A ANGERS
Le 30 mars, rAssemblée nationale s'était prorogée pour trois semaines, après avoir entendu la veille, au cours de la discussion du budget des finances, un important discours de M. Thiers sur la politique générale du pays. Ce discours du président de la République avait été aussi ferme et résolu que le message du 7 décembre avait été timide et Tague. « L'Europe, avait dit M. Thiers après avoir constaté le calme parfait du pays, occupé uniquement de son relèvement moral et matériel, l'Europe ne nous demande pas telle ou telle forme de gouvernement, elle nous respecte trop pour s*occuper de la forme du gouvernement qui existe en France... L'Europe se réserve, elle regarde, et le succès appartiendra à ceux qui se conduiront avec le plus de sagesse, le plus de probité, le plus de tenue. » C'était le développement de la fameuse phrase du discours de Bordeaux : « La France sera au plus sage. » Et M. Thiers faisait comprendre quel était, dans sa pensée, le parti qui avait montré le plus de probité et le plus de sagesse : le parti républicain devenant davantage, de jour en jour, la majorité du pays.
Le discours de M. Thiers avait produit une vive impression. Le parti républicain tout entier l'avait chaleureusement approuvé. On lisait, le 2 avril, dans la République française : « Quoique M. Thiers n'ait pas dit tout ce qu'il avait à dire, les déclarations qu'il a faites devant la Chambre, en face de? députés royalistes qui comptaient sur lui, il y a un an, pour détruire la République, ont produit dans le pays entier
fU BANQUET D'ANGERS.
une véritable satisfacUon. Le pays a su lire les demimots et deviner les intentions à peine indiquées dans cette harangue, Funedes plus sobres et des meilleures que M.Thiers ait prononcées. Le pays a compris que son gouvernement n'était pas disposé à céder le pouvoir et à s'abandonner ni aux intrigues ni aux coups de main^ et qu'il était prêt à châtier les uns et à déjouer les autres. Il en résultera un apaisement des esprits qui durera tout le temps des vacances de l'Assemblée de Versailles. »
M. Gambetta profita des vacances de l'Assemblée pour répondre aux invitations qui lui avaient été adressées par les républicains d'Angers et du Havre.
La République française du \ 6 avril donna du banquet d'Angers le compte rendu suivaut :
« Un banquet a été offert à Angers par les républicains du département de Maine-et-Loire à M. Gambetta.
« On reconnaîtra, en lisant le compte rendu fidèle de cette réunion démocratique et républicaine^ que l'Ouest de la France est animé des mômes sentiments que le Midi, et que le pays est aussi fatigué des intrigues royalistes à Angers qu'à Paris ou à Marseille.
« En acceptant leur invitation, M. Gambetta avait demandé aux démocrates angevins de donner aux ennemis des libertés populaires et de la vie républicaine une preuve de la force et de la discipline de notre parti, mais en s'abstenant de tout ce qui pourrait ressembler à une agitation, qui, aujourd'hui, ne serait pas une agitation politique. Nos amis ont fait la preuve qui leur était demandée.
« Le banquet improvisé, on peut le dire, en quelques heures, par les soins de M. Troussard, le rédacteur vaillant du Patriote, dans la salle la plus vaste dont il était pos^ble de disposer à Angers, n'a pu réunir qu'un nombre de convives de beaucoup inférieur au nombre de ceux qui voulaient s'associer à cette manifestation. Mais toutes les nuances du parti républicain étaient représentées dans cette salle trop étroite, où quatre cents personnes seulement avaient pu trouver place. L'agriculture, le commerce, l'industrie, les bourgeois, les paysans, les ouvriers, les mobiles de l'armée de la Loire, tous ceux qui travaillent à quelque chose d'utile et qui ne veulent de la restauration d'aucun trône et d'aucun privilège, avaient envoyé leurs délégués à ce banquet. Tous,
heureux de se voir nombreux et résolus, sentant de ]a même manière, se sont promis de se retrouver à l'occasion.
« Le banquet était présidé par le procureur général du 4 Septembre, M. Guitton. M. Gambetta était assis à côté de M. Maillé, maire d'Angers. Si le Conseil municipal n'était pas présent tout entier, aucun membre du moins n'était absent volontairement. La municipalité de la ville de M. l'évêque Freppel appartient en effet tout entière à la démocratie, comme presque toutes les municipalités des villes de l'Anjou. Depuis le 8 février, la République a reconquis déjà une partie des déparlements de l'Ouest. Deux adjoints de Saumur, MM. Combier et Abellard, conseiller général, M. Bury, conseiller municipal et conseiller général, remplaçaient le maire de Saumur empêcbé. Baugé était représenté par son conseiller général, M. Benoit. Un grand nombre de maires du département assistaient au banquet.
c< Devant la maison où le banquet était préparé, stationnait une foule nombreuse qui accueillit M. Gambetta aux cris de ; Vive la République ! A cela se sont bornées les manifestations du dehors.
« Le toast suivant a été porté d'abord par M. Guitton, au nom de la démocratie angevine :
« Messieurs,
« Je crois traduire avec fidélité vos sentiments en exprimant à M. Gambetta le bonheur que vous éprouvez à le recevoir.
« Notre hôte a les titres les meilleurs à Taffection du parti républicain et de tous ceux qui aiment leur patrie.
« Dans le gouvernement de la Défense nationale, il a eu cette part prépondérante que vous connaissez aux efforts énergiques qui arrêtèrent un instant la fortune indécise entre nous et l'ennemi. Si nous avons succombé sous des circonstances fatales, dans ce désastre, la résistance inspirée, enflammée par Gambetta, a du moins sauvé l'honneur du pays. (Applaudissements,) Grâces lui en soient rendues, et que notre reconnaissance soit le présage de celle qui, dans un avenir meilleur, lui sera témoignée par la nation entière. {Oui! oui! — Assentiment génà'af).
« Sur une scène nouvelle, il a contribué par sa science politique à maintenir et à affermir la République. Par son