‹ Discours et plaidoyers politiques de M. GambettaChapitre 53 sur 55 · De Bordeaux à Versailles, page · texte numérisé non relu

De Bordeaux à Versailles, page

était donc d'avis de présenter une liste compacte, homogène, et d'attendre les propositions d'alliance qui ne manqueraient pas de se produire.

« On commença par négocier. Le centre gaucho formula une proposition qui consistait à choisir les sénateurs parmi les votants de la Constitution, en excluant tous les représentants qui s'étaient séparés de la majorité du 2;i février. Si le principe eût été admis, il n'eût pas été difficile de régler la proportion numérique où chaque groupe aurait été représenté. Mais le centre droit refusa net; il demanda l'admission sur la liste de la droite et de l'extrême droite et l'exclusion de l'extrême gauche. Dans ces conditions, les pourparlers ne pouvaient pas aboutir. Chacun reprit sa liberté, et il y eut deux listes en présence, liste de droite et liste de gauche. Le groupe Lavergne,qui s'était laissé envahir par une bande sous les ordres de M. Antonin Lefèvre- Pontalis, tourna à droite. Son président, M. Léonce de Lavergne,se trouva en minorité et ne figura même pas sur la liste de la droite. La liste républicaine avait été dressée dans le plus grand secret par MM. Gambetta, Lepèrc, Jules Simon, Jules Ferry, Bardoux et Ricard, qui avaient reçu à cet effet de pleins pouvoirs. Les droites se croyaient sûres du triomphe. Le pointage le plus exact leur accusait au moins vingt voix de majorité. C'est le 9 décembre qu'eut lieu le premier tour de scrutin. Le résultat en fut proclamé au milieu de l'étonnement général. M. d'Audiffret-Pasquier et M. Martel étaient seuls élus, le premier porté sur les deux listes, le second seulement par la gauche. Les bonapartistes et l'extrême droite avaient rayé les noms orléanistes, pendant que les gauches avaient voté avec ensemble et discipline. C'est ce que tous les esprits sagaces avaient prévu. De plus, les antipathies, les haines personnelles, les rancunes s'étaient donné libre carrière. Des deux chefs du centre droit, M. RutTet n'arrivait que le onzième et M. de Rroglie que le quatre-vingt-cinquième. »

Le désarroi se mit immédiatement dans le camp des coalisés monarchistes. Le soir même, M. de la Rochette, président de l'extrême droite et ami particulier du comte de Chambord, vint offrir aux délégués des gauches l'appui de quinze députés légitimistes, à la condition qu'un siège sénatorial serait assuré à chacun d'eux. Les délégués des gau-

ches, réunis chez M. Jules Simon, n'hésitèrent point. Quinze noms de la liste primitive furent rayés et remplacés par ceux de MM. de Boisboissel, de Gouvello, Pauiin-Gillony Bourgeois, de la Rochejacquelin, de Plœuc, Vinols, de Douhet, Gornulier-Lucinière, Dumon, de Franclieu, de la Rochette, de Lorgeril, Pajot, Théry, de Tréville et Hervé de Saisy. Le baron Chaurand se joignit deux jours plus tard aux précédents.

La séance du len(femain ne fut qu'une longue tempête. Dès que les députés de l'extrême droite se présentèrent à la tribune pour déposer leur bulletin dans l'urne, la droite et le centre droit éclatèrent en rumeurs furibondes.Ce fut un véritable mot d'ordre d'intimidation. « Il n'y a qu'un moyen à employer, avait dit le duc de Broglie, il faudra les huer. » La consigne fut exécutée, mais six (i) seulement des députés légitimistes se laissèrent intimider. Les onze autres, M. de la Rochette en tête, restèrent sourds à toutes les objurgations et exécutèrent fidèlement la transaction convenue. Quand M. de la Rochette parut à la tribune, il fut accueilli par un ouragan de cris et d'injures: il sourit, et montrant d'un geste dédaigneux les amis de M. de Broglie et de M. Rouher qui hurlaient : « Je vous connais, dit-il, vous ne m'intimiderez pas, moi ! » 11 tint bon avec MM. de Comulier-Lucinière, de Douhet, Dumon, de Franclieu, de Lorgeril, Pajot, Théry, de Tréville, Hervé de Saisy et Bourgeois. Les scrutins du iO, i i , 13, 14 et 15 décembre portèrent successivement au Sénat inamovible MM. le général Frébault, Krantz, Duclerc, Changaniier, Jules de Lasteyrie, l'amiral Pothuau, Corne, Laboulaye, Joubert, Roger du Nord, Léon de Maleville, Barthélémy Saint-Hilaire, Wolowski, Ernest Picard, Casimir Perier, le général d'Aurelle de Paladines, l'amiral Fourichon, le général Chanzy, Cordier, de la Rochelle, de Franclieu, de Cornulier-Lucinière, Dumon, Théry, le colonel de Chadois, de Tréville, Pajot, Kolb-Bernard, Haze, Humbert, de Lavergne, Le Rover, l'amiral Jaurès, Bertauld, Calmon, Oscar de Lafayette, Luro, Gaulthier de Rumilly, Tribcrt, Fourcand, le général de Chabron, Corbon, Lanfrey, Hervé de Saisy,

