Numéro du 5 juillet
opposé à ce récit qa*un démenti évasif, mais le ministre de l'intérieur, dans la séance du i i juillet, avait publiquement évoqué, en répondant à M. Gambetta, la nécessité d'assurer la paix, « la paix dans la rue , la paix aussi dans les hautes sphères du pouvoir ». Enfin, il était certain que la coterie de l'Elysée avait applaudi au rejet de la proposition de M. Waddington, ainsi qu'à la nomination de M. Buffet, et qu'elle défendait à outrance, contre MM. de Marcère et Léon Say, tout le personnel administratif du 24 mai, les plus compromis parmi les cléricaux et les plus déclarés parmi les bonapartistes.
Telle était la situation complexe qui avait succédé au mois de juillet à la situation claire et simple qui avait été créée par le vote du 20 février, et nous avons dit à quelle série de fautes il convient d'attribuer cette transformation. Comme de juste, les réactionnaires de la Chambré et du Sénat s'étaient mis en mesure d'en tirer profit. Encouragés par les nombreuses dissidences qui s'étaient fait jour de toutes parts , ils dressèrent un plan de campagne qui ne manquait pas d'habileté et qui consistait à séparer le maréchal du ministère Dufaure-de Marcère, pour amener par là une rupture ouverte entre le maréchal et la majorité républicaine de la Chambre. Prudemment exécuté , ce plan eût rendu la position du parti républicain très critique , et le pays, lassé, aurait bien pu en devenir dupe. Mais , par bonheur, si le duc de Broglie était un chef d'opposition et un conspirateur très redoutable , la plupart de ses lieutenants se distinguaient par une maladresse rare , et ses alliés bonapartistes de la Chambre compromettaient à plaisir les machinations les plus délicates par les éclats les plus vulgaires et les plus brutaux.
Dans les circonstances que nous venons de rappeler, ce fut M. Paul de Cassagnac qui prit sur lui de démasquer, avec une imprudence puérile autant que grossière, les desseins des conjurés. Il offrit ainsi aux leaders du parti républicain l'occasion la plus favorable de faire appel au patriotisme du maréchal et de cimenter à nouveau, dans la haine de la bande de Décembre , l'union de tous les républicains et, en général, de tous les honnêtes gens. M. Gambetta n'eut garde de laisser échapper l'occasion.
Cet incident, dont le retentissement fut considérable , se
produisit au cours de la séance du 22 juillet 1876. Déjà, dans une précédente séance (8 juillet) , M. Paul de Cassagnac avait pris prétexte de la discussion sur là vérification des pou- I voirs de M. Peyrosse, pour accuser le cabinet du 10 mars de trahir le président de la République, et pour mêler aux plus indignes outrages contre le gouvernement l'éloge le plus bizarre du maréchal. Cette sortie aussi inconsidérée qu'imprudente avait consterné toute la fraction sérieuse de la i droite, et M. Keller avait été chargé par ses collègues du ' centre droit de protester énergiquement contre le langage I et contre l'attitude scandaleuse du député bonapartiste. ' Mais M. de Cassagnac ne se laissa pas arrêter, et dès le 22, développant une question sur la nomination de M. Deupèz [ comme maire de Valence, il déclara , après avoir fait du I coup d'État une apologie effrontée, que M. Dufaure et • M. de Marcère abusaient de la confiance du maréchal et que I celui-ci était amené par son cabinet « à perdre tous les jours I la confiance et le respect qui l'entouraient lors de son avènement au pouvoir » . Cette fois la mesure était comble. Comme I M. Paul de Cassagnac, en posant une simple question, I n'avait cherché qu'à se dérober à la sanction du scrutin , la gauche se concerta rapidement, et M. Turquet demanda à la Chambre de transformer cette question en interpellation. La Chambre ayant accepté cette proposition à la presqueunanimité des voix, M. de Marcère réfuta en quelques paroles énergiques les calomnies portées à la tribune contre M. Deupèz par M. de Cassagnac, et M. Albert Grévy monta à la tribune pour déposer un ordre du jour que M. Gambetta devait se charger de développer.
M. Albert Gréyy. — L'honorable M. de Cassagnac s'est trompé s'il a cru qu'il dépendait de lui d'échapper aux conséquences que ses discours comportent. {Applaudissements à gauche.)
J'ai l'honneur, au nom de M. Lepère, de M. de Rémusat et au mien, de déposer sur le bureau l'ordre du jour motivé suivant :
« La Chambre des députés, affirmant de nouveau sa confiance en M. le ministre de l'intérieur, et convaincue que, dans le choix des fonctionnaires de la Répu-