‹ Discours et plaidoyers politiques de Me [L] GChapitre 9 sur 48 · SÉNAT · texte numérisé non relu

SÉNAT

faiblesse, à l'ignorance ou à la poltronnerie des partis. Le rapport de M. Schérer, accablant pour M. de Freycinet, s'exprimait en ces termes :

... Toutefois nous ne serions point sincères si nous permettions au cabinet de prendre nos conclusions pour une approbation complète de sa politique, et, tout en vous recommandant un vote favorable, nous ne pensons point que le vote doive revêtir la portée d'une adhésion à tout ce qui a été fait.

Il est un reproche qui nous paraît résumer tous les autres, nous voulons parler du manque d'unité dans la conduite du Gouvernement : de là une certaine obscurité sur les principes qui ont dirigé cette conduite, et, de cette obscurité, les incertitudes de l'opinion, qui n'a jamais bien su quel but poursuivait le cabinet et par quels moyens il comptait atteindre ce but.

On a pu croire qu'après avoir senti tout le prix d'une entente étroite avec l'Angleterre il avait subordonné cette entente à ce qu on a appelé mal à propos le concert européen. Il a paru de même qu'après s être prononcé en faveur du maintien du statu guo en Égypte,le Gouvernement était désormais tout gagné à l'établissement d'un régime contraire. Est-il téméraire de faire observer que cette absence d'une politique suffisamment intelligible est médiocrement favorable à la solidité de nos relations extérieures ?

Le manque d'unité de conduite que nous sommes tentés de reprocher au Gouvernement s'est surtout manifesté par la proposition de cette conférence de Constantinople, dont l'initiative appartient précisément à notre office des affaires étrangères.

En prenant part à la conférence, la France cessait d'être maitresse de ses résolutions. Elle faisait plus, elle sacrifiait deux intérêts qui avaient paru jusque-là former les points de repère de sa politique dans la question égyptienne. Elle souscrivait d'avance à l'intervention turque, à laquelle la majorité des puissances était notoirement favorable, mais dont M. le président du conseil "avait toujours reconnu les dangers pour nos établissements d'Afrique.

La France abandonnait en même temps la position privilégiée dont elle avait joui en commun avec l'Angleterre, et dont M. de Freycinet, dans plus d'un discours, avait affirmé l'inviolabilité.

Ajouterons -nous que cette conférence, à laquelle le cabinet a tant sacrifié, était dès le premier jour atteinte dans son autorité par l'attitude de l'Angleterre, et qu'elle paraît en ce moment même sur le point de se séparer sans avoir abouti ?

L'Angleterre, en faisant des préparatifs militaires considérables et pour lesquels elle n'a pris conseil que d'elle-même ; l'An-

gleterre a donné à entendre sous quelles restrictions elle était prête à accueillir les décisions de la conférence.

La conférence a compris, et, s'il est vrai qu'elle laisse désormais à chacun le soin de ses intérêts et la responsabilité de ses actes, on peut s'attendre à voir bientôt trancher par une puissance un nœud que le concert européen s'est montré inhabile à dénouer.

Messieurs, les regrets que la conduite du cabinet nous a fait éprouver ne nous ont pas été uniquement inspirés par des hésitations ou des contradictions dans la direction des affaires étrangères.

Nous nous sommes quelquefois demandé si les incertitudes de sa conduite ne provenaient pas elles-mêmes d'une préoccupation exagérée de la position parlementaire. Sans être aucunement insensibles aux difficultés qu'opposent à l'exercice du pouvoir les conditions de la société moderne, il nous semblait que le plus sûr moyen de s'assurer une majorité c'était encore la netteté des vues et l'autorité des convictions.

Un homme d'Etat contemporain l'a dit : La grande misère de notre temps est la crainte des responsabilités.

Il aurait pu ajouter qu'on gouverne moins l'opinion en la suivant qu'en la formant, et qu'on ne la forme que par l'énergie des initiatives.

Il nous a paru, Messieurs, que des considérations de ce genre n'étaient pas déplacées dans le rapport de votre Commission. Le Sénat n'est-il pas le gardien naturel de l'intégrité de nos institutions, et ces institutions ne subissent-elles pas une atteinte également sensible quand les majorités échappent au Gouvernement et quand le Gouvernement manque aux majorités?

