‹ Discours et plaidoyers politiques de Me [L] G (volume 4)Chapitre 8 sur 38 · II. i · texte numérisé non relu

II. i

qui habitue l'esprit à Tidée d'une Providence mystérieuse qui a seule le secret de ses faveurs et de ses disgrâces, qui enseigne que rhomme n'est dans la main dé Dieu qu'un jouet,^ la Révolution enseigne la souveraineté de la Raison, l'autorité et la responsabilité des volontés humaines, la liberté de l'action, et trouve la cause des souffrances, des malheurs de l'humanité, dans l'ignorance ou les fautes des hommes.

Depuis quatre-vingts ans, ces deux systèmes sont en présence ; ils se sont partagé les esprits et ont entretenu au cœur même de la société un antagonisme, une guerre acharnée qui explique pourquoi, faute d'unité dans l'enseignement, nous roulons, sans pouvoir jamais nous fixer, de la révolte à la compression» de l'anarchie à la dictature.

11 faut effacer cette contradiction, dissiper ce trouble des intelligences; et il n'y a qu'un moyen, c'est de se désintéresser dans l'éducation publique d'une façon absolument impartiale de toutes les doctrines, de tous les systèmes, de toutes les sectes, de toutes les communions; c'est de laisser au libre choix ou même au caprice l'enseignement des doctrines religieuses ; c'est de réaliser la séparation de ces deux mondes , le monde civil et politique et le monde religieux, pour lequel je conçois d'ailleurs qu'on ait infiniment de respect. Celui pour lequel nous sommes faits, pour lequel nous devons tout donner, nos facultés, nos efforts, notre vie, c'est le monde moderne; le monde qui repousse la domination théocratique ; le monde qui entend, non pas satisfaire seulement les intérêts matériels, mais les intérêts politiques, c'està-dire ne relever que d'une autorité de droit humain ; le monde qui a soif de science, de vérité, de librearbitre, d'égalité, et qui arrive à la déclaration et à la pratique des devoirs sociaux par l'émancipation et la glorification de la personne humaine considérée dans

le plus humble comme dans le plus élevé. {Applaudiesements,)

Mais cette réforme dans l'éducation et cette distinction à apporter entre renseignement religieux et renseignement laïque se relient elles-mêmes à la solution d*un autre problème depuis longtemps posé : la séparation de TÉglise et de TÉtat.

Je ne trouve pas opportun de vous entretenir des phases différentes que cette question a parcourues ; mais je veux, en passant, appeler votre attention de républicains intelligents et pacifiques sur le côté démocratique de la question du clergé.

Il y avait autrefois dans la vieille monarchie française un grand clergé, fidèle à des traditions d'indépendance religieuse et nationale. L'Église de France avait toujours su se tenir au-dessus des prétentions ultramontaines ; par là, elle avait imposéle respect au monde entier.

Eh bien ! cette Église a disparu, parce que^ sous prétexte de lutter contre les principes de la Révolution, mais en réalité par instinct de domination, le haut clergé s*est, peu à peu d'abord, mais bientôt exclusivement, recruté parmi les représentants de la doctrine romaine toute pure; de sorte qu'aujourd'hui il n'y a réellement plus de clergé français, au moins dans ses rangs supérieurs. Toutefois il reste encore une por^ tion du clergé qui pourrait nous donner une idée de celui de l'ancienne France : c'est le bas clergé. Le bas clergé I On l'a appelé ainsi parce que, comme un esclave entre les mains de ses maîtres, il est tout à fait en bas ; c'est le plus humble, le plus résigné, le plus modeste des clergés. Le bas clergé^ « c'est un régiment, — a dit en plein Sénat un hautain cardinal ; — quand je parle, il faut qu'il marche I »

Je n'ai jamais lu sans un mouvement de colère cette impérieuse parole. Oui, je suis acquis à la libre-pensée, je ne mets rien à l'égal de la science humaine, et

cependant je ne puis m'etnpêcher d*ètre saisi de respect et d'émotion quand je songe à ces hommes dont on parle avec tant de hauteur et qui constituent le bas clergé. Non, je ne suis pas froid pour Thumble desservant, pour cet homme qui, après avoir reçu quelques notions très-courtes, très-incomplètes, très-obscures, rentre au sein de ces robustes et saines populations rurale^ dont il est sorti. Tenant à la fois du paysan et du prêtre, il vit au milieu d'elles, il voit leurs luttes difficiles et rudes pour l'existence. Sa mission est d^al léger leurs souffrances; il s'y emploie de toute son âme ; il les assiste et les console. Dans les dangers et les périls de l'invasion, j'en ai vu se montrer patriotes ardents et dévoués ; ils appartiennent à la démocratie, ils y tiennent, et, s'ils pouvaient se laisser aller aux confidences, plus d'un se reconnaîtrait démocrate et républicain.

