‹ Discours et plaidoyers politiques de Me [L] G (volume 3)Chapitre 7 sur 44 · M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL, MINISTRE DE LA JUSTICE · texte numérisé non relu

M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL, MINISTRE DE LA JUSTICE

ET DES CULTES. — Jc demande expressément à l'honorable M. Wilson de déclarer à la Chambre quels sont les documents relatifs au clergé que la commission du budget m'a communiqués et qui ont disparu. {Applaudissements à droite,)

M. Gambetta. — Mais M. \Wilson n'a pas parlé au nom de la commission I

M. WiLSON. — J'ai parlé des documents auxquels M. Boysset a fait allusion hier.

A droite, — Lesquels ?

M. LE MINISTRE. — Qucls documcuts?

Plusieurs membres à droite, s' adressant à M, Wilson, — Citez-les! citez-les!

M. Gambetta. — Encore une fois, M. Wilson n'a pas parlé au nom de la commission du budget.

M. LE BARON DE Septenville. — Parlcz-nous des abus du Gouvernement de Tours en 1870 !

M. WiLSON. — M. le garde des sceaux paraît n'avoir pas compris le sens de mes dernières paroles. Je tiens à les préciser.

J'ai dit que ces documents auraient pu rester avec ceux auxquels M. Boysset a fait allusion hier, et qui ont été communiqués à M. le garde des sceaux.

M. LE ministre. — Comment! Mais on ne m'en a communiqué aucun!

J'avais dit tout à l'heure à la Chambre que l'on considérait le Gouvernement comme un adversaire contre

lequel en peut se permettre de dissimuler les actes que Ton apporte à la tribune.

Voix à droite, — G'e«t cela !

M. LK MINISTRE. — J'ajoutc maintenant qu'on le considère tellement comme un adversaire, qu'on vient lui reprocher d'avoir dissimulé des documents sans pouvoir indiquer lesquels. {Vive app7'obation et applaudissements à droite et su?' plusieurs bancs au centre.)

M. Gambeïta.— Je ne veux dire qu'un mot, parce qu'il ne faut pas que la fin de ce débat puisse être altérée.

M. Wilson a parlé, à la fin de son discours, simplement en son nom personnel... {Exclamations ironiques à droite,)

M. LE BARON DE Septenville. — Ah ! ah!

M. Gambetta. — Gomment I ah! ah! Qu'est-ce qui peut vous surprendre dans ce que je dis? (Vives rumeurs à droite,)

M. LE baron de Septenville. — Oui, je dis : Ah! ah ! J'ai bien le droit d'exprimer ma pensée. Je suis député comme vous! {Bruit,)

M. Gambetta. — Qui est-ce qui est intéressé, sinon vous autres, à altérer la vérité que je viens rétablir? ( Vives protestations à droite, — A Voi'dre ! à P ordre!)

M. JoLiBOis, se levant, — G'est vous qui altérez la vérité.

A droite, — A l'ordre ! à l'ordre î

Un membre à droite, — Monsieur le président, tenez la balance égale !

M. JoLiBOis. — Nous avons bien le droit de demander à ne pas être insultés. L'orateur a dit que d'autres que lui avaient intérêt à altérer la vérité. Il ne lui est pas permis de tenir un pareil langage à ses collègues ! {Bruit,)

M. LE PRÉSIDENT. — Laisscz l'oratcur expliquer sa pensée. {Exclamations à droite,)

M. JoLiBOis. — 11 ne faut pas qu'il soit permis de nous insulter!

9i CHAMBRE DES DÉPUTÉS.

M. LE PRÉSIDENT. — Vous avez commencé par interrompre Torateur avant qu'il eût dit un mot. [Rumeurs à droite,) Veuillez le laisser s'expliquer ; mais sans attendre même qu'il l'ait fait, je puis vous dire que, si vous ne lui aviez pas adressé, avant qu'il ne parlât, des interruptions, il ne vous aurait peut-être pas adressé cette apostrophe. [Applaudissements à gauche, — Réclamations à droite.)

