IV
Les funérailles de M. Gambetta auront lieu samedi 6 janvier, à dix heures précises du matin.
Le corps diplomatique, les ministres, les sénateurs, les députés, les corps de l'Etat convoqués ou leurs délégations, le conseil municipal de Paris, le conseil général de la Seine et Tordre des avocats se rendront à l'hôtel de la présidence de la Chambre des députés, par la cour d'honneur, rue de l'Université, 128.
Les voitures du corps diplomatique, de la Cour de cassation et dep tribunaux stationneront seules dans la cour de la présidence ; les autres voitures seront dirigées sur les emplacements qui leur seront indiqués.
Les députations des municipalités des départements et les diverses délégations qui doivent faire partie du cortège se rendront, en corps, par le pont des Invalides et le quai d'Orsay, sur la place des Invalides, où des commissaires seront chargés de leur indiquer le rang qu'elles occuperont.
L'itinéraire suivi par le cortège a été fixé ainsi qu'il suit :
Pont et place de la Concorde, — rue de Rivoli, — boulevard Sébastopol, — rue de Turbigo, — place de la République, — boulevard Voltaire, — rue de Charonne, — avenue Philippe- Auguste, — boulevard Ménilmontant.
(Journal officiel du 5 janvier 1883.)
(1 er à 7 janvier 1883)
1 er janvier 1883. — La nouvelle de la mort de M. Gambelta ne s'est répandue à Paris que dans la matinée. Déjà, à partir de minuit, un certain nombre d'amis, informés de la perte de tout espoir, s'étaient rendus à Ville-d'Avray. MM. Isambert, Rouvier, Colani, Barrère, Joseph Reinacb, Dumangin, Dépret, Ruiz, Bixio, Delpech, passèrent la fin de la nuit à la maison mortuaire.
Pendant toute la journée, les visites en nombre se succédèrent sans interruption. Sénateurs, députés, conseillers d'État, magistrats, fonctionnaires, amis connus et inconnus, sont venus s'inscrire à la maison des Jardies jusqu'à la tombée de la nuit. On a remarqué un grand nombre d'élèves de l'École polytechnique venus en escouade, d'Alsaciens- Lorrains éplorés et d'ouvriers.
Dans le courant de la matinée, M. Bonnat a fait une admirable esquisse de M. Gambetta couché sur son lit mortuaire, M. Falguière a fait procéder à un moulage du visage, et M. Garjat a tiré plusieurs photographies de notre ami. M. Bas tien-Le page a commencé plus tard un dessin de la chambre mortuaire.
M. Gambetta repose sur le lit où il a expiré et que de pieuses mains ont couvert de fleurs. La figure est d'une merveilleuse sérénité. La mort a rendu à M. Gambetta la physionomie des jours de jeunesse. L'émotion la plus vive s'est emparée de tous ceux qui ont été admis à voir M. Gambetta sur son lit de mort.
Vers quatre heures, le suppléant du juge de paix de Ville-d'Avray est venu apposer les scellés.
2 janvier. — Immédiatement après l'autopsie on a procédé à l'embaumement.
Un nombre considérable de personnes sont venues s'inscrire hier sur les registres déposés à la porte d'entrée. Au nom de la famille, M. Léris, beau-frère de M. Gambetta, . recevait les amis et visiteurs.
De trois à quatre heures, la mise en bière a eu lieu dans la chambre mortuaire, en présence de M. Léris, MM. les docteurs Fieuzal et Liouville, MM. Spuller, Ranc, Waldeck- Rousseau, Sandrique, Thomson, Etienne, Marcellin Pellet, Emmanuel Arène, députés; MM. Joseph Arnaud, Dumangin, Reinach, Steenackers, Bastien-Lepage, Bordone, Strauss, et MM. Louis et Paul, serviteurs dévoués de M. Gambetta.
Le commissaire de police de Ville-d'Avray, ceint de son écharpe, assistait. Des médailles d'or, d'argent et de cuivre, aux effigies de la République, sont placées dans le cercueil de plomb, où MM. Chaplin, Antonin Proust et Déroulède déposent le médaillon en bronze de M. Gambetta et la médaille en argent de la Ligue des patriotes, où est représentée la figure de l'Alsace.
Au moment de fermer le cercueil, et devant les assistants en larmes, on place respectueusement un drapeau tricolore qui couvre toute l'étendue du corps.
A quatre heures, le cercueil a été descendu dans une des salles du rez-de-chaussée. Il était enveloppé dans le drapeau tricolore et disparaissait sous le feuillage et les fleurs. Au milieu se trouvait le médaillon de Mercié représentant l'Alsace. Près de 4.000 personnes ont défilé devant le cercueil. Le spectacle de cette foule recueillie et silencieuse, de ces républicains désolés, qui venaient pour la dernière fois saluer dans sa modeste demeure l'illustre serviteur de la démocratie, était imposant. Beaucoup versaient des larmes. Le défilé s'est terminé à six heures et demie.
