‹ Discours et plaidoyers politiques de Me [L] G (volume 4)Chapitre 20 sur 38 · II. i · texte numérisé non relu

II. i

VOUS voir au milieu de ce foyer, de cette braise. {Bravos et applaudissements à gauche,)

Alors j*ai dit que ceux qui avaient la responsabilité de la fabrication des' cartouches, qui n*en avaient pas fabriqué, qui n'avaient pas su avertir, j'ai dit que ceux-là jouaient leur tête, et j'en prends la responsabilité devant mon pays.

A gauche. — Très bien I très bien !

M. Gambetta. — M. Pellot des Minières est venu alors ; il a offert des cartouches. On a fait avec lui comme avec les autres : on a tenté l'aventure. On n'a rien trouvé, mais on n'a rien payé non plus.

En quoi cela incriminerait-il un gouvernement qui cherche de tous côtés^ qui est impuissant à faire des merveilles, mais qui ne refuse aucune avance et ne se laisse jamais désespérer? On peut le tromper, mais on ne l'abat pas! (Très bien! très bien! à gauche,)

M. Ernoul. — 11 fallait convoquer les électeurs au mois d'octobre 70 1

M. DE Gavardie prononce de sa place quelques mots qui paraissent signifier : On n'abat point ce qui est déjà par terre I

Voix de divers côtés. — N'interrompez pas I

M. Gambetta. — Messieurs, il s'agit d'une question grave, et M. de Gavardie m'interrompt ! Et il m'interrompt au moment où je viens de prononcer le nom de M. de Freycinet, le délégué à la guerre, un de ses amis, un homme auprès de qui il a sollicité une place sous le gouvernement du 4 septembre... [Explosion de rires à gauche, — Très bieni très bien!)

M. DE Gavardie se lève pour répondre.

M. Gambetta. — Vous répondrez après moi, monsieur de Gavardie.

M. DE Gavardie insiste pour parler.

M. Gambetta. — Je ne vous accorde pas la parole... {Vives exclamations à droite,) Vous me répondrez. C'est

2i Mai 1872. 291

mon droit d'orateur que je défends. Vous n'avez pas le droit de m'interrompre.

M. LKPBÉsiDENT. — L'ofateuf s'cst mal exprimé...

A droite, — Très mail {Bruit)

M. LE PBésiDBNT. — Quaud il a dit qu'il n'accordait pas la parole. Ce droit n'appartient qu'au président... (Vive approbation,) Mais il a pu dire très légitimement qu'il ne la cédait pas.

M. Gambetta a la parole, je ne peux pas la lui ôter. Je la donnerai ensuite à M. de Gavardie. {Très bien,)

Tout ceci, Messieurs, prouve une fois de plus que les interruptions ne sont bonnes à rien. {Marques généi*ales d^ assentiment.)

M. Gambetta. — Messieurs, il est absolument inutile d'insister sur des mots : Quand je disais : « Je n'accorde par la parole, » vous avez tous entendu, je l'espère, que cela voulait dire : « Je ne réponds pas à l'interruption. » {Exclamations adroite et au centre.)

A gauche. — Parlez I parlez!

M. Gambetta. — C'est mon droit d'orateur.

Eh bien, Messieurs, je tiens à répéter que, sauf ces deux marchés dont je viens de vous entretenir, tous les marchés, tous les intermédiaires consignés au rapport de M. Riant, nous viennent des bureaux de la guerre, des bureaux de l'administration impériale. Et il faut que l'Assemblée et le pays connaissent cette explication.

Je dis que, sauf ces deux cas, M. de Preycinet, le délégué de la guerre, n'est jamais directement intervenu dans une affaire : les chefs de service, les chefs de direction n'en ont d'ailleurs pas décliné la responsabilité. Ils ont agi suivant leur tradition et leurs habitudes, ils ont continué à faire des traités. Savez-vous pourquoi, Messieurs? Parce qu'ils n'avaient pas confiance, comme un grand nombre de personnes, dans l'activité et l'efficacité de la commission d'armement. Mais il est arrivé un jour, deux mois et

demi après que j'ai été rendu à Tours, où j'ai pu voir et toucher les résultats immenses de l'activité de la commission d'armement, et ce jour-là, j'ai rendu un décret. Par ce décret, je ne lui ai pas réservé le monopole, comme on Ta dit inexactement, car le monopole se compose de deux choses : acheter et vendre, et ici il n'y avait qu'un achat; mais un droit exclusif donné à la commission d'armement, pour éviter cette concurrence, cette folle enchère que le ministère de la guerre entretenait contrairement à toute saine pratique, comme le disait l'honorable rapporteur de la commission des marchés.

