Pierre Clément, Cabinet de M. le duc de Luynes
le 22 juillet 1666, le secrétaire d'État Golbert, effrayé du budget militaire qu*il allait avoir à solder,200,000 livres pour les écuries du roi, 30 millions de livres pour l'armée) ; « il y a près de six mois que je balance à dire à Votre Majesté les choses fortes que je lui di& hier et celles que je m'en vais encore lui dire. »
Il ajoutait, sous forme de péroraison : « Plût à Dieu, Sire, que Votre Majesté eût une fois bien examiné cette matière, qu'elle eût môme pris elle-même ou fait prendre les sentiments de tout ce qu'il y a de gens sensés. Elle trouverait que sa gloire souffre quelque diminution de ces fanfares et de tous ces ornements inutiles dont, outre cela, la dépense ruine les officiers et les cavaliers, et que la véritable gloire de Votre Majesté recevrait de l'augmentation si elle retranchait toutes ces superfluités, si elle répandait ses soins également sur les troupes de ses armées et sur celles de sa maison, si elle prenait soin que toute la cavalerie portât cuirasse, que les armes fussent bonnes et que chaque cavalier eût un bon buffle, un bon chapeau de pluie et un manteau de même sur la croupe de son cheval; tout le reste ne sert qu'à ruiner, à embarrasser et est absolument inutile. »
Cette lettre ne semble-t-elle pas écrite d'hier?
Les questions militaires, les questions budgétaires surtout, ont ce côté fâcheux qu'on ne peut les traiter aujourd'hui, si l'on n'est pas M. de Golbert, sans se voir tout aussitôt accusé de prêter un appui moral aux ennemis du pays.
Ose-t-on s'inquiéter du déficit accusé, des dépenses futures et forcées, on passe pour souhaiter le désarmement de la nation ou tout au moins pour vouloir la livrer pieds et poings liés aux ennemis du dehors.
Se permet-on quelque critique sur l'organisation de l'armée, sur le pourquoi ou le comment de tel ou tel mécanisme, on vous déclare que vous allez détruire le lien de la discipline, de la hiérarchie, et
que vous allez indiquer aux voisins le point faible de notre système. Or, il n'est pas d'officier qui, dans le tête-à-tête, ne se plaigne de l'état présent, ne fasse ses doléances sur l'organisation de tel ou tel service, ne pressente une ère de transition pour cette armée dont il est un des infimes rouages. Cependant chacun d'eux voit, partout ailleurs que dans l'armée, les recherches, les travaux, les études de critique militaire, essayés par des écrivains et acceptés par le public; mais aucun officier n'ose s'y livrer. Il ne peut que répéter tout bas ce passage si parfaitement juste du livre sur Y Armée française en 1867 :
«On sait aujourd'hui, on saura demain. C'est la loi du temps; les armées bien avisées seront celles au contraire qui, mettant cartes sur table, soumettront leurs voies et moyens à la discussion la plus étendue, par comparaison avec les voies et moyens des autres armées qu'elles auront l'obligation d'étudier avec soin. »
Pourtant un officier aurait à dire bien des choses utiles pour le public, utiles pour les députés qui votent les lois et l'impôt : ainsi d'abord sur le budget.
Dans la question militaire, le chapitre budget est la partie vivace. C'est en somme la carte à payer de l'organisme actuel, et, comme celui qui la solde est le pays, il semble assez logique qu'il ait le droit de discuter les moyens propres à lui faire apurer son compte sans cependant accroître continuellement le chiffre de ses charges financières.
Par suite des événements qui se sont passés en Europe ces dernières années, le dilemme des armées modernes se présente fatalement sous les quatre termes de cette même formule :
i JUILLET 1868.
1° Obligation pour les États d'augmenter le chiffre effectif de leurs armées ;
2° Nécessité d'autre part de ne pas peser indéfiniment sur la nation ;
3° Gomme conséquence, simplification des rouages ;
4° Facilité du passage du pied de paix au pied de guerre.
Une loi vient de donner le premier terme de cette formule. Les trois autres restent encore à l'état hypothétique.
Occupons-nous seulement de la question des dépenses.
En présence du compte à régler, faible avant-coureur de celui de l'avenir, véritable abîme financier qui ne fera que se creuser plus profondément avec les nécessités de chaque minute, que dire, que faire?
Jusqu'à un certain point il y une sorte de logique dans l'argumentation des défenseurs du budget proposé : «Nous avons besoin, disent-ils, d'être forts pour n'être pas menacés et tenir notre rang. Le chiffre de l'effectif de l'armée a été augmenté; cet accroissement a été reconnu urgent, donc il ne faut point discuter la note, mais la payer sans sourciller. »
Admettons pour un instant cette conclusion, nous ne nous en trouvons pas moins en face de ce problème insoluble : d'un côté, augmentation du chiffre de l'armée (armée active, réserve, garde nationale mobile), et des dépenses de toute nature qui en sont la conséquence logique.
D'un autre côté, accroissement de la cherté de la vie en France, des besoins journaliers des officiers et des soldats, des prix de revient de la matière première et de fabrication.
Donc, à chaque pas, se présentent forcément de nouvelles causes de déficit.
Dans une organisation d'armée, disons-le, il ne s'agit pas seulement de porter par un décret le chiffre
de l'armée active et de réserve à 800.000 hommes, celui de la -garde nationale mobile à 500.000; il faut réunir ces hommes, habiller et équiper tout ce monde ; l'armer et l'armer d'un fusil nouveau modèle ou tout au moins transformé ; l'instruire, le grouper dans ce but, donner une solde aux cadres de création récente, etc.. Gomme conséquence, les places fortes insuffisantes sont condamnées à être modifiées, à être agrandies, si l'on veut les conserver; le matériel roulant (artillerie, ambulances, transports de toute nature...) doit être calculé et établi sur une base plus large, de manière à répondre aux nécessités futures, etc., etc.
A ces mille et mille causes de dépenses, ajoutons celles que produisent les services nouveaux :
Ceux de l'état-major et de l'intendance, insuffisants et étendus ;
La télégraphie militaire créée ;
Les canons nouveau modèle;
Les écoles militaires accrues ;
Les approvisionnements de toutes sortes plus nombreux, les munitions plus coûteuses, etc.
La solde des officiers devenue illusoire en raison des besoins de la vie actuelle et de la position morale que réclame la dignité d'un grade dont l'honorabilité ne doit pas être discutée, en raison même de l'abnégation et de l'instruction qu'on se trouve obligé de réclamer chaque jour plus complètes.
Un fait digne de remarque s'est produit dans le recrutement des cadres de l'armée : 2.000 à 2.300 jeunes gens se* présentaient annuellement de 1840 à 1854 pour l'École militaire ; ce chiffre, au lieu d'augmenter, atteint à peine 700 à 800. Il faut être riche pour faire partie de l'armée. Si l'on ne veut pas y être plus que dans la gêne ni dissiper forcément le peu qu'on possède. Tout individu appartenant à la classe moyenne et laborieuse du pays se voit donc obligé d'opter pour toute autre carrière qui lui per-
mette d'espérer une position présentant, plus que celle des armés, des garanties d'avenir en raison de son travail et de sa persévérance.
