‹ Discours et plaidoyers politiques de Me [L] G (volume 4)Chapitre 12 sur 38 · II · texte numérisé non relu

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exemple, par ses conseils, par son abnégation personnelle, par son éloquente parole, il nous a enseigné, dans les crises dangereuses que nous avons traversées depuis le 8 février, qu'un parti politique ne peut aspirer au gouvernement du pays s'il ne se montre capable tout à la fois de discipline, d'ordre et d'administrati<»n des affaires publiques. (Bravo!).

« Ce sont là, en effet, les conditions fondamentales de tout gouvernement.

« A Angers et dans le département, cette politique intelligente a été comprise; il n*y a pas eu de divisions; tous, sans exception, nous nous sommes ralliés dans un effort commun, et ceux des nôtres qui sont arrivés par Télectiou aux positions administratives, ont fourni leur tâche avec une capacité et un succès qui tournent au profit de la République établie désormais sur une base indestructible. [Applaudissements,)

« Pour remercier Gambetta des éminents services qu'il a rendus et qu'il rend chaque jour à la République, je propose de lui porter un toast, n (Applaudissements unanimes, — Vive la République! — Vive Gambetta!)

M. Gambetta répondit :

Messieurs et chers Concitoyens,

11 m'est particulièrement doux de me trouver au milieu d'une démocratie qui a des représentante comme ceux qui sont assis à cette table ; il m'est particulièrement doux de sentir, dans l'accueil que vous me faites, que vous avez voulu surtout distinguer le sentiment, le zèle avec lesquels il m'a été donné d'unir, d'allier ensemble le drapeau de la République à celui de la France. (Applaudissements.)

Car ce sont de véritables calomniateurs, des détracteurs du passé comme de l'avenir, ceux qui prétendent que, pendant une seule minute, à une époque quelconque de notre histoire, nous avons mis en opposition ou en balance l'intérêt du parti et l'intérêt de la France. {Très bien/ très bien!)

Non, pas plus que nous n'avons séparé le suffrage

universel de la République, nous n'avons jamais séparé la France de la République.

C'est avec le prestige de cette indissolubilité que lé parti républicain a le droit de se présenter devant les factions rivales et devant le monde entier; c'est dans ces sentiments de solidarité, tl'union indissoluble que nous devons toujours nous placer, pour la contradiction, en face de ceux qui disputent encore à la France la constitution permanente et définitive du gouvernement républicain. {Applaudissement^.)

Je vous en prie, mes amis, vous disiez tout à Theure : Vive Gambetta! et plusieurs d'entre vous faisaient dominer, et avec raison, le cri de : Vive la République I eh bien, ce que je vous demande, c'est de ne pas me prodiguer des applaudissements qui, certainement, partent chez vous de cette profonde affection que je vous ai vouée, et que vous me rendez, — mais qui sont inutiles entre hommes libres. {T9^s bieni — Marque unanime (ï assentiment,)

Eh bien! puisque nous voici réunis, je peux bien profiter de la circonstance et de l'occasion, en réponse aux excellentes paroles que vous avez entendu prononcer tout à l'heure par mon excellent ami, et votre vétéran dans les luttes politiques de ce pays, l'honorable M. Guitton aîné, — je peux bien, dis-je, profiter de la circonstance pour vous dire toute ma pensée.

L'honorable M. Guitton aîné vous exposait quelles sont nos espérances et quelle est, au vrai, notre situation, et il vous montrait comment notre politique, — la politique républicaine , — que l'on doit présenter avant tout comme une politique nationale, est à la fois protectrice de l'ordre, de la liberté et de tous les intérêts, sans distinction aucune, qui ont le droit d'avoir leur place au soleil.

Oui, je maintiens qu'aucun autre parti ne se présente au pays avec une politique comportant les mômes avantages, — et je fais, croyez-le bien, quand

je parle des partis, des distinctions entre ceux qui méritent de figurer dans Tarène et ceux qui doivent en être constamment exclus.

J'estime donc que nous sommes arrivés à une période particulière de Thistoire de la Révolution française, et je tiens ce langage au lendemain de ces désastres sans nom qui ont mutilé la France, qui Font accablée, mais qui ne Tout pas ruinée, entendez-le bien! car, de tous les côtés, on voit distinctement les germes de la vitalité reparaître, les cœurs se refaire, Tavenir se dégager, en sorte que Ton peut prédire, à coup sûr, que cette nation, qui a su sauver son honneur, saura reprendre véritablement le rang qui lui appartient dans le monde. {Oui! oui I — Longs applaudissements.)

