‹ Discours et plaidoyers politiques, publChapitre 26 sur 101 · IX · texte numérisé non relu

IX

ments, l'obligation de n'acheter qu'à charge d'exporter et d'indiquer le bureaa de doaane ou le port de sortie, il n'y a pas obligation d'indiqaer la destination. 11 serait d'ailleurs facile de la déguiser et de faire sortir par Dunkerque des armes destinées à la Grèce. {Très bien! très bien!)

Voilà sous quelle situation légale des intermédiaires habiles se sont rendus acquéreurs de fusils modèle 1866 et de cartouches appropriées.

Il y a eu marché passé pour 50,000 fusils. Aucune arme, aucune caisse de cartouches n'est partie.

Le gouvernement, qui ignorait ces acquisitions, — elles datent de quinze jours, — qui ignorait la destination, aussitôt qu'il les a connues a arrêté sur place les wagons ; il a résilié les marchés, au risque, bien entendu, des dommagesintérêts qui pourraient être réclamés. {Très bien! très bien!)

Donc, il n'y a pas de personnes interposées : il y a un gouvernement qui, aussitôt informé, a mis un terme à un trafic préjudiciable aux intérêts de la patrie. (Vifs applaudissements au centre et à gauche.)

M. Pascal Duprat. — J 'attendais avec une vive impatience la réponse de M. le président du conseil. Je désirais, j'aurais voulu que cette réponse fût entièrement favorable.

Je risquerais de mentir si, par excès de politesse, je disais qu'elle m'a entièrement satisfait.

La plus grande partie de cette réponse a roulé sur les ventes d'armes de rebut dans les circonstances ordinaires.

Nous savions tous que le ministère de la guerre est autorisé à vendre ces armes. C'est là une question de budget et de bonne administration.

Mais ici il ne s'agit pas d'armes achetées aux directions d'artillerie. 11 s'agit de dépêches publiées en Angleterre et parlant de faits d'une autre nature.

Dans le dernier débat sur la politique extérieure, je voulais prendre la parole. Mais mon tour n'est pas venu, et d'ailleurs M. le ministre des affaires étrangères avait répondu si victorieusement à toutes les questions, que je n'avais plus à intervenir.

Mais aujourd'hui nous sommes en présence de faits nouveaux! Vous avez refusé de livrer des armes, vous avez bien fait; mais êtes- vous bien sûrs qu'il n'ait pas été fait de promesses imprudentes à côté de vous?

Personne ici* n'ignore qae la Grèce comptait sur noire concours ; les journaux grecs affirment que la France avait promis son concours.

Ce n'est pas vous qui aviez promis, mais d'autres peutêtre, et c'est là le grand danger de notre situation. Oui, l'opinion est inquiète; elle s'imagine que le gouvernement ne fait pas tout; qu*il y a, à côté de lui, des intluences.plus ou moins grandes. De là ces inquiétudes.

Quand nous avons, par nos votes, appuyé le ministère, on se demande au dehors si tout est bien fini, s'il n'y a pas quelque chose ailleurs. Tenez, je veux être sincère, la sincérité est l'honneur de la tribune ; mais, dans cette sincérité même je serai réservé, et je ne prononcerai aucune parole de nature à blesser quelques collègues. Mais, je vous le demande, est-ce que vous n'avez jamais entendu parler de gouvernement occulte ? Le mot a été prononcé, puis retiré par patriotisme ; mais enfin, l'opinion publique ne peut-elle pas, dans une certaine mesure, penser qu'à côté du gouvernement il y a telle ou telle influence qui veut se produire et l'entraîner à des résolutions fatales?

Oui, on a parlé de gouvernement occulte, on a prononcé un nom ; oui, il y a un homme qui, à bon droit, occupe une grande place dans la République ; on lui attribue une grande prépondérance dans les résolutions du gouvernement.

Quant à moi, je ne le crois pas absolument.

Ce puissant orateur me semble avoir des ambitions trop fières pour se contenter d'agir dans l'ombre, sans mandat. C'est ma conviction.

M. LK PRÉSIDENT. -- Et je vais me donner la parole pour l'établir. [Vifs applaudissements à gauche et au centre.)

(M. Floquet remplace au fauteuil M. le président Gambette.)

