‹ Discours et plaidoyers politiques de M. GambettaChapitre 54 sur 55 · A UN CONSEILLER MUNICIPAL DE CAHORS · texte numérisé non relu

A UN CONSEILLER MUNICIPAL DE CAHORS

Paris, 31 décembre 1875.

Mon cher ami,

L'Assemblée élue le 8 février 1871 vient enfin de voter sa dissolution et de décréter la loi qui convoque la nation dans ses comices pour procéder à Télection des hommes qui devront siéger dans les deux Chambres instituées par la Constitution républicaine du 25 février 1875 K

Le moment n'est pas venu déjuger TAssemblée, les partis qui Tout déchirée, ni les actes qui se sont accomplis sous son impulsion et sous sa responsabilité. Ce sera Tœuvre ultérieure de l'impartiale histoire.

On peut dire toutefois que, si on la juge sur les résultats de son œuvre et non sur ses intentions, l'Assemblée nationale obtiendra les circonstances atténuantes de la postérité.

Elle a voulu, en effet, ruser avec la souveraineté nationale et le suffrage universel, et ils sortent Tua et l'autre intacts et respectés; elle a tenté de rétablir la monarchie, et elle a abouti à la République légale; elle a cherché h asservir par avance la démocratie en

1. La loi (le dissolution fixait les élections des délégués sénatoriaux des communes au 15 janvier 1876, les élections sénatorialeâ au 30 janvier, les élections législatives au 20 février et la réunion des deux nouvelles chambres au 8 mars.

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instituant une Chambre haute qui devait être comme le refuge et la citadelle des politiques de la réaction. Les profonds tacticiens qui avaient inventé cette belle machine sont vaincus; la citadelle nous appartient et nous y avons mis garnison. Les vœux du pays sont réalisés : la Chambre est dissoute ; la République est proclamée le gouvernement légal de la France, et ce Sénat tant redouté se présente comme le gardien tutélaire du parti républicain.

C'est au suffrage universel maintenant qu'il appartient de poursuivre et de compléter Tœuvre de ses mandataires. C'est à lui désormais qu'incombent rhonneur et la charge de se défendre, de se protéger, de se gouverner lui-même. Il a à choisir des sénateurs, des députés. De ces choix vont dépendre le repos, la sécurité, la paix intérieure et extérieure, la grandeur même de la France.

Il est donc nécessaire que, dans chaque département et dans chaque fraction d'arrondissement, tous les bons citoyens se pénètrent du sentiment de leur responsabilité et se préparent à agir, pour le service de leurs convictions politiques, sur les choix et la détermination de leurs concitoyens.

Je sais trop bien, depuis cinq ans, les sacrifices de résignation et de patience qu*a coûtés à toute la population la prolongation d'un pouvoir hostile, équivoque et tracassier, pour douter que, de toutes parts, on ne se dispose avec activité aux luttes et aux salutaires agitations de la période électorale. Les nouvelles qui arrivent de tous les points du territoire démontrent que la France est majeure et qu'elle est levée pour reprendre la possession de ses affaires. Il n'en est pas moins vrai que, çà et là, il existe certains départements où l'esprit politique est encore trop assoupi et où, faute de cohésion, les serviteurs de la démocratie républicaine ignorent et leur force et leur nombre. Je crains, peut-être à tort, que notre

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