C'est, en effet, par la conservation de Thonneur que se conservent les peuples. Les peuples ne périssent jamais par des convulsions intérieures, par des luttes de partis ; non, ils ne périssent que lorsque, autour d'eux, les autres peuples font le silence, que lorsque tous signes de vie particuliers, toutes communications voisines leur sont interdites, ou bien lorsque ces relations avec leurs voisins ne peuvent avoir lieu que le joug sur la tôte. Oh ! c'est alors que tout est compromis, et que tout va périr. (Sensation.)

C'est par l'expansion, par le rayonnement de la vie au dehors, par la place qu'on prend dans la famille générale de l'humanité, que les nations persistent et qu'elles durent. Si cette vie s'arrêtait, c'en serait fait de la France, mais cet arrêt est impossible, j'en atteste le besoin qu'on a d'elle dans le monde! [Bravos et applaudissements.)

Revenons aux paroles qu'on a prononcées, et, à l'heure où je peux me trouver en communication intime avec vous, mes chers concitoyens, laissons de côté ces grands sujets de philosophie politique et causons de nos affaires, comme dans une véritable démo-

cratie, entre égaux, avec les seules différences que créent le travail et l'intelligence, ces instruments supérieurs de l'activité humaine, que Ton a le droit d'invoquer et de faire valoir, pour parler à des hommes. {Approbation,)

Eh bien, s'il faut que je vous dise ma pensée, j'ai été attiré vers vous, Messieurs, surtout par un besoin, de visiter une partie de la France que l'on méconnaît, que l'on rabaisse, et à laquelle on ne rend pas toute la justice qui lui est due, la justice du patriotisme.

Oui, vous savez bien de qui et de quoi je veux parler. On considère constamment cette partie de la France, circonscrite par la Loire et par l'Océan, comme une espèce de forteresse,^e citadelle que les préjugés gardent pour en empêcher l'accès à toutes les idées autres que les idées du passé!

Et l'on ajoute : « Que parlez-vous de République, d'intérêts démocratiques dans ces pays? ce sont des landes, des steppes habités par des esprits mal faits et chagrins; ce sont des populations abandonnées : c'est la Vendée, c'est le Bocage, c'est le Maine-et- Loire... c'est fini, c'est une terre pour laquelle toute culture est inutile ! »

C'est souvent ce qui arrive en France. On l'a dit avec raison : On ne voyage pas assez en France, et ce que nous connaissons le moins, c'est notre propre géographie. {Vive approbation,)

Autrefois, ces pays étaient le terrain des privilèges par excellence^ c'est laque se firent les grandes attaques et les longues résistances, c'est là qu'il en a le plus coûté pour installer les bienfaits de la Révolution française. Mais c'est précisément à cause de ces luttes que vous gardez le souvenir de ces bienfaits avec plus de piété et de ferveur; et parce que vous n'avez pas pu profiter de la vivacité du courant énergique et rapide qui a entraîné d'autres populations de notre pays, qui n'avaient pas à secouer autant de siècles

t30 BANQUET D'ANGERS.

d'iniquités que vous-mêmes, ce n'est pas une raison pour qu'il soit permis de dire que vos populations n'ont pas un cœur véritablement français et républicain. {Marques unanimes d'assentiment. — Bravos.)

Vous en avez d'ailleurs donné de mémorables témoignages. Je ne rappellerai pas votre passé, parce que je crois qu'il n'est pas bon de rappeler le passé quand il s'appelle la guerre civile, (très bien! très très bien!) Je préfère rappeler vos manifestations plus voisines de nous, toutes récentes, depuis le jour où il vous a été donné de pratiquer la liberté électorale, depuis que vous avez ces3é d'être placés sous le coup des incitations de l'empire, de cet empire maudit, dont le nom ne devrait être prononcé qu'avec une sorte de dégoût physique, de cet empire qui avait eu l'impudeur et l'étrange fortune, — soutenu par les moyens de corruption de toute nature que vous savez, — de recourir aux voix du plébiscite, de cet empire qui osait soutenir dernièrement qu'il avait été renversé par une émeute, alors qu'il a été expulsé par une sorte de hoquet public. [Double salve d'applaudissements. — Interruption de quelques instants.)