f&ï bien. Messieurs, c'est le clergé des campagnes qu'il faudrait élever, qu'il faudrait affranchir, qu'il faudrait émanciper, dont il faudrait former le clergé tout entier, afin de Tarracher au rôle et à la servitude que désigne ce motcruel : bas clergé. Vous voyez donc bien que, loin d'être les ennemis du clergé^ nous ne demandons qu'aie voir revenir aux traditions démocratiques de ses aînés de la grande Constituante, et s'associer comme le reste des Français à la vie d'une ' nation républicaine.

""^ Je le répète, je jette cette idée en passant. - Je reprends, et je dis que l'avenir dépend chez nous du nombre des écoles, de la qualité des maîtres, de la fréquentation obligatoire des écoles, d'un programme étendu et varié; dételle sorte qu'au lieu d'une science tronquée, on dispense à l'homme toute la vérité, et que rien de ce qui peut entrer dans l'esprit humain ne lui soit caché. Mais cette tâche réclame beaucoup d'efforts, du travail et de la persévérance : le travail, c'est la loi môme delà démocratie, et c'est à

substituer le règne du travail au règne de Toisiveté ruineuse que consiste tout Teffort du parti républicain. Il y a maintenant une politique du travail : c*est Topposé de Tancienne politique de la guerre et de la conquête. Ne séparons pas cette politique du travail de ridée même de la grandeur et de la richesse de la patrie.

Pourquoi désormais le peuple sera-t-il prêt au dernier sacriticei quand il croira Theure du sacrifice venue? Ce sera pour sauver les conquêtes du travail, pour ne rien laisser perdre de cette richesse créée à force de labeur et d'épargne, pour ne pas laisser porter atteinte à cette civilisation dont on l'aura rendu capable de goûter tous les fruits, et à laquelle il sera redevable du capital par excellence, qui est le capital intellectuel. (Vive approbation, — Applaudissements,) ,

Mais cet avènement du monde du travail, ce triomphe de ridée de justice dans Taccomplissèinent des devoirs sociaux, n'est possible, — et c'est pour cela que nous avons foi dans l'idée républicaine, — que dans la République, et c'est ainsi. Messieurs, qu'à la question du progrès des masses se rattache la grande solution des problèmes sociaux, insolubles hors cette forme par excellence, où tous les partis peuvent se mesurer et conquérir le pouvoir sans avoir recours lés uns contre les autres aux entreprises de la forcer (F«/i applaudissements.)

C'est sous ce gouvernement, seul digne de ce nom, où chacun comparaît armé de son bulletin de vote et ayant un droit égal à celui de son voisin, que l'on peut créer des règles durables, fonder des institutions qui n'ont pas besoin d'être violemment détruites, parce qu'elles ne sont pas faites au profit d'une famille ou d'un seul, que tous prennent part au gouvernement et à la souveraineté, que l'ordre véritable découle de la capacité de chacun et de la volonté de Içms^ et où le pouvoir toujours surveillé et restreint ne tente même

plus les ambitions factieuses, sûres d*ailleurs du châtiment.

Cette idée de République pure et simple n*était tombée que dans la tête de gens que Ton considérait comme des rêveurs. Mais , quand on a vu toutes les monarchies installées depuis cinquante ans s'écrouler les unes sur les autres, oh I alors, il a été nécessaire de penser aux institutions républicaines, non pas d'une manière platonique, mais pour elles-mêmes, pour leur vertu propre.

On a, il est vrai, laissé de côtelés hommes qui s'en étaient faits les défenseurs; maison a abordé la question dans ses profondeurs, et l'on s'est demandé si la République n'était pas, après tout, le régime sous lequel on pouvait à la fois maintenir le plus longtemps la stabilité, et en même temps assurer le développement des droits de tous. Et alors vous avez vu des hommes, qui avaient passé leur jeunesse à traiter de pur sophisme l'avènement de la République, s'en faire les plus sérieux partisans, devenir ses défenseurs officiels, défenseurs d'autant plus autorisés que leur passé ne les prédisposait pas à jouer un tel rôle. Il faut s'en réjouir; mais il faut les harceler sans cesse, il faut veiller sur eux sans trêve ni repos ; il faut reconnaître avec eux que leur conversion peut être sincère, que rien ne nous serait plus profitable que leur acquiescement, et que, par conséquent, nos griefs se réduiraient à ceci : l'achèvement d'une conversion bien justifiée, et l'amélioration de l'État républicain.

