Î2 MAI
sur les préparatifs militaires de TEmpire n'étaient qu*un véritable simulacre; il vous disait, pour couvrir ce langage qu'il m'est impossible de ne pas stigmatiser avec indignation, il vous disait : Ah I ah I mais quand on parle en face du pays, on est obligé de tenir et de professer des opinions, une confiance qu'on n'a pas. M. Thiers, M. Gambetta, au Corps législatif, ont fait de même...
M. Prax-Paris. — Aviez-vous confiance, vous?
M. Gambetta. — Oui, Monsieur! et je l'ai encore! {Applaudissements à gauche.)
Eh bien ! je dis ceci : Quand M. Thiers, — vous me permettrez de ne pas prononcer mon nom après celui de M. Thiers (7rè«-*ien/ très-bien/), — quand M. Thiers vous combattait avec le sentiment patriotique et la suprême énergie qu'il dépensait à la séance mémorable où vous avez précipité la France dans la guerre, malgré elle; quand vous redoutiez la lumière invincible qui allait sortir de son discours... (Cest vrai/); quand le lendemain, pour remplir son devoir de citoyen, pour remplir son devoir de Français, en face de cette invasion germanique que vous aviez stupidement attirée sur la vieille France, il avait besoin de dire qu'elle s'arrêterait devant Paris, vous vous emparez de ces paroles et vous dites que son patriotisme couvrait le vôtre.
Je le demande, est-ce qu'il est possible de venir tenter une odieuse confusion entre celui qui a précipité la France dans les désastres, et celui qui faisait face à l'ennemi, celui dont les conseils nous eussent très-certainement évité les exactions et les conquêtes! (Applaudissements à gauche,)
M. Louis DE Saint-Pierre {Manche), — M. Thiers! Il vous a appelé fou furieux !
M. Gambetta. — Non! non! Quand vous teniez ce langage, vous n'apportiez pas votre patriotisme, vous n'apportiez que le sentiment de servilité, le même qui
VOUS faisait dire... {Interruptions à droite.) Écoulez! JMrai jusqu'au bout; — ce sentiment de servilité pour le maître, qui vous faisait dire en face de M. Thiers, en face de ce grand et illustre Berryer, alors qu'on vous criait que toute la France penchait dans cet abîme du Mexique, qui vous faisait dire que c'était la plus glorieuse pensée du règne!... {Bruit.)
Tenez, je vais abréger... La plus grande pensée du règne, c'est celle qui a fait tous nos désastres, c'est celle qui fait que nous avons encore le stigmate, la honte impériale sur le front. Oui, c'est le Mexique, fait pour enrichir les hommes du 2 décembre, c'est le coup d'État, c'est le coup de main et les affaires véreuses qui en découlent, qui sont notre humiliation et votre honte ! (Très bien/ très bien/ à gauche.)
Ohl écoutez bien, vous n'échapperez pas par l'outrecuidance, par des déclamations, aux responsabilités; le Mexique vous tient, le Mexique vous poursuit, le Mexique a déjà fait justice, par l'étemel châtiment qui sort des choses, de tous ceux qui ont compromis l'honneur et la grandeur de leur pays dans cette détestable équipée. Oui, la justice a commencé, elle a saisi tour à tour et Momy et Jecker, et Maximilien, et Napoléon III! Ëlle.tientBazainel Elle vous attend! {Exclamations à droite. — Bravos et applaudissements prolongés à gauc/ie.)
M. Rouher garda le silence. M. de Gavardie et rf. de Belcastel vinrent, au nom de l'extrême droite, prononcer quelques paroles sans portée, t Si la Lorraine, après TAlsace, a été perdue, dit M. de Belcastel, le coupable, c'est le 4 septembre. » M. Lepère interrompit : « Demandez à l'Alsace qui a nommé M. Gambetta député. »
MM. de Broglie, de Mornay, Anisson-Du perron, Lambert de Sainte-Croix et Saint-Marc Girardin, déposent l'ordre do jour suivant, que M. de Broglie explique brièvement.