Eh bien, cet empire avait interrogé, consulté le suffrage universel ; il avait mis aux voix non seulement son propre arrêt, mais l'arrêt de la patrie ; et chose inouïe, chose unique dans l'histoire! trois mois après le vote de ce peuple, qui avait livré sa fortune, sa destinée, le patrimoine de sa gloire passée, ses frontières, la garde de son unité à un aventurier parjure et criminel, — trois mois après le vote, cet implacable arrêt s'exécutait, et c'était sous le coup du plébiscite que nous perdions l'Alsace et la Lorraine ! [Sensation prolongée.)

Quand je dis : nous perdions l'Alsace et la Lorraine, je m'entends et je n'insiste pas, vous me comprenez aussi, nous ne les avons ni perdues ni cédées. [Adhésion unanime.)

Mais, sur ce sujet, il faut être sobre. Ce n'est pas ici, dans cette assemblée où je vois des hommes qui ont si noblement et si fièrement fait leur devoir pendant la guerre, qu'il convient de dire que leur sang a coulé en vain pour la défense de la France. {Bravos enthousiastes,)

Quand je suis venu chez vous, Messieurs, je savais bien que je n'étais pas sur la terre stérile et inconnue dont je parlais tout à l'heure, je savais bien que j'allais dans une ville où le conseil municipal, où la mairie, où les autorités voisines de Saumur, de Bîiugé et d'autres endroits, sont dans les mains non pas de gens de parti, mais de mandataires libres, loyaux et responsables, choisis par la majorité de leurs concitoyens, dignes de leurs mandants et à la hauteur de leur mandat. {Applaudissements.)

Et alors, pendant que les uns me font voyager audelà des frontières (^iVes), que d'autres me promènent au milieu des populations du Midi, que d'autres enfin me contestent même le droit de me déplacer {Nouveaux rires), je me suis dis que le meilleur moyen d'utiliser les quelques jours de vacances que les Conseils généraux font à l'Assemblée de Versailles, c'était de venir parmi vous, pour vérifier une fois de plus à quel point l'Assemblée de Versailles ne représente plus le pays {Applaudissements prolongés), même dans les endroits d'où étaient venus les plus arrogants de ses membres {Rires), lesquels, à l'heure qu'il est, ne représentent plus qu'eux-mêmes, et, en vérité, ce n'est pas assez I {Nouveaux rires d'approbation.)

Eh bien, je suis fort satisfait de mon voyage, et veuillez croire. Messieurs, que je n'ajoute rien de trop personnel dans cette satisfaction. Je ne suis pas seulement édifié sur les dispositions que vous avez bien voulu me manifester, mais je trouve qu'il y a une telle concordance, une telle alliance entre vos idées et les idées des populations qui sont de l'autre côté de

la Loire, qui sont sur les bords du Rhône, sur les bords du Var, qui bordent toute la Méditerrannée, que je me dis : 11 est percé à jour, ce calcul de nos adversaires qui consiste à représenter une partie de la France comme étrangère à l'autre, ceux-ci à ceux-là. Non î c'est toujours le môme esprit, partout homogène ei' partout semblable à lui-môme, qui anime, qui en^ flamme et qui réunit toutes les parties de la France et, au nom des intérêts répubUcaiu$, je salue l'unité morale de la patrie. [Applaudissements prolongés.)

C'est, en efTet, un des calculs le^ plus habituels de nos détracteurs en face des populations différantes do Nord, du Centre ou de l'Ouest de la France, — populations qui ont gardé par-devers elles, au milieu de la nationalité française, une empreinte particulière, un air de race, des mœurs, des habitudes, des pratiques qui, dans 1 admirable faisceau de l'unité française, conservent une variété harmonieuse, — c'est le calcul de nos détracteurs, profitant de cette diversité, de dire par exemple aux Provençaux : Si tous saviez comme telles populations sont alourdies, comme elles ont peu l'instinct du progrès, comme elles vous . sont étrangères et indifférentes!