Dans' la soirée, les pompiers de Sèvres, ayant à leur tête un lieutenant, sont venus pour faire la garde d'honneur auprès du corps.
3 janvier. — Pendant toute la journée, le pèlerinage patriotique a continué aux Jardies. Plus de 4.000 personnes (parmi lesquelles les délégations de plusieurs arrondissements, de corporations, de l'École polytechnique),
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ont défilé .devant le cercueil qui, enveloppé de drapeaux tricolores, disparaissait complètement sous les couronnes, la verdure et les fleurs.
A deux heures et demie, M. Spuller est arrivé avec MM. Fallières, Devès, Camescasse, déjà venus la veille aux Jardies. MM Etienne et Léris, qui avaient été à Paris régler les dernières dispositions, arrivaient également à ce moment. C'était l'heure du départ. Avant la levée du corps, tous les assistants s'étant rapprochés dans la pièce où reposait le grand citoyen, M. Spuller a remercié, au nom de la famille et des amis, le corps des sapeurs-pompiers de Sèvres qui a fourni la garde d'honneur et dont tous les officiers avaient tenu à assister à cette dernière cérémonie.
A ce moment, le maire de Sèvres qui, assisté de son adjoint, avait été présenté par les députés de la circonscription, MM. Journault et Maze, prononça d'une voix émue les adieux suivants, au nom de la municipalité :
Messieurs,
La.Ville.de Sèvres, qui s'honore d'avoir compté M. Gambetta parmi ses hôtes, vient, par ma bouche, apporter sur son cercueil l'expression de sa douleur et de son profond attachement- à la mémoire du grand citoyen que la France et la République regretteront toujours.
Le cortège funèbre est arrivé à huit heures et demie du soir au Palais -Bourbon.
Le cercueil, venant de Ville-d'Avray, était accompagné de MM. Léris, 'Spuller, Marcellin Pellet, Etienne, Sandrique, Fallières, t Devès, Camescasse, Waldeck-Rousseau, Caze, Liouville, Antonin Proust, Margue, Greppo, Joseph Arnaud, Ruiz, Gérard, Ordinaire, Charles Quentin, Vogeli, Maze, Delcassé, Cendre, Dumangin.
Le président de la Chambre des députés et M mc Brisson, accompagnés de MM. Ranc, Pierre Legrand, Madier de Montjau, Margaine, Martin, Nadaud , Isambert, Joseph Reinach, Barrère, Deroulède, Cornudet, Journault, docteur Fieuzal, Ferdinand Dreyfus, Bastien-Lepage, Rayet, Floquet, se sont rendus au-devânt du cercueil. Les huissiers de la Chambre des députés,. en grand uniforme, étaient rangés à droite et à gauche du passage.
Dès que les porteurs du cercueil sont entrés, uue profonde émotion s'est emparée de toute l'assistance, et le cercueil à peine déposé dans le cabinet du président a été couvert de bouquets de fleurs et d'immortelles. M. Brisson a essayé alors de prononcer quelques paroles, mais les sanglots l'ont interrompu.
4 janvier. — Le cercueil de M. Gambetta a été transféré à midi, du cabinet du président de la Chambre, où il était •resté pendant la nuit, dans la salle des Fêtes transformée en salle mortuaire et dont la décoration très noble et très imposante a été exécutée sous la direction de MM. Antonin Proust, Jules et Emile Bastien-Lepage, Charles Garnier, Bonnat, Becker, Falguière et Chaplin.
La translation a eu lieu en présence de M. et M me Henri Brisson, MM. Spuller, Banc, Proust. Etienne, Thomson, Madier de Montjau, Margaine, Liouville, Fabre, Reinach, Paul Deroulède, Arnaud de l'Ariège, Isambert, Hanotaux, Barrère, Dumangin, Detot, etc.
Le catafalque a été couvert de couronnes et de fleurs. Les premières et principales couronnes ont été déposées par M mes Jules Grévy, Brisson, Charras, Marcellin Pellet, Arnaud de l'Ariège, Liouville, Guichard, Dépret, par la rédaction de la République française, les voyageurs de commerce, notamment de Nevera, les huissiers de la Chambre, les employés du Palais-Bourbon.
Les fleurs et couronnes envoyées d'Alsace-Lorraine sont innombrables.
On remarque surtout celles qui sont venues des villes de Strasbourg, de Metz «< à son député », de Colmar, etc.
Aussitôt la translation terminée, le public a été admis a entrer dans la salle mortuaire et à défiler devant le cercueil.