« L'Assemblée nationale, confiante dans la commission des marchés et persévérante dans sa résolution de poui^suivre
et d'atteindre toutes jes responsabilités avant ou après le 4 septembre, passe à Tordre du jour. »
M. Gambetta remonte à la tribune : « L'ordre du jour présenté et motivé à la tribune par M. le duc de Broglie divisant, séparant ce qui doit être, du reste, séparé, et celui qui vous parle, ne redoutant, d'ailleurs, ni la lumière, ni les conclusions de vos commissions d'enquêtes qu'il a toujours réclamées, je m'y rallie et je prie mes amis d'en faire autant. »
L'Assemblée, à l'unanimité de 676 votants, adopte l'ordre du jour proposé par M. de Broglie.
Le lendemain, le général Loysel demande la parole sur le procès-verbal.
M. LE GÉNÉRAL LoYSEL. — Messicurs, il n'est pas toujours facile, dans une discussion aussi ardente que celle d'hier, de saisir toutes les paroles, tous les noms qui sont lancés avec Tanimation des mouvements oratoires. {Assentiment.)
A la dernière séance, le nom de Maximilien que j*ai retrouvé au Journal officiel dans le compte rendu in extenso, a été prononcé dans des circonstances telles que je regarde comme un devoir de faire entendre une protestation.
Je m'honore d'avoir occupé auprès de ce prince une position dans laquelle j'ai eu occasion de lui montrer les sentiments qu'il méritait, tout en rendant, j'en ai la conscience, quelques services à mon pays. J'ai donc quelque 'autorité pour en parler aujourd'hui, (^mmeurs à gauche. — Parlez! parlez/)
Profondément dévoué au Mexique, travailleur infatigable, animé d'un libéralisme vrai qui s'est retrouvé dans tous les actes de son gouvernement, l'empereur Maximilien avait l'ambition de donner à sa patrie d'adoption la stabilité que ne sauraient assurer à ce pays les pouvoirs éphémères dont l'étiquette menteuse ne couvre que la corruption et le plus tyrannique arbitraire. {Mouvement. — C'est vrai/ à droite.)
Un membre à gauche. — Ce n'est pas là une rectification au ppocès-verbal !
A droite, — Parlez ! parlez !
M. LE GÉNÉRAL LoYSEL. — Je VOUS demande pardon; c'est un devoir que je tiens à accomplir ici, et M. Gambetta lui-môme peut rendre justice au sentiment qui m*amène.
M. Gambetta. — Parfaitement.
M. LE GÉNÉRAL LoTSEL. — MessieuFS, poiiF assuFcr à Maximilien la justice qui lui est due, je pourrais parler de rélévation de son caractère, de la loyauté de ses actes; mais pour lui concilier les légitimes sympathies d'une Chambre française , il me suffit de rappeler ses malheurs et l'héroïsme de sa fin. {Marques d'adhésion sur plusieurs bancs, — Bf*uit à gauche,)
Messieurs, je vous demande la permission d'ajouter un dernier mot..
Il est un autre sentiment qui me domine, sentiment qui trouvera, j'en suis sûr, un écho dans l'Assemblée, et qui me fait regretter encore les paroles auxquelles j'ai fait allusion : c'est le sentiment de respect que doit inspirer la princesse éminente, Française d'origine, Française de cœur... {Interruptions à gauche, — Parlez/ par lez f) dont la haute intelligence n'a pu résister à la ruine de toutes ses affections, à la ruine de cet édifice à la grandeur duquel elle avait consacré sans réserve les qualités supérieures dont elle était douée et auxquelles on ne saurait trop rendre hommage.
Je le répète, Messieurs, c'est un devoir de cœur que je remplis ici, et je suis sûr que l'Assemblée me comprendra. {Oui/ oui/ Très bien/ très bien/)
M. BoDuiN. — C'est le langage d'un honnête homme I
M. Gambetta. — Messieurs, un seul mot.
Les paroles que l'honorable général Loysel vient de porter à cette tribune ne sauraient, dans leur généralité et leur loyauté, être de ma part l'objet d'aucune
espèce de protestation. Mais qu'il me permette de le lui dire, dans cette énumération que j'ai faite sur les victimes marquées comme par une sorte de fatalité {OhlohI) qui ont été touchées à la suite de Texpédition du Mexique, ce que j'ai voulu dire, ce que je maintiens, c'est que ce Maximilien, cet empereur dont vous vantez les qualités... {Rumeurs) avait été une victime luimême de rintrigue impériale.