Vous venez d'entendre, Messieurs, les réserves qui nous ont semblé nécessaires pour que le vote des crédits demandés restât conforme à des impressions qui ne sont malheureusement pas des impressions de satisfaction sans mélange et de complète sécurité. Ces réserves faites, nous croyons devoir vous recommander l'adoption des crédits réclamés pour le service de la marine.

Le Sénat accueillit le rapport de M. Schérer avec une vive faveur, et la réplique de M. de Freycinet à M. Waddington avec une froideur extrême. Puis, les crédits furent votés par 205 voix contre 5, presque toute la droite s'étant abstenue (25 juillet).

Cependant la commission de la Chambre, chargée d'examiner la deuxième demande de crédits, s'était réunie et, là encore, comme si le Sénat n'avait point parlé, M. de Frey-

cinet se prononça avec une véritable colère contre la politique d'action. M. Jules Ferry et M. Léon Say, eurent beau insister au conseil du lendemain pour que le ministre des affaires étrangères renonçât enfin à un système de tergiversation perpétuelle; le vice-amiral Jauréguiberry, ministre de la marine, eut beau représenter que l'occupation de Zagazig serait indispensable : M. de Freycinet ne voulut rien entendre. L'envoi éventuel de 3,000 nommes de troupes sur la rive septentrionale du canal de Suez, — où ils stationneraient d'ailleurs sans bouger, quoi que pussent entreprendre les troupes anglaises, — était sa dernière concession. Encore M. de Freycinet eût préféré de beaucoup que la seconde demande de crédits fût purement et simplement retirée. Est-ce que la conférence ne refusait pas de donner mandat à la France et à l'Angleterre, bien qu'en laissant à ces puissances toute liberté d'agir sous leur responsabilité? Est-ce qu'enfin la Turquie n'avait pas accepté le principe de la note du 45 juillet sous la condition du retrait préalable des troupes anglaises?

Telles furent les considérations que M. de Freycinet fit valoir devant le conseil des ministres et que ses journaux développèrent en redoublant d'acrimonie contre l'ambition belliqueuse de M. Gambetta. Il se produisit alors, dans l'opinion, une véritable panique. On n'avait plus confiance en M. de Freycinet. Mais en même temps l'insurrection des colonels paraissait à presque tous les yeux comme un événement d'une redoutable portée, et la crainte d'une intervention bostile de la Prusse était généralement répandue. La commission perdit tout sang-froid : elle rejeta la nonintervention par 5 voix contre 5 et 2 abstentions, et finalement les crédits à l'unanimité de 6 votants.

La discussion, en séance publique, eut lieu le 29. M. Achard fut le seul député qui défendit les propositions de M. Freycinet; M. Clemenceau se prononça contre toute intervention; M. Madier de Montjau voterait les crédits si l'on savait d'où l'on part et où l'on va 1 ; pour M. Langlois, comme pour M. Laisant,des complications sur la frontière de l'Est seraient

i. « J'ai la conviction, dit M. Madier de Montjau, que la France vit encore, et il ne faut pas lui persuader qu'elle est morte. Il est des heures où il est plus dangereux pour une nation de lui

inévitables si le Gouvernement engageait une campagne en Egypte. Quant au président du conseil, il fut constamment, dans les deux discours qu'il prononça, au-dessous de lui-* même. Plaidant une mauvaise cause dont il n'était même pas convaincu, il commença par déclarer que l'intervention proprement dite, celle qui était réclamée par M. Gambetta et ses amis, soulevait une multitude de questions militaires, politiques, internationales, toutes extrêmement délicates et au-devant desquelles il n'eût pas été prudent de marcher sans un mandat européen, car, une fois engagé, on est toujours entraîné malgré soi. La protection du canal, au contraire, est un acte simple, qui n'a rien de politique, auquel toutes les puissances ont un égal intérêt, et il n'y a rien là qui soit une menace pour la paix du monde. Il est absurde de dire que la protection du canal amènera l'intervention, car nul ne peut être forcé d'intervenir contre son gré. Il n'y a point de populations ni de forces égyptiennes sur les bords du canal, mais seulement quelques nomades dont on veut prévenir les agressions. D'ailleurs, c'est seulement une autorisation éventuelle que désire le Gouvernement, pour en user, s'il y a lieu, pendant les vacances parlementaires. La conférence de Constautinople est d'ailleurs saisie d'une proposition de protection collective du canal.