C'est par milliers que les amis du grand patriote se sont pressés autour de son catafalque. La foule de ceux qui attendaient se déroulait sur une largueur de plus d'un kilomètre et sur une largeur de 10 à 15 personnes. On ne peut évaluer au juste le nombre de ceux qui ont été admis et qui ont défilé devant le catafalque, dans le plus grand ordre et avec les démonstrations du plus touchant respect. M. Victor Hugo est venu vers trois heures, accompagné de M. et M me Lockroy et de ses deux petits-enfants Jeanne et Georges. Le grand poète a salué le cercueil ; il Ym désigné
du çloigt à ses enfants, en leur disant : « Là repose un grand citoyen. » ;
L'Union démocratique, la gauche radicale et l'Union républicaine se sont réunies à deux heures, dans différents bureaux de la Chambre.
Une même résolution a été adoptée par ces trois groupes à une grande majorité.
C'est celle d'accepter l'idée d'une réunion plénière pour décider quels honneurs seront rendus à M. Léon Gambetta. ' La réunion de l'Union républicaine était nombreuse.
Elle décida, sans discussion, que son bureau devait immédiatement faire une démarche auprès de chacun des groupes républicains pour faire aboutir l'idée de la réunion plénière émise dans la presse, le matin même.
On agita ensuite la question de savoir si un discours serait prononcé sur la tombe au nom du groupe.
« JVbws sommes la famille, a dit M. Lepère, et la famille ne parle pas. »
Plusieurs membres estimèrent que l'union désirée pourrait être plus facilement scellée avec cette concession d'un seul discours, concession qui devait coûter au groupe oix M. Gambetta était inscrit.
•* Ce discours serait alors prononcé au nom de tous les députés républicains.
Sur une proposition de M. Liouville, questeur, le groupe décide qu'on proposera à la réunion plénière de se rendre tous, sans distinction de groupes, à l'issue de la séance, dans la salle mortuaire pour rendre ensemble un premier hommage au grand, citoyen regretté de tous.
•>• Après les démarches faites par le bureau de l'Union républicaine auprès des trois autres groupes républicains qui le reçurent immédiatement, la réunion plénière eut lieu à trois heures.
-L'Union démocratique, la gauche radicale, l'Union républicaine, y assistèrent officiellement; les députés étaient en très grand nombre.
— L'extrême gauche avait décidé que ses membres gardaient leur liberté; H ou io, parmi lesquels MM. Lockroy, Georges Perin, Madier de Montjau, etc., assistaient à la réunion plénière; ...
Les décisions de cette assemblée, qui a été présidée par M. Lepère, assisté de M. Bastid, secrétaire, furent les suivantes : •"•'Il
« Assister aux obsèques en corps et avec les insignes;
« Faire à l'issue de la séance la démonstration d'honneur devant le corps de M. Gambetta ;
« Demander à M. le président Brisson de prendre la parole au nom de tous les députés républicains. »
Après ce vote, M. Ranc, au nom d'un grand nombre de ses amis, a prié M. Madier de Montjau de parler au nom de la majorité républicaine, en dehors du discours de la Chambre. M. Madier de Montjau a décliné cet honneur, trouvant que le choix de M. Brisson dans les circonstances actuelles lui paraissait souhaitable et qu'un seul discours suffisait.
La réunion plénière décida finalement qu'une démarche en ce sens serait faite près du président de la Chambre, pour l'inviter à prononcer au nom de ses collègues républicains l'éloge funèbre de M. Gambetta.
A quatre heures, en vertu d'une décision prise dans une réunion plénière, tous les députés républicains présents au Palais-Bourbon, au nombre d'environ 300, ont défilé devant le catafalque de M. Gambetta. Presque tous les membres du Gouvernement y ont assisté.
6 janvier. — Nous publions avec empressement la communication suivante :
« A la famille et aux amis de M. Gambetta
« L'Alsace et la Lorraine réclament l'honneur d'élever à Gambetta un monument sur sa tombe.
« Nous devons cet hommage à notre ancien représentant, au membre du gouvernement de la Défense nationale, au grand patriote qui, plus que tout autre, représente à nos yeux le dévouement sans bornes à la France.
« Il nous a appris à ne jamais désespérer de la patrie, et, dans la nouvelle épreuve que nous traversons, nous nous inspirerons de son patriotisme, de sa foi invincible dans le triomphe de la justice et du droit. Nos espérances restent attachées à sa mémoire, comme elles étaient liées à sa vie. Vous nous permettrez de rendre un suprême hommage à
fW PIÈCES ET DOCUMENTS DIVERS.
celui qui a tant fait pour nous défendre et qui eût tout fait pour nous délivrer.
« Les délégués des groupes alsaciens-lorrains :
« Alfred Blech, E. de Bouteiller, L. Dusacq.
V. Ehrsam, R. Fritsch, Prosper Germain, Gerschel, Edouard Heim, Kœchlin-Schwartz, Lachaise, Paul Léser, Charles Risler Schaedelin, Ad. Sée, Siegfried, L. Sick, Ed. Siebecker, Alfred Staehling, docteur Thorcns, Triponé, Verpillot, Woirhaye. »
(République française du 7 janvier 1883)
La dernière veillée du cercueil de M. Gambelta a été faite hier, au Palais-Bourbon, par les principaux délégués des villes d'Alsace-Lorraine qui avaient demandé comme une faveur de rendre ce suprême hommage au chef de la Défense nationale en province.