Mais il faut, comme le disait M. Rouher, retenir la responsabilité de chacun. La responsabilité des marchés que vous nous avez livrés, entendez-le î au moment où vous méditiez déjà la fuite et la livraison de la patrie... (Bruyantes exclamations à droite. — Applaudissements à gauche.)

Je vais vous le prouver.

Car de deux choses l'une : ou vous aviez, par suite de ces angoisses prétendues patriotiques... {Nouvelles exclamations) y qui vous agitaient depuis quatre ans, ou bien vous aviez réalisé les quantités d'armes, de fusils, de munitions nécessaires pour cette conflagration vers laquelle vous marchiez ; ou bien vous ne l'aviez pas fait, et alors je vous pose le dilemme suivant : Si vous aviez les armes, pourquoi ces marchés précipités? Si vous aviez les armes, pourquoi, dans l'espace de quatre jours, faites-vous quarante-huit contrats à des conditions néfastes? {Très bien! très bien! à gauche.) Et si vous n'aviez pas les armes, il n'y a qu'un mot : Vous étiez des traîtres et des voleurs ! ( Applaudissements à l'extrême gauche. — Protestâttons à droite. )

Oui, vous êtes des traîtres I ( Allons donc!) Et ne venez pas dire que c'est un procès qui a besoin d'être instruit ! La France, le monde le connaissent, et ce qu'il y a de plus humiliant, c'est de vous entendre dîs-

culep et chercher à restreindre une responsabilité pour laquelle il n'y a pas de châtiment suffisant. [Bravos à gauche,)

Nous allons voir, puisque vous avez cité des documents officiels, ce que disait Thomme que vous aviez chargé de recenser Tétat de votre armée au point de vue de Tintérieur. Je vous prouverai, pièces en main, que vous avez livré les destinées de la patrie, et que, si FAlsace et les Vosges ne se sont pas défendues, n'ont pas gardé leurs défilés, c'est que vous les avez abandonnées désarmées à Tinvasion.

Écoutez. Ceci est écrit le 31 août 1870, trois jours avant Sedan, trois jours avant cette fuite que vous appelez un exil et qui n'est qu'une lâche désertion... {Exclamations à droite, — Oui! oui/ à gauche), car, songez-y, il ne s'agit pas d'invoquer votre qualité : parmi les sénateurs, il y en a un qui a fait son devoir pendant tout le siège, qui a couru aux remparts, et qui est mort martyr, indignement assassiné. M. le sénateur Bonjean vous avait marqué votre devoir ; mais vous, vous couriez derrière les équipages de votre maître jusqu'en Allemagne! (Applaudissements à gauche,)

M. LE BARON EscHASSÉRiAUx. — Allous douc ! Dcs injures ne sont pas des raisons !

M. Gambetta. — Voici le document :

CABINET DE M. LE MINISTRE DE l'iNTÉRIEUR Paris, le 31 août 1870.

« Monsieur le Ministre,

« Vous m'avez fait l'honneur de me déléguer pour procéder à l'armement des gardes nationales sédentaires de Paris et des départements.

« J'ai dû tout d'abord me renseigner sur le nombre des armes qui pourraient être mises à ma disposition. J'ai reçu communication de l'état qui vous avait été re-

mis à cet effet le 24 août dernier, et défalcation faite sur les 1,014,630 fusils (à tabatière, à percussion, de dragons et autres) que possède le ministère de la guerre, des fusils distribués à la garde mobile , aux pompiers depuis plusieurs années, des armes renfermées dans les arsenaux de Strasbourg et de Metz, il résulte de cet état que le chiffre des armes disponibles est en :

« fusils à canons rayés . . . 276,500

« fusils à canons lisses. . . . 179,371

Total . . . 455,871

« De ce chiffre de 455,871, il faut retrancher encore :

« V Pour le service de la garde nationale de Paris, en outre des 78,000 fusils à tabatière dont elle serait déjà armée, il faut retrancher, dis-je pour la même destination :

« l'» 69,000 fusils à canons rayés. . . . 69,000 « 2° 54,237 fusils à canons lisses. . . . 54,237

« 2» Pour le Haut-Rhin 7,000

Total. . . 130,237

« Resterait donc pour les gardes nationales sédentaires de France (province) 325,634, fusils à canons rayés et lisses. Or, le 29 août, sur ces 325,634 fusils, 279,934 étaient déjà distribués à 39 départements : il n'y aurait donc et pour les départements envahis, qui devront être armés au fur et à mesure de la retraite de Tennemi, et pour quarante autres départements, en tout cinquante départements, il n*y aurait que 55,700 fusils, soit à peine 1,000 par département.