M. de Freycinet ayant terminé son exposé en posant la question de confiance, la Chambre procéda immédiatement au vote, et le projet de loi fut repoussé à l'énorme majorité de 447 voix contre 75. M. Gambetta et les députés de l'Union républicaine avaient volé contre le cabinet *.

trop dire qu'elle est faible que de lui dire qu'il ne lui manque

Ï>as un bouton de guêtre. Je n'excuse pas ceux qui ont tenu ce angage en 1870, mais je ne veux pas qu'on persuade à la France qu'elle n'existe plus. »

1. Au lendemain du combat de Tel-el-Kébir où l'armée égyptienne fut dispersée en vingt minutes par le général Wolseley, nous avons expliqué les raisons de ce vote de l'Union républicaine dans le passage suivant d'un article sur les Enseignements de la question égyptienne. . .

«... Aussi bien, depuis quinze jours que tant de prévisions qu'on avait si dédaigneusement traitées ont été justifiées les unes après les autres, si personne n'a pu songer une minute à s'en rejouir, — car ce n'est point un plaisir d'avoir eu trop raison

M. de Freycinet remit le lendemain au président de la République la démission da cabinet (30 juillet).

Nous reproduisons, d'après la préface de notre édition des Discours et Plaidoyers choisis, un court récit des derniers mois de la vie de M. Gambetta :

« Le discours du 18 juillet 1882 fut le dernier que pro-

contre son pays et il n'est point de rôle plus cruel pour un patriote que celui de la Cassandre des tragédies antiques, — il reste toujours quelque secrète inquiétude; quoi qu'on ait' fait, on se demande si un effort de plus de la part des hommes clairvoyants n'aurait pas pu réussir à dessiller les veux des autres. Il est cependant un acte dont nous devons féliciter hautement les partisans de la politique de dignité. Cet acte a été réellement sagace. Il n'a donné, dans le malheur général, que des résultats heureux.

« II s'agit du vote du 29 juillet contre la deuxième demande de crédits déposée par M. de Freycinet. Sur les 416 députés qui ont rejeté ceiour-là le crédit de 9 millions destinés à assurer le protectorat éventuel du canal de Suez, près de 250 ont voté contre la proposition du cabinet parce qu'ils étaient les adversaires de toute démonstration extérieure, parce que les agitateurs de spectres avaient réussi à les épouvanter, parce que le parti intransigeant n'attache d'importance qu'à ce qui s'agite dans l'enceinte de l'octroi de Paris et que tout ce qui ressemble à une abdication de la France sous la République a le don de sourire aux meneurs de la réaction. Les 160 députés de l'Union républicaine qui ont voté, eux aussi, contre les crédits avaient d'autres mobiles. Renverser le ministre des affaires étrangères n'était pas leur but. N'avaient-ils pas, quinze jours auparavant, le 18 juillet, voté comme un seul homme les premiers crédits réclamés par le Gouvernement?

u Et précisément, disait alors M. Gambetta, — je livre toute ma

fensée, car je n'ai rien à cacher, — précisément ce qui me sollicite à alliance anglaise, à la coopération anglaise dans le bassin de la Méditerranée et en Egypte, c'est que ce que je redoute le plus, entendez-le bien, — outre cette rupture néfaste, — c'est, que vous ne livriez à l'Angleterre, et pour toujours, des territoires, des fleuves et des passages où votre droit de vivre et de trafiquer est égal au sien.

« Ce n'est donc pas pour humilier, pour abaisser, pour atténuer les intérêts français, que je suis partisan de l'alliance anglaise ; c'est parce que je crois qu'on ne peut efficacement les défendre que par cette union, par cette coopération. S'il y a rupture, tout sera perdu.