1. MM. de Boisboissel, de Gouvello, de la Rochejacouelin, Pauliu-Gilloii, Vinols et de Plœuc, qui déclarèreut au pieu de la tribune qu'ils protestaient contre les inscriptions sur la liste des gauches.

le général Letellier-Valazé, Carnot, de Douhel, Gouin, Lepetit, Littré, Schérer, Crémieux, Scheurer-Kestner, de LorgeriJ, Rampon, deTocqueville, Paul Morin,TesteIin, le général Chareton, Bérenger, Magnin, Denormandie, Jules Simon, Edmond Adam, Laurent Pichat, Schœlcher, Cazot et le général Billot. Sur ces soixante-dix nominations la liste des droites n'avait réussi à faire passer que trois candidats.

Pourtant ces scrutins multiples accusaient des imperfections de discipline. Si l'entente eût été parfaite, la liste entière eût dû passer d'un seul coup. Dans les différents groupes de gauche on rayait trop de noms, comptant qu'à côté l'on n'aurait point la même tentation. Il y avait là, pour le succès décisif de l'élection, un réel danger auquel il importait de trouver un prompt remède. Le 14, à la suite du scrutin qui avait abouti à la seule nomination de M. Fourcand, les bureaux des gauches se réunirent et prirent une résolution énergique. Ils décidèrent que les listes imprimées seraient remises aux votants sous enveloppes et seulement au pied de la tribune.

I^ droite se sentit perdue et la plupart de ses membres s'apprêtaient déjà à lâcher la partie quand M. de Broglie décida de tenter un dernier effort. Un mot d'ordre général fut donné, et, le i5, l'opération du vote était à peine commencée que tout le centre droit se mit à protester avec fureur contre la distribution des bulletins sous enveloppes au pied de la tribune et à solliciter bruyamment l'intervention du président.

Le duc dWudiffret-Pasquier ne se laissa pas troubler : après s'être reporté à l'article 58 du règlement de l'Assemblée et à l'article 2i du décret réglementaire du 2 février 1852, il se borna à prier « ceux des députés qui s'étaient chargés de faire la distribution des bulletins de vote de vouloir bien, par égard pour les scrupules de leurs collègues, s'abstenir de faire cette distribution dans l'enceinte de la salle ».

Le scrutin ayant été déclaré clos à deux heures trente-cinq minutes, M. Paris (Pas-de-Calais) déposa la proposition suivante, qu'il développa avec la plus grande véhémence :

« Les soussignés, membres de l'Assemblée nationale, croient devoir porter à la connaissance du président de l'Assemblée la protestation suivante :

« Dès Touverture de la séance, des bulletins de vote sons enveloppe ont été distribués dans la salle même des délibérations par des députés placés au pied de la tribune. Ghacan de ceux qui entraient par la porte de gaucbe recevait ainsi son bulletin sous le regard des scrutateurs.

'< Un tel procédé, pratiqué jusqu*à deux heures et demie, est contraire à la dignité de l'Assemblée, au secret du vote et à la liberté de l'électeur. Il est condamné formellement par Tarlicle 21 du décret réglementaire du 2 février, ainsi conçu : Les électeurs apportent leur bulletin préparé en dehors de l'Assemblée.

« Kn conséquence, les soussignés demandent la nullité des opérations électorales du 15 décembre 1875.