M. Pascal Duprat. — D'un autre côté, je n'estime pas les ministres qui siègent sur ces bancs assez humbles et modestes pour obéir à une volonté sans mandait et sans caractère constitutionnel.

Ainsi le gouvernement occulte n'existe pas, et le gouvernement, le voilà sur ces bancs. Mais il y a des doutes dans l'opinion publique, et ces doutes, il faut les dissiper. C'est là une des difficultés de notre politique au dehors.

Le gouvernement nous déclare qu'aucune promesse n'a

été faite à la Grèce, qa*il restera fidèle à la politique de paix, qa*il conservera la neutralité la plus absolue. C'est bien. Mais il faut que toutes les ténèbres disparaissent.

Quant à nous, nous savons quel est notre devoir, et nous n'abandonnerons pas la moindre parcelle de nos droits à quelque volonté que ce soit. Mais il faut qu'à l'étranger on le sache.

Si le gouvernement établit qu en effet il n'a pas voulu vendre des armes à la Grèce, et qu'il est resté Odèle à la politique indiquée par le dernier débat de la Chambre, il aura mon vote, mais jusqu'à présent ses explications ne m'ont pas complètement satisfait. (Mouvement.)

M. LE PRÉSIDENT Floquet. — La pai*ole est à M. Gambetla. (Mouvement prolongé.)

M. Gambetta. — Messieurs, je ne sais pas si je dois remercier le spirituel orateur, l'esprit si délié, qui descend de cette tribune, de m'y avoir appelé. Je n'ai pas la prétention de savoir dans quelle intention il Ta fait. Mais je sais bien que, si je ne consultais que le sentiment le plus mesquin de Thomme, l'intérêt personnel, je devrais me féliciter d'avoir été amené ici. (Applaudissements.)

En effet. Messieurs, voilà bien longtemps déjà qu'on accumule, au sujet du rôle de Thommc qui est devant vous les fables sur les légendes, les récits erronés sur les accusations les plus folles et les plus puériles. Je n'ai jamais cherché Toccasion de mettre à néant tout cela, parce que, permettez-moi de le dire, ces légendes touchaient presque toujours à la politique intérieure, et que je croyais qu'il n'y avait véritablement pas d'utilité à les écarter. Mais puisque qu'on porte le rôle, l'action, l'influence que l'on m'attribue sur le terrain de la politique étrangère, c'est-à-dire sur un point où l'on ne saurait toucher et blesser, même indirectement, la France sans commettre véritablement un crime de lèse-patrie, je dois des explications à mes collègues comme je dois la vérité absolue à mon pays. (Vifs applaudissements.)

tl FÉVRIER 1881. U9

Eh bien, Messieurs, j'afûrme devant vous, en dépit de toutes les préventions qui peuvent hanter vos esprits après la lecture des journaux les plus, divers et les plus divergents qui m'ont prêté telle intervention, telle ingérence, telle entremise, je puis dire et j'affirme, sans crainte d'être démenti ni par les ministres qui sont là et que vous ne croyez pas libres, ni par ceux qui sont tombés et qui, tout au moins, paraissent bien avoir recouvré leur liberté, que jamais, à aucune heure, je ne suis intervenu ni de près ni de loin, — je ne dis pas pour donner un conseil, je n'avais pas le droit d'en donner, et le mandat que je tiens ne m'y autorise pas, — mais pour peser, dans une mesure quelconque, sur leurs opinions et sur leurs résolutions... [Applaudissements répétés sur un grand nombre de bancs.)

J'estime que tout le monde, ici, retrouve sa liberté d'action. Eh bien, je défie aucun ministre, aucun agent de la France, à l'intérieur ou à l'extérieur, pré sent dans les bureaux ou en mission, de venir dire qu'à un jour, qu'à une heure quelconque, je lui ai donné des instructions ou un mandat; je les défie de venir dire qu'il soit vrai qu'il y ait jamais eu un cabinet occulte et une politique occulte qui serait une poli« tique antinationale, à côté de celle du gouvernement de la République. [Applaudissements à gauche et au centre.)

