‹ Discours et plaidoyers politiques de Me [L] G (volume 3)Chapitre 25 sur 44 · SA.LLE TIVOLI · texte numérisé non relu

SA.LLE TIVOLI

ont réclamé à grands cris le droit, pour eux aussi, de s'associer pour suppléer dans la mesure du possible aux efforts du gouvernement. [Très bien! très bien! — Applaudissements,)

Un grand mouvement s'est alors développé dans les conseils électifs du pays, pourFinstallation d'une méthode d'éducation civile, d'instruction laïque. Cette méthode qui, malheureusement, n'a pas encore triomphé complètement, qui n'a pas réussi à s'imposer d'une façon véritablement officielle dans l'État, cette méthode ne s'est pas arrêtée à la création de l'école. Il y avait autre chose à faire que de s'adresser aux générations qui viennent. Dans ce pays de suffrage universel, où, tous les jours, à toute heure, chaque citoyen est mis en demeure de peser la valeur de son vote, il fallait faire l'éducation des adultes aussi bien que de ceux qui ignorent tout. Et c'est pour cette raison que nous assistons à une floraison des bibliothèques populaires dans toute la France, bibliothèques qui ont pour but de suppléer au manque d'enseignement secondaire et de répandre, de vulgariser les idées générales de la science, des arts et de la littérature. ( Vifs applaudissem enfs,)

Cet effort, qu'il faut étendre et généraliser, ne peut en rien inquiéter les puissances du jour, car, ainsi qu'on vous le disait dans le compte-rendu des opérations de la bibliothèque populaire du XI* arrondissement, il ne s'inspire que d'un sage sentiment de légalité, de règle, de respect, de lutte loyale pour toutes les opinions. Il ne poursuit pas un but spécial de parti. Il ne poursuit que ce but, qui est le but même de la démocratie, de faire que, tous les jours, le suffrage universel devienne de plus en plus maître de lui-même, de plus en plus en possession de sa conscience politique et sociale, de telle sorte que nous ne soyons jamais exposés à le revoir ou captif,ou humilié, ou corrompu, ou servile. {Salve d^ applaudissements.)

La tâche que vous vous proposez peut être envisagée à plusieurs points de vue : au point de vue d'abord de la moralité de tous, car, comme le disait, dans son langage brutal mais énergique, Thomme qui fonda le premier le code de Tégalité sous la première Constituante : Vous voulez refuser l'éducation à une certaine classe de la population pour en faire des bêtes, prenez garde d'en faire des brutes. Et alors, quand l'instruction est longtemps refusée, vous assistez à ces saturnales sociales qui peuvent, pour ainsi dire, être prédites à l'avance, comme certaines éruptions volcaniques, quand le pouvoir s'est montré impuissant à diriger d'une façon véritablement harmonieuse et glorieuse les destinées d'un .peuple, et a mené sa fortune sur des écueils où peuvent sombrer en même temps et son honneur militaire et son avenir dans le monde. [Mouvement prolongé, — Applaudissements.)

Un autre intérêt est engagé aussi dans cette œuvre : c'est l'émancipation et le progrès de l'individu.

Dans une société comme la nôtre, qui, comme on vient très bien de le dire, est une démocratie de travail, de production, où la base de ce monde nouveau n'est absoluoient que dans le travail et dans la production personnelle, il est certain que tout agent qui n'acquiert qu'une idée, ne fût-ce qu'une idée dans toute sa vie, cet agent-là vaut mieux que celui qu'on a retenu dans les ténèbres et dans l'inertie, que celui qui ignore tout, qui n'est dans un atelier que comme un rouage ou un poids mort, à la disposition de celui qui l'emploie, et qui est incapable de grandir, de monter, de s'élever et de devenir un directeur au lieu de rester un serf. Très bieni — Cest cela! — Vifs applaudissements.)

C'est donc par l'éducation, par l'instruction , par la fréquentation de la bibliothèque, que ce but pourra être atteint. Et cette bibliothèque ne restera pas, je l'espère, à l'état de bibliothèque ; on pourra y adjoindre un petit cours didactique qui entrera dans la distribu-

Page 1