Jusqu'à une heure avancée de la nuit, des couronnes et des bouquets sont arrivés au Palais-Bourbon en nombre considérable. Le Temps d'hier évalue à 5.000 les couronnes qui ont figuré hier aux obsèques de M. Gambetta. Sur toutes ces couronnes, le nom de M. Gambetta était accompagné de ces mots : Au patriote, Au grand patriote.
Pendant que les 300 commissaires s'occupaient de l'organisation du cortège funèbre, MM. Jules et Emile Bastien- Lepage, Becker, WilJiamson et Haquette travaillaient au garde-meuble, avec le concours de M. Antonin Proust, à la décoration du sarcophage et des chars funèbres. On avait pensé d'abord, et nous regrettons que cette proposition n'ait pas été admise, à remplacer le corbillard par une prolonge d'artillerie. Le sarcophage qui a servi hier n'en a pas moins été de l'aspect le plus noble et le plus imposant.
C'était le corbillard de grande cérémonie dont la partie supérieure avait été sciée de manière à en faire une plateforme d'où tombaient des draperies noires sur un lambrequin brodé d'argent. Sur les bords de la plate-forme, les couronnes envoyées par les villes de Metz et de Thann (la magnifique couronne de Strasbourg a été portée par les délégués d'Alsace), et les bouquets envoyés par M me Arnaud
de l'Allège, M me Gérard et la rédaction de la République. Sur la plate-forme, une petite estrade tendue de velours. Sur les coins, quatre urnes d'argent voilées. Sur la plateforme, une petite estrade de velours violet. Sur l'estrade un sarcophage noir, semé de larmes d'argent et tendu d'un drapeau tricolore voilé d'un crêpe. Sur le sarcophage, trois grandes palmes vertes, et entre ces trois palmes, accrochée à un coin du sarcophage, une couronne d'immortelles rouges envoyée par un village d'Alsace.
Toutes les autres couronnes ayant figuré autour du catafalque du Palais-Bourbon avaient été chargées sur trois grands chars ou confiées à 80 porteurs des pompes funèbres. Quelques-unes, parmi les plus belles, avaient été envoyées par les colonies françaises du Caire, d'Alexandrie, de Tunis, de Constantinople et de New- York, par la plupart des colonies étrangères, etc. Le roi de Grèce avait chargé par dépêche son ministre à Paris, le prince Mavrocordato,de déposer sur le cercueil de Gambetta une grande couronne.
A huit heures du matin, le cercueil qui renferme la dépouille mortelle de M. Gambetta a été retiré une première fois du catafalque. Une plaque en argent, portant la date de la mort du grand patriote, y a été clouée en présence des amis qui avaient fait la dernière veillée du corps.
Dès neuf heures, pendant que les délégations innombrables de Paris et des départements se massaient, avec les délégations d'Alsace-Lorraine, sur l'esplanade des Invalides, les invités du premier groupe entraient au Palais-Bourbon, où ils étaient reçus par M. Léris et M. Spuller. Le corps diplomatique, les ministres, les bureaux des deux Chambres, tous les commandants des corps d'armée convoqués par M. le ministre de la guerre, le Conseil d'État, la Cour , des comptes, la Cour de cassation, la Cour d'appel, etc., etc., ont successivement pris place dans la salle mortuaire.
Jusqu'au dernier moment, les commissaires ont laissé pénétrer les délégations qui apportaient des couronnes. Un maire d'une commune suburbaine est arrivé avec son bataillon scolaire au milieu d'une touchante émotion.
A dix heures précises, on a ouvert la grande grille du Palais-Bourbon; le canon des Invalides a tonné,, les tambours voilés ont battu aux champs et le cercueil de M. Gambetta a été porté au sarcophage qui l'attendait sur le
quai d'Orsay. La façade extérieure du palais législatif était voilée de tentures noires surmontées de faisceaux de drapeaux, et un grand crêpe noir, sur la proposition de M. Bastien-Lepage, avait été jeté en écharpe sur toute la colonnade.
L'effet de ce grand crêpe était saisissant. On a regretté que certains ordres l'aient fait enlever une heure après le départ des délégations.
En tête du cortège, avant le char funèbre, les deux comités républicains radicaux du XX e arrondissement de Paris portaient une grande palme avec le médaillon de Gambetta, œuvre de noire ami Lebègue; le comité républicain de Marseille, qui avait eu l'honneur, avec le comité de Belleville, d'ouvrir la carrière politique à M. Gambetta, et les deux rédactions, au grand complet, de la République française et de la Petite République, avec les équipes, portant d'énormes couronnes.
Le char était traîné par six chevaux noirs, caparaçonnés de drap noir étoile d'argent.