Et aux populations du Nord ou de l'Ouest ils disent, en parlant du Midi : C'est une population absolument volcanique; on n'y parle que de s'égorger; c'est une race indisciplinée et impossible à gouverner ; c'est un peuple do démons I

Et voilà comment on présente les deux frères l'un à l'autre ! {Rires. — Applaudissements,)

Or, Messieurs, à voyager, à visiter les différentes localités des pays, on acquiert cette conviction, toujours grandissante, que la République est la môme partout, que les populations la veulent d'un désir égal. Seulement les populations obéissent à leurs tempéraments qui sont différents : les unes la réclament, les autres la préparent; les unes la pressent, d'autres l'at-

tendent, d autres enfin l'exigent. [Vive approbation.) Mais toutes ces variétés, — n'en déplaise aux moroses et aux chagrins de la monarchie, — ne signifient qa*une chose : nous avons la République, nous voulons la garder, nous voulons surtout la développer. {Oui/ oui! — Bravos,)

Et c'est à ce travail de consolidation, de développement; d'accroissement, que chacune de ces fractions de la nation apporte son contingent spécial et personnel de lumières, d'activité, d'aptitudes. Et c'est par là que je conçois qu'il déplaise beaucoup à certains esprits de vous voir voyager, parce que ce qu'ils redoutent, c'est le contact, parce que, quand on se voit, l'on se compte et Ton s'unit, et parce que notre union fait notre force. {Approbation.)

Oui, c'est l'union qui, jusqu'ici, a fait votre force, c'est l'union qui vous a permis de vous relever d'une chute qui, pour être glorieuse, n'en a pas été moins profonde; c'est l'union qui vous a permis, comme on l'a rappelé, de traverser les mauvais jours, qui vous a permis d'attendre que l'heure du rappel et de la justice sonnât; et c'est cette union sacrée, à laquelle il faut faire tous les sacrifices, cette union, gage certain du triomphe prochain, c'est elle qui vous permet aujourd'hui d'assister l'œil tranquille, l'observation parfaitement sagace, à la pulvérisation des partis adverses; car, si votre union est consommée, si votre pacte est fait, si, laissant de côté résolument les dissidences d'origines et de théories que comporte toujours, dans un grand parti comme le nôtre, la discussion des idées, nous nous trouvons ramenés, avec une inflexible rigueur de méthode, devantl'urne électorale, si tout le monde est d'accord pour demander ce que tous nous devons réclamer, nous vaincrons. A ce titre, dans ces conditions, mais à ce titre seulement, et dans ces conditions seules, nous vaincrons, et pour toujours.

Vous avez déjà vu les premiers fruits de la victoire: ils ont été doubles. Non seulement vous avez pu constituer presque partout une force organisée; non seulement vous avez pu faire apparaître un personnel, dans notre parti, à tous les degrés de Téchelle sociale ou administrative; mais, par votre union, vous avez immédiatement jeté le désordre, la confusion et Tincohérence dans les rangs de vos adversaires, et c'est depuis que vous.ôtes unis qu'ils se divisent. {Viveapprobafion,)

En effet, où en sont-ils, ces adversaires?

Il y a, comme vous le savez, un parti qui, je m'empresse de le dire, est composé de gens beaucoup plus innocents que méchants, de gens appartenant à une éducation de classe, de religion, de fortune qui explique intellectuellement et psychologiquement leurs affections intimes; mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit; il s'agit de savoir ce que veut ce parti et où il nous mènerait.

Eh bien, ce parti, qui ne tient aucun compte des événements accomplis depuis près d'un siècle, qui n'en tient compte ni ici, ni là, ni en France, ni en Europe, ni en Amérique, qui ne tient compte ni des faits qui se sont produits depuis le retour de la Restauration, ni du système général politique des gouvernements^ ni des principes de l'économie sociale, ni des conquêtes de l'esprit d'examen, ni do celles de la science, s'obstine à demeurer attaché à tous les éléments qui ont disparu les uns après les antres. En telle sorte que, si nous voulions lui céder, il ne serait pas plus difficile de ramener parmi nous n'importe quelle civilisation éteinte depuis des siècles que son système disparu depuis 1789. [Applaudmcnients, -^ Très bien! très bien!)

Ce parti est composé d'hommes qui croient que des obligations de cœur, qu'une certaine noblesse de caractère, qu'une véritable générosité de sentiments les

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obligent à jouer, au milieu de notre société, ce rôle de paladins inconvertissables. {Onrit.)