« Amiral do Kerjégu, général de Chabaud La Tour, de Dampierre, do Uavinel, Baragnon, de Cumont, Daru, de Valfons, Giraud, Henri Fournier, etc. »

M. Gambetta répondit à M. Paris :

M. Gambetta. — Messieurs, nous aurions tous mauvaise grâce à nous plaindre de la protestation qui a été apportée à cette tribune par Thonorable M. Paris, en son nom et au nom d'un certain nombre de ses collègues; car, aussitôt que, dans une Assemblée, une question qui touche à sa dignité et h son renom est soulevée, il est bon qu'elle soit disculée et vidée. C'est ce que je vais essayer de faire en aussi peu de mots que M. Paris en a employés lui-môme.

On vous a l'ait le récit. Messieurs, de la manière dont les opérations électorales se seraient passées.

in membre à droite, — Se sont passées!

M. Gambetta. — Permettez-moi de rétablir la vérité, qui, sur certains points, ignorés par M. Paris, pourrait vous échapper.

Que dit-on contre les élections qui ont lieu dans cette enceinte depuis une heure de l'après-midi jusqu'à l'heure présente? Un dit que la manière dont on a procédé aux opérations matérielles du scrutin constitue une atteinte à la liberté électorale.

Eh bien, Messieurs, il n'y a qu'un moyen de savoir

de quel côté est Texactitude, c'est de vous dire comment les choses se sont passées.

A droite, — Vous êtes bien bon ! nous le savons.

M. Gambetta. — Vous ne le savez pas, Messieurs.

A droite, — Nous l'avons vu !

M. LE PRÉSIDENT. — Je fais observer aux membres qui siègent de ce côté de l'Assemblée [M, le président désigne la droite) qu'ils doivent écouter en silence les explications données par un collègue, alors que les allégations apportées à cette tribune pourraient en quelque sorte l'atteindre. {Rumeurs à droite,)

M. Gambetta. — Depuis le premier jour des opérations électorales commencées dans cette enceinte pour l'élection des soixante-quinze sénateurs, voici ce qui s'est passé. On a déposé dans l'enceinte où avait lieu le scrutin, sur les tables qui sont au-dessous de la tribune, sur le banc des commissions, des bulletins de vote appartenant aux divers côtés de l'Assemblée. {Dénégations à droite.)

A gauche, — Parfaitement I Si! sil

M. Lepère. — Il y en a encore; la liste de droite y est encore !

M. Gambetta. — Messieurs, vous dites non; vous prenez mal votre temps, car, lorsque l'honorable président est intervenu, à propos de l'incident, savezvous ce qu'il a dit : Enlevez également les listes de la droite qui sont là sur la table. {Interruptions à droite,)

Voix à gauche, — Elles y étaient.

Un membre au centre droit. — Ces listes n'étaient pas sous enveloppes!

M. Gambetta. — Permettez, Messieurs! procédons par ordre. J'arriverai aux enveloppes tout à l'heure, mais procédons avec précision. La loi dit, en effet, que les bulletins doivent être préparés en dehors de la salle, mais il est cependant exact que, dans Télec-

lion particulière qui est dévolue à l'Assemblée nationale, on s'est départi de cette rigueur.

Un membre à droite. — Non !

M. Gambetta. — Gomment? non?

A gauche. — Mais c'est certain !

M. Gambetta. — C'était autorisé. {Rumeurs à droite.)

Arrivons au fait de la distribution.

M. DE Rainneville. — Annulons tous les scrutins! (Ah! ah! à gauche.)

M. Gambetta. — M. de Rainneville dit : Annulons tous les scrutins I C'est un mot de candidat malheureux. [Hilarité prolongée à gauche.)

M. DE Rainneville. — Vous vous trompez : je n'ai jamais été candidat dans l'Assemblée!

M. Gambetta. — Je dis, Messieurs, et c'est un point fondamental que,dans les cinq scrutins qui ont eu lieu, la distribution, sur les tables qui avoisinent la tribune, des listes de droite et des listes de gauche a été un fait constant qui s'est passé sous les yeux de l'Assemblée : il y avait là un huissier qui avait les listes sous la main et qui, au fur et à mesure que les députés passaient, leur remettait les listes...

.4m centre et à di^oite. — Non pas les listes, mais une liste !

A gauche. — Oui! oui! les listes.

M. Buffet, vice-président du conseil^ ministre de f intérieur. — Mais non !

M. Gambktta. — Oui, les listes, car on remettait les deux à chacun, monsieur le ministre de l'intérieur.

M. DE Pressensé. — C'est incontestable; je les ai reçues ainsi.

M. Henri Villain. — M. le ministre de l'intérieur a reçu ici même ces listes.

M. LE VICE-PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Parcc quc j'en ai fait demander, et qu'on ne pouvait en obtenir là où étaient les autres listes! [Bruyantes exclamations n gauche et interpellations diverses.)

