‹ Discours et plaidoyers politiques de Me [L] G (volume 3)Chapitre 27 sur 44 · SOUS LA PRÉSIDENCE DE M. GAMBETTA · texte numérisé non relu

SOUS LA PRÉSIDENCE DE M. GAMBETTA

Mesdames et Messieurs,

Je ne m'attendais pas à ce que la chute de ce charmant et élégant discours fût ainsi, à Timproviste, dirigée contre ma personne. {Sourires,) Mais puisqu'il n'y a pas moyen de rompre, de reculer, je ferai bonne mine à mauvais jeu, et je vais essayer, non pas de répondre aux flatteuses espérances de mon ami Tirard, mais enfin à ce que la situation exige et à ce que mon devoir et ma présence comportent. {Marques d'approbation,)

En effet, sans revenir sur les aperçus si ingénieusement renouvelés qu'on nous ouvrait tout à l'heure, sans toucher aux divers aspects de cette question si compliquée, si ardente, de l'instruction laïque et de cette énergie d'association qui paraît enfin s'être heureusement emparée du pays, il me semble que je manquerais à votre attente, à ce que votre présence ici impose à un homme serviteur fidèle des idées démocratiques, de ne pas profiter de cette occasion pour chercher avec vous quels sont, à la fois, la moralité, l'enseignement et le devoir multiple qui s'imposent à nous au milieu des circonstances que nous tra-

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versons, dans la lutte entreprise depuis tantôt trois quarts de siècle pour fonder enfin une France unie, une France qui donne à tous ses enfants non-seulement une instruction, ce qui est beaucoup, mais une éducation animée des mêmes principes dirigeants, inclinant les esprits et les volontés vers le même but, et faisant non une France emportée dans le tourbillon des querelles religieuses ou philosophiques, mais une France pratique, une France soucieuse des intérêts civils et des intérêts moraux de l'humanité contemporaine. {Applaudissements prolongés.)

En effet, mon honorable ami M. Tirard, se laissant descendre au fil de son agréable parole, a jeté un regard indiscret sur la Commission du budget. Oh ! je ne l'introduirai pas ici {Rires), mais je veux noter, je veux marquer que M. Tirard n'obéissait qu'à une des lois de la composition littéraire. C'est que, en effet, il n'est pas possible de parler longtemps sur les écoles, sur l'enseignement laïque, sans soulever un coin du rideau qui donne jour sur ce drame, sur ce duel, pourrais-je dire, qui agite non seulement la société française, mais toutes les sociétés, non seulement à notre époque, mais à toutes les époques, et qui fait que, dans leur marche en avant, elles tendent de plus en plus à se débarrasser de l'esprit de servitude et de chimères pour entrer dans la voie qu'éclairent les lumières delà raison, du libre examen et de la dignité humaine. {Salve d'applaudissements.)

Aussi bien, ce n'est pas là seulement une tâche de gouvernement, c'est une tâche de nation, c'est une tâche d'individualités associées. Quel est, au fond, le rôle du gouvernement dans la question d'instruction publique? C'est de poser des règles, c'est de faire des lois, c'est d'aider, de subventionner, de secourir l'impulsion des citoyens; mais c'est, avant tout, la tâche d'un peuple tout entier, d'apporter son concours, son âme, ses efforts pécuniaires, ses sacrifices personnels,

car ce n'est pas la tâche seulement d*un gouvernement ni d'une génération d'organiser, d'atteindre ou du moins d'assurer les conséquences d'un grand programme d'instruction publique. Non, la tâche à poursuivre, ce n'est pas d'avoir raison tel jour ou h telle heure de tel cabinet ou de tel programme politique : quand on s'occupe de l'éducation, il faut sentir qu'on ensemence l'avenir. [Très bien! très bien! — Bravos.)

Il faut comprendre que le combat qu'on livre sur ce champ n'est pas, pour ainsi dire, un combat local, un combat municipal dans Paris, ni môme un combat national dans toute la France : c'est le combat universel, c'est le combat même pour le genre humain. ( Vive approbation,)

Et alors quoi d'étonnant qu'on ait recours, dans le camp adverse, aux déclamations, aux calomnies et aux diatribes, et que, jouissant de toutes les facilités, ayant toutes les complicités, môme les plus injustifiées, on se laisse aller à dénigrer ses adversaires, à leur prêter des sentiments d'hostilité ou de haine implacable, alors que c'est toujours dans la bouche des persécuteurs que se rencontrent les plaintes contre la persécution, alors que ce sont ceux qui ont écrit sur les pages de l'histoire, à la lueur des bûchers, les lignes les plus sanglantes, qui osent se plaindre que, dans la société contemporaine, on marque le souci de sauvegarder les traditions et le patrimoine des libertés publiques I (Vifs applaudissements,)

Mais il suffit de signaler ces exagérations pour en avoir raison ; il suffit de les reproduire pour en faire justice ; et ce n'est là que le côté le plus modeste, le côté inférieur de la tâche. La vraie tâche, celle à laquelle on vous convie aujourd'hui, et, pourquoi ne le dirais-je pas ? celle à laquelle on s'associe, depuis quelques mois, aVec tant de généreuse passion et de tous les côtés, à Paris, cette tâche, c'est de fonder, c'est

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