Actuellement les hommes raisonnent. Le chauvinisme est mort. Les armées inintelligentes et inertes ont fait leur temps. Il faut compter avec les masses. Ce que Ton a fait pour le suffrage universel, pour les traités de commerce... il faut se décider à l'accomplir pour l'armée. Une troupe vraiment française doit s'appuyer sur la nation et non sur des classes et des castes. Sinon, l'on a de grandes chances de voir s'aggraver l'état existant actuellement dans les cadres : ou le manque absolu de fortune, ce qui est le cas général, ou les avantages de la richesse, ce qui n'est qu'un fait très particulier. De là aux deux catégories où nous sommes arrivés, celles du possesseur d'un habit noir et de celui qui n'en a pas, la transition est naturelle. Le premier seul a le droit de participer à la vie générale, d'être admis dans la société qu'il est chargé de défendre. Le second est condamné, par droit de tailleur et de misère, à se retirer à l'écart et à attendre, muet, impassible, sans but, sans espérance et sans joie, l'époque de la retraite où il aura juste assez pour aller s'enfermer et mourir dans quelque bonne ville bien écartée et bien triste.
C'est ainsi, et pour beaucoup d'autres causes qu'il est inutile d'énumérer ici, que l'esprit militaire s'est considérablement altéré depuis quinze ans. Une armée doit se baser sur ce principe : que la moyenne de ses cadres est pauvre, et ce principe s'est trouvé vrai de tout temps.
Colbert, dans sa fameuse lettre du 22 juillet, le disait bien, en parlant des officiers que le roi, par ses voyages, ses revues et ses camps, obligeait à des dépenses exagérées :
« Il faut, Sire, que, par douceur ou par force, il vive aux dépens de son hôte. Sa Majesté croit que leurs
parents leur fournissent; peut-être que cela pourra être pour trente ou quarante. Pour le surplus, elle se trompe; qu'elle s'en informe. »
Ainsi donc, tout se tient, tout s'enchaîne dans un pareil mécanisme, et l'on a le droit de rester effrayé devant les besoins que réclame cet ogre insatiable qu'on appelle une armée. Ce n'est pas par centaines de mille francs, mais par millions qu'il faut compter si l'on espère rester dans le vrai. Vouloir présenter la question sous une autre forme, c'est ou tromper le pays ou se tromper soi-même, en tout cas s'exposer à des étonnements dangereux.
A chaque pas, on se trouve en face d'une dépense nouvelle, dépense utile, urgente même. Mais enfin, le total est là, le budget n'est pas élastique, et le contribuable et le pays en souffrent. Or, si le pays paye, avant tout il aime mieux voir les sommes qu'il donne employées à l'augmentation de sa richesse nationale, à ses colonies, à l'Algérie, qu'aies voir servira perpétuer une situation devenue chaque jour plus terrible, non seulement pour nous, mais encore pour la plupart des nations européennes.
L'excès d'un mal est quelquefois un bien, il fait ouvrir les yeux.
A cette situation n'y a-t-il donc pas de remède?
Nous osons espérer qu'il y en a un.
Dans une famille dont le budget serait fixe, régulier, que dirait-on d'un père qui, au lieu de payer 3 ou 4.000 francs un appartement, se verrait forcé tout d'un coup d'y mettre 10.000 francs, sans pour cela diminuer le reste de ses dépenses courantes? On dirait de lui qu'il n'est pas un sage économe de son
revenu et que fatalement il doit arriver à un déficit et par suite à une faillite. S'il voulait arriver à un équilibre possible de son budget, il devait atténuer d'un côté ce qu'il augmentait de l'autre.
Eh bien, nous ressemblons un peu à ce père de famille, sans ordre; nous allons, nous allons, sans trop nous occuper du lendemain.
Or, toutes ces dépenses ne sont encore que pour la paix; que deviendront-elles en temps de guerre? Cette guerre de demain qui ne ressemblera en rien à celle d'hier? Si la campagne d'Italie avec 200.000 hommes au plus en mouvement et pour trois mois nous a coûté un milliard, à quel chiffre nous reviendra une lutte quelconque européenne, où nous serons obligés d'entrer dès l'abord en ligne avec 4 à 500.000hommes?
Tout change ici-bas : système de guerre, esprit militaire, esprit des nations. Les guerres modernes ne sont plus des guerres de quelques-uns, mais dés luttes de masses, et de masses nationales et intelligentes.
Intelligentes, mot effrayant mais vrai.
Ce ne sont plus des luttes de quelques-uns où le courage, la hardiesse du chef suffisaient à renverser un obstacle qu'il avait devant lui, que son intelligence quelque ténue qu'elle fût, arrivait à saisir parfaitement. Cène sont plus des combats de Kabylie, du Mexique, mais des masses énormes à diriger sur les routes, à combiner, à condenser sur un point donné, en un moment donné, en présence de masses également capables avec des moyens d'action terribles comme rapidité et comme puissance. L'idée s'élève en raison du but à atteindre. Elle réclame chez les chefs une puissance d'esprit, une puissance de compréhension, que le travail et l'instruction la plus étendue peuvent seuls arriver à donner. Ce ne sont plus des spécialités, des généraux de telle ou telle arme qu'il nous faut, mais des chefs aptes à tout, voyant tout. Cette idée réclame également chez les subordonnés une compré-
hension capable de saisir la pensée du chef et de l'appliquer. Du petit au grand le phénomène est le môme. C'est la force appliquée, mais la force mise en jea sur une immense échelle.
L'avenir des guerres modernes appartient donc aux armées les plus instruites ; d'ailleurs on peut dire avec raison qu'entre les mains d'un chef habile un instrument intelligent vaudra toujours mieux qu'un instrument brutal mais inerte.
Qu'en conclure? L'urgence de préparer l'armée en raison de ce nouveau mobile, la lier plus intimement à la nation. Ce ne sera qu'à cette condition de lui faire quitter ses vieux oripeaux, de la débarrasser de tout cet antique attirail qui date de Louvois ou de la Restauration, que l'on aura créé une armée vraiment moderne.
Quand la Prusse a réformé son armée, elle a complètement et brusquement rompu avec une partie de son passé, avec la tradition, la routine, ce chauvinisme de nos armées.
Est-elle l'exemple parfait des troupes organisées pour l'avenir? Nous ne le croyons pas.
Ce qui est bon un jour, ne l'est plus le lendemain. A notre époque, on ne peut se tenir à la hauteur des circonstances qu'en travaillant toujours, étudiant, simplifiant et marchant de l'avant. L'esprit militaire comme l'esprit humain sont sans cesse en mouvement. Ils peuvent avoir des temps d'arrêt; mais rétrograder, jamais.
L'armée prussienne d'hier, notre modèle aujourd'hui, ne le sera plus demain, quoi que nous en disions. Elle a un grand vice, un vice indélébile attaché à sa nature. Gomme simplicité des rouages, facilité du passage du pied de paix au pied de guerre,
instruction, honnêteté, dignité, elle peut revendiquer le premier rang. Mais elle est encore la digne fille de l'armée de Frédéric II, elle n'est pas démocratique, elle forme une caste. Aussi, quelque imperfection que puisse présenter notre armée, l'armée prussienne a sur elle le désavantage immense de n'être pas l'expression vraie du pays, de son esprit. Et quelque séduisante que soit l'idée que l'habile ministre prussien sait faire briller aux yeux de l'Allemagne, l'idée de Vunité allemande, cette idée, pour être celle du peuple, n'est point cellede l'armée, qui reste ce qu'elle est, ce qu'elle a été par sa constitution même : mesquine, guindée, gourmée, et sans liaison dans les parties constitutives de son organisme.