Ne leur parlez pas raison, ils ne connaissent que la foi ; ne leur parlez pas de ces forces, à la fois terribles et nouvelles, qu'on appelle les forces de la démocratrie; ne leur dites pas que, désormais, il est impossible de faire rentrer sous terre ce fleuve qui ne déborde pas, mais qui coule à pleins flots d'un cours régulier et sûr; ne cherchez pas à leur faire comprendre que la terre, aux mains des paysans, que Tatelier aux bras de Touvrier, que les capitaux eux-mêmes, que l'on réussit à acquérir par des efi*orts accumulés, aux mains du capitaliste et du financier, ce sont là les forces de la démocratie ; ne leur dites pas que nul ne doit échapper aux charges de la société, ce qui est une des lois de la démocratie ; ne leur dites pas que l'armée elle-même représente une vaste fonction sociale, à laquelle chaque citoyen doit concourir, ce qui est encore une loi de la démocratie ; ne leur dites pas que Tarmée de 1797 comme comme celle de 1832 sont des institutions démocratiques; ne leur dites pas tout cela , ils ne vous comprendraient pas ; ils vous diraient que vous êtes des sacrilèges, et ils vous accuseraient de vouloir attenter à leur foi. {Approbation.)

Vous ne pouvez discuter avec eux; ils se servent de leur langue et de leur esprit, mais ils détestent la raison ; ils ont de véritables grâces d'État : ce sont les naïfs ; c'est là, permettez-moi le mot, la fine fleur du parti légitimiste. Je les respecte infiniment ; ils ont le goût de la tradition, et ils la défendent, mais ils ne la comprennent pas.

Ce n'est pas, à coup sûr, qu'il faille rayer de notre histoire le magnifique développement de la monarchie qui a fait la France avec le concours, avec les efi*orts associés du peuple, de la bourgeoisie et de la noblesse. ( Vive approbation.) Mais ce passé a fourni sa

carrière, c'est une force épuisée , dont la source est tarie et qui doit disparaître pour faire place à un monde nouveau qui commence.

En conséquence, — et que nul ne se trompe à mon langage, — ils se croient les continuateurs de la tradition, c'est une erreur; car, si cette civilisation disparue avait pu convenir au développement de la démocratie, elle se fût associée elle-même aux nécessaires progrès de cette force moderne. Cet équilibre a été tenté, on a essayé de faire un pacte, et, après Texpérience, il a fallu se poser ce dilemme : Ou il n'y a pas de souverain ou il n'y en a qu'un seul, et c'est le peuple. {C'est celai — Très-bien!)

Alors la monarchie a apparu sous deux aspects : une fois, elle s'est posée en maître du peuple ; une autre fois, elle a été son serviteur subjugué. Dans l'un et l'autre cas, elle a dû disparaître.

Toutefois, ceux qui se croient les serviteurs de la tradition sont sortis comme par hasard, comme par surprise, du fond de je ne sais quelles gentilhommières, ils sont arrivés, ils se sont présentés à la France, et la France ne les a pas reconnus ; ils le savent euxmêmes aujourd'hui, et c'est c'est pour cela qu'ils ne veulent pas s'en aller. [Hilarité.)

Car, remarquez-le bien, si l'on passe en revue tous les arguments pour ou contre la dissolution, au fond on voit qu'il n'y en a qu'un : c'est la certitude de revenir ou de ne pas revenir. Messieurs, je ne veux rien dire de désagréable, mais je suis convaincu qu'il y en a un bon nombre, à l'Assemblée de Versailles, qui sont fixés à cet égard.

Du reste, ils ont quelque raison d'être fixés, car le 8 février 1871, — époque à laquelle ils ont été nomnaés, je dis ceci entre parenthèses, non pas seulement comme des députés et des législateurs, mais comme des parlementaires, permettez-moi ce mot, entre deux armées, — à cette époque, dis-je, ils

tvaient une mission spéciale et limitée. Le suffrage miversel ne s'y était pas trompé : il se trompe fort •arement, et il sait très bien ce qu'il veut faire. A ce Tioment il voulait faire une certaine chose : cette îliose a été faite, obtenue, et, lorsqu'elle a été terminée, tout le monde a considéré qu'il n'y avait plus rien h faire pour ceux qui en avaient été chargés.