Messieurs, je parle avec chaleur parce qu'il y a longtemps que je ressens et que je comprime l'émotion de me sentir calomnié et dans toutes mes intentions et dans tous mes actes. Je suis ici pour revendiquer ma part de responsabilité comme député, soit à mon banc, soit à cette tribune. Le jour où je serai appelé à remplir un autre rôle, alors je réclamerai la responsabilité de mes actes; mais jusque-là mon premier devoir est de laisser libre et intacte l'action des autres, et c'est ce que j'ai toujours fait.

Je Tai fait, -— je n'ai pas besoin de le dire, — - dans la question grecque comme dans toutes les autres. Pourquoi? parce que c'est le gouvernement qui porte le poids des affaires qui a conduit toute cette politique, qui a été à Berlin, au Congrès et à la conférence, qui a dirigé l'action de ses agents comme il l'a entendu, et si vous étiez, si on était, — car je ne veux attaquer personne ici, — si on se montrait plus juste, on verrait, en remontant dans le passé, qu'au moment où j'étais libre je disais qu'il ne fallait pas aller à Berlin. Par conséquent, je ne suis pas suspect.

Quant à la politique du gouvernement, je lui donne ma confiance ; mais, permettez-moi de le dire, je la lui donne les yeux fermés.

Je n'ai pas à dire si j'ai une politique; je n'ai pas à faire connaître si cette politique différerait de celle du gouvernement; j'ai mes sentiments, mes opinions, sur les affaires extérieures ; je saurai attendre.

Ah 1 je sais bien qu'en cherchant à la loupe à travers les phrases qui peuvent vous échapper, il est toujours facile d'en trouver qui prêtent à une double entente, — car tout peut s'interpréter, — et d'arriver ainsi à changer la pensée d'un homme public. Messieurs, quand on n'a pas l'esprit sincère et l'âme loyale, il est toujours aisé de chercher dans des discours, dans des écrits émanant de personnes qui vous touchent plus ou moins, de près ou de loin, et de dire : Voilà la politique de M. Gambetta; voilà ce qu'il promet à la France! Et on présente tout cela au pays en disant : Cette politique, c'est la guerre!

Eh bien, Messieurs, c'est là une manœuvre électorale que je dénonce au pays. {ApplaudUsements prolongés à gauche et au centre,)

Je n'en veux qu'une preuve : quand j'ai parlé à Cherbourg, pendant huit jours personne ne s'est aperçu qu'il y eût dans mon discours des menaces, des provocations ou de criminels desseins.

On a attendu que le discours fût commenté par les passions. Et quand il est revenu commenté, il y a eu un mot d'ordre général par delà les monts, au delà des monts, au delà des mers, et ces accusations injustes sont devenues une opinion générale, même pour des gens qui n'avaient jamais lu le discours de Cherbourg*. {Marques (T assentiment,)

Eh bien, Messieurs, le discours que j*ai prononcé à Cherbourg n'était pas plus un discours belliqueux que celui qui a été prononcé à la même époque et dans les mêmes circonstances par le chef de l'État. J'étais à ses côtés, et pour rien au monde je n'aurais voulu altérer la haute signification pacifique de ses paroles. Ce que j'ai dit ce jour-là, je l'ai toujours dit : c'est qu'un pays comme le nôtre, après les terribles désastres qu'il a essuyés, se devait à lui-même, devait à la postérité, à l'histoire, de ne jamais désespérer de ses destinées. Et si j'ai parlé de la nécessité de travailler tous ensemble, sans distinction de partis, à la reconstitution de la puissance militaire de la France, c'est précisément afin que la France ne soit plus exposée à des aventures, à des hasards sanglants comme ceux où elle a failli périr; c'est afin qu'elle soit toujours préparée et prête à protéger ce qui reste de la patrie mutilée, mais non pas, non, jamais pour permettre à qui que ce soit, dans une démocratie vraiment libre, une action quelconque qui ne serait point ratifiée par les esprits sensés et animés du véritable patriotisme. [Très [bien! ti*€s bien! et applaudissements à gauche,)

Voilà ce que j'ai dit, et mon rôle s'est borné là; et c'est justement à l'heure où je tenais ce langage que s'accomplissaient les actes du ministère dont on a parlé à cette tribune. C'est précisément dans ce mois-là qu*on prenait parti pour la mission Thomassin. La

l. V. page 74.