Les cordons du char étant tenus à droite par :
MM. Paul Devès, ministre de justice; Barne, sénateur des Bouches-du-Rhône ; Gérard, maire du XX e arrondissement de Paris; Grosjean (de Belfort); Gustave Isambert, rédacteur en chef de la République française;
A gauche, par :
MM. le général Billot, ministre de la guerre ; Lepère, viceprésident de la Chambre; Sirech, maire de Cahors; D r Métivier, président du comité républicain du XX e arrondissement, et Falateuf, bâtonnier de l'ordre des avocats.
Derrière le cercueil venaient immédiatement les deux domestiques de M. Gambetta, les fidèles Louis et Paul, et un ancien serviteur également dévoué, François.
Le deuil était conduit par M. Léris et le jeune Léon Jouinot, fils du premier mariage de M me Léris, accompagnés par MM. Spuller, Ranc, Challemel-Lacour, Cazot, Paul Bert, Antonin Proust, Sandrique, Etienne, D r Fieuzal, Dumangin, Arnaud de l'Ariège, Reinach, Cendre, Arène et Ruiz.
M. Grévy s'était fait représenter par le général Pittié, accompagné du colonel Brugère et du commandant Lichtenstein. Tous les ministres suivaient, à l'exception de M. Duclerc et du vice-amiral Jauréguiberry, malades. Le
corps diplomatique était au complet, ainsi que le Conseil d'État, le conseil de Tordre de la Légion d'honneur, la Cour de cassation, la Cour des comptes, le Conseil supérieur de l'instruction publique, les municipalités de Paris, le corps académique, etc., etc.
Il y a eu plus de 500 députés et sénateurs.
Les conseillers municipaux de Paiis et les conseillers généraux de la Seine étaient fort nombreux. La délégation de Tordre des avocats était suivie d'un certain nombre d'avocats en robe. Près de 3,000 officiers s'étaient joints aux autorités militaires déléguées. Toute l'École polytechnique a assisté aux obsèques.
Deux cent cinquante places avaient été réservées aux amis particuliers de M. Gambetta.
Tous les journaux républicains avaient envoyé de très belles .couronnes.
L'aspect de la place de la Concorde était magnifique : une foule immense occupait tout le devant de la place, les avenues et rues avoisinantes, la terrasse des Tuileries, le balcon du ministère de la marine et du garde-meuble. Des centaines d'individus avaient grimpé aux candélabres de gaz, dans les arbres et sur les statues des villes de France, à l'exception de la statue de Strasbourg que les Alsaciens-Lorrains avaient, dans la nuit d'avant-hier, pieusement voilée de noir. Un majestueux recueillement planait sur toute cette foule. Les musiques jouaient la Marseillaise.
Il est impossible d'imaginer un spectacle plus noble ni plus touchant.
Une question grave avait été débattue depuis plusieurs jours : le cortège funèbre prendrait-il la voie des grands boulevards ou celle des rues Rivoli, Turbigo et de Charonne pour aller au Père-Lachaise ? Celle des grands boulevards avait été toujours suivie par les cortèges solennels. Mais les boulevards sont encombrés par les petites baraques élevées à l'occasion du Jour de Tan. Cet encombrement pouvait donner lieu à des accidents. Le préfet de police déclara qu'il y avaitlà un danger qu'il était impossible d'affronter. Il y eut quelques protestations. Il est manifeste aujourd'hui que M. Camescasse a eu parfaitement raison, d'abord parce que l'inspection attentive des boulevards a démontré
que le trajet par cette voie eût été réellement dangereux ; ensuite parce que le trajet d'aujourd'hui a véritablement conduit le cortège à travers quelques-uns des quartiers les plus chaleureusement patriotiques et républicains.
Le service d'ordre organisé par M. Camescasse et M. Caubet a été parfait.
A mesure que l'immense cortège se développait dans la rue de Rivoli, les milliers de spectateurs qui bondaient les fenêtres, qui se pressaient sur les trottoirs et qui étaient entassés sur les terrasses ont pu juger combien la douloureuse impression produite dans toute la France par la mort de M. Gambetta a été profonde. C'était une véritable fédération de tous les départements qui déniait dans les larges voies populeuses, émue, recueillie, absorbée dans une seule pensée de deuil patriotique. Il y avait là, comme nous l'avons dit, toute l'École polytechnique dont le passage était salué par les cris fréquents de : Vive la Republiquel et chaque fois que ce cris était poussé,tous les élèves se découvraient et saluaient. Il y avait l'École de Saint-Cyr. Il y avait les innombrables délégations d'Alsace portant les plus belles couronnes, celle de Strasbourg au premier rang, et les délégations de Lorraine conduites par notre cher et vaillant ami Antoine. Puis, la jeunesse des écoles, les élèves de l'École centrale avec deux grandes couronnes de roses, les étudiants de Paris, ceux de Nancy et de Montpellier, chargés de fleurs ; l'Union française de la jeunesse avec une immense couronne: « Au grand patriote » ; l'Association polytechnique dont Gambelta était le président d'honneur, la Société amicale des professeurs, l'Association des membres de l'enseignement, l'École des hautes études commerciales, l'École normale, l'École des arts et métiers, l'École des mines, tous les lycées ; le lycée Louis-le -Grand avec cette couronne : « A l'homme de la revanche », l'Union fédérale des Sociétés de gymnastique avec 23 bannières, les loges maçonniques en très grand nombre.