« Voilà dans quel esprit je voterai les crédits : c'est parce que vous avez dit que vous reveniez à l'alliance et à la coopération anglaises et que vous avez mis hier la signature de la France au bas d'une convention nouvelle avec l'Angleterre.

« Je vous donne cet argent; je crois qu'il sera insuffisant, mais je vous le donne avec cette conviction que la Chambre ratifie aujourd'hui non pas un vote de crédit, mais un vote de politique et d'avenir, la

nonça Gambetta. Le ministère Freycinet ayant été remplacé par le ministère du 7 août, gouvernement de dignité à l'extérieur et de réconciliation politique à l'intérieur , Gambetta soutint énergiquement M. Duclerc et ses collaborateurs. Il passa la plus grande partie des vacances parlementaires à Paris, travaillant sans relâche avec ses amis; puis, à la rentrée des Chambres, il reprit avec ardeur ses

Méditerranée restant le théâtre de l'action française et l'Egypte étant arrachée au fanatisme musulman, à ces chimères de révolution, à ces entreprises d'une soldatesque de caserne, pour rentrer dans l'orbite de la politique européenne. Voilà pourquoi je donne l'argent; et voilà pourquoi mes amis peuvent voter avec moi. »

« Que le ministre des affaires étrangères s ! appelle Broglie,Decazes, Barthélémy Saint-Hilaire, Freycinet, qu'importe en effet, si la politique qu'il adopte est conforme aux véritables intérêts français ? Or, l'histoire des variations de M. de Freycinet apprend que si, au 18 juillet, la première demande de crédits semblait tendre de nouveau à une coopération anglo-française, le 29 du même mois la deuxième demande de crédits avait pour objet non plus

i prendre son parti, à elle dans notre intérêt et dans le sien, on s'éloignait d'elle dans le seul intérêt du roi de Prusse. L'envoi de quelques milliers d'hommes au canal de Suez n'était plus alors qu un acte de défiance contre nos alliés. Ce n'étaient plus des soldats qu on envoyait à Port-Saïd, Ismaïlia ou Suez ; c'étaient des gendarmes, à la fois pour et contre l'Angleterre. Le dos au canon, le ventre au soleil et les pieds dans l'eau, des hommes portant l'uniforme français devaient rester immobiles au bord du canal ! Ils ne devaient pas bouger, avancer d'un pas en dehors de la zone de la Compagnie, non, même si on leur tirait des coups de fusil. Quand le brave amiral Jauréguiberry avoua qu'on serait peutêtre forcé d'aller chercher de l'eau potable à Zagazig,la majorité de la commission avait poussé des cris d'aigle. « Aller à Zagazig ! disait la Justice du lendemain, Zagazig! il & dit Zagazig 1 » Et les badauds répétaient avec indignation et terreur le nom de la jolie cité champêtre où les Anglais sont entrés sans tirer un coup de fusil. Les Anglais marcheraient sur le Caire, réduiraient les insurgés et seraient à la fois à la peine et à l'honneur ; nous, nous serions les zaptiés de M. de Lesseps. Le dispersement de l'armée arabe ne coûterait pas 100 hommes tués aux Anglais, et la fièvre paludéenne tuerait sans gloire, dans de tristes campements, près d'un millier de Français. Ah! oui, l'Union républicaine a sagement fait de rejeter la 'deuxième demande de crédits! Nos soldats humiliés, nos rapports dangereusement tendus avec l'Angleterre, voilà tout ce que pouvait rapporter cette aventure in extremis. Dans quelle situation honteuse et grosse de dangers serions-nous aujourd'hui, pris en pitié par le monde arabe tout

