AFFAIRES DU TONKIN
Vous connaissez les difficultés que la cour de Pékin nous a suscitées, à diverses reprises, directement ou indirectement, à Toccasion des affaires annamites; elles trouvent, pour la plupart, leur explicalioii dmiis le désaccord que le gouvernement diinois n'avait pas cru nécessaire de marquer lors de la notification des Jictes de 1874, et que fait aujourd'hui ressortir la correspondance échangée entre mon département et le représentant du Céleste Empire. Les indications très précises que j'ai tenu à donner au marquis Tseng par la lettre ci-jointe auront tout au moins cet avantage de ne laisser aucune place aux illusions que Ton voudrait se former à Pékin, quant à notre manière de comprendre et d'apprécier les traités de 1874.
La dépêche de M. Barthélémy Saint-Hilaire du 26 octobre dernier vous avait déjà fixé quant à notre intention de conserver une entière liberté d'action pour appliquer, au mieux de nos intérêts, nos conventions avec l'Annam. Le gouverneur de la Cochinchine a emporté des instructions tout aussi précises à ce point de vue, et notre résident à Hué ne laissera pas ignorer non plus, à l'occasion, au gouvernement annamite notre désir de préserver de toute altehite un régime conventionnel dont la mise en pratique exclut des ingérences étrangères qui l'affecteraient dans une de ses clauses essentielles.
Léon Gambutta.
M. Le Myrb de Vilers, gouvemeur de la Cochinchine française, à M. Bouvier, ministre du commerce et des colonies.
(Télégramme) Saigon, 16 janyier 1882.
En présence de l'impuissance du gouvernement de Hué et devant l'attitude des Pavillons Noirs, il me paraît indispensable de doubler notre garnison à Hanoï.
Le Drac partira jeudi.
n n'y aura pas d'opérations militaires; je prendrai seolement des mesures préventives. Je n'ai pas besoin de crédit.
Lb MtRE de VlLERS.
M. GouGEARO, ministre de la marine, à M. de Vilers, gouverneur de la Gochinchine française.
(Télégramme) Paris, 17 janvier 1882.
L'amiral Pierre est désigné pour prendre le commandement des forces de terre et de mer en Gochinchine. Je vous prescris de suspendre toute mesure militaire jusqu'à son arrivée à Saigon.
GOUGEARO.
Prononcé le 16 avril 1873
AU CniETIÈRR DU PÈRE LA CHAISE
(OBSBQUBS DB DORIAN) *
Que dire, Messieurs, quelles paroles rencontrer qui soient dignes d^une telle mort, d'une telle cause et d*un tel lieu? Aussi, permettez-moi cet aveu, si je m'approche de ce caveau qui va enfermer les derniers restes du grand citoyen, de Tami fidèle, du patriote inébranlable que vous avez tous connu, tous aimé et que vous n'oublierez jamais, c*est pour céder à une prière dont je me sens d'ailleurs absolument inca^ pable de réaliser les espérances.
Oui, Messieurs, que pourrai-je vous dire, après tout, sur la tombe de cet homme que vous avez tous vu aux prises avec les plus affreuses et les plus effroyables difficultés, que vous avez appris à connaître, pendant le siège, dans cette noble ville attaquée, au moment où tant de cœurs battaient à l'unisson du sien, et où c'était encore le sien qui réglait les battements des vôtres, car lui seul peutêtre était à la hauteur de toutes les difficultés. Si bien, Messieurs, que l'on peut affirmer que, si grande qu'ait été la tâche, l'homme s'est montré supérieur à elle.
1. Pierre Doriaa, né le 24 février 1814, mort le 14 avril 1873 ingénieur des mines, maître de forces à Unieuz, député au Corps législatif pour la 2« circonscription de la Loire (1863 et 1869), mmistre des travaux publics le 4 septembre 1870, représentant des départements de la Loire et de la Seine à l'Assemblée nationale. ~~ C'est par suite d'une erreur que le discours prononcé par M. Gambetta aux obsèques de Dorian n'a pas été publié à sa véritable place, au tome III des Discours et Piaidoyers poUHques,
9m OBSÈQUES DE DORIAN.
(Marqmm générales d'assentiment,) Voilà Thomme que vous perdet.
Aussi, MessieiRs, quelle que soit Tintime et profonde émotion que câitse parmi nous la présence de cette famille vénérée et chérie, qui nous est désormais plus chère que toute autre, car, puisqu'elle a eu Thonneur d'avoir à sa tête un Français connneDorwB, on peut dire maintenant qu'elle appartient à la France... (Oui! oui!) qu'elle me permette au moins, dans sa douleur si respectable et si touchante, elle qui connaît la piété filiale que j'avais vouée au noble et généreux ami qui est là et dont le nom doit survivre au vulgaire accident de la mort [Mouvement), — je parle ainsi, Messieurs, parce que je crois que c'est le résumé de votre pensée à tous, — qu'elle me permette, dans son deuil et dans son affliction, de proclamer ici la parole d'encouragement, de persévérance et de vaillance qui sort de ce tombeau.
Non, Dorian n'a pas disparu tout entier; il reste au milieu de nous; son souvenir nous soutiendra et nous entraînera aux jours de péril, aux jours de crise ; c'est sur son image douces souriante, inébranlable, qu'au milieu du danger, nous reporterons notre pensée et nos souvenirs.
Si vous saviez l'utilité, la clairvoyance, la pénétration de ce conseiller intime, au milieu de nos labeurs et de nos inquiétudes I Avec cette modestie charmante qui est le propre des grandes âmes qui aiment à se cacher en attendant l'heure de se dévoiler et de se dévouer, il laissait aux autres l'éclat, la renommée et la popularité ; mais il était avec nous, toujours prêt à soutenir la bonne cause. On le sentait plus qu'on ne le voyait. Au milieu de nous, il était une lumière qui nous éclairait et un cœur auquel chacun venait se réchauffer.
Sa vraie récompense, savez-vous quelle elle était? C'était de voir que ceux-là réussissaient dont il avait