Si nous sommes supérieurs à nos voisins comme esprit militaire, il n'en reste pas moins pour nous une obligation, celle de simplifier à tout prix notre mécanisme et par suite d'alléger les charges de notre budget.
Il nous reste à examiner les différents services qui peuvent se prêter à une diminution de dépenses, en conservant à cette étude son point de vue général, point de vue qui ne permet malheureusement pas d'approfondir, comme elles le méritent, chacune de ces questions.
• Pourquoi des corps privilégiés comme solde? Pourquoi la garde?
C'est le cas de citer un passage de cette même lettre de M. de Colbert :
« Sire, disait ce grand ministre, la prodigieuse différence qui se trouve entre ces troupes et celles des armées abattra le cœur des officiers et soldats de celles-ci et les ruinera, parce que, dès lors qu'il y aura un bon officier ou un bon soldat dans les troupes
d'armée, il fera tous ses efforts pour entrer dans celles de la maison de Votre Majesté. Ces troupes seront toujours regardées comme l'objet particulier de l'amitié, des soins et de la dépense du Roi, ce qui causera de mauvais effets dans l'esprit des autres troupes, qui forment assurément le plus grand nombre. Le compte du Roi n'est pas d'avoir un corps de troupe extraordinairement bon, et le reste faible et mauvais; parce que partout où le bon corps se trouvera, il battra, mais l'autre sera battu, et comme l'autre sera beaucoup plus grand, il y a quelque risque qu'il emporte l'autre. Le compte du Roi est que toutes ses troupes soient également fortes et bonnes et que partout elles fassent une résistance égale à ses ennemis.
« Cette distinction trop grande de sa maison en toutes choses ralentit le zèle de tous les autres sujets. Les grands* rois ont toujours embrassé leur dernier et plus éloigné sujet comme le plus proche, toutefois avec quelque différence pour la distribution des grâces seulement. Nos grands rois, François I er , Henri IV, n'ont jamais fait ces distinctions. Ce dernier s'est fait garder souvent par tous les vieux corps et, de son temps jusqu'au règne de Louis XIII, le régiment de Picardie l'a toujours disputé au régiment des gardes.
« Louis XIII a été le dernier roi qui ait fait la distinction des troupes de sa maison, encore n'y avaitil que sa compagnie de mousquetaires à cheval dé cent hommes avec ses compagnies de gendarmes et de chevau-légers. »
Cette critique, curieuse à plus d'un titre, a bien plus de raisons d'être aujourd'hui. Des motifs autres que ceux énoncés plus haut et qui doivent décider de la suppression des corps privilégiés, sont à mettre en ligne de compte.
La garde forme une espèce d'armée dans l'armée.
Elle choisit ses hommes et ses officiers. Elle se régit un peu par elle-même et n'admet guère l'immixtion d'une autorité étrangère. De là le danger, partout où le chef de l'État ne sera pas pour imposer sa volonté !
Ces mouvements circulaires dans les garnisons de Paris et des environs, privent d'autant les autres corps de troupes qui ne peuvent rien, et sont obligés de se contenter des quelques casernes et des forts qu'on veut bien leur laisser. De là des comparaisons et des jalousies inutiles qui se perpétuent en campagne. Qu'en marche, un corps de troupes arrive à une grande ville, qu'y trouve-t-il toujours installée? La garde. Quant à lui, forcé de traverser les rues en présence de ses camarades bien postés, bien logés, il va former ses tentes une lieue plus loin, dans les prairies voisines, le long de routes poudreuses.
Demeurant dans les plus belles garnisons de France, ne pouvant se marier, officiers inférieurs, sous-officiers et soldats peuvent se laisser entraîner à la formation de ces ménages fictifs qui altèrent souvent la valeur morale des individus.
Citons en dernier lieu ces uniformes coûteux et inutiles pour les officiers, ruineux pour l'État et incommodes pour le soldat.
Que de bons régiments d'infanterie ne ferait-on pas avec ces régiments bariolés des grenadiers, des voltigeurs, des chasseurs, des zouaves!...
Que de belles troupes de cavalerie n'obtiendrait-on pas avec ces corps de guides, de lanciers, de cuirassiers, de carabiniers, de dragons, etc!...
D'ailleurs ; ces uniformes sont autant d'indices pour l'ennemi, qui sait, par avance, à quelle nature de troupes il a affaire.
Cette question des uniformes est importante au point de vue de la bourse des officiers et de celle de l'État. Par suite de la masse des troupes que Ton va se trouver dans l'obligation d'employer, elle est devenue d'une importance capitale et mérite une explication plus complète.
Si nous prônons notre système d'artillerie, à cause de sa simplicité, de la facilité de la réparation qui ne réclame qu'une seule et même espèce d'affûts et de roues, il semble tout naturel que l'avantage deviendrait le môme pour l'État s'il simplifiait la tenue. Il a tout intérêt à ne pas voir enfouis dans ses magasins centraux, ces draps et ces uniformes de toute nuance, véritables oripeaux, débris d'une vieille époque, qui n'ont qu'une tradition factice de quelques années.
C'est la nation qui s'arme actuellement; que son uniforme se rapproche de celui de son existence normale! Qu'elle soit juge de la tenue de ses soldats! Qu'on mette au concours le vêtement militaire; qu'une commission composée d'officiers de toutes armes, de sous-officiers et de soldats choisisse, et ce jour-là l'uniforme adopté deviendra celui de tous, et non pas le résultat d'une enluminure plus ou moins bien faite, passée sous les yeux des chefs qui, n'ayant plus les mêmes besoins et les mêmes habitudes, sont appelés à perdre trop souvent de vue le but auquel on doit tendre.
Tout a sa cause ici-bas, et si l'on cherchait bien le motif de telle ou telle tenue, on serait fort étonné du mobile qui l'a consacrée.
Cette simplification de l'uniforme amènera celle des armes. Ces régiments de grosse cavalerie, de réserve, ne formeront plus que des régiments de cavale-
rie de ligne plus simples, plus mobiles, plus en rapport avec le but encore incertain qu'ils doivent atteindre. Les régiments de cavalerie légère ne feront plus qu'un seul et môme corps de cavaliers légers, souples à l'excès, en raison de la rapidité des- mouvements actuels. Ces corps de la garde aux bonnets à poil fantastiques, digne copie des dragons chinois, ces chasseurs à pied, cette infanterie, cette garde nationale mobile, etc.. ne seront plus que le noyau d'une seule et môme infanterie, avec quelque différence dans la couleur du képi, du turban, des parements, pour indiquer leur variété, et sauvegarder leur personnalité.
Il y aura là économie pour l'État, pour l'achat des approvisionnements et l'entretien. Pour l'officier il y aura économie, et le passage d'un corps dans un autre ne sera plus pour lui un effroi. Si sa solde est minime, on l'augmentera en diminuant ses dépenses, en lui donnant un costume simple, pratique et commode qui ne l'oblige pas à cacher son identité sous le vêtement bourgeois. En campagne cette simplicité sera pour l'ennemi une cause d'hésitation. Il ne pourra reconnaître les corps qu'il a devant lui, ni modifier son attaque ou sa défense suivant ce qu'il aura vu.
