‹ Discours et plaidoyers politiques de Me [L] G (volume 4)Chapitre 32 sur 38 · INCIDENTS · texte numérisé non relu

INCIDENTS

Le 24 février 1872, TAssemblée nationale était appçlée à discuter le rapport de M. Clément sur les élac lions du département du Nord. Le recensement fait à Lille, le 1 i janvier, avait donné les résultats suivants :

MM. Dupont 82,837 voi^

Deregnaucoud, . ....«..., 82,136 — -

Bergerot 81,695 — •

Soins 81,373 —

MM. Dupont et Deregnaucourt avaient été proclamés élus. Malgré les protestations formulées distinctement contre chacun des candidats élus, M. Clément, au nom du buteau qui Tavait nommé rapporteur, concluait à leur double admission.

M. Raoul Duval prit aussitôt la parole pour demander rinvalidation de M. Deregnaucourt, sous ce prétexte que le maire de Cambrai s'était, dans une afflcbe, prononcé en faveur du candidat républicain. M. Goblet répondit à M. Raoul Duval que le maire de Cambrai méritait peut-être d'être blâmé, mais que le maire de Douai était intervenu en faveur de M. Dupont, qu'en conséquence, pour être logique, il était impossible de valider M. Dupont et de frapper M. Deregnaucourt; que l'Assemblée se devait, d'adopter purement et simplement les conclusions du 14* bureau.

Au cours de son discours, M. Goblet fut amené à donner lecture d'une affiche émanée du comité conservateur de Valenciennes :

M. Goblet. — Voici maintenant, Messieurs, l'affiche

émanée du comité conservateur et libéral. Cette fois, nous sommes dans l'arrondissement de Valenciennes,

« Électeurs,

« Les membres du comité conservateur et libéral de Tarrondissement de Valenciennes présentent et recommandent instamment à vos suffrages pour la députation :

« M. Bergerot, membre du conseil général, maire d'Esquelbecq;

« M. Alfred Dupont, avocat, président de la Société d'agriculture de Douai, président de la régie des mines de Courrières.

« MM. Bergerot et Dupont, ainsi que leurs professions de foi le montrent, sont les partisans éclairés et dévoués de la politique que suit l'homme illustre... » [Exclamations diverses et rires à gauche.)

Voix diverses à droite. — Eh bien I Ce ne sont pas là des injures! — Le comité n'insulte personnel

Voix à gauche. — Tout à l'heure ils voulaient le renverser I

M. GoBLET. — « ... de la politique que suit l'homme illustre qui préside aux destinées de la France; politique d'ordre, de paix, de respect des lois et de la propriété ; politique de véritable liberté dont les membres du comité sont les énergiques défenseurs... [Mouvements divef*s.)

« MM. Bergerot et Dupont sont les ennemis déclarés de la politique de M. Gambetta... »

Sur divers bancs à droite et au centre. — Très bien ! — Bravo ! bravo I

(Un vif colloque s'établit entre quelques représentants siégeant au centre droit, et produit une certaine émotion dans cette partie de l'Assemblée. — Plusieurs membres de la gauche se lèvent et cherchent à se rendre compte de l'incident. — Le bruit est très

intense et ne permet pas de saisir le sens des exclamations et des interpellations qui se produisent et qui partent confusément des divers côtés de la salle.)

M. Gambetta. — Monsieur le président, je demande la parole de ma place pour un fait personnel.

M. LE PRÉSIDENT, — Vous ne pouvez pas interrompre l'orateur.

M. Gambetta. — On me dit qu'il a été proféré de ce côté {la droite) une injure à mon adresse. Je somme celui qui en est l'auteur de dire son nom 1

Uu membre à droite. — Rien de ce qui vient d'être dit de notre côté ne s'adressait à vous.

M. LE PRÉSIDENT. — Je prie l'orateur de continuer.

M. GoBLET. — Je reprends la lecture de l'affiche du comité conservateur libéral de Valenciennes :

« MM. Bergerot et Dupont sont les ennemis déclarés de la politique de M. Gambetta, que soutiennent nos adversaires, politiques, que M. Thiers lui-même, dans un discours resté célèbre, a qualifiée si justement de « politique de fous furieux ».

Une voix à droite. — Très bien I

M. Goblet. — Commentl très bien! Mais c'est

une injure au premier chef I

Un membre à droite. — C'est une citation d'un discours de M. Thiers.

D'autres membres, — Oui 1 oui 1 II avait raison. {Des applaudissements éclatent sur plusieurs bancs à droite et au centre. — Une ce?*taine agitation se manifeste dans les dive7*ses parties de f Assemblée.)