152 CHAMBRE DKS DÉPUTÉS.

mission Thomassin! Celte mission qu'on m'a attribué d'avoir conseillée, savez-vous comment je Tai apprise? De la bouche du brave et distingué général Thomassin, le jour où il me dit : Je devais aller en Grèce, mais je sais aujourd'hui que je n'y vais plus! [Applaudissements à gauche.)

J'ai appris pour la première fois, ce jour-là, qu'il avait été question d'une mission à donner au général Thomassin! Que quelqu'un vienne ici démontrer le contraire!

Et de même pour la démonstration navale de Dulcigno. Cette démonstration, je ne la critique pas, je ne Tattaque pas. J'ai mon opinion à cet égard : si vous voulez que je vous la dise, ce n'est pas devant des pays comme ceux-là que je conseillerais d'envoyer croiser la flotte française.

Je rejette donc, comme c'est mon droit, la responsabilité d'actes dans lesquels je n'ai figuré à aucun titre.

Je répète que j'ai une opinion là-dessus. J'ajoute, Messieurs, que c'est mon droit et mon devoir d'avoir une opinion, comme député, comme homme politique, sur toutes les questions extérieures; oui, je le dis bien haut, j'ai une opinion sur la politique que la France doit adopter avec sagesse, avec précision, avec maturité, avec esprit de suite surtout, afin de prendre la place légitime qui lui appartient et qui n'est pas moins nécessaire aux autres nations qu'à elle-même dans les conseils de l'Europe. [Applaudissements au centre et à gauche,) J'ai bien le droit de l'avoir, cette opinion. Je l'exprime aujourd'hui pour la première fois.

Est-ce que je suis monté à cette tribune, est-ce que j'ai cherché, par les moyens légaux qui nous apparlicnnont à tous, à pousser l'espril de mes concitoyens, de mes amis politiques, de mes collègues, vers une politique d'expansion à outrance? En aucune

façon. J'ai toujours gardé le silence; je n'ai ni jugé ni critiqué la politique qui a élé suivie, et il faut au moins qu'on me fasse la grâce de convenir que, pour un gouvernement occulte, je suis un gouvernement bien fainéant! {Rires et marques d'assentiment.)

Cette réserve. Messieurs, je me l'imposerai toujours, et je me l'imposerai jusqu'au jour oîi il conviendra à mon pays de me désigner nettement pour remplir un autre rôle.

Et si vous voulez que je déchire à mon tour les voiles, voulez-vous que je dise toute la vérité sur les accusations d'intervention dans la politique extérieure : c'est qu'on a épuisé tous les moyens, toutes les ressources pour attaquer la politique du parti républicain devant le suffrage universel. Ni l'administration, ni les finances, ni les impôts, ni les questions d'éducation, ni la restitution à l'Etat de ses droits légitimes, rien n'a trouvé grâce; mais comme toutes ces accusations, toutes ces critiques n'ont pas empêché cette politique d'être acclamée par la France ; comme rien de tout cela n'a pu rendre la vie aux partis vaincus et qu'on sait combien le pays aime la paix, alors on a porté son effort du côté de l'extérieur, et on vient dire au pays : 11 y a quelque part un homme, une coterie, un parti, qui, au mépris de tes intérêts, de ta volonté, veut t'amener et t'amènera infailliblement à la politique d'aventure.

Eh bien, Messieurs, je suis tranquille! J'ai foi dans l'expérience que le pays a faite pendant vingt ans; je vois ce qu'il veut, je vois à quel point il est lassé et fatigué des déclamations; je sais bien qui sera jugé, qui sera choisi... {Rtres à droite.)