Nous devons forcément passer nombre de délégations également remarquables. Mais l'espace nous manque. Il faut nous contenter de leur adresser à toutes l'expression de notre reconnaissance pour leur noble manifestation.
Les départements avaient envoyé plus de 500 délégations, dont plusieurs comptaient des centaines de mem-
bres. Ces délégations, précédées par celles de l'Alsace- Lor raine, avaient été rangées dans Tordre le plus parfait, grâce à l'habile et active direction de M. Strauss. Elles ont conservé cet ordre pendant toute la journée. Leurs couronnes, leurs bouquets et leurs drapeaux attiraient l'attention de tous. La délégation de Bayonne portait une couronne de roses et de lilas traversée par deux palmes d'argent massif qui entouraient l'inscription : « La démocratie bayonnaise à Léon Gambetta! » Ces palmes nous ont été remises par MM. Haulon, maire, de Lavergne et Larribière, conseillers municipaux, pour être données à la famille. Les délégations de Lyon, du Havre, avec une vaste couronne d'immortelles jaunes, de Dieppe, de Lille, de Douai, de Dunkerque, de Bordeaux, de Marseille, de Roubaix, de Cambrai, de Besançon, de Versailles, de Rennes, de Châteaudun, de Tours, de Hontleur, de Saint-Germain, de Chambéry, d'Aix, d'Annecy, de Toulouse, de Perpignan, etc., etc., ont excité également sur tout le parcours une vive émotion. La délégation de Cahors, conduite par le préfet du Lot, M. Graux, portait une couronne avec cette inscription : « A M. Gambetta, ses amis d'enfance. »
L'une des couronnes les plus remarquées a été celle de l'Algérie, que MM. Thomson, Etienne, Treille, députés; Lesueur, conseiller général, et un grand nombre d'Algériens, avaient mission de déposer sur la tombe de Gambetta au nom des républicains de nos trois départements d'outremer. Au-dessus de la couronne immense toute formée de violettes et de camélias blancs flottait un drapeau tricolore en fleurs naturelles; tout autour, des plantes vertes d'Algérie. Au-dessous, des cartouches portant les noms des villes dont les adresses de regrets et de douloureuse sympathie étaient parvenues : Oran, Constantine, Batna, Alger, Bône, Tlemcen, Philippeville, Mostaganem, Sétif, Perregaux, Arsew, Sidi-bel-Abbès, Aïn-Temouchent, Saint-Deiiis-du- Sig, Guelma, Biskra, Souk-Ahras, Bougie, Bizot, etc. Sur un large crêpe noir brodé d'argent se trouvaient Ces mots : « L'Algérie à Gambetta ! »
C'est surtout à partir de la rue Turbigo, à travers toute cette grande voie, à la place de la République, au boulevard Voltaire, puis dans ce XX e arrondissement dont les délégations, au nombre de 4,000 personnes, portaient
les plus belles couronnes ; rue de Gharonne et boulevard Philippe-Auguste, c'est dans tous ces quartiers si passionnément épris pour la République et la démocratie, que la inarche du cortège a présenté uu magnifique et inoubliable spectacle. On ne saurait évaluer le concours de la population dans ces quartiers. Tout Paris s'y était porté, soit pour figurer dans le cortège, soit pour y voir défiler les délégués de toute la France. Des fenêtres bondées, les femmes et les enfants jetaient sur le cortège des pluies de Heurs et d'immortelles. Des ouvriers, à la porte des chantiers fermés, pleuraient à chaudes larmes.
Les magasins étaient clos. Le cortège officiel a été assurément le plus imposant qui ait défilé jamais dans les rues de Paris. Mais jamais non plus manifestation de deuil populaire n'a été égalée par celle dont nous avons été hier les témoins émus et reconnaissants...
Les troupes formant avant-garde arrivent au cimetière à une heure et quart.
La porte principale et l'hémicycle sont entièrement recouvertes de tentures de deuil relevées de franges d'argent. Trois faisceaux de drapeaux décorent l'entrée et les deux murs latéraux. Aux extrémités de l'hémicycle, sur le faîte de la muraille, sont placés deux trépieds en bronze où brûlent de grandes flammes projetant leurs lueurs éclatantes sur le fond gris du ciel.
Le cimetière est gardé militairement par des compagnies de la garde municipale de Paris. L'accès en est formellement interdit au public, afin d'éviter les graves inconvénients qui résulteraient de l'encombrement.