M. JoLiBOis, toujours debout à son banc, — M. Gambettan'apasledroitde nous insulter. (^?*wiV croissant.)

M. LE PRÉSIDENT. — Je demande qu'on laisse l'orateur s'expliquer.

M. JoLiBOis, — C'est lui qui trompe... [Bruit.)

M. Gambetta. — Je vous dis, Messieurs, qu'avant que j'eusse exprimé la pensée que je suis chargé d'exprimer au nom de la commission, et qu'il est de mon devoir et de mon droit d'apporter à cette tribune, vous m'avez arrêté par des interruptions dont je n'ai pas pu saisir le sens. Je vais répondre, [IntoTuptions à droite.)

Vous voyez bien que vous ne voulez pas me laisser parler. [Nouvelles intei^i^uptions,)

M. LE PRÉSIDENT. — Vous ne voulez donc pas laisser parler l'orateur? Laissez-le expliquer sa pensée et sa parole.

M. Laroche- JouBERT. — Je demande la parole.

Plusieurs voix à gauche^ à M* Gambetta, — Ne répondez pas !

M. Gambetta. — Je veux répondre, au contraire, et je prie mes collègues de m'entendre, parce que je veux qu'ils soient persuadés que, lorsque je réponds sur le ton qui leur a déplu, c'est que je suis provoqué, tnais je ne me fais pas provocateur*.. [Exclamations à droite.)^ et la preuve que je vais vous en donner, si vous voulez me laisser m'expliquer tout simplement, c'est que je retire les paroles qui ont pu vous blesser.;* [Rumeurs à droite i)

M* LK PRÉSIDENT. — Eh I MessieuFS, que voulez-vous de plus?

M. Gambetta. — Laissez-moi parler, je n'ai que deux mots à dire. {Nouvelles interruptions à df^oïte.)

M. DE GuiLLOUTET se lève et prononce quelques paroles au milieu du bruit. {Exclamations à gauche.)

M. LE PRÉSIDENT. — Qu'est-cc que c'est, Monsieur?..,

A gauche. — C'est intolérable !

M. LE PRÉSIDENT. — ... Vous u'êtcs pas satisfaits de cette loyale explication? {Tî'ès bien! à gauche.)

A droite. — Si ! si !

M. LE PRÉSIDENT. — EHi bicD, alofs, gardez donc le silence ! {Interruptions à droite.)

A gauche. — C'est un système ! — A Tordre I

Un memôre à droite. — C'est une parole de conciliation que M. de Guilloutet voulait dire.

M. DE Guilloutet. — Je voulais dire que, puisque M. Gambetta retire ses paroles, il n'y a pas lieu d'insister.

M. LE PRÉSIDENT. — Coutinucz, monsicup Gambetta.

M. Gambetta. — Messieurs, j'accomplis un devoir en venant déclarer, au nom de la commission du budget, que nous n'avions pas donné mandat de dire qu'il y avait un reproche à adresser à M. le garde des sceaux à propos de la non-communication de la liste des curés Actifs.

Je tiens à le déclarer, parce que je crois que M. le garde des sceaux, parlant au nom du Gouvernement, ne peut pas persister à dire et à croire que la commission du budget s'est placée sur un terrain d'hostilité..*

Mi LÉ PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Oh I je uc pcrsistc pas !

M. Gambetta* — M. le garde des sceaux sait, le Gouvernement sait que dans les discussions intérieures qui ont eu lieu sur les divers services, nous avons pu différer d'opinion ; mais nous avons aussi toujours considéré que nous devions au Gouvernement et à ses

ministres un concours ferme, un concours loyal qui n'empêche ni la contradiction, ni la controverse jusqu'au vote qui peut être parfaitement différent sur les questions en litige. Mais nous ne pourrions accepter que, dans un gouvernement républicain dont la Chambre républicaine constitue la principale force, on nous présentât comme des adversaires, lorsque nous ne sommes que des collaborateurs ! ( Vives et nombreuses marques d'assentiment.)

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