fonctions de président de la commission de l'armée. L'opinion, si injustement égarée sur son compte pendant quelques mois, Jui revenait alors de toutes parts. Les incidents révolutionnaires de Montceau et de Lyon démontrèrent la nécessité, tant réclamée par lui, d'un gouvernement fort. La facile victoire des Anglais en Egypte prouva combien il avait vu clair, dès la première heure, dans cette malheureuse affaire. On comprit que la défaite de Gambetta au 26 janvier avait été le recul de la République, de la patrie. On comprit que sa politique était seule vraiment nationale. On espéra qu'il pourrait sous peu reprendre directement en main les affaires du pays. Et ce fut à ce moment même, à l'heure où il retrouvait ainsi sa popularité d'autrefois, que survint l'accident de Ville-d'Avray (27 novembre). Gambetta se blessa à la main droite en maniant un revolver, et l'accident, sérieux en lui-même, fut encore aggravé par l'état général de sa santé. Le 17 décembre, une inflammation de l'intestin se déclara, et le

entier pour l'extrême prudence de notre mélancolique station au bord de l'eau, irrités contre nous-mêmes par la conscience d'un rôle aussi mesquin, gardant les docks de Port-Saïd et les gares dis m allia comme pour les préserver de nos alliés, avec un air inévitable de défiance et de soupçon, — amenés fatalement à regarder d'un œil ennemi nos amis' de la veille, à les surveiller, les gêner, les taquiner, qui sait? dans un moment d'aberration, — M. de Freycinetabien jparlé de l'Europe entière qu'il serait. prêt à rencontrer dans telle circonstance, — à les trouoler dans leur œuvre de paix, à leur adresser des remontrances, à les provoquer, — et enfin, dans l'hypothèse la meilleure, quelque réserve extérieure qu'on se fût peut-être imposée, par la force méme^des choses et la logique cruelle d'une position fausse, dénouant de nos propres mains sur la terre hier encore fécondée par notre alliance cette entente commune qui tenait tant au cœur de M. de Bismarck? Ah! certes, les partisans de l'intervention ont eu mille fois raison de refuser à M. de Freycinet le moyen d'ajouter cette faute à tant d'autres ! L'abstention complète était cent fois moins périlleuse et moins indigne de nous. Si c'était à recommencer, on recommencerait... » {Revue politique et littéraire du 25 septembre 1882.) — Il convient d'ajouter que le cabinet Freycinet eût été renversé et le vote de crédits rejeté lors même <jue l'Union républicaine eût voté avec la minorité des 75. La majorité de la Chambre avait en effet perdu toute confiance en M. de Freycinet et pensait, comme M. Madier de Montjau l'avait exposé dans son discours, qu'il était impossible de laisser plus longtemps à ce ministre le dépôt de l'honneur et des intérêts français. .

progrès du mal fut effrayant. Gambetta allait mourir de sa vie dépensée sans compter depuis quinze années au service de la nation; il succombait pour avoir trop présumé des forces qu'il avaient consacrées tout entières au relèvement de la patrie. Les journaux intransigeants et réactionnaires continuèrent cependant à l'injurier jusque sur son lit d'agonie, et il fallut que la presse prussienne rappelât ces « cannibales de Paris » à la pudeur.

« Gambetta ne se vit pas mourir. Il avait un sentiment trop profond de la mission qu'il lui restait à accomplir, pour soupçonner que la mort brutale pût l'arrêter à miroute. 11 continua presque jusqu'au dernier jour à s'informer de tous les grands intérêts qui lui étaient confiés, à donner des conseils, à s'inquiéter des moindres circonstances de la politique. Les forces pourtant s'en allaient graduellement. Le 31 décembre; à minuit moins cinq, il s'éteignit sans souffrance. Il n'avait pas survécu à cette année 1882, si cruelle pour lui et pour la France.

« Aussitôt une immense douleur s'empara de la patrie et, devant cette mort tragique dans la pauvre bicoque de Ville-d'Avray, transformée en lieu de pèlerinage, les dernières calomnies s'évanouirent. Beaucoup qui l'avaient méconnu s'inclinèrent tristement devant son cercueil. 11 entra de plain-pied dans la sereine immortalité de l'histoire.

« Le gouvernement de la République décréta des obsèques nationales à l'organisateur de la Défense, et le peuple entier prit le deuil. Le jour de ses funérailles, ce fut, derrière son cercueil, une fédération de toute la France, de la France civile et de la France militaire. Il n'y eut pas une ville française qui ne fût représentée : Strasbourg, Metz et Colmar marchaient en tête du cortège. »

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