Au moment où paraît le char funèbre, les tambours et les clairons battent et sonnent aux champs, les troupes échelonnées sur le boulevard présentent les armes.
Le cercueil contenant les restes deGambettaest descendu du catafalque et placé sur une estrade basse disposée devant la porte d'entrée.
La famille et les amis, le représentant du président de la République et sa maison militaire, les ministres, le Sénat et la Chambre se rangent autour de la bière, près de laquelle a été préparée une tribune décorée de draperies noires et argent.
M. Brisson, président de la Chambre des députés, prend
Je premier la parole, et, au milieu de la plus profonde émotion, adresse un dernier adieu dans les termes suivants à son illustre prédécesseur :
discours de m. brisson
Messieurs,
La majorité républicaine m'a prié de parler en son nom sur la tombe de mon illustre prédécesseur, de celui qui dirigea, trois années, les travaux de la Chambre des députés.
Jamais je n'ai senti plus sincèrement le poids de ma tâche. Il est défendu, je le sais, au milieu de ce deuil national, auquel ont pris part, avec une courtoisie dont je les remercie, les représentants des gouvernements étrangers, il est défendu de songer à sa propre douleur. Laissezmoi vous dire, cependant, qu'elle opprime ma pensée au point de me rendre incapable de célébrer Gambetta comme il le mérite.
Depuis trois jours que sa dépouille mortelle est entrée sous le toit que j'habite, j'essaye en vain de rassembler cette prodigieuse histoire pour vous la présenter dignement. La France pleure un fils passionné pour sa gloire ; la tribune est en deuil; toute une génération, la mienne, se sent, pour ainsi dire, frappée à la tête ; mais nous sommes plusieurs ici qui, comme on l'a fort bien dit, mettons en quelque sorte au tombeau ce qu'il y a eu de plus généreux, de plus vivant, de plus vibrant, de plus jeune dans notre propre jeunesse.
Ce n'est pas la moitié de notre âme qui s'en va, c'est .davantage encore; des devoirs nous restent : nous tâcherons de les remplir; mais ce chant héroïque qui était la poésie de nos luttes depuis bientôt quinze ans, qui faisait le triomphe plus joyeux et qui ennoblissait la défaite, nous ne l'entendrons plus.
Aussi bien, ô mes amis, vous qui vous rappelez avec moi le Gambetta d'il y a plus de vingt années, pourquoi ne parlerions-nous pas de cette grande amitié de notre jeunesse si, dans les raisons qui nous l'ont fait former, nous trouvons le secret de la grande puissance de Gambetta sur
COMFfK RENDU DES OBSÈQUES. 255
les hommes? Et pourquoi nie servir de ce mot de « secret » lorsque je parle précisément de cet incomparable don de se livrer que possédait notre ami? N'est-il pas vrai que la première fois que vous avez vu Gambetta vous avez été captivés, que vous vous êtes juré de le revoir, que vous l'avez depuis lors invinciblement recherché? Ce n'était point seulement à cause de cette merveilleuse éloquence qu'il répandait sur tous les sujets, dans le particulier comme en public, mais surtout à raison de cette cordialité chaleureuse, de cette familiarité enchanteresse , de cette ouverture d'esprit et de cœur qui sont les qualités les plus charmantes de notre race et que nul n'a portées à un aussi haut degré. Nos réunions et nos controverses étaient comme illuminées par cette robuste bonne humeur étrangère à toute vulgarité et qui n'était chez lui que la forme la plus haute et la plus aimable à la fois de la vaillance du caractère. Oui, cette nature si puissamment communicative ; oui, cette large poitrine sous laquelle on voyait battre pour ainsi dire tous les sentiments généreux; oui, tout cela était fait pour les grandes passions, pour tes fortes amours. Ce cœur était voué d'avance à la démocratie et à la patrie. Vienne l'occasion d'entrer en contact avec le peuple, et le peuple l'acclamera! Surgisse une crise nationale, et la France ira à lui comme on va au drapeau !
Aussi, comme nous fûmes heureux lorsque nous apprîmes que Gambetta, si bien connu de nous, apprécié déjà de plusieurs maîtres du barreau mais ignoré du grand public, avait enfin rencontré une cause à sa taille! Quel éclat que cette affaire Baudin! Quel événement que cette harangue dont quatorze années seulement nous séparent! Avec quel enthousiasme nous l'enlevions dans nos bras de ce prétoire dont il avait fait la plus retentissante des tribunes! Notre ami désormais appartenait à l'histoire.