15 DÉCKMBRB 1875. 493

M. Tailhand. — Je n'ai pas pu en avoir une!

M. LE PRÉSIDENT. — N'interroHipez pas, Messieurs!

M. Gambetta. — Messieurs, je comprends combien il est difficile de ne pas être interrompu dans un débat qui touche à tant de côtés personnels ; néanmoins, je prie M. le ministre de Tintérieur, s'il ne veut pas devenir le ministre de l'interruption à perpétuité... {Rires et applaudissements à gauche. — Réclamations à droite et cris : A V ordre! à tordre f)

M. LE PRÉSIDENT. — Vous réclamcz. Messieurs, les sévérités du président.. .

Voix à droite. — Oui ! oui !

M. LE PRÉSIDENT. — Je regrette l'expression dont vient de se servir M. Gambetta; mais il avait le droit de se plaindre d'interruptions qui sont interdites par le règlement. {Très bien! très bien! à gauche. — Àumeurs à droite.)

M. Gambetta. — Ce premier point de la déposition des listes sur le bureau étant bien établi... {Non! non! adroite.)

Messieurs, vous niez l'évidence !

M. Tailhand. — On ne donnait pas la liste de la gauche. J'en ai demandé une...

M. Gambetta. — Je vais arriver à la liste de la gauche, monsieur Tailhand; mais ayez quelque patience. {Rires à gauche.)

M. Tailhand. — ... et je n'ai pas pu l'obtenir.

M. Gambetta. — Ce premier point étant établi, c'est une pure question de bon sens que je pose àl'Assemblée.

Est-ce que, ce que l'huissier pouvait faire, sans attenter à votre liberté, sur la table qui est là au pied de cet escalier, un de nos collègues, n'importe lequel, n'était pas autorisé à le faire lui-même à son banc? {Non! non! sur divo's bancs à droite.)

M. Mbttetal. — Il n'y a pas d'analogie!

M. Gambetta. — Vous dites non? Eh bien, je dis que la majorité de cette Assemblée dira oui tout à

4»t ASSEMBLÉE NATIONALE.

rheure, parce que le bon sens saura toujours prendre le dessus sur les vanités personnelles blessées. {Applaudissements à gauche.)

Maintenant il y a un autre côté de la question. On nous a dit, et c'était le sens de Tinterruption de M. Tailhand et des observations de M . Paris : Votre liste, vous l'avez apportée ici secrète et enveloppée.

Eh bien, je réponds qu'avant qu'une heure ait sonné, à midi et demi, nous avons affiché la liste dans la buvette sur les deux portes qui sont à l'entrée de gauche. Elle n'était pas secrète. Premier fait. (Mterruptions à droite.) Laissez-moi continuer.

Voix à droite. — Il s'agit du vote I

M. Gambi^tta. — Mais, Messieurs, nous serons au vote tout à l'heure. Permettez au moins qu'on rétablisse l'exactitude des faits.

Les bulletins ont été remis sur la table des huissiers. [Non! noni au centre d»*oit et à dtmte.) Et, Messieurs, cela est tellement vrai... [Nouvelles dénégations.)

Et ici, que se passait-il, au banc de la Commission ou au banc qui sert aux commissions? Voici ce qui se passait : Il y avait deux de nos collègues, l'honorable M. Danellc-Bernardin etM.Gent, qui avaient devant eux un paquet de bulletins ouverts et un paquet de bulletins sous enveloppes, et cela est tellement vrai, monsieur Tailhand, que M. Baragnon est venu en prendre,... [Ah! ah! à gauche) que beaucoup d'autres sont venus en prendre.

M. Tailhand. — Vous me faites dire ce que je n'ai pas dit.

J'ai dit que j'avais voulu en avoir et que je n'avais pas pu en obtenir.

M. LE prksidi:nt. — Si vous avez des explications à présenter, monsieur Tailhand, je vous donnerai la parole; mais n'interrompez pas. [Rumeurs à droite.)