Et puisque vous parlez de la folie de la princesse Charlotte, c'est une nouvelle victime dont vous devez demander compte à la duplicité et à l'esprit d'aventure du second Empire. (Très bieni très bien/ à gauche. — Bruit.)
Pour compléter ce chapitre de Thistoire de TAssemblée nationale, nous devons reproduire en dernier lieu la lettre suivante, adressée le i\ février 1872, par M. Gambetta à. M. le duc d'Audiffret-Pasquier :
Dimanche, 11 février 1872.
Monsieur le Président et cher Collègue,
Je lis dans le Joutmal officiel de ce jour — page 1013, — procès- verbal de la séance de la commission des marchés du mardi 12 septembre 1871^ la déposition suivante :
M. LE GÉNÉRAL COMTE DE Palikao : « Je me rappelle seulement M. Le Cesne, qui est venu pour son compte proposer un marché qui n*a pas eu de suite. Je vous ai cité trois députés : je ne me rappelle pas les circonstances de leur intervention; c'est déjà un peu loin de moi. Mais il y a eu dans mon cabinet, entre M. le général Susane et ces trois députés, dont deux étaient certainement M. Picard et M. Gambetta, une scène fort vive dans laquelle j*ai dû mettre le holà. »
Il est absolument inexact que je me sois trouvé dans le cabinet du ministre de la guerre le jour et dans les
circonstances où M. le général de Palikao affirme m'y avoir vu.
Je n*ai jamais été reçu qu'une fois au ministère de la guerre par M. le général de Palikao, et c*est à une occasion qu*il ne saurait avoir oubliée, à ToceasioD du recours en grâce des condamnés dans raSaire de la Villette.
Je n*ai jamais fait de démarche avec M. Picard, en aucun temps, et sous aucun prétexte.
Je ne me suis jamais rencontré avec le général Susane, que je ne connais pas, et qui ne me connaît pas.
Je ne connais pas davantage M. Ghollet, auquel il est fait allusion au cours de ce débat.
J'oppose donc le démenti le plus formel aux affirmations de M. le général de Palikao, et je vous prie de vouloir bien joindre cette lettre aux procès-verbaux de la commission que vous présidez.
Veuillez agréer, monsieur le Président et cher Collègue, l'assurance de mes sentiments de haute considération.
Léon Gambetta.
SUR
LES ARTICLES 19, 23 ET 37 DU PROJET DE LOI RELATIF AU RECRUTEMENT DE L'ARMÉE
Prononcés les ^", 3 et i2 juin 4872
Le 25 avril 1872, Tordre du jour de TAssemblée nationale appelait la première délibération sur les conclusions du rapport de la commission chargée de présenter un ensemble de dispositions législatives sur le recrutement de Tarmée. Sur la proposition de M. de Lasteyrie, président de la commission, TAssemblée avait remis la discussion générale, de la loi à la seconde lecture, pour « accomplir le vœu du pajs, en votant sans discussion la première lecture ».
La deuxième délibération commença le 27 mai. La discussion générale occupa trois séances. Dans la première, l'Assemblée entendit le général Chanzy, M. Jean Brunet et le général Trochu. Dans la deuxième, 28 mai, le colonel Denfert, le général Changarnier, le duc d'Aumale, M. Farcy et le général Guillemaut occupèrent successivement la tribune. Dans la troisième, 29 mai, M. Dupanloup, évêque d'Orléans, répondit par une longue homélie à un discours très précis et très élevé du général Guillemaut; le général Billot replaça la discussion sur son véritable terrain, et M. du Temple se livra pendant une heure à des divagations haineuses contre M. Gambetta et contre le gouvernement de la Défense nationale tout entier. Quand M. du Temple descendit de la tribune, M. Gambetta dit dédaigneusement de sa place:
« On ne répond pas à de pareils discours. On met en traitement ceux qui les font. La seule réponse vraie, c'est m médecin aliéniste. »
L'Assemblée, dans sa séance du 30 mai, passa à la discussion des articles. Les articles 1, 2, 3 et 4 furent adoptés presque sans discussion. Nous rappelons le texte de ces a^ ticles :
« Article premier. — Tout Français doit le serrice militaire personnel.