Vous pouvez rire. Messieurs [l'orateur se tourne vers la droite) ; rira bien qui rira le dernier. (Applaudissements prolongés au centre et à gauche,)

M. Paul de Cassagnac. — Tout cela était préparé, concerté !

M. Gambetta. — Et je pourrai vous dire, Messieurs, puisqu'on m'y provoque, qu'il y a à cet égard un concert formé, des fonds réunis, et que pas plus tard que samedi on a déposé des brochures intitulées : Gambetta, c'est la guerre, tirées à cent mille exemplaires, et qui sont la collection de tous les articles ramassés, — car on n'y regarde pas de bien près, et peu importe d'où vient la main qui donne ; on va chercher bien loin, pas si loin qu'autrefois cependant, mais là où on peut les trouver, — des articles ramassés en Allemagne, en Italie, en Espagne et en France, dans des collections, trop variées pour notre malheur, tous les articles destinés à répandre cette thèse électorale; on les imprime et on va les distribuer à profusion : il paraît que c'est un moyen infaillible ! {Rires à gauche et au centre.)

Oui, il y a dix ans, on a réussi à surprendre la volonté du pays alors que la France faiblissait sur ses jarrets, sous le poids de l'invasion étrangère; on lui a arraché un vote en posant la question de paix ou de guerre, et on croit pouvoir recommencer aujourd'hui.

Messieurs, ce calcul sera bafoué par la nation ; la nation saura distinguer entre ceux qui veulent la tromper et l'égarer, et ceux qui l'aiment jusqu'à la mort. {Bravos et applaudissements prolongés à gauche et au centre. — L'orateur^ en retournant à son banc, reçoit les félicitations d'un grand nombre de ses collègues,)

M. Paul de Gassagnac dit qu'il a éprouvé quelque inquiétude en voyant M. Devès produire son interpellation, et en voyant cette interpellation mise aussi rapidement en discussion comme sll s'agissait d'une consigne. {Très bien! à droite. Bruit,) Une grande partie de la Chambre ignorait encore ce matin les dépêches anglaises, le discours de M. Pascal Duprat a pu faire croire un moment qu'il sortirait quelque chose de nouveau de cette interpellation, mais en Tentendant provoquer avec une audacieuse bienveillance l'intervention de M. le président de la Chambre, on a pu

croire qo'ii s'agissait tout simplement de donner un prétexte au discours qu'on vient d'entendre. Tout était concerté d'avance, et il n'y a là qu'une manœuvre électorale. {Très bien ! à droite.)

Lors des dernières élections, par la plus déloyale des manœuvres on a présenté les candidats conservateurs comme partisans de la guerre sans qu'ils eussent rien fait pour mériter ce reproche ; il n'en est peut-être pas de même de tontes les personnalités du parti républicain. Qui pourrait nier l'existence d'un gouvernement occulte au-dessus du gouvernement nominal ? Il s'exerce à l'intérieur comme à l'extérieur. On en sent l'action, par exemple, en ce qui concerne la question du scrutin de liste ; ce qui demeurera établi par le débat actuel, c'est qu'il y a eu une tentative de guerre élaborée par le gouvernement, et si les choses ne sont pas allées plus loin, c'est grâce à la résistance de l'opinion publique et de la presse. {Applaudissements à droite,)

M. Devès déclare qu'il ne reçoit de consignes de personne et ne relève que de sa conscience. Il a formulé son interpellation sous le coup de l'émotion qu'aurait fait naître en lui la lecture des dépêches anglaises, et se félicite que le débat ait tourné à la confusion des adversaires de la République. Le pays n'aurait pas compris 'que ses mandataires se présentassent devant lui avec une obscurité quelconque sur la question de la guerre ; c'est au grand jour que doit se faire la politique républicaine et non par des machinations ténébreuses. (Bruit.)Le ministre a déclaré que le gouvernement français n'avait fait aucune promesse pour la fourniture des 30,000 fusils ; il en résulte qu'il n'y a pas eu échange de notes diplomatiques quant aux envois d'armes par personnes interposées ; il demeure établi que des tentatives avaient été faites dans ce sens, mais le gouvernement s'y est opposé. La France saura désormais qu'elle n'est exposée à aucune aventure ; elle sera confirmée dans ce sentiment de sécurité par le discours du grand orateur qu'a entendu la Chambre, et il ne reste qu'à clore rinlerpellation par l'ordre du jour pur et simple. {Très bien! — Bruit.)

M. Paul de Cassagnac a la parole pour un fait pei-sonnel et dit qu'il avait eu raison de parler de consigne, puisque M. Devès est venu lui-même réfuter son interpellation. {Aux voix ! — La clôture !)

ir,6 CHAMBRE DES DÉPUTÉS.