Les grands commandements ont été abandonnés dans tous les pays, dernièrement encore, en Italie, pendant un temps l'imitatrice servile de notre organisation. Dans la machine administrative, les grands commandements ne forment qu'un rouage de plus, non encore bien défini, puisque la combinaison continue à reposer sur le système divisionnaire.
Ils n'aboutissent en réalité qu'à un état-major de
plus et à des installations dignes de recevoir les chefs revêtus de cette dignité.
Un des grands inconvénients de cette institution est d'obliger le chef de l'État, vu le nombre restreint des titulaires, à choisir constamment les mêmes hommes pour commander les armées.
On peut avoir été victorieux à un moment donné; on ne peut être condamné à rester heureux toute la vie. Il arrive une heure où les facultés de l'homme ne possèdent plus le ressort suffisant pour l'activité que réclament de pareils commandements. On n'a même plus le désir de vaincre. N'ayant plus rien à espérer puisque l'on a atteint le sommet de l'échelle, on finit, sans s'en douter, par trouver tout bien puisqu'on a tout obtenu. Pour surexciter le travail de l'homme, il faut toujours laisser une certaine latitude à son ambition, à son imagination. Trop souvent la plénitude de la vie, les désirs assouvis, ont leur écueil pour l'orgueil humain. C'est là tout un danger et un danger capital pour un pays, qui peut voir ses enfants confiés dans de telles mains, à un moment solennel, celui du champ de bataille. A notre époque, la guerre n'a plus le temps de former des généraux; les luttes sont trop courtes. Ce qu'il faut, ce sont des hommes jeunes, des chefs jeunes se renouvelant souvent.
Qu'aux généraux victorieux on accorde des dotations, des honneurs, c'est justice si l'on veut. Mais que, le service une fois payé, ils ne demeurent pas audessus des autres ; qu'ils aient encore la possibilité de désirer une nouvelle victoire, une nouvelle récompense, ce sera prudence.
Par cette simple suppression de sept grands commandements, de sept chefs d'état-major, de sept états-majors généraux sans compter les aides de camp, de sept hôtels affectés à leur logement, de frais de représentation, de solde, etc., on se procurerait l'argent nécessaire pour solder largement l'aug-
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mentation de solde réclamée depuis si longtemps pour les officiers inférieurs de l'armée.
Le système hiérarchique s'est compliqué comme à plaisir. Au ministère de la guerre correspondent les grands commandements, les divisions territoriales, sur lesquelles sont venues se placer les divisions actives de la garde. Cette variété n'empêche pas qu'à un moment donné, c'est-à-dire à l'heure où l'on a besoin de toute sa lucidité d'esprit et liberté d'action, on est dans l'obligation de créer tout un double emploi de corps d'armée, de divisions. Il y a là une cause de temps d'arrêt, d'à-coup, qui, avec l'esprit d'assimilation et d'initiative militaire de notre pays, a offert jusqu'à présent moins de danger que pour toute autre nation.
Toutefois, en présence de nos guerres rapides, il y aurait économie d'abord, avantage ensuite à simplifier ce passage du pied de paix au pied de guerre. Avec le système actuel nous ressemblons assez à ces gens qui ont maison de ville et de campagne. C'est coûteux d'abord, gênant ensuite, quand on n'a ni l'argent ni le personnel nécessaires.
Des divisions actives organisées sur tout le territoire et toujours prêtes à partir correspondraient mieux à l'état des armées futures, éviteraient des inquiétudes, des désordres au moment du départ, des sollicitations de la part des officiers, des faveurs intempestives , des combinaisons qui font souvent passer l'intérêt particulier avant l'intérêt général.
Aux centres de nos divisions, les services sont dispersés comme à plaisir au grand détriment de la bourse du pays. Dans les petites villes de province, ce mécanisme peut avoir moins d'inconvénients; mais dans de grandes cités comme Marseille, Lyon, Paris, où les passages sont continuels, il en résulte un mouvement fatigant pour l'homme , fatigant pour les fonctionnaires, coûteux pour l'État, rien que pour se rendre du commandant de la division à Fétat-major, à la place, à l'intendance, etc.
Une maison de commandement unique où les différents services se trouveraient réunis et placés de suite sous les ordres de leur chef naturel, le chef d'étatmajor, éviterait toutes ces allées et venues et des locations inutiles.
Dans les corps de troupes, bien des grades se sont perpétués par habitude. Tel grade, qui avait sa raison d'être à une époque, s'est trouvé conservé sans raison :
Dans l'infanterie, le lieutenant-colonel ;
Dans la cavalerie, le lieutenant-colonel et les chefs d'escadron ;
Dans l'escadron, le capitaine en second, pourraient être utilement supprimés comme en Prusse. Institués dans un temps où le colonel et le capitaine, propriétaires de leur régiment et de leur compagnie, demeuraient à la cour pendant la paix, ils remplaçaient leurs supérieurs et commandaient en réalité le régiment ou l'escadron. Au xix e siècle, ils n'ont plus de nécessité.
Dans tous les régiments, les officiers comptables, cette préoccupation constante des chefs de corps qui veulent en posséder toujours un ou deux sous la
main, pourraient être remplacés avec avantage et économie par un seul comptable, officier d'administration, appartenant au service de l'intendance.
Dans cet ordres d'idées, les intendants généraux inspecteurs verraient également leurs fonctions supprimées, et leurs attributions confiées plus logiquement aux inspecteurs des finances.
Les distinctions honorifiques ont fini par voir diminuer leur prestige dans l'armée, du jour où elles ont été payées et regardées comme un droit ou la conséquence de tel ou tel grade.
A vingt ans de service, on est chevalier de la Légion d'honneur. Qu'en est-il résulté? C'est qu'un officier supérieur veut être tout au moins officier de l'ordre, qu'un colonel est commandeur, qu'un général se plaint s'il n'a pas sa plaque, un général de division son cordon et, à sa retraite, une petite place au Sénat.
Un officier non décoré est une exception, tandis que le contraire devrait avoir lieu. De plus, la rente attachée au brevet a modifié l'esprit d'appréciation à ce sujet. On envisage encore le ruban sans doute, maison envisage beaucoup aussi les 250, 500, 1 .800 ou 2.000 francs qui sont au bout. Voilà comment on a diminué cette institution.
Si c'est une aumône qu'on déguise sous cette dotation, qu'on donne franchement ces 250 francs à tous les officiers supérieurs, ces 1.000 francs à tous les colonels et généraux, on aura fait autant de contents, et on aura rendu à la croix sa valeur.
Qu'elle ne soit plus donnée après tant d'années de service, mais seulement pour faits de guerre où services éminents. Une distinction honorifique est d'autant plus appréciée qu'elle est plus rare et qu'elle est
l'indice chez celui qui la porte de qualités essentielles pour un militaire. Avant tout elle devra se distinguer, ne fût-ce que par un filet noir, d'avec la décoration de Tordre civil.
Parlons des places fortes, ces nids à dépense pour le budget.