Nous ne sommes pas, en efi'et, dans la situation où nous étions autrefois, et notamment à la veille du plébiscite de mai 1870. Nous n'en sommes pas au désespoir ni à l'impatience ; notre Ame, au contraire, est pleine de confiance, pleine d'espoir. Oui, nous avons la conviction qu'après les leçons répétées de la fortune, sauf le sinistre coupe-jarret de Décembre, il n'est pas de prétendant qui puisse tenter par la force une restauration monarchique. {Applaudissements prolongés.)'

Non, nous n'avons aucune inquiétude sur la consolidation de la République ; mais, pour qu'elle ne perde pas la faveur populaire, qu'on ne puisse nous la dérober, il faut qu'elle soit féconde, qu'elle soit agissante, et que ce soit sous son égide qu'on voie s'accomplir le progrès. C'est pour cela, Messieurs, qu'on nous trouve si ardents contre tout ce qui est un obstacle à l'accomplissement de ce programme que j ai repris et exposé devant vous; c'est pour cela qu'en face d'une Assemblée qui s'obstine à retarder la constitution de la République, qui refuse au pays sa capitale, et qui affecte de tenir comme provisoire, comme nominale, la forme de gouvernement qui nous régit, nous sommes portés à critiquer ses actes et à les dénoncer au pays comme une véritable usurpation.

C'est pour cela que nous invitons tous nos amis à se réunir à nous pour demander, non pas dans un intérêt de parti, mais dans un intérêt exclusivement national, qu'une Assemblée nouvelle, une majorité incontestable et certaine, prenne en mains la préparation de toutes ces réformes.

Que peut-on objecter à cette conduite? Que le pays s'est prononcé ? Non 1 non I car le moindre examen de ses votes et de ses scrutins démontre jusqu'à l'évidence que la volonté du pays, c'est de fonder la République. (Applaudissements et acclamations,) Mais, en dehors même des scrutins solennels, il y a un fait qui s'impose et qui est encore plus significatif, si c'est possible : c'est l'impuissance de l'Assemblée elle-même à rien oser, à rien tenter qui soit contradictoire à ces récents arrêts de la volonté nationale. [Sensation,) Quoi I lorsque, d'une part, la nation a ordonné, et que, de l'autre, l'Assemblée'a reconnu qu'elle ne peut contredire cette volonté, pourrait-on rester plus longtemps, sans commettre un véritable déni de justice envers le pays, sans compromettre ses intérêts matériels et moraux, pourrait-on ajourner encore, se traîner plus long-

temps dans le provisoire, refuser de résoudre aucune question et dire obstinément : Nous avons reçu un mandat et des pouvoirs non limités ; toutes les manifestations électorales postérieures ne peuvent rien contre ce titre primitif dont nous sommes revêtus; la France n'a pas le droit de parler ; nous allons décider de son sort? (Profond mouvement.)

Heureusement que ce langage n'est point ofûciel ; et qu'il ne sera rien fait, même de la part des plus ardents, pour réaliser de tels défis à la souveraineté nationale. Condamnés à Timpuissance, voués, par la composition même de l'Assemblée, aux luttes stériles des partis, les députés comprendront eux-mêmes qu'il est temps de sortir de ce chaos et de rendre au suffrage universel la libre disposition de lui-même. {Applaudissements,)

Et d'ailleurs, Messieurs, ce sacrifice est-il donc si pénible, et est-ce, en vérité, exiger par trop de la nature humaine que de réclamer un acte de sagesse et véritablement politique? Examinons la question.

Au mois de mai 1870, au moment où, sous la pression des agents de tout ordre et à l'aide de toutes les manœuvres, l'empire surprenait la confiance de la France, la trompant à l'aide d'une question captieuse, obtenait six millions de suffrages qui demandaient la paix, et à qui on a donné la guerre ; six millions qui disaient stabilité, et qu'on a voués à la ruine ; six millions qui disaient ordre, et sur lesquels on a déchaîné une effroyable tempête; six millions qui voulaient dire sollicitude de l'intérêt national, et auquel on répondait par un défi insensé et criminel; car le despote avait l'espérance coupable de trouver dans les hasards de la guerre un rajeunissement de forces qui permît encore une fois d'étouffer le pays. C'était encore la tradition de Bonaparte signant l'acte additionnel et disant: « Nous verrons après la victoire. »

Vous savez ce qu'il nous en a coûté ; seulement il

est peut-être utile de tirer du plébiscite lui-môme et des événements qui l'ont suivi, un nouvel enseignement.

