MARS
M. Pouyer-Quertier, se jugeant, non à tort, mal défendu, monta à la tribune et chercha à plaider pour lui-même. Il mit en doute la véracité de tous les comptes rendus français et étrangers de sa déposition devant la cour d'assises. Ses paroles avaient été mal rapportées ; il n'avait point dit ce qu'on lui faisait dire, il n'avait pas excusé les virements ; il ne les avait pas présentés comme la source nécessaire et inévitable des mandats fictifs. Ces dénégations étranges surprirent l'Assemblée. Alors, comme la droite restait obstinément silencieuse, M. Pouyer-Quertier changea de terrain, il se mit à parler du gouvernement de la Défense nationale, il réussit à provoquer les applaudissements de la msgorité en dénigrant avec une violence systématique la gestion financière de la délégation de Tours ; il osa dire, en vantant son passage au ministère des finances : « Nous avons payé tout ce qui avait été contracté honorablement ou autrement au nom de la France. »
M. Casimir Perier répondit à M. Pouyer-Quertier, et quelques paroles, simples et loyales, de l'ancien ministre de l'intérieur, suffirent pour réduire à néant toutes les arguties de l'ancien ministre des finances. Puis, le président Martel donna la parole à M. Gambetta.
M. Gambetta. — Messieurs, tout ce qui se dit à cette tribune a une grave et longue portée dans le pays, et c*est pour cela que je vous demande la permission de relever d'un mot deux expressions employées par rhonorable et ancien ministre des finances, M. Pouyer-Quertier.
M. Pouyer-Quertier a ditqu'il a existé sous le gouvernement de la Défense nationale des dilapidations
(Interruptions à droite.) Messieurs, j'attends de votre loyauté, et je serai très-bref, que vous écoutiez patiemment mon explication. (Oui! oui! — Parlez!)
M. Pouyer-Quertier a dit qu'il y avait eu des dilapidations. Premier point. Il a dit, se faisant un honneur que, pour ma part, je ne lui conteste pas, car je veux être plus juste qu'il ne l'a été, qu'il avait payé, largement payé les dettes que lui ont laissées les malheurs
de la France; seulement, il a ajouté qu'il avait réglé celles qui avaient été contractées honorablement et les autres.
Un membre. — Ou contractées autrement.
M. Gambetta. — Cela revient au même.
Eh bien, je dis, Messieurs, que Ton peut supporter les injures et les calomnies du dehors, mais qu'il ne faut pas laisser passer à cette tribune même une parole téméraire.
A gauche. — Très bien I
M. Gambetta. — Il y a douze mois que vous êtes réunis, il y a douze mois que, croyant obéir à votre mandat, vous scrutez les actes du gouvernement du 4 septembre. [Rumeurs à droite,)
M. DE Gavardie. — Les pièces ont disparu sur plusieurs points.
M. Gambetta. — L'interruption ne porte pas, comme vous allez le voir.
Vous avez nommé des commissions : une commission des finances, une commission des marchés; elles instruisent, elles enquêtent; eh bien, je vous dis ceci: — car je suis absolument étranger, non pas aux actes politiques de ce gouvernement, mais à des concussions ou à des vols, s'il y en a eu, et permettezmoi de vous dire que depuis douze mois que vous êtes au pouvoir, ce n'est pas de votre indulgence que vous deviez les couvrir, mais c'est de votre sévérité qu'il fallait les poursuivre ; — eh bien, je vous dis ceci : que ceux qui applaudissent ces mots « les dilapidations » ou « les dettes déshonorantes », ceux-là ne savent pas la vérité; ceux-là doivent l'attendre, et puisque vous êtes des adversaires, soyez des adversaires loyaux. Nous attendrons les dépositions de vos commissions d'enquête, nous discuterons loyalement, et, ce jour-là, j'ai la conviction que ce qu'il y aura d'éclairé, de loyal, dans les rangs de tous les régimes politiques, reconnaîtra avec moi qu'on peut chercher...