« On pourrait bien faire figurer encore, diaprés les renseignements pris au ministère de la guerre, 410,000 fusils en réparation, mais le quart à peine est en bon état; et loin de rassurer et de satisfaire les hommes auxquels elles seraient distribuées, ces armes éveilleraient au plus haut degré leur méfiance,

leur irritation, leurs réclamations et leur abandon.

« Les chiffres indiqués dans cette note ne sont pas évidemment de la plus rigoureuse exactitude... {Aht ah!); mais j'ai lieu de croire qu'ils ne s'écartent que faiblement de la vérité ; je me base sur les nombres de fusils déclarés dans chaque direction d'artillerie, mais je dois ajouter que ce nombre n'est pas toujours trouvé exact ; des déficits ont déjà été constatés, notamment à Brest. »

Un membre à droite, — A quelle date?

M. Gambetta. — On me demande ; Pour quel usage?

Le même membre. — Non : A quelle date?

M. Gambetta. — Pour quel usage? On ne dit pas pour quel usage. Ce n'est pas à moi à vous montrer les Alites souterraines des arsenaux de l'Empire ; cherchez dans vos mémoires sur le Mexique, vous les trouverez. {Très bien! à gauche.)

Je reprends ma lecture :

« Je ne parle pas, bien entendu, des fusils à silex, dont l'usage me semble inefficace en présence des armements actuels.

« Je n'ai pas à indiquer les mesures qu'une telle situation commande au gouvernement, mais au point de vue réel de la défense nationale, au point de vue politique, il ne faudrait pas reculer devant des acquisitions nombreuses. »

Ceci était écrit le 31 août, en pleine guerre I

t Autant le pays, en temps de paix, peut se montrer économe... »

Quand vous connaîtrez le signataire, vous comprendrez ce que signifie ce mot « économe ».

« Autant dans les cironstances actuelles, il se

croira en droit d'exiger que les approvisionnements de toutes sortes soient faits sur la plus large échelle, même jusqu'à l'exagération.

« Chaque jour de retard rend l'acquisition des

armes plus difficile, plus dispendieuse, je Tai vérifié par moi-même. Je sais des milliers d*armes d'abord destinées à la France et qui depuis ont été acquises par la Prusse ; en outre leur sortie de l'étranger est de jour en jour Tobjet d'une surveillance plus grande ; faut- il s'exposer à un déficit nouveau, quand le pays, la Chambre, sont prêts à tous les sacrifices? Je livre ces réflexions à votre sagesse et à votre patriotisme.

« Je suis persuadé qu'il serait possible de se procurer très rapidement, à des conditions que je ne suis pas compétent pour discuter, mais qui seraient résolues par la direction de l'artillerie, un grand nombre de chassepots (modèle 4868), des remingtons, des sniders, des fusils autrichiens (dernier modèle), avec toutes les munitions que ces armes étrangères comportent. De telle sorte, qu'au fur et à mesure des livraisons, la garde mobile et les autres corps plus exposés à la résistance seraient pourvus par masses, afin de simplifier l'approvisionnement, des armes perfectionnées, et reverseraient les armes dont ils sont aujourd'hui détenteurs entre les mains des gardes nationaux de province et d'abord de Paris, où l'uniformité de l'armement préviendrait peut-être bien des difficultés et de dangereuses divisions dont les maires de Paris se sont déjà faits les interprètes.

« Veuillez agréer. Monsieur le Ministre, l'assurance de mes sentiments les plus afiectueux. »

Ce document est signé... par M. Janvier de la Motte. [Exclamations et rumeurs diverses,)

Tout à l'heure, l'orateur qui descend de cette tribune s'est livré à un grand mouvement de rhétorique pour justifier le langage qu'il avait tenu h Saint- Gloud sur les admirables et les savantes dispositions prises depuis quatre ans par le génie de l'homme de Sedan. {Ôhf ohl — Oui! oui! — Très-bien I très-bien! à gaucfie,) Il vous disait que ces paroles de confiance

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