M. Dhéolle demande que la discussion continue. Le gouvernement grec se vante d'avoir reçu une promesse que le gouvernement français déclare n'avoir pas faite ; des explications sur ce point seraient nécessaires. Quant aux envois d'armes, y a-t-il eu des achats en dehors du ministère de la guerre? y a-t-il eu des fournitures faites par Pindustrie privée avec des matériaux tirés de nos arsenaux ? Il serait nécessaire de s'expliquer sur tous ces points.

La clôture, mise aux voix, est prononcée.

L'ordre du jour pur et simple est mis aux voix et adopté.

La Chambre reprend la discussion sur le projet de loi relatif î\ l'administration de l'armée.

Prononcé le 20 mars 1881 h UASSEMBLÊE GÉNÉRALE DE L'UNION DU COMMERCE

Nous reproduisons, d'après la République fninçaiae, lo compte rendu suivant :

« L'Union du commerce, l'une des plus anciennes et la plus florissante des sociétés de secours mutuels, compte près de ii,000 membres parmi les employés et les comptables des maisons fabriquant ou vendant des tissus. Elle possède un capital de 376,000 francs et, en 1880, elle a dépensé en frais médicaux près de 160,000 francs.

c< Dès une heure et demie, on n'apercevait pas une seule place vide dans l'immense salle du Trocadéro ; la foule qui n'a pu trouver de sièges se tient en masses compactes dans les couloirs. L'entrée du président de la Chambre des députés, accompagné du bureau de l'Union du commerce, est saluée par une longue salve d'applaudissements. Le viceprésident de la société, M. Rusconi, lit un long et très intéressant rapport sur l'exercice écoulé ; il ne se contente pas de donner des chiffres, mais il montre les lacunes de l'institution, discute les innovations proposées par l'initiative d'un certain nombre de membres, explique les réformes adoptées par les administrateurs. Après lui, le président, M. Buys, reprend quelques-unes de ces questions; sa parole austère ne craint pas de signaler certains abus avec une sévérité qui est fort bien accueillie de ses auditeurs parce qu'il jouit évidemment auprès d'eux d'une grande autorité personnelle. Puis, l'un des conseils judiciaires de l'Union, M. Albert Liouville, qui a fait souvent des conférences devant ses intelligents clients, leur présente des considérations

fort remarquables en faveur de Tassurance sur la vie et de la caisse des retraites. 11 termine en ces ternies : « Vous avez hâte d'entendre F orateur incomparable, le grand citoyen (Longs applaudissements) y l'homme d'État éminent, le patriote qui nous fait l'honneur d'être 'aujourd'hui des nôtres. Il a su organiser la résistance contre l'ennemi {Applaudissements) et il nous montre par sa présence que rien de ce qui peut contribuer à féconder la paix ne lui est indifférent. » {Applaudissements,) M. Gambetta prend alors la parole et s'exprime ainsi :

Messieurs et chers concitoyens,

Au moment où je me lève devant vous, après l'invitation de votre président et après les applaudissements avec lesquels vous avez bien voulu accueillir mon nom, ne vous étonnez pas que je regarde comme le premier de mes devoirs de vous exprimer la reconnaissance et la gratitude que je ressens pour cet accueil si chaleureux, qui s'adresse, je le sais bien, et je ne saurais trop le répéter en ce moment, non à ma personne ni même à ce talent de parole qu'on exagérait tout à rheure, mais au serviteur d'une cause qui est celle de la France. {Salve d'applaudissements,)

Oui, je vous remercie. Messieurs ; et veuillez croire que dans ma vie, qui n'est exempte ni d'amertumes ni de douleurs, je n'ai jamais recherché d'autre récompense que celle d'éprouver et de sentir, au jour des grandes entrevues, la reconnaissance de mes concitoyens. ( Vifs applaudissements,) C'est ce sentiment qui m'a toujours soutenu, et qui me soutiendra toujours et qui, permettez-moi de le dire, en franchissant les murs de cette enceinte, sert à me tenir parfaitement indifférent aux questions personnelles qu'on peut susciter, mais auxquelles je regarderais comme indigne de moi d'opposer autre chose que le plus complet dédain. [Adhésion unanime et applaudissements,)