M. Gambetta. — Donc ce que je tiens à bien

établir devant la majorité de TAssemblée, c'est qu'au banc où se délivraient les bulletins, il y avait des bulletins ouverts et des bulletins sous enveloppes, et que ces enveloppes étaient également ouvertes ; le député à qui on les donnait votait selon sa convenance ; il prenait soit un bulletin ouvert, soit un bulletin sous enveloppe, et il était parfaitement libre de se servir de Tun ou de Tautre.

M. LE BARON DE Ravinel. — Libre, non! puisqu'il était surveillé.

M. Gambetta. — Messieurs, on me dit qu'il y avait des surveillants.

Je ne sais pas à qui ce mot s'applique, mais franchement j'imagine que ceux qui suivent les opérations du vote de votre côté (la droite) sont également des surveillants, et je ne vois rien de blessant dans ce titre.

M. LE BARON DE Ravinel. — Quc faitcs-vous du secret du vote?

M. Gambetta. — Vous dites, monsieur de Ravinel?

M. LE BARON DE Ravinel. — Jc dis quc c'est contraire au secret du vote.

M. Gambetta. — C'est contraire au secret du vote de surveiller les opérations électorales? [Rires approbatifs à gauche,)

Messieurs, il s'agit de réduire toute cette querelle à ses véritables proportions. La vérité vraie, je la trouve dans le mot qui a échappé à M. Paris : Ce qui vous irrite, — et le nombre des auteurs de la proposition est très restreint, malgré les trente signatures, — c'est ce que vous appelez la discipline.

Eh bien, cette discipline, — car cela touche à la question, — il faut que je vous le dise, elle est non seulement volontaire, car, si on a voté ainsi, ce n'est pas la fantaisie qui en a pris à deux ou trois d'entre nous de s'asseoir à cette table et de distribuer des bulletins, ce sont les groupes qui, réunis chez eux, à

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runanimité, roui décidé pour la commodité du vote. [Rumeurs ironiques à droite.) Oui, Messieurs, pour la commodité du vote.

M. LE BARON DE Ravinel. — Ditcs plutôt poup le contrôle du vote de vos amis.

M. Gambetta. — Je sais très bien combien il faut donner d'heures aux plaideurs qui perdent leurs procès pour maudire leurs juges. [Rires à gauche,)

Eh bien, je dis que cette décision a été prise par tous les membres de ce côté de TAssemblée [la gauche) ; ils ont décidé qu'au lieu d'aller chercher des bulletins de droite ou de gauche, ils se rendraient à ces tables, et que sur ces tables il y aurait deux bulletins : le bulletin ouvert, le bulletin sous enveloppe libre. [Interruptions à droite,)

Et maintenant, qu'est-ce que vous voulez arguer de cela? Est-ce sérieux, Messieurs? Est-ce que vous trouvez cette argumentation sérieuse de venir dire que le choix librement fait de prendre ou l'enveloppe ou le bulletin ouvert constitue une pression sur l'électeur?

A droite, — Oui ! oui !

A (lauche. — Non ! non !

M. Gambetta. — Ce qui constituerait une pression sur rélecteur, ce qui serait une manœuvre électorale de la dernière heure, ce serait, à Taide d'une protestation dérisoire, de vouloir ici arrêter inutilement la vérité et la justice de Vks'î^QmXAéG. [Marques dapprobadation et applaudissements à gauche,)

M. Paris (Pas-de-Calais) et M. Baraprnon répondirent à M. Gambetta. M. Paris déclara que l'honnôleté politique exigeait impérieusement la nullité du scrutin, et M. Baragnon prononça les paroles suivantes :

M. Baragnon. — Messieurs, j'ai demandé la parole pour un fait personnel. Je viens d'être nommé par M. Gambetta, qui a jugé à propos d'indiquer à l'Assemblée que j'avais pu librement trouver une liste de gauche ouverte. D'abord,

bien qae ma protestation soit inutile ici, je ne voudrais pas qu'on pût supposer, ailleurs, que c'était pour la mettre dans Turne que je Tavais demandée. {Très bien! à droite. — Exclamations à gauche.)

M. Horace de Choiseol. — Vous violez le secret du vote !

M. Baragnon. — A ce premier point de vue, donc, ma réclamation est opportune ; et puisqu'on me parle du secret du vote, je ferai remarquer qu'on avait déjà commencé à le violer en partie en racontant la petite anecdote que vous avez entendue. {On rit).