« Art. 2. — Il n*y a, dans les troupes françaises, ni primes en argent, ni prix quelconques d'engagement.
« Art. 3. — Tout Français qui n'est pas déclaré impropre aa sei*vice militaire est appelé, depuis Tâge de 20 ans jusquà celui de 32, à faire partie de l'armée active et des réserves.
«Art. 4. — Le remplacement est supprimé. — Les dispenses de service, dans les conditions spécifiées par la loi, ne sont pas accordées à titre de libération définitive. »
L'article 5 : « Les hommes présents au corps ne prennent part à aucun vote, » fut combattu par M. Edouard Millaud. M. Gambetta interrompit l'orateur à deux reprises pour déclarer qu'il n'était pas partisan du vote de l'armée et pour rectifier une appréciation erronée de M. Millaud sur le vole de l'armée après le 2 décembre: « C'est l'armée, dit M. Ganibetta, qui a le mieux voté au 2 décembre. Le tiers a voté non. Il n'y a pas beaucoup de classes de la nation qui puissent en dire autant. »
Quand M. Millaud descendit de la tribune, M. de Chasseloup-Laubat^ rapporteur, et M. Gambetta s'y présentèrent en même temps. M. Gambetta céda son tour de parole i M. de Chasseloup-Laubat. Après un court discours du rapporteur, l'Assemblée, par 638 voix contre 35, adopta l'article 5.
Dans la séance du 31 mai, l'Assemblée vota les articles 6 à 22 inclusivement, du projet de loi. (Titre A, des Appels. Première section. — De recensement et du tirage au sort (articles 8-16). — Deuxième section. — Des exemptions, des dispenses et des sursis d'appel (articles 16, i 7, 48, J 9, 20, 21 et 22.)
L'article 23 du projet de loi était ainsi conçu :
« En temps de paix, il peut être accordé des sursis d'appel aux jeunes gens qui, avant le tirage au sort, en auront
fait la demande au conseil municipal de la commune où ils sont domiciliés.
« A cet effet, ils doivent établir que, soit pour leur apprentissage, soit pour les besoins de l'exploitation agricole, industrielle ou commerciale, à laquelle ils se livrent pour leur compte ou pour celui de leurs parents, il est indispensable qu'ils ne soient pas enlevés immédiatement à leurs travaux. »
M. Ghevandier et le général Guillemaut ayant demandé le rejet de cet article, TAssemblée en renvoya la discussion au lendemain i«' juin.
La séance du l*' juin commença par un discours de M.Paul Bethmont, qui avait accepté la difficile mission de défendre l'article 23. M. Gambetta répondit à M. Bethmont.
M. Gambetta. — Messieurs, je vous demande la permission de répondre brièvement au discours que vient de prononcer Thonorable M. Bethmont. Vous me permettrez d*abord de le résumer. Il contient deux arguments principaux.
Le premier est tiré de la nature transitoire de la loi et de la nécessité, pour la période intermédiaire entre l'ancien ordre de choses militaire et le nouveau, de tempéraments nécessaires; le second, de l'exemple qu'il a emprunté à l'Allemagne, et enfin des considérations générales qui, si elles étaient vraies, pourraient bien faire voter l'article 23, mais, à coup sûr, seraient la ruine du projet lui-même.
Un membre. — Pourquoi?
M. Gambetta. — Pourquoi? Parce qu'il n'est pas une des raisons données par l'honorable M. Bethmont, pour la défense des 4 pour 100 réclamés dans l'article 23, qui, appliquée successivement à tous les cas que comporte le contingent tout entier incorporé sous les drapeaux, ne soit également victorieuse. {Cest vrail — Très bien! sur divers bancs.)
Mais, Messieurs, au lieu de relever les interruptions, ce qui nous jetterait dans la précipitation et la confu-