Nous n'envisagerons cette question qu'à un point de vue général. Traitée comme elle le mérite, elle réclamerait tout un chapitre. Les places de guerre n'ont été que la continuation du système féodal, du règne de l'individualité , époque où chaque ville , chaque fief se défendait contre le voisin. Gardées pour les besoins de nos frontières, elles n'ont plus à présent qu'une valeur indirecte.
Ce qu'elles ont coûté depuis leur création est incalculable. Au point de vue économique, il serait curieux de rechercher l'utilité relative qu'elles ont produite. D'ailleurs, au même point de vue a-t-on le droit d'enserrer perpétuellement une ville dans des murailles, de la priver d'air, d'extension, de menacer son commerce? Les pertes qu'on fait ainsi journellement ne sont-elles pas supérieures au gain qu'on compte retirer de leur construction? C'est une question plus que douteuse. Au point de vue stratégique, elles ont perdu de leur importance. Dans le cas d'une guerre offensive, elles sont devenues inutiles, puisque l'armée agit en dehors de leur rayonnement d'action.
Dans une guerre défensive, ces places renfermant des écoles, des arsenaux, un matériel considérable, sont dangereuses; car, accumulées sur une même ligne à la frontière, du jour ou l'ennemi est à l'intérieur, elles privent le pouvoir central de ressources considérables.
D'ailleurs, il existe un principe de guerre de plus en plus vrai : c'est sur le champ de bataille et non autour d'une placç forte que se décident les destinées d'un peuple. Dans l'état actuel les places réclament des travaux considérables qui ne seront jamais qu'imparfaits et qui coûteront fort cher, sans rempli» le but qu'on espère. # ■ ,
Il est hors de doute que les places fortes sont nécessaires; mais des places fortes dans le sens réel du mot, situées dans les endroits choisis, des places dont la puissance défensive soit d'autant plus grande que. leur position devient plus centrale, et qui soient plutôt de vastes camps retranchés ne contenant absolument que les troupes appelées à les défendre et n'entraînant pas dans leur chute celle de toute une population, de tout un commerce.
La suppression d'un grand nombre de ces points fortifiés mettrait donc tout de suite à la disposition de l'État quantité d'arsenaux, de magasins, de locaux qu'on pourrait céder avec avantage aux populations, de môme qu'elle donnerait le moyen de supprimer quantité de fonctions devenues superflues. Il y a donc urgence à poursuivre l'examen de ce problème continuellement posé devant les Chambres.
Dans un pays où toute la nation va se trouver armée, les blessés restent plus que jamais les blessés de la nation. Les associations libres doivent donc ici se substituer à la charité toujours si coûteuse et si incomplète de l'État. Nous voulons parler des Invalides et de leur hôtel. Construit à une autre époque, en dehors de Paris, dans un siècle où les blessés étaient les blessés du Roi, où les soldats étaient les soldats du Roi, l'hôtel des Invalides répondait à une idée majes-
tueuse qu'il n'a plus. Il n'a qu'un mérite, celui d'être très coûteux et insuffisant. Sans parler de la valeur intrinsèque de l'hôtel, les 1.800.000 francs annuels, prix auquel reviennent les 12 à 1.400 invalides qui s'y trouvent, pourraient être employés partout ailleurs utilement. Or, le musée d'artillerie, le dépôt des cartes de la marine, du génie, le dépôt de la guerre, la bibliothèque militaire, les archives, l'école d'étatmajor exigent autant de bâtiments spéciaux, de directeurs, de sous-directeurs qu'on pourrait placer plus économiquement et plus pratiquement pour les études dans un même édifice, les Invalides, ce centre de nos vieilles gloires militaires.
Parlons aussi de ces chirurgiens militaires passant leur vie à suivre leur régiment, de garnison en garnison, à signer des billets d'entrée aux hôpitaux. Dans une armée nationale l'élément médical civil doit participer aux soins à donner aux enfants du pays présents sous les drapeaux.
En temps de paix un personnel médical restreint, attaché exclusivement aux hôpitaux militaires et prêt à marcher pour les petites expéditions et à diriger les hôpitaux ambulants; les médecins des localités possédant des garnisons, faisant à tour de rôle le service de consultation, voilà l'application possible et économique. La garde nationale mobile serait là pour former l'appoint avec un élément nouveau. Avec les jeunes gens qui se destinent à la carrière médicale on aurait toutes les ressources voulues pour la création d'un corps de santé volontaire. D'ailleurs, quand le pays entier serait en armes, quel serait le médecin, le chirurgien encore jeune qui ne se présenterait pas pour ce service, auquel il aurait été habitué en temps
de paix dans les camps d'instruction de la garde nationale mobile. Il n'oserait rester dans son pays, près des parents dont les enfants seraient à la frontière.
Citons encore sommairement comme pouvant subir de grandes simplifications et modifications :
Les services des plans à remettre entre les mains des chefs de dépôt d'instruction :
Le personnel du ministère de la guerre à diminuer et à remplacer d'une manière utile par des employés uniquement militaires;
Le mouvement des troupes à régler d'une façon constante et non arbitraire ;
Le génie et l'artillerie à réunir en un seul et môme corps, grande idée déjà mise à exécution au xvni e siècle ;
L'action individuelle, industrielle remplaçant l'action de l'État dans les travaux de construction militaires de toute nature, excepté pour les ateliers de modèles et d'essais, etc., etc.
Biea d'autres parties du service seraient à énumérer et surtout à expliquer pour montrer le point d'origine, le motif de la création. Seulement, dans l'examen de semblables questions, il ne faut pas s'arrêter aux petits intérêts lésés, froissés, aux habitudes rompues. On ne peut faire quelque chose ici bas sans nuire à quelqu'un : c'est le lot de l'humanité.
Il faut voir le but et non le moment et surtout, comme pour une bataille, se placer au sommet le plus élevé et non rester dans un sentier encaissé, si l'on veut saisir l'ensemble. L'important est d'avoir montré que le champ des réformes, des études, des économies est vaste, infini.
Alors, à l'œuvre !
Pour la première fois dans notre histoire militaire, nous sommes devenus les plagiaires des institutions de nos voisins ; à notre tour, marchons courageusement en avant. Si nous augmentons le chiffre de notre armée, diminuons celui de notre armée active, faisonsla plus forte, plus homogène; rendons nos cadres plus sérieux, plus dignes du rôle qu'ils sont appelés à jouer; payons mieux nos officiers, nos soldats; surexcitons le travail, instruisons partout, élaguons, taillons dans le vif ; laissons les officiers libres de traiter, de discuter ces grandes questions de l'avenir du pays, ouvrons l'enquête largement et franchement. N'ayons ni parti pris, ni routine, ni crainte. N'ayons qu'un but, l'intérêt de la France et, comme corollaire, celui de l'humanité ! Et rappelons-nous sans cesse que c'est aux armées intelligentes, simples, mobiles, expression vraie de la nation, qu'appartient l'avenir des luttes modernes, ces malheurs auxquels seront condamnés les peuples, tant qu'il existera des passions humaines et que les nations ne seront point assez fortement constituées, assez fortement liées par leurs intérêts réciproques pour régler par ellesmêmes leurs intérêts en litige.