Quelle destinée brillante et tragique! De combien de facultés diverses au point de paraître inconciliables Gambetta n'a-t-il pas fait preuve dans cette carrière si courte et si pleine? A peine les échos tumultueux de l'affaire Baudin s'étaient-ils apaisés, que le grand orateur faisait au Corps législatif ce discours surle plébiscite, véritable chef-d'œuvre de philosophie politique, où il exposait la théorie' de la République avec rigueur et en même temps avec la souplesse
d'élocution nécessaire pour être entendu de cette Assemblée. Et depuis, dans ses nombreux discours d'affaires que les Chambres ou les commissions ont entendus, que de précision dans l'étude, que de maturité dans les connaissances !
Son aptitude aux problèmes différents dont se compose l'art de gouverner se manifestait déjà dans sa jeunesse ; lorsque nous collaborions au même recueil périodique, Gambetta se montrait passionné pour les questions militaires. Sans se croire prédestiné sans doute à l'effroyable tâche qui l'attendait bientôt, il sentait là l'un des éléments nécessaires de la grandeur nationale: il ne l'a jamais négligé.
La catastrophe approchait. Un conflit international provoqué dans de fâcheuses conditions diplomatiques, la France isolée et surprise, une guerre mal préparée, plus mal conduite ; nos armées perdues ou livrées, nos forteresses tombées, Paris assiégé, toutes ces tragédies fondant sur nous en quelques semaiues, voilà ce que notre génération devait voir à peine arrivée à l'âge mûr.
Douloureuse histoire et trop dure à rappeler pour qu'on y puisse insister!
Cette histoire, hélas! ceux qui, comme nous, étaient enfermés dans Paris ne l'ont même pas vécue! Le jour où vous partîtes, Gambetta et Spuller, depuis trois semaines déjà nous étions séparés de la France. Ce n'est que par de rares nouvelles, toujours écourtées, toujours incertaines, souvent tardives, que deux millions et demi de Français apprenaient ce que devenait la patrie. Avec quelle fiévreuse attente Paris, tout haletant de patriotisme et d'espoir, attendait ces dépêches! Trois semaines plus tard, la France avait une armée en marche ; huit jours encore, et la fortune semblait sourire à nos armes ; mais la trahison, l'infâme trahison, s'en mêlait; l'écrasement recommençait; malgré la formation de nouvelles armées et de premiers succès au Nord et à l'Est, la fatalité née des premiers revers était la plus forte. Toutes ces choses, nous ne les avons sues que plus tard, nous ne les avons apprises dans leurs détails, nous autres, que comme on apprend une histoire étrangère, hélas ! Et comment les avons-nous sues tout d'abord, ô pitié! Par les accusations dirigées contre celui, contre ceux qui n'avaient pas désespéré de la France. Oui, ce sont ces
accusations qui nous ont donné la soif de savoir et l'occasion d'admirer. La France, abattue par ses malheurs, manquait de justice envers elle-même, et ce sont des militaires étrangers qui n'ont pas craint de dire qu'alors elle avait fait des miracles. Soyez bénis, vous, Gambetta ; vous, Chanzy, que la mort vient de frapper presque eu même temps, comme si elle avait juré de faucher du même coup de tranchant les héros de notre légende nationale et militaire; vous, Faidherbe, qu'un mal impitoyable éloigne de l'action! Gloria victisï N'est-ce point vous qu'emporte vers les régions éthérées le génie de bronze enfanté par un grand artiste? Ces funérailles le montrent assez : la France, quoi qu'on en ait dit, n'adore pas que la victoire. Non, ce n'est point un peuple ingrat. Vous lui avez légué et l'honneur et l'espérance; il fera valoir votre héritage.
Gambetta s'était jeté dans la fournaise avec tout ce qu'il avait d'énergie, de volonté, de confiance et d'ardeur. Qu'il en soit trois fois glorifié. Non, il n'est pas vrai que la France eût jamais pu songer à céder sans avoir lutté jusqu'à la dernière heure; la France voulait combattre, et c'est de cette union de sentiments entre elle et le patriote qui n'a pas voulu désespérer qu'est née la grande popularité de Gambetta, popularité qui survécut à la défaite, que salue aujourd'hui un peuple désolé, popularité qui survit à la mort, et qui, demain, se nommera la gloire. Fût-il exact cependant que la France eût un instant connu la défaillance et que Gambetta l'eût rendue à elle-même, il faudrait l'en glorifier davantage encore; mais non, la France et Gambetta se sont trouvés d'accord pour nous garder un drapeau, pour nous conserver l'honneur, pour que nous puissions regarder d'un œil ferme ces trois couleurs dont voici notre grand mort enveloppé.
Gomment d'ailleurs expliquer l'universelle douleur où la France est plongée si ce grand citoyen n'avait eu, grâce à cette faculté puissante d'entrer en communication avec l'âme des masses, le don et la fortune de sentir et de penser comme la nation elle-même aux heures de ses grandes crises? Après le 24 mai, lors des élections de 1876 ; après le 16 mai, tour à tour prudent et hardi, toujours résolu, se pliant aux nécessités du jour, capable de nous entraîner aux entreprises les plus énergiques, y réclamant pour sa