‹ Discours et plaidoyers politiques de Me [L] G (volume 3)Chapitre 14 sur 44 · VI · texte numérisé non relu

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qu'il n'ait adressées à votre serviteur pour s'y faire admettre ; mais rien n'y a fait, je flairais le personnage... et le voilà. {Hïlarilé générale et applaudissements.)

(M. BufFenoir descend de la tribune.)

M. LE PRÉSIDENT. — Gitoyeus, avant de terminer la séance, je vous demande une salve d'applaudissements au député du XX® arrondissement. {Salves d'applaudisseinents, — Cris de : Vive la République! Vive Gambetta !)

Le journal VRomme libre, dirigé par M. Louis Blanc, ayant critiqué sur plusieurs points le discours prononcé par M. Gambetta à Belleville, la République française lui répondit en ces termes dans son numéro du 1°' novembre :

« Le discours prononcé pai' M. Gambetta à Belleville provoque, de la part de VHomme libre, une critique spéciale qui contient plutôt une réclamation qu'une objection. M. Gambetta a rappelé la situation où se trouvaient les républicains nés à la vie politique sous l'Empire, et à qui manquaient les conseils des hommes qui les avaient précédés dans la carrière. M. Gambetta a déclaré également qu'en politique il vaut mieux négocier que livrer bataille sans nécessité.

« VHomme libre, à cette occasion, évoque tout le passé d'héroïsme et de sacrifice du parti républicain ; il énumère les grandes journées de la Révolution, les crises qui ne pouvaient être terminées que par le sort des armes. Il se donne une peine superflue pour protéger un passé qui n'est attaqué que par nos ennemis communs, et dont nous n'avons jamais perdu, pour notre compte, l'occasion de faire ressortir la grandeur et de revendiquer les gloires; mais, parce qu'il est des abus enracinés de longue date dont on ne peut avoir raison que les armes à la main, parce qu'il est des despotismes avec lesquels on ne peut ni se réconcilier, ni traiter, parce qu'il y a des coups de force, des violations de la loi auxquels le devoir commande de résister par tous les moyens, est-ce à dire que l'héroïsme puisse tenir lieu de politique à un grand parti, et qu'il soit permis de laisser grossir les réactions et se préparer les catastrophes en prenant soin de sauvegarder sa pureté et en se reposant sur l'assurance qu'on a de ne point laisser entamer sa dignité personnelle? Faut-il toujours

combattre, combattre la République elle-même, dès que cette République ne réalise pas d'emblée l'idéal politique et social qu'on s'en est fait? Nous croyons, quant à nous, qu'il est des situations insolubles, où il faut payer d'héroïsme ; mais nous croyons non moins fermement que la politique consiste à éviter ces situations.

« Sans doute, en un temps de défaillance universelle, il peut être d'un exemple consolant pour la dignité humaine, salutaire pour les races à venir, que quelques hommes refusent de fléchir le genou. Mais ce dernier refuge des situations désespérées, des Républiques expirantes, ne suffit pas à l'avenir d'un grand pays. C'est dans l'intérêt de la nation tout entière que nous voulons le maintien de la République, et l'on ne peut demander à une nation de se préparer à Texil ou à la mort. Quand on a la République, il faut avant tout s'étudier à la conserver, lors même qu'elle ne réaliserait pas de prime abord tout ce qu'on s'est habitué à attendre d'elle. Il est plus facile de l'améliorer que de la faire revenir après qu'elle a été écrasée ; l'expérience a dû en convaincre les rédacteurs de VHomme libre. Les réformes peuvent s'accomplir lentement ; l'inconvénient de ces lenteurs ne saurait se comparer au recul produit par une réaction violente et tyrannique. Ce n'est pas seulement de longues années qu'on perd dans cette succession de péripéties violentes, dans ce va-et-vient des principes proclamés et des libertés détruites, c'est la force, c'est la vitalité d'un pays. Sans doute, il est des hommes fiers, dont la volonté survit à l'énergie physisique ; les approches mêmes de la mort ne tireraient pas d'eux une bassesse ; mais ils meurent, et avec eux s'en va le sang le plus pur, le plus généreux. La France n'a pas manqué de héros dans les crises qui la déchirent depuis le xvii® siècle, pour ne pas remonter au-delà des luttes de la pensée moderne; il est pourtant incontestable qu'elle s'y est affaiblie. Est-ce à dire que notre respect et notre salut aient jamais manqué aux hommes qui ont honoré notre parti, maintenu ses doctrines et ses traditions? La proscription n'a pas frappé seulement les vaincus de décembre, mais ceux qui sont venus après eux et la France républicaine tout entière. Est-ce donc rabaisser la proscription que de constater, comme l'a fait M. Gambetta, que les proscrits, dont le despotisme n'avait pu atteindre la dignité, étaient

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réduits à une existence sans profit pour la France? Ah! certes, nous savons bien que la plupart d'entre eux ont rehaussé au dehors Testinie du nom français, nous savons bien qu'il y avait parmi eux de nobles esprits qui, en tout temps et dans toutes les situations, eussent honoré le pays ; c'est une élite qui se trouvait surtout frappée par la plus brutale des tyrannies. Nous savons bien que les Châtiments el la Légende des siècles, que VHistoire de la Révolution, que Merlin l'Enchanteur, que ces œuvres qui ont tant contribué à conserver au génie français son prestige européen, nous sont revenues par les chemins de Texil. Mais s'il fallait invoquer le témoignage des victimes prises en masse, elles avoueraient sans doute que la moindre des douleurs de la proscription n'était pas le sentiment de leur inaction forcée. Nous honorons les proscrits ; mais nous ne voulons pas les voir reprendre le chemin de l'exil, et il ne nous suffirait même pas de les y trouver résignés. La tâche qui se présente à nous, ce n'est pas de nous ensevelir sous les ruines de la République, c'est de la faire vivre, non seulement pour l'honneur de quelques individualités, mais pour le bien de tous. Pour accomplir cette tâche, on est obligé de descendre aux détails, d'entrer dans la voie des transactions. Cela peut avoir ses ennuis, et certains caractères seraient plutôt disposés à ne tenir aucun compte des nécessités passagères, et à compter, en dernière analyse, sur une inflexibilité qui préserverait leur fierté. C'est là une noble variété du fatalisme, que notre respect ne saurait nous empêcher de combattre, car nous la croyons pleine de périls, et, le jour où vous n'auriez que l'amère satisfaction de votre austérité échappée au naufrage, le pays ne saurait sans injustice vous refuser son admiration, mais il serait dans l'impossibilité de vous suivre. »

SUR

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