Au lendemain de cette catastrophe de Sedan, comme toujours depuis près d'un siècle dans ce pays, • la France étant à deux doigts de sa perte, la République a surgi ; elle est sortie de la conscience populaire et des nécessités du salut national; elle hérite d'un passé et d'une succession que rien ne peut liquider, et ses adversaires la voudraient rendre responsable des désastres amenés par la monarchie.

Cette perfidie ne trompera pas le pays. Pour la troisième fois, et par les mômes mains, l'existence nationale était menacée, et, aujourd'hui, j'ose dire qu'à l'heure où la République ramassait le pouvoir au milieu de l'épuisement de toutes nos ressources, elle seule pouvait vaincre ; mais trahie par la fortune et les hommes, elle a sauvé le bien le plus précieux des nations : l'honneur. {Applaudissements.) Eh bien, cette République, que le suffrage universel paraît de plus en plus disposé à consolider, est audessus des discussions et des attaques; et je me demande en définitive d'où provient un si grand résultat. Il n'est pas dû seulement à l'activité et à la sagesse du parti républicain; il vient de plus loin, et, si vous le voulez, nous allons décomposer l'ensemble de ces six millions de suffrages qui se sont rencontrés dans l'urne plébiscitaire.

J'admettrais que, en dehors des excitations, des manœuvres, des pratiques de toutes sortes auxquelles se livraient les agents de l'empire, il y ait eu une certaine fraction de voix acquises, coûte que coûte, au gouvernement impérial ; mais le reste, on peut le décomposer en deux parts, dont la plus considérable, — au moins quatre millions, — représentait, sous l'empire môme, ce qu'on appelait la démocratie césarienne, qui voulait l'installer dans le pays, et qui croyait à

ses progrès, à son organisation, par la main d*un maître, au dedans et même au dehors.

Erreur fondamentale qui a coûté à la France l'avilissement de ses mœurs et ses deux plus belles et plus fières provinces! Oui, ces électeurs confiants et trompés demandaient le développement des principes de 89, inscrits au frontispice de la constitution. Uempire, lui, les réclamait pour les exploiter, pour séduire les masses , gagner les ouvriers et garder les paysans I Mais il les réclamait néanmoins.

Je dis et je répète que, parmi ces voix plébiscitaires, ils étaient nombreux, les esprits honnêtes, loyaux, qui ont été abusés, car ils voulaient la suprématie des principes de 89 dans la société démocratique; ils voulaient Tégalité devant la loi; ils voulaient l'instruction assurée, l'impôt du sang obligatoire, la diminution des privilèges du clergé, et la répartition équitable des charges publiques : c'étaient des gens trompés qui croyaient à la suite de la révolution, et qui croyaient possible l'alliance adultère de l'empire et de la démocratie. Par conséquent, nous avons le droit de les revendiquer. Instruits par le malheur, débarrassés des suggestions napoléoniennes, ils sont, de droit, de sentiments, acquis à la cause de la république et de la démocratie. Oui, j'ai cette conviction qu'à part la bande dorée des parasites qui depuis vingt ans avait mis la France en coupe réglée, à part ces conducteurs de la mascarade impériale {Rires) ^ le suffrage universel, dans ses masses, s'est laissé tromper.

[ Ainsi donc, soyons avec eux d'une parfaite tolérance ' pour le passé, ne récriminons pas; qu'ils entrent dans nos rangs, et poursuivons ensemble la réalisation d'idées qui n'ont couru de périls que par leur égarement, aujourd'hui dissipé.

Et, à côté de cette force immense que le parti républicain a le droit de revendiquer et de mettre en œu-

vre, il ne reste guère qu'un parti dont les prétentions sont connues : ce sont les hommes du passé. Leur rôle est de représenter Tancien régime; mais le démembrement de ce parti est un fait accompli. Il reste à ses représentants à se pénétrer des aspirations contemporaines, à renoncer à un idéal usé et disparu à js^mais. Nous n'oublierons pas, pour notre part, les glorieuses pages que leurs aïeux ont écrites dans l'histoire de France, et cela môme les invite à s'adapter, à l'heure qu'il est, aux intérêts de la France n^odeme. Poursuivre plus longtemps, quatre-vingts ans après 89, le retour d'un régime qui a disparu sous les forces réunies de la société française, c'est se vouer à l'impuissance et à l'isolement sans espoir.