C'est tellement vrai, qu'aussitôt qu'on a voulu consulter à nouveau le suffi^age universel, que s'est-il produit? Le Suffrage universel consulté, sous quelque forme que ce soit, à quelque degré de la hiérarchie qu'on se place, a répondu d'une façon uniforme; il a dit : Rendez-moi ma souveraineté! [Applaudissements prolongés,)

On l'a consulté pour les élections municipales, et il a donné là un merveilleux exemple, bien nouveau, bien rassurant; il s'est prononcé au milieu de la guerre civile, au bruit des déclamations dirigées contre le parti républicain, sans émotion, avec un sangfroid imperturbable, sur tous les points de la France. Et qu'est-ce qui a triomphé dans les élections municipales, leur esprit gagnant de proche en proche, de la commune au-chef lieu de canton, du chef-lieu de canton au chef-lieu d'arrondissement, qu'est-ce qui a triomphé? Le parti de la République, le parti de la paix sociale, le parti qui voyait dans ces élections une manifestation politique, — peut-être à tort, — mais enfin on disait que c'étaient des élections politiques. Nos adversaires avaient placé la lutte sur ce terrain, et vous les avez exclus. Ils ont été battus, et vous avez triomphé.

Vous savez mieux que moi. Messieurs, de quels noms on se servait alors, de quels reproches et de quelles calomnies on assaisonnait les discussions. Vous avez triomphé par le suffrage universel qui a dit : Il n'y a qu'un moyen de ramener la paix sociale, c'est de faire une autre Chambre. (Omî/ oui! — Applaudissements.)

Et Tanimation qui se traduisait ainsi s'est reproduite plus tard dans d'autres actes du suffrage universel. Elle s'est renouvelée dans les élections aux Conseils généraux, assemblées réunies à Theure actuelle. Le succès a été tel, que véritablement on ne se lasse pas d'envisager les conséquences fructueuses, les conséquences, permettez-moi de le dire, incalculables pour nos idées, de ces élections aux Conseils généraux.

Rappelez- vous. Messieurs, dans quelles circonstances elles ont eu lieu.

On disait, — c'est une théorie qu'on n'oserait plus faire aujourd'hui, — qu'il y avait une centralisation trop forte depuis longtemps, que les préfets avaient trop d'action, qu'il fallait les mater, — c'est qu'on était en République, vous comprenez bien I (Rires.) — ear, sous une bonne monarchie héréditaire ou quasi héréditaire, on n'eût pas été si pressant; mais il y avait là une démocratie., un suffrage universel qui montait toujours et dont les flots finissent par engloutir tout ce qui reste des anciens privilèges.

On regardait monter le flot el Ton disait : Nous ne trouverons donc pas le moyen d'enil%uer ce flot débordant; il faudrait peut-être mettre la main sur les départements.

Et alors on organisa cette petite loi que vous connaissez, qui ne paraissait être rien, qui avait un air innocent; elle rencontra, dans la discussion, bien des difficultés, bien des résistances, mais enfin elle fut votée et on arriva à Texécution. C'était fort simple, il s'agissait de faire en sorte que les chefs, que leurs amis, que l'état-major qui avait préparé la loi, fussent nommés conseillers généraux, entrassent dans la forteresse, en prissent les clés et les missent dans leur poche.

Intervient alors le suffrage universel, et il choisit ses mandataires départementaux avec un tact parfait^

et à cent vingt députés, appartenant à ce parti rétrograde parfaitement connu, — je ne veux pas citer de noms, parce que je ne veux pas faire de personnalités, — on a opposé des républicains, quelquefois des républicains de la nuance la plus accentuée. Et que s*est-il passé? Ce sont les fils des croisés qui ont mordu la poussière {fiires. — Bravos.)

Or, voilà cette loi des conseils généraux qui, au lieu d'être une loi agréable, utile, devient une loi tout à fait détestable. En effet, à quoi sert-elle? A mettre en lumière les progrès accomplis par le sulTi^age universel dans toutes les couches sociales, à faire arriver dans les conseils généraux — qui n'avaient été jusque-là que des foyers de réaction — des hommes dévoués, sincères, apportant, dans la discussion des intérêts de leurs commettants, des intentions droites, connues et une conscience pure. Ces hommes se sont assis, la plupart pour la première fois, devant le tapis vert de la table du conseil , et je dois dire qu'ils ont donnéy par leur activité, par leur zèle, par leur compétence, un éclatant exemple de ce qu'ils peuvent faire.

