AOUT
qu'un corps politique aussi pauvre en hommes de valeur et d'une aussi médiocre utilité gouvernementale. Ces députés officiels n'ont, en effet, ni su ni pu aider, éclairer ou pousser leur gouvernement. Durant ces neuf mois de session, il y avait là, présents à la barre, tous les ministres avec ou sans portefeuilles ; une Chambre animée d'instincts politiques eût tiré de ces apparences parlementaires les réalités les plus efficaces et les plus fécondes, mais pour mener à bien de semblables entreprises, il faut savoir, il faut vouloir, il faut au moins comprendre. Ces trois qualités font défaut à la Chambre actuelle, rien ne les remplace : c'est dans ce vice que gît la responsabilité de cette Chambre devant le suffrage universel ; elle n'a rien pu empêcher, parce qu'elle n'a rien pressenti, rien compris, rien voulu. C'est bien d'elle qu'on peut dire qu'elle a le gouvernement qu'elle mérite; petits ministres, petite politique, députés plus petits encore, il n'y a en tout ceci de grands que les échecs du passé, les crises du présent, les périls de l'avenir. Il est temps de mettre le pays lui-même à la place de tout ce petit monde, et c'est le sens du cri de M. Pelletan et de ses amis à la séance de clôture : « Vive la Nation ! »
C'est, en effet, à la nation, c'est au peuple entier qu'il faut faire appel, c'est à lui qu'il appartient de tout redresser; il faut au plus tôt le mettre en demeure de se prononcer en connaissance de cause, par la libre propagande des journaux et des réunions électorales. Après trois révolutions, qu'a-t-il donc manqué à ce peuple français pour fonder le meilleur et le plus libre des gouvernements? Ce ne sont ni les penseurs, ni les politiques, ni les orateurs, ni les proscrits, ni les martyrs, ni même les grands capitaines I
C'est le peuple qui s'est manqué à lui-même. C'est à lui, aux prochaines élections, à prouver son repentir, à proclamer son émancipation, à assurer son rang chez lui et dans le monde.
xi. 13