Ils n'ont qu'un seul parti à prendre : c'est de considérer que le pouvoir républicain est le plus libéral de vtous les pouvoirs; que leurs aptitudes, leurs talents, leur éducation, doivent leur y faire jouer un rôle important, et qu'ils y seront comme la parure de l'État.

Quant à ceux qui se disent conservateurs libéraux, ceux-là n'ont pas d'idéal, ni en avant ni en arrière. Us ont des principes, ce sont de pures maximes ; ils ne pratiquent point ; ils n'ont, à vrai dire, aucune préférence de cœur; le cœur ne tient pas grande place dans leur politique. {Applaudissements,) Ils ont des intérêts, ils les défendent... Je ne trouve pas cela mauvais, quand les intérêts sont légitimes et respectables.

Je suis très disposé à classer en deux parts les hommes de ce parti : ceux qui sont d'une parfaite indifférence pour tout ce qui n'est pas leur bilan, et qui, pendant vingt ans, ont donné des blanc-seings à ce fameux sauveur qui répondait de l'ordre, naïfs et sceptiques tout ensemble, qui sont tout surpris, à l'expiration de ce bail, de se trouver plus menacés, un peu moins riches et plus troublés qu'auparavant. [Hilarité et approbation,)

Tout cela pour n'avoir pas pris eux-mêmes la pro-

tection de leurs intérêts, et pour s'obstiner à ne concevoir la société que comme une association en commandite où le gérant se charge de fournir les soldats, les prêtres et les gendarmes. (On rtt.)

Ce sont là des institutions utiles, Messieurs, nécessaires, mais qui ne sauraient remplacer la force morale, seul fondement de Tautorité; et vous en avez un triste et récent exemple.

Il y a aussi parmi eux de véritables et sages conservateurs ; ce sont d'utiles contradicteurs. Dans le système démocratique, il faut deux partis, se combattant au plein jour et luttant pour le pouvoir sans violence, avec les armes de la raison et de la science. Il faut un parti des réformes, le parti novateur; un parti plus particulièrement préoccupé des progrès et des améliorations, qui prend la tête de la société, qui a l'impatience de la justice, mais qui pourrait se jeter hors de l'orbite, s'il n'était retenu et même retardé dans sa marche par un second parti non moins nécessaire qui lui sert de frein. Il faut donc un autre parti plus calme, plus timide, toujours résistant, mais qui sache céder à la voix de l'opinion et accomplir les réformes qui sont mûres. C'est dans l'équilibre de ces deux fractions politiques, sous la protection des lois et la garantie des droits que je place véritablement le fonctionnement du gouvernement républicain et la condition de l'ordre.

Mais, du moment que l'un veut opprimer l'autre par la force, c'est la guerre sociale organisée, et vous n'êtes plus des conser\'ateurs.

Ainsi donc, nous pouvons nous séparer en affirmant que la France s'est définitivement ralliée à la République, et qu'avant peu il faudra bien que tous les partis se renouvellent. Les plébiscitaires désabusés, les conservateurs instruits par l'expérience, comprendront tous les jours mieux les garanties d'ordre et de liberté qu'off're seul le gouvernement républi-

cain. Il nous sera peutrôtre donné, et je tiens à exprimer cette espérance dans le deuil même qui nous a réunis, d'assister, avec le concours de tous les citoyens, à la fondation du grand parti républicain national, qui n*a d'autre ambition que de rétablir la prospérité du pays, de sceller Tunion de tous les Français par la reconnaissance et Tharmonie de tous les droits. Alors la nation, ramassant toutes ses forces, unie et libre, pourra se tourner vers l'Europe, se faire rendre ce qui lui appartient et la place qui lui est due. [Vives acclamations et cris : Vive la République! Vive Gambettal)

M. Combes, conseiller municipal, boit à la concorde, à runion de tous les bons citoyens dans Tœuvre du progrès démocratique. Puis le président du banquet adresse à rassemblée une courte allocution pour bien marquer le caractère de la réunion : « Notre but est atteint ; nous ne pensions pas pouvoir mieux honorer nos morts qu'en nous réunissant pour causer entre nous, dans le calme et la dignité qui conviennent à un jour de deuil, de la République et de ses destinées. Nous allons sortir dici plus instruits, c'est-à-dire meilleurs. Le banquet est ainsi justifié, si par hasard il avait besoin de Tétre. Maintenant retirons-nous avec ordre^ et que notre attitude, à tous, soit une leçon de plus à l'adresse de ceux qui cherchent toutes les occasions de nous calomnier devant le pays. »

L'assemblée se sépare aux cris de : Vive la République !

SUR

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