J'ai donc effectivement pu me procurer une liste de gauche. Mon honorable collègue, M. Gent, sait que je les collectionne avec intérêt... (Oh! oh! à gauche.)^ et il a la bonté, tous les jours, de m'en conserver un exemplaire; mais voici ce que je puis dire : Quand je me suis présenté devant le banc où siègent ordinairement les membres des commissions, il y avait en effet des enveloppes renfermant des listes et des listes qui n'étaient pas sous enveloppe, mais on les y mettait. (Ah I ah! — TYés bien! à droite et au centre.)

M. Gambetta. — Pas du touti

M. Baragnon. — Si maintenant vous me demandez pourquoi on m'a donné précisément, à moi, une liste qui n'était pas sous enveloppe, je vais vous le dire, — mais vous l'avez déjà deviné, — c'est que ce n'est pas pour moi que le système a été imaginé. (Rires à droite.) Je ne suis pas de ceux qui ont besoin d'être surveillés... (Nouveaux rires sur les mêmes bancs. — Bruit à gauche.) dans l'exécution, je ne dirai pa d'uns marché, mais d'une convention qui a été sévèrement jugée. (Vifs applaudissements à droite.) De telle sorte qu'étant donné ces deux idées : 1^ Que je n'étais qu'un simple collectionneur (Exclamations à gauche) ; 2<» que je n'étais pas un votant à surveiller, puisque je continuais à voter dans Timpénitence fînale, on n'avait nul besoin d'employer Teiiveloppe à mon égard. (Très bien! très bien! à droite et au centre droit.)

M. Gambetta. — Messieurs, je crois qu'il faut mettre fin à ces divers récits.

M. Baragnon. — C'est vous qui avez raconté Tanecdote.

M. Gambetta. -^ Je ne Tai fait que pour rétablir Texactitude de ce qui s'est passé.

M. Baragnon peut venir défendre sa pudeur, je n'aipas à lui répondre. {Rires sur divers bancs à gauche. — Protestations à droite et au centre. — Cris: A l'ordre f à r ordre f)

M. Gambetta. — Gomment! on ne peut pas parler de la pudeur de M. Baragnon sans exciter vos mui^ mures ! {Nouvelles réclamations à droite,)

M. LE PRÉSIDENT. — Il uc pcut être question ici ni de pudeur attaquée^ ni de pudeur à défendre.

Je prie M. Gambetta de s'abstenir de toute parole qui pourrait blesser ses collègues. {Très bien! très bien!)

M. Gambetta. — Messieurs, M. Baragnon a cru qu'il devait expliquer que c'était comme collectionneur (/n^errti/j^iorw à droite) y et non pas comme électeur, qu'il s'était procuré la liste de gauche. J'ai pensé qu'il était naturel de le traiter comme la femme de César et de dire que sa pudeur était au-dessus de tout soupçon. {Mw*mures à droite et au centre.)

Mais, cela dit, et pour rentrer dans le fond du débat parlementaire, il résulte maintenant, de Taveu môme des fameux protestants, qu'il y avait deux listes ; il résulte de leur aveu qu'on pouvait prendre Tune ou Tautrc de ces listes... {Non! non! à droite) et que vous ne pouvez justifier vos réclamations qu'en disant qu'il n'y avait que des listes mises sous enveloppes, alors qu'on en avait peut-être sous la main cinquante sans enveloppes.

M. LE baron de Ravinel. — Mais il y avait des surveillants !

M. Gambetta. — Messieurs, c'est avec des lazzi qu'on juge une pareille question; j'en appelle à votre conscience et à votre bon sens. {Ti*ès bien! très bien! à qaucfie.)

15 DKCRMBRR 1875. 499

I.a proposition de M. Paris, mise aux voix, est repoussée par 334 voix contre 321.

Il restait à élire cinq sénateurs. I.c centre gauche eut peur de trop vaincre ; M. Ricard demanda qu'on ne réduisit pas au désespoir les libéraux du centre droit, et qu'on leur accordât deux ou trois noms parmi les moins compromis. Cette proposition, que son auteur croyait un acte de générosité habile, n'était, dans la vérité, qu'une insigne faiblesse dont le 16 mai devait révéler toutes les conséquences funestes. M. Gambetta et M. Lepère s'y opposèrent en vain avec la plus vive énergie. 11 fut décidé que chaque groupe reprendrait sa liberté d'action, et les droites firent aussitôt passer le général de Cissey, l'amiral de Montaignac et l'évoque d'Orléans. M. Wallon et M. de Maleville passèrent dans les mêmes scrutins (i7-2i décembre.)

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