Ces conseils ont été la grande consolation de la France alors que, de tous côtés, on cherchait sur quels hommes, sur quels groupes on pourrait s'appuyer, si des moments de détresse se représentaient ; ces conseils se sont offerts comme une véritable force pour le pays, et l'on a parfaitement senti qu'avec une démocratie ainsi préparée non seulement pour Tordre, mais pour la pratique des affaires, la situation changeait et que la République s'était élevée au-dessus des atteintes des partis. {Applaudissements,)

Tout le monde l'a compris ainsi, et soyez convaincus que le désarroi qui s'est mis chez les uns, et certaines facilités qui se sont produites chez les autres, ne viennent pas d'ailleurs que de celte expérience récente, que de ce trait de lumière, que de cette vo-

lonté deux fois répétée du pays, manifestée d^une façon intime, personnelle, toute locale, sur ce terrain rétréci de la lutte dans les cantons, lutte dont le résultat a été de faire savoir aux hommes de TAssemblée qu'ils n'avaient pas reçu le mandat de conspirer contre la République. Ces membres de TAssembléc sont venus devant les électeurs en leur demandant un mandat local, départemental, et ils ont échoué là où leur influence passait pour la plus considérable et paraissait le mieux assise. Aussi ont-ils compris le sort qui leur était réservé s'ils tentaient d'aborder une arène plus large. {Approbation,)

Mais il ne faut jamais trop triompher, il ne faut jamais cueillir prématurément le fruit de sa victoire. Quant à nous, nous n'avons pas espéré qu'il suffirait de ces deux manifestations pour amener la conviction, la persuasion dans certains esprits. Les simples, les gens qui croient que les affaires publiques sont toujours menées de bonne foi par les partis, l'ont espéré quelques instants; leur désillusion a été prompte.

A peine avait-on enregistré ce double résultat des élections aux conseils municipaux et généraux, que les partis sont entrés véritablement en scène, et alors nous avons vu le parti légitimiste, — non pas précisément celui dont je parlais tout à l'heure, — niais le parti légitimiste d'une autre nuance et le parti orléaniste se mettre à l'œuvre. Il y a bien eu en scène aussi le parti bonapartiste, mais de celui-là, nous ne parlerons pas, si vous le voulez bien. Car ce n'est pas un parti politique, c'est une bande, c'est une horde, et rien de plus. (Rires.)

Ces partis ont manifestement jugé que, devant cette répulsion du pays, il y avait quelque chose à tenter pour rétablir leurs affaires.

Ce quelque chose, c'était d'aller chercher un roi. On a considéré qu'il fallait peut-être lui demander

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quelque chose. On a rédigé un programme, quelque chose comme une Charte , et Ton a cherché à y rallier tous les partisans de la monarchie.

Tout cela s'est passé en pleine République, — remarquez-le bien, — alors que nous sommes, nous républicains, des hommes de désordre, des hommes d'agitation, des hommes qui ne cherchent qu'à exciter les passions. C'est en pleine République qu'on a fait cette chose tout à fait simple et morale d'aller à l'étranger chercher un roi pour le ramener et l'installer à la place du gouvernement actuel, car, je le pense, c'était pour lui donner la place qui était si bien remplie. Et cela ne s'appelle pas conspirer, cela ne s'appelle pas menacer la fortune et la paix publiques, se livrera des manœuvres coupables I Agir ainsi sous Toeil de l'étranger qui campe sur notre territoire, est-ce mal ? Non î Vous vous trompez, c'est le parti des honnêtes gens qui se conduit ainsi , et ce qu'il fait s'appelle chercher à garantir l'ordre ! {Applaudissements répétés.)

Oui, c'était pour affermir l'ordre, pour le sauver dans le présent et dans l'avenir, que l'on se livrait à ces menées et à ces voyages.

Mais il est arrivé que le nombre des prétendants était trop considérable. {Hilarité.) 11 y avait au moins trois prétendants qui s'offraient pour sauver l'ordre. Us ont eu leurs représentants dans le sein de l'Assemblée, et, au dehors, on a parlementé, on a échangé un premier programme, puis un second, puis il s'est même trouvé un esprit subtil qui en a fait un troisième. {Rires,) Enfin, après avoir rédigé, voyagé , parlementé, échangé, modifié, on a abouti à cette déclaration magnifique : que le parti de l'ordre était divisé en trois, qu'il y avait trois combinaisons : l'ordre avec la monarchie traditionnelle, l'ordre avec la monarchie constitutionnelle, l'ordre enfin par une certaine combinaison nouvelle appelée le stathou-

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