(Revue politique et littéraire du 4 juillet 1868)
Depuis le 29 juin, la discussion générale du budget de 1869 est ouverte au Corps législatif; nos lecteurs connaissent les termes de la question. Notre collaborateur, M. Allain-Targé, leur a exposé l'importance des cinq lois de finance actuellement en discussion, il a déjà examiné et jugé le travail de la commission; il se réserve d'apprécier prochainement, au point de vue du présent et de l'avenir, la situation financière du pays, telleque le gouvernement personnel Ta faite et qu'elle doit ressortir de ce solennel débat. Sans empiéter sur le domaine réservé à notre ami, compétent en ces délicates matières, nous voudrions émettre ici les réflexions que nous inspire le spectacle des . dernières séances parlementaires.
Malgré l'époque déjà avancée de l'année, l'affluence est très considérable au Palais-Bourbon ; on étouffe bravement dans les tribunes. La question financière passionne tous les esprits. Dans ce pays si frivole et naturellement enclin à dédaigner les questions d'argent et de chiffres, si habitué à se laisser gérer, se produit un symptôme tout à fait nouveau et bien étrange : chacun sent aujourd'hui que la politique et les finances- sont affaires de chacun, chacun veut savoir où en est le Trésor, le budget, le crédit de l'État, le patrimoine du peuple ; les chiffres n'effrayent
plus personne, les détails les plus techniques ne sont plus arides, la passion publique s'en mêle, tout le monde veut pénétrer les difficiles ressorts des finances publiques; on compte, on énumère, on dissèque les budgets, on les réunit, on les additionne; le total, pour être exact, n'en est que plus monstrueux. On critique l'ordinaire, l'extraordinaire, le spécial, le rectificatif, le supplémentaire, l'amortissement, les caisses; tout cela devient accessible et presque usuel. Dette fondée, dette flottante, sont des mots à la mode ; le déficit, son synonyme plein d'ampleur, le découvert, sont sur toutes les lèvres. Encore un peu et les erreurs budgétaires seront des banalités : ce progrès est bon; ces ténébreuses formules, une fois sondées et dissipées, le contribuable verra clair dans ses affaires. Il comprendra; de là à vouloir surveiller et régir lui-même, la distance est mince, il n'y a que l'épaisseur d'un bulletin de vote.
Le pays est surtout redevable de cette bonne et récente aptitude à ses députés de l'opposition, qui se multiplient depuis huit mois pour faire la lumière sur toutes les parties de la machine budgétaire; on ne saurait trop célébrer le zèle infatigable de ce petit groupe d'hommes qui ne se lasse pas de nous soutenir et de nous instruire. Quels enseignements, quelles leçons ne trouvons-nous pas par exemple dans les derniers discours de MM. Magnin, Garnier-Pagès et Thiers?
M. Garnier-Pagès, avec la compétence particulière qu'il possède en matière de finances, s'est attaché, depuis sa rentrée à la Chambre, à faire tous les ans une exposition détaillée du mécanisme, compliqué à plaisir, des finances impériales. Grâce àluinou,savons été introduits dans toutes les parties spéciales et techniques de nos nombreux budgets, et nous avons toujours applaudi à cette manière simple, franche, familière dont la bonhomie n'exclut ni la finesse ni la
fermeté. On doit lui savoir surtout gré de la conclu^ sion ordinaire de tous ses discours financiers : nous périrons par le poids des dépenses militaires.
M. Garnier-Pagès, tout comme le vieux Gaton, a son delenda Carthago. C'est le militarisme et les grosses dépenses qu'il traîne à sa suite. S'il détaille avec tant de complaisance et de sûreté de main les diverses branches de la dépense publique, c'est pour mieux établir l'enflure et l'exagération du budget de la guerre. Là est le mal, de là doit sortir le remède.
A côté de lui siège et parle M. Magnin. Trois années ont suffi à ce vaillant député pour acquérir, dans la Chambre et dans le pays, la renommée et l'autorité qui ne s'attachent d'habitude en ces matières qu'aux plus vieux parmi les plus expérimentés ; les dons si brillants qu'il tenait de la nature n'eussent pas suffi à lui gagner ce rang. Il y faut de plus de solides qualités et surtout un esprit de scrupule, de travail et d'ordre, qui est le seul moyen de s'imposer définitivement aux hommes froids, sérieux et difficiles qui dédaignent les dehors éclatants et "ne se livrent qu'à la raison. C'est le trait original de cette nouvelle et brillante figure parlementaire , que l'alliance des grâces extérieures de la personne dans un jeune orateur, avec la maturité de l'esprit, la sévérité et l'aridité des études. Lorsqu'il apparaît à la tribune, on a le sentiment très vif de cette double séduction ; il y reste à l'aise comme dans un salon, il semble ignorer qu'il parle, et préfère conter avec clarté et non sans enjouement, sur ces terribles matières. Son langage n'a rien d'apprô'é ni d'ambitieux; il expose simplement, avec une pointe d'ironie bourguignonne, le résultat de ses longues et pénibles recherches, dissimulant la trace de l'effort sous l'abandon même du débit; il évite ainsi la monotonie sans nuire à la clarté, qualité maîtresse des hommes d'affaires. Le dernier discours que nous avons entendu de lui est
certainement un des plus remarquables qu'on puisse prononcer sur les finances ; il révèle dans tout leur éclat les précieuses qualités du représentant de la Côte-d'Or; d'un dessin plus grand, plus large plus mouvementé que ses précédents, ce discours est une merveille d'ordonnance méthodique. M. Magnin s'est promené à travers les dédales et les labyrinthes tracés depuis dix-sept ans par les fantaisistes financiers du second Empire, en éclairant à chaque pas les précipices, les fondrières et les écueils. On revient de ce voyage avec les impressions de Dante, et un peu aussi sa figure; à d'autres de dire si ce compte de toutes les comédies humaines vaut une page de la Divine Comédiei
A proprement parler, et sans image, le discours de M. Magnin est incontestablement un guide financier. Les deux qualités principales de cet esprit sont donc la modération et l'ordre, le lucidus ordo.
Le langage de l'homme est bien ici l'homme luimême, concis et clair. Né pour la vie parlementaire, il y est devenu en quelques années, ce que les Anglais indiquent d'un mot, un débuter.
Ajoutons, pour compléter cette esquisse, que M. Magnin est un caractère; en tout temps, sur toutes les questions, il pourra apporter au service des idées communes les mêmes ressources de ténacité et de convictions lucides dont il fait preuve en matière de finances. Il continue d'ailleurs une glorieuse tradition démocratique, et, fils d'un père cher à la démocratie radicale, il sait ce qu'il doit à son nom et à son parti, et le leur rend.