M. Gambetta, s' adressant à la droite. — Vous avez préféré la paix à l'honneur; vous avez mieux aimé donner, pour avoir la paix, deux provinces et cinq milliards! {Protestations et réclamations diverses,)

M. le PRÉSIDENT. — Messieurs, tous ces incidents sont fâcheux, mais ils sont le résultat inévitable des interruptions qu'on devrait toujours s'épargner, et surtout dansundébatde cette nature.(C>«^ vrai! c'est vrai,^

14 ET tf /KÉVEIBB 1^7jl, 437

M. GoBLBT. — Voufe voudrez bien f pmwquer,, Messieurs> que je ne fafs absolument rien pour passionner la discussion f et quevpersfmnellemept, j'y apporte toute la modération, pos&ible. -,

M. LR ^ÉfitMMTV î^ G- est une jusitice à rendre à l'orateur. . ; , -

M. GoBLET. — Je continue.

<i\.i Plolit|que qui, portée^ outrance, aurait amené la Duiae.de laFrance* »

Sur un ^nmd nombre de bancs. — C'est vrai ! c'est vrai!

M. Gambetta,. — Le suffrage universel a jugé le canlrâire. (PratosMions sur plusieurs bancs). Si vous ibidezi, fjËiscuiBiapipe) k la France : elle a déjà prononcé si i elle .ptonouceca encore entre vous et moi. [Eù>àlamaimmdw&se$^ ^^Applaudissements sur quelques bancs à gauehsi—^ Agitation.)

U.QohUi termine soa disoours au miliea d'une agitatation générale. L* Assemblée valide M. Dupont par assis et levé, et prononce, par 320 voix contre 306, rinvalidation de M. Deregnaucourt.

La lecture du procès-verbal, à la séance du 26 février, donna lieu à rincident suivant :

M. LE PRÉSIDENT. — Mcssicurs, dans le compte rendu sténographique de la séance de samedi, inséré au Journal Officiel d'hier, je lis les paroles suivantes :

« M. Gambetta, s'adressant à la droite. — Vous avez préféré la paix à Thonneur. Vous avez mieux aimé donner, pour avoir la paix, deux provinces et cinq milliards I » (Protestations et réclamations diverses.)

M. Bourgeois. — Nous n'avons pas entendu ces paroles. Si elles étaient parvenues jusqu*à nous, nous aurions bien autrement protesté.

M. LE PRÉSIDENT. — Si CCS parolcs ont été prononcées, le bruit m'a empêché de les entendre; si je les avais entendues, j'aurais rappelé à l'ordre leur auteur.

pour avoir attaqué, en termes outrageants, une décision de l'Assemblée nationale. {Très bien! très bien!)

M. Gambetta, de sa place, — Messieurs

Voix nombreuses. — A la tribune I à la tribune I

M. Gaubetta, à la tribune. — Messieurs, quand j'ai prononcé les paroles qui viennent d'ôtre rappelées par l'honorable président de cette Assemblée, je l'ai fait en réplique et en riposte à ce que je considérais comme un outrage personnel. En cela, je n'ai pas attaqué et, malheureusement, je ne pouvais pas attaquer la décision de l'Assemblée ; je me suis exprimé en citoyen, en représentant du peuple et en patriote pour caractériser le vote de la paix. (Vives protestations au centre et à droite. — Voix à droite : A Fordrel à l'ordre/ — La censure!)

M. Depeyre. — C'est une aggravation de l'injure!

M. Dahirel. — Une aggravation énorme !

M. LE PRÉSIDENT. — Au lieu de rétracter des paroles qui étaient une offense pour l'Assemblée nationale et que personne n'a le droit de prononcer contre une de ses décisions, M. Gambetta les confirme par son application ; je le rappelle à Tordre. (rm bien! très bien! — Applaudissements nombreux. — Mw^mures à gauche.)

M. Gambetta. — C'est l'histoire que vous rappelez à l'ordre I (Bruit.)

M. Wallon. — Je demande la parole. (Assez! assez!) Je veux dire seulement un mot.

M. LE PRÉSIDENT. — Vous n'avcz pas la parole ; je ne vous l'accorde pas! C'est au président seul qu'appartient la police de l'Assemblée.

M. Wallon, descendant de la tribune. — Ce *que je Veux dire, c'est que les paroles de M. Gambetta confirment ce que le comité de Valenciennes a dit de sa politique à outrance. (Bruit.)

M. LE PRÉSIDENT. — Vous u'avcz pas la parole.

Un membre à gauche. — Avant de s'exprimer comme il l'a fait, M. Gambetta avait été injurié.

M. Li^ COMTE Jaubert. — Je demande la parole.

M. LE PRÉSIDENT. — Il n'a été adressé à M. Gambelta, ni à ma connaissance, ni d'après le compte rendu des séances, aucune injure ; je ne l'aurais pas toléré. (Très bien!)

M. Gambetta a pu prendre pour lui une parole qui ne lui était pas adressée, ainsi d'ailleurs qu'il peut en avoir acquis la conviction après des explications qui lui ont été fournies. [Intertmptions à gauche.)

Je répète qu'aucune injure n'a été adressée à M. Gambetta, et j'ajoute que, tant que je serai au fauteuil, je ne tolérerai d'injure à l'égard d'aucun membre de l'Assemblée. {Très bien! très bieni — L'ordre du jour!)

S'il n'y a pas d'observations, le procès-verbal est adopté.

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