Je l'ai dit à l'époque de notre lutte terrible contre

rétranger ; je Tai répété au milieu des divisions intestines des partis à Versailles ; je le dis ici, je le redirai sans cesse : il ne me convient pas, il ne conviendra jamais d'accepter, quelle que soit la bouche qui les profère, ni ces excès d'injures ni ces excès d'honneurs. Non, Messieurs, né du peuple, lui appartenant,[^voulant faire triompher sa cause par les moyens rationnels, scientifiques^ légaux, ne voulant rien tenir que de la persuasion des majorités, j'ai le temps devant moi, j'ai l'énergie et, croyez-le bien, j'ai surtout la persévérance inébranlable. {Double salve d'applaudissements.) Encore une fois, non, si je suis venu parmi vous sous l'amicale pression de vos camarades et de vos délégués, ce n'est pas pour faire un discours, — c'est votre faute, mon cher Liouville, si j'ai été entraîné à répondre chaleureusement aux dernières paroles de votre allocution, — je suis venu simplement parce que vous faites, vous et vos prédécesseurs, depuis trente- deux ans, une bonne et grande œuvre, une œuvre de solidarité, d'assistance et de secours fraternel dans le monde des travailleurs. Voilà pourquoi je suis ici. (Applaudissements unanimes.)

Je suis venu pour vous connaître, pour vous entendre, sans aucune idée préconçue, n'ayant, je le regrette, sur vos origines et sur les détails intérieurs de votre existence économique et sociale que des données très] incomplètes ; mais, je dois le dire, je suis bien heureux d'être venu.

Je vous ai écouté, vous, Monsieur le secrétaire , et, dans un rapport comme je voudrais en lire souvent sur les affaires générales do ce pays, (Très bien! trèi bien /), j'ai constaté que vous descendiez dans les détails, dans l'analyse minutieuse de tout ce qui touche à l'économie de votre œuvre, des recettes, des dépenses, de la distribution des secours, de l'examen des vœux de vos coassociés. Et je vous dirai tout à l'heure mes impressions, car je ne veux faire ici que

le résumé des impressions que j'ai éprouvées au cours de la lecture des rapports qui vous ont été présentés.

Je trouve que vous donnez un exemple qui doit être suivi, Texemple de la sincérité et, permettez-moi d'ajouter, l'exemple aussi d'une chose qui est un peu plus rare, l'exemple de la sévérité dans les jugements.

Vous avez rappelé avec beaucoup de verdeur que, si nombreux que vous soyez, — vous êtes onze mille, — lorsque vous vous livrez à vos opérations électorales, il n'y a guère que neuf cents d'entre vous qui prennent part au vote. Vous vous en êtes plaint et vous avez bien fait. Moi aussi, j'ai noté ce détail, et je dirai à ceux qui m'écoutent : Suivez le conseil qui vous est donné ; prenez part aux votes, donnez par là plus de cohésion à votre contrat d'alliance, plus d'autorité à vos délégués ; resserrez ainsi plus étroitement le nœud qui vous unit ; mais, après avoir parlé aux électeurs, j'ajouterai, en m'adressant au comité : Peut-être n'avez-vous pas pris toutes les dispositions voulues pour assurer les moyens pratiques de développement et d'augmenter la coopération effective de tous les électeurs à la nomination de tous les élus. {Très bien! très bien! — Applaudissements.)

Il faudra que vous examiniez cette question ; il faudra en examiner d'autres encore, — et c'est ici qu'on trouve que la méthode expliquée par l'honorable M. Rusconi est excellente. Il vous recommande, dans les propositions que vous adressez à votre comité, de ne point donner le pas aux idées purement théoriques sur les questions financières. Vous avez exprimé des vœux certainement inspirés par la plus haute, parla plus noble générosité ; mais prenez bien garde aux déceptions qui amènent les catastrophes ; et, dans votre ambition, mesurez bien votre vol, de peur de tomber comme Icare.

Votre rapporteur a raison. C'est là l'excellence de la tradition que vous pratiquez, que vous avez main-

Page 1