauche, raconte M. Ranc(i), les pessimistes à principes jugeaient la situation avec leur justesse de coup d'œil habituelle. Toutes les probabilités, au contraire, étaient pour que dans les élections sénatoriales les gauches dominassent la situation. II n'y fallait que de la discipline et une ferme résolution. Les orléanistes voulaient faire du Sénat leur chose : l'extrême droite et les bonapartistes le souffriraient-ils ? M. fiambetta pensait que non, et il avait toujours soutenu qu'il n'y avait pas lieu de se décourager. 11 était persuadé que le jour du vote les rancunes et les dissentiments éclateraient, que les noms de MM. Buffet, de Broglie et de leurs amis seraient impitoyablement biffés par les gens qui ne leur pardonnaient pas d'avoir accepté la Constitution et par ceux qui redoutaient l'intrigue orléaniste. 11