II
parlent defonder la République sans les républicains.
C'est à cette œuvre, mon cher ami, que vous êtes convié et que vous pouvez apporter un si utile concours ; et c'est parce que cette œuvre expérimentale est éminemment politique que je trouve superflu, pour ne pas dire périlleux, d'aborder, au conseil général , les questions de politique pure , même sous la forme la plus indirecte. En faisant ce que je propose, il me semble que nous aurons plus efficacement servi la République que par des discussions passionnées et abstraites. Imitons ce conseil municipal de Paris qui, bien qu'élu sous l'état de siège, au lendemain des plus cruelles épreuves , compte dans ses rangs des citoyens et des politiques ardents. Ha volontairement écarté les incidents de la politique générale et confondu, par la sagesse et l'intelligence de ses actes, toute la tourbe des insulteurs à gages qui avait prédit que l'avènement de pareils hommes serait la consommation de la ruine de Paris, L'enquête qui est sortie de ses études a mis en lumière deux choses dont nous devons profiter, Texcellence de la ligne de conduite adoptée et l'utilité de premier ordre qu'il y a pour des gens qui entrent aux affaires de se rendre compte des besoins et des difficultés avec lequels ils vont se trouver aux prises.
C'est la politique qui se préoccupe surtout et avant tout de l'étude des questions et de leur solution démocratique, qui est la politique du parti radical. En effet, le radicalisme n'est pas un vain mot; ce n'est pas une nuance : c'est un parti et une doctrine. A la différence du parti républicain formaliste qui se contente d'une pure devise, qui a conservé jusqu'ici toutes les institutions monarchiques, et qui s'accommode de compromis et d'alliances souvent coupables, toujours funestes, le parti radical se préoccupe avant tout des institutions organiques qui ne fassent plus de la démocratie un mensonge et de la République un
leurre. Donnez donc, dans ces conseils généraux, Texemple du travail; démontrez votre compétence dans le maniement des affaires publiques; répandez partout vos idées et vos principes, et le pays saura bien vous appeler à les mettre en pratique, le jour où les solutions radicales seront connues de tous ceux qui ont intérêt à les appliquer.
C'est par l'application suivie d'une pareille méthode à l'intérieur que la démocratie parviendra à mettre en (suvre ses admirables ressources et les trésors de force et de puissance que recèle notre grand pays, et qu'il sera donné à la France de reprendre sans précipitation, sans aventures, le rang qui lui appartient dans le mondOt de ressaisir les provinces violemment arrachées et de faire de son intégrité restaurée le gage de la paix européenne.
Pardonnez-moi , mon cher ami , ces longs développements. Je crains cependant de n'avoir pas assez dit sur un aussi grave sujet. Pensez-y vous-même et faites-moi connaître vos impressions.
Salut fraternel.
Léon Gambettâ.