Après eux, M. Thiers a occupé la tribune la journée entière du mercredi ; avec quelle force et quel succès, ses adversaires le savent. L'illustre orateur vient d'ajouter à la série déjà si complète de ses magistrales harangues, un discours dont l'éloge serait superflu. La seule louange qu'il en faille faire, c'est d'in-
viter le pays à le lire, les politiques à le méditer, car il nous semble que l'avoir lu c'est avoir appris, et l'avoir appris, c'est se réserver de le réciter à propos. A la vérité ce discours ne contient pas la doctrine rigoureuse, nécessaire de la démocratie, et dès lors, nous devons, non sans inopportunité, y trouver des lateunes, faire nos réserves et attendre de rencontrer pour nos opinions radicales un aussi vigoureux interprète; ce qui viendra par la suite de la discussion. — D'ici là, force nous en est bien d'admirer tel qu'il est ce prodigieux orateur, le chef de l'école libérale, et de remarquer la puissance de ses coups. A ce point de vue, nous ne saurions exprimer tout le plaisir que nous avons ressenti à voir cet infatigable et junévile vieillard résumer, étreindre tous les chiffres budgétaires amoncelés depuis vingt ans, établir sans réplique, sans réfutation possible, une de ces foudroyantes vérités qu'il excelle à envelopper dans la plus simple, la plus facile, la plus courante des formules : « Vous dépensez, bon an, mal an, 2 milliards 200 millions, vous ne recevez que 2 milliards, vous êtes en déficit annuel, constant, réglementaire, de 200 millions. »
Voilà le point culminant de la partie financière, nous laissons de côté tous les développements, toutes les démonstrations, toutes les preuves accumulées par lui avec cette solidarité spirituelle, cette persuasion railleuse dont il a pris le secret à Voltaire, quoi qu'il en ait. Mais constater le déficit, signaler le gouffre, c'est à coup sûr le moindre effort de cet admirable orateur; c'est au contraire chercher à indiquer la cause, la cause unique du mal qu'il a consacré ses prodigieuses ressources, toutes les habiletés de sa parole; écoutez avec quelle véhémence de dialectique il établit que les recettes sont désormais stationnaires, que les dépenses ne peuvent être arrêtées, que les économies sont illusoires. Quelle ironie
sur les rigueurs de la commission du budget, quelle audace et quel à^propos dans cette protection inattendue, prêtée par lui aux deux illusfres maréchaux, quelle concision, quelle sobriété de touche quand il porte la main sur la Constitution et indique fièrement le remède! Cet art prodigieux dans ses effets, si léger et si gracieux dans ses apparences, d'arracher une assemblée à ses habitudes, à ses sentiments, à ses' préjugés pour la tourner tout entière vers la politique est vraiment désespérant; ne faire servir l'étude la plus approfondie des affaires qu'à une leçon de politique constitutionnelle, conduire graduellement ses auditeurs dans l'enceinte même des pouvoirs réservés, les convier à agir et les abandonner brusquement en face d'un présent critique et d'un avenir plein de péril; enfin trouver constamment, pour terminer et couronner ses discours, une de ces sentences où respire la sagesse politique et dont plusieurs ont déjà reçu la consécration politique de l'histoire, tout cela M. Thiers l'accomplit comme en se jouant; son esprit cache même les profondeurs de sa tactique ; on est tout confondu de tout ce qui reste de puissant après ces sémillantes oraisons; amis et adversaires, tout le monde gagne à y réfléchir encore, et ce qui est la marque même de la supériorité du politique, ses discours sont des actes.
Outre ces trois grands discours d'opposition vraie, nous avons eu une véritable nouveauté, c'est l'opposition in extremis de messieurs de la majorité officielle. Un grave symptôme, presque un miracle.
En effet, tous les membres de la majorité de la Chambre ou de la commission du budget qui ont pris part aux débats ont tenu un langage tout à fait voisin de celui de l'opposition; à la longue, vous verrez que l'opposition n'aura été qu'une prévoyante avant-courrière. Les événements viennent à la file lui donner raison sur l'Allemagne, comme sur le Mexique,
comme sur les finances, et son rôle pourrait se borner aujourd'hui à recueillir les aveux et les déceptions des vaincus. C'est le premier budget de l'Empire qui aura soulevé d'aussi vives et d'aussi unanimes critiques. Les amis du premier degré s'en mêlent : M. Louvet, M. Calley Saint-Paul, M. de Talhouét. Le premier, député de Saumur, membre perpétuel des commissions budgétaires depuis 1852, vient de retrouver la parole publiquement, pour peindre, sous les plus noires couleurs, la crise du présent et les sinistres perspectives de l'avenir. M. Louvet est un homme considérable dans cette Chambre en sa double qualité d'ancien député et de banquier renommé. Petit, sec, avec une voix tremblante, les cheveux rares, le corps anguleux, la face osseuse et parcheminée, avec des traits effilés, une grande mâchoire que disloque à intervalles égaux un spasme nerveux, toute sa personne offre l'aspect resserré et coupant du personnage que Balzac a peint sous le nom du père Grandet. Avec tout cela, les gens de cette espèce sont fins. Ils flairent le vent et savent presque toujours se garer à temps. Circonspects et avisés, ils savent également se taire et parler à propos. Avec leur mine futée qui rappelle le Peseur d'or d'Holbein, ils sont d'assez madrés politiques. La politique c'est une manière particulière de dresser le cours du change. Donc, M. Louvet se croit arrivé à ce moment particulier de l'histoire de France, où il est de bon expédient, après s'être tu très longtemps, après avoir prêté ses votes, son concours, ses acclamations et son enthousiasme, de changer tout cela. L'imminence même des élections ne paraît pas tout à fait étrangère à ce subit retour de l'esprit de critique et d'indépendance. On croit le suffrage universel semblable au seigneur du Nouveau Testament qui prodigue tous ses biens au travailleur de la onzième heure. Nous espérons bien qu'il n'en sera rien, et que le
pays réveillé ne pardonnera pas à ceux-là mêmes qui ont réveillé sa torpeur. D'ailleurs , une fois ces doléanc3s faites sur l'état de nos affaires, M. Louvet ne connaît d'autre moyen d'y remédier, que de faire appel à la tempérance des ministres. Ah! le bon billet! Que voulez -vous? M. Louvet n'a pas de secret comme M. de Saint-Paul. Ce dernier est tout à fait réjouissant; il croit qu'il n'est pas bon de tout dire, et après avoir trouvé nos finances malades, ce qui de la part d'un député tant mieux, Tune des sept planètes du groupe Cassagnac, doit paraître inquiétant aux bonnes gens, il affirme à haute voix qu'il a trouvé un vulnéraire financier. On le somme de s'expliquer; il se tait; cela probablement touche à la vie privée, car il a refusé d'en faire part à la Chambre. Ce secret n'est peut-être pas bien difficile à percer, c'est peutêtre, pour obvier aux déficits qui vont croissant, une augmentation d'impôts, la non-exécution des promesses faites depuis un an. L'augmentation des impôts pour sortir de la crise semble la panacée cachée derrière tous les discours de la majorité. M. de Talhouët lui-même, dont les alarmes, exprimées par une vive et loyale parole, ont profondément impressionné l'Assemblée, ne semble pas éloigné de ce détestable moyen. Oui, la situation est tellement grave que, à moins de se vouer à l'emprunt permanent avec les affreuses conséquences qu'il engendre, il faut choisir entre les impôts nouveaux et la réduction énergique des dépenses.
Ces diverses solutions seront certainement examinées et soutenues au cours de cette grande discussion, et, lorsqu'on descendra dans le fond même de la question, nous savons que la gauche radicale ne faiblira pas à sa mission, et tracera fermement le programme du budget d'une démocratie économe et libre.
