‹ Discours et plaidoyers politiques de Me [L] GChapitre 6 sur 48 · LES ÉVÉNEMENTS D'EGYPTE · texte numérisé non relu

LES ÉVÉNEMENTS D'EGYPTE

(Projet de loi portant ouverture d'un crédit extraordinaire de 7,835.000 fr. au ministère de la marine)

Prononcé le 18 juillet 1882

Conformément aux déclarations portées à la tribune de la Chambre des députés par M. de Freycinet, les cabinets de Londres et de Paris avaient invité les cabinets de Berlin, Vienne, Rome, Saint-Pétersbourg et Constantinople à réunir dans cette dernière ville une conférence d'ambassadeurs pour régler la question égyptienne sur les bases suivantes :

1° Maintien des droits du sultan et du khédive, ainsi que des engagements internationaux et des arrangements qui en résultent, soit avec la France et l'Angleterre, soit avec ces deux nations réunies aux deux autres puissances;

2° Respect des libertés garanties par les firmans du sultan ;

3° Développement prudent des institutions égyptiennes.

Des réponses favorables furent adressées aussitôt par la Russie, l'Allemagne, l'Autriche et l'Italie. Seule, la Turquie souleva des objections. Il faut d'abord, répondait le grandvizir, attendre le résultat de la mission de Dervich-Pacha au Caire. « Dans l'ordre naturel des choses, c'est la mission envoyée par le souverain légitime et territorial qui doit primer toute autre mesure ou toute autre considération. » Il n'est pas admissible, en deuxième lieu, que la Sublime Porte s'engage à ne pas envoyer de troupes en Egypte pendant la durée des négociations.

L'Angleterre, pendant ce temps, commençait ouvertement ses armements.

L'article suivant de M. Scherer 1 est un exposé très précis et très lumineux de la politique anglaise, aux mois de juin et de juillet 1882:

« Une chose qui domine toute l'histoire delà conférence, ce sont les préparatifs militaires sur lesquels l'Angleterre s'est appuyée pour signifier à cette réunion diplomatique dans quel sens elle entendait que les affaires d'Egypte fussent réglées, se chargeant au besoin de les régler toute seule.

« On peut être tenté de voir un acte de témérité dans cette position. Que serait-il arrivé si l'Angleterre avait trouvé l'Europe réunie contre elle? mais Je tact politique ne sert-il pas justement à calculer les conséquences d'une démarche, les chances d'une entreprise? Le Foreign Office, dans le cas dont nous parlons, a fait preuve d'un sentiment très juste et très net de la situation. Il a compris qu'entre les répugnances delà Turquie à intervenir contre des coreligionnaires, l'éloignement de l'Allemagne qui n'avait pas d'intérêt direct et avoué en jeu, l'Autriche qui suivait la direction donnée de Berlin, l'Italie qui avait abdiqué sa liberté entre les mains de ses nouveaux alliés, enfin les conseils incertains et confus qui régnaient à Saint-Pétersbourg ; le gouvernement anglais, disons-nous, a compris qu'entre diverses forces paralysées par diverses circonstances il pouvait entreprendre à coup sûr, dans la Méditerranée, une action qui lui rapporterait prestige et profit.

« M. Gambetta l'avait compris aussi bien que le cabinet anglais, et il l'avait compris avant lui. Il avait même, lorsqu'il quitta le pouvoir, entamé des négociations en vue d'une action à deux et dans le sens que nous venons d'indiquer. Il est difficile de dire pourquoi lord Granville reçut aussi froidement des propositions qui, à en juger par les événements actuels, devaient répondre à ses propres vues.

« Était-ce jalousie de la coopération de la France ? Étaitce défiance du caractère remuant et entreprenant qu'on attribuait au dehors au chef du cabinet du 14 novembre? Était-ce la crainte que ce cabinet ne fût pas constitué de manière à subsister longtemps? Était-ce, enfin, tout simplement que le ministère anglais n'eût pas envisagé la question avec netteté, qu'il en fût encore aux tâtonnements?

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