(Revue politique et littéraire du 1 er août 1868)
Commencée le 17 novembre 1867, la session législative a été close mardi dernier, 28 juillet 1868.
Nos honorables se sont séparés avec impatience, mais non sans tristesse. Ils partent pleins d'incertitude et, comme dit leur favori, remplis d'angoisses patriotiques, c'est-à-dire sans espoir sinon sans esprit de retour. Leur ministre-oracle a refusé (il ne pouvait!) de calmer leurs anxiétés, de dissiper leurs terreurs d'une fin prochaine; leur agonie est unB prérogative du prince; ils agonisent depuis trois mois, mais c'est encore quelque chose qu'uneagonie persistante, mieux vaut souffrir que mourir. Mais le cas est clair, leur existence tient à un fil, et on annonce que M. de Saint-Paul, suivi de M. Pinard, se rend à Plombières, auprès de l'Empereur. Grave symptôme : c'est le conseil des trois Parques. Le mois d'août peut-il se passer sans une lettre impériale? Grandis epistola venit a Caprœis.,. et la Chambre est enterrée.
Donc, à courte échéance, les députés actuels vont comparaître devant le suffrage universel, et il y aura débat. Le verdict du peuple éclairé ne saurait être favorable à ces hommes qui ont laissé passer toute bonne occasion de le servir. Il doit s'en souvenir au scrutin. Oui, nous espérons fermement qu'une telle majorité ne reviendra plus siéger sur les bancs du Palais-Bourbon ; mais ce ne sont pas seulement des
vœux, ce sont des actes et encore des actes qu'il faut pour empêcher ce désastreux retour; c'est un devoir civique de combattre et de lutter contre cette majorité. Désormais convaincue et jugée à l'épreuve même des événements, rien ne peut la sauver; incapable de protéger les grands intérêts de la patrie à l'intérieur ou à l'extérieur, il suffit d'un patriote- pour l'exclure. A la fois surannée et inexpérimentée, elle n'a ni le sens politique ni aptitude à l'acquérir, elle n'a même pas de passion, elle ne vit pas, elle ne sent pas, elle n'agit pas, c'est à peine si elle remue pour voter; c'est un grand moribond qui ne se galvanise qu'au moment de la clôture. Elle ignore le commencement des questions et répugne à s'instruire; sur toutes choses elle s'en rapporte au maître, surtout pour finir; après tant et dfe si cruelles déceptions, elle affiche une inépuisable, une incurable complaisance.
D'ailleurs, marquée du péché originel de la candidature officielle, elle ne peut réclamer sérieusement des garanties qu'elle est incapable d'exercer. On lui octroierait les prérogatives des Communes anglaises ou du Congrès américain, qu'elle n'en saurait que faire; son impuissance à user des libertés, s'il y en avait, est réellement constitutionnelle et d'essence. Il ne suffit pas, en effet, de donner des libertés aux hommes réunis en assemblée pour en faire des hommes libres et forts; il faut surtout, à peine d'avortement, que ces hommes soient propres à la vie publique, qu'ils en aient la science ou tout au moins le goût, sinon ils ressemblent à ces sauvages Indiens qui adoraient avec terreur le fusil que Las Cases leur avait donné et n'osaient y toucher, même pour se défendre.
Ce qui étonne l'observateur le plus désintéressé dans le spectacle de ces neuf mois de session parlementaire, c'est l'impuissance de la majorité actuelle à faire un acte politique de quelque valeur, de quelque signification. Loin de chercher à jouer un rôle, cette
I e ' AOUT 1868. 191
majorité s'est neutralisée, effacée, aplatie comme à plaisir. Saisis des plus graves, des plus redoutables problèmes, dont la solution importait le plus à l'avenir de la France, ces députés pouvaient interroger, cerner les ministres, les presser de questions, les obliger à aller chercher et à rapporter la parole, rengagement décisif: ils pouvaient s'allier, se réunir, pour exiger, dicter des conditions précises et fermes sur la paix, la liberté, l'économie, la responsabilité et le contrôle. Ils se sont alliés et réunis dans le silence, l'adhésion, la complaisance. Ils n'ont rien fait, rien tenté d'énergique et d'efficace. Ils ont accepté, ils ont subi toutes les exigences, les réticences et les entreprises du pouvoir. Ils ont voté, voté, voté. Ils ont voté une armée de 1.300. 000 hommes et des milliards, emprunts ou budgets pour le Trésor et le prince, sans chercher à obtenir, sans arracher au pouvoir la promesse de clore à l'extérieur l'ère des intrigues diplomatiques, à l'intérieur l'ère des déficits; ils ont voté, non sans mauvaise humeur; car ils préfèrent à tout l'arbitraire bien cru et bien vert, une loi contre la presse, plus rétrograde que les lois de la Restauration, plus dure que la législation de septembre 1835; ils ont voté, régulièrement, sans sourciller, des budgets de 2 milliards 300 millions; ils ont voté, sans autre scrupule, les emprunts de l'État et ceux des villes ; ils ont voté sans remords le rejet de toutes les interpellations sur la politique extérieure, si gravement compromise depuis dix ans, sauf sur la question romaine où leurs passions cléricales pouvaient se donner libre carrière.
' Ils ont mis neuf mois à abattre cette belle besogne préparée et broyée au préalable par le Conseil d'État. Neuf mois pourraient vous sembler un bien longtemps pour un simple travail de ratification, mais il faut être juste, ce temps a été mis à profit; en dehors des propositions du Conseil d'État, la majorité a fait deux
véritables trouvailles; elle a engendré pour son propre compte deux créations originales à coup sûr, et qui font apparaître, dans toute sa puissance, l'esprit d'invention de messieurs de la majorité; oui, ils ont, par génération spontanée, mis au monde, de leur seul chef, l'article 11 de la loi contre la presse, et les 20 millions de supplément pour les porteurs mexicains. Ces deux conceptions suffiraient à illustrer de plus célèbres assemblées, et je doute que la Chambre introuvable elle-même s'en fût avisée. Voilà ce que c'est que le progrès du temps.
C'est d'ailleurs un spectacle dont nous serons bientôt débarrassés qu'une Chambre pareille. Ces hommes étrangers par leur éducation et leurs goûts aux choses de la politique ne pouvaient jouer ce rôle de comparses enthousiastes du gouvernement personuel qu'à une époque oùleparterre était vide, et où la voix du pouvoir résonnait seule dans le silence universel. La France réveillée se ressaisit elle-même; les journaux, les comités électoraux s'organisent sur la surface entière du pays, la majorité actuelle est déjà évanouie comme élément de puissance; le décret de dissolution ne fera que constater sa mort, il ne sera que la lettre de faire part de la perte tout à fait agréable que nous avons faite.
Les discussion agitées entre le gouvernement et l'opposition sur la loi militaire, la presse, les réunions, le traité de commerce, les finances, le Mexique, ont servi à rejeter de plus en plus la majorité en dehors de l'opinion publique celles ont mis a nu l'effroyable inertie des hommes du centre et de la droite. A mesure que grandissait et se fortifiait l'opposition, on a vu disparaître et fondre dans les mains du pouvoir cet instrument de règne qu'il avait tiré depuis seize années d'une majorité subalterne, compacte, muette et unanime : c'est le signe concluant du péril politique des candidatures officielles, de n'avoir pu produire