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plus dans la justice de Thistoire, et cela suffit à ceux qui ont fait leur devoir. {Oui! oui/ — Applaudissements enthousiastes, — Ci*i's répétés de : Vive la République! Vive Gambeita!)

Le Tem'ps du 28 mai apprécia dans rarlicle suivant le discours prononcé la veille par M. Gambetta :

« Ainsi que notre correspondant de Cahors nous l'avait annoncé, le discours qu'a prononcé hier M. Gambetta, à l'inauguration du monument érigé à la mémoire des mobiles du Lot, ne touche que très indirectement à la politique intérieure. Le président de la Chambre s'est exclusivement attaché à mettre en relief les enseignements qui résultent des événements douloureux que rappelait nécessairement la patriotique cérémonie du jour. Il a indiqué, à grands traits et avec cette ampleur d'élocution qui caractérise sa manière oratoire, les raisons de la catastrophe de 1870. H a fait la part de tous les partis dans cette sombre histoire : si les uns, a-t-il dit, ont péché par excès d'arrogance et de despotisme, les autres ont péché par excès de faiblesse, le plus grand nombre par indifférence. Rien de plus exact. Pendant la période impériale, la France a trop oublié qu'un peuple qui se désintéresse de l'action politique se trouve à la merci de tous les caprices de l'homme auquel il a laissé prendre la direction absolue de ses destinées. Heureusement ces temps néfastes ne sont plus, et nous avons, dans nos institutions, des garanties formelles contre un retour à ces excès de faiblesse d'une part et de despotisme de l'autre. ))'ai]leurs l'union politique de la France se fait, chaque jour, de plus en plus, en dépit de résistances d'élats-majors épuisés : « Encore un coup de collier du suffrage universel, a dit l'orateur, et nous tiendrons cette communauté d'efforts et de volontés sous un gouvernement libre et définitif. >>

« M. Gambetta ne pouvait laisser échapper l'occasion qui lui était offerte par une cérémonie qui se rattachait à des souvenirs de guerre de dire quelques mots de notre politique internationale. Cette politique, le président de la Chambre l'a résumée en ces mots : « La France n'a qu'un souci, qu'une volonté: le maintien de sa dignité et d'une paix qui la lui assure. » 11 sera difficile de voir dans ces paroles la manifestation de la moindre intention belliqueuse, d'autant

plas que M. Gambetta a mis une insistance particulière à revenir sur cette môme affirmation d'une politique pacifique : « Ce que la France réclame, a-t-il dit en terminant son discours, ce que les républicains veulent, c'est Tordre et la paix dans la liberté et le progrès. » Ce langage tenu en présence des représentants de l'armée, en face du monument élevé à ces braves mobiles du Lot morts pour la patrie^ ne laissera subsister aucun doute sur les vues du chef de là majorité touchant la politique extérieure et l'action internationale du gouvernement de lu République.

« Ce discours ou plutôt cette allocution, dont nous venons de signaler les principales données^ indique tout ce qu'il y a d'exagéré dans ces airs alarmés qu'affectent de prendre certains journaux et certaines personnes à propos du voyage de M. Gambetta à Gahors. Il est indubitable que ce voyage s'est accompli dans des conditions exceptionnelles. Le chef incontesté du parti républicain a reçu de ses concitoyens du Lot un accueil plus que chaleureux; mais ceux qui s'étonnent ou s'alarment de ce fait sont véritablement par trop ignorants des choses humaines. Gomment! voilà un homme qui a, depuis plus de douze ans, joué un rôle considérable, et comme orateur, et comme chef de parti, et comme homme d'État; il a rempli le monde de l'éclat de sa puissante parole; il a été le lutteur infatigable qui a tant aidé au triomphe définitif de la République, et on voudrait que lorsqu'un tel homme revient, après dix ans d'absence, dans la ville où il est né, où s'est écoulée son enfonce, où vivent ses condisciples de collège, les amis de sa jeunesse, il ne fût pas fait à cet enfant du pays un accueil enthousiaste. Ge qui serait étonnant, c'est qu'il en fût autrement, surtout lorsqu'il s'agit de ces populations si exubérantes, si en dehors, du midi de la France. Qu'il y ait eu dans les manifestations de sympathie, d'admiration ou même de curiosité, dont r illustre enfant de Gahors a été l'objet dans sa ville natale, des naïvetés ou même, si Ton veut, des enfantillages, nul n'en disconviendra; mais quand a-t-on vu les foules, lorsque quelque incident les met en mouvement, se tenir dans une exacte mesure et ne pas dépasser la limite d'une démonstration parfaitement pondérée? Il n'est pas advenu pour M. Gambetta autre chose que ce qui s'est constamment produit et ce qui se produira toujours chaque fois qu'un

personnage illustre se retronvera an milieu de ses compatriotes, et il est ridicule de prendre texte de la réception faite à Gahors au président de la Chambre pour parler de dictature et d'asservissement. Ce sont là de gros mots qui ne peuvent être pris au sérieux par aucune personne sensée. « D'ailleurs ceux mêmes qu'effarouche Taccueil fait par les populations du Lot au président de la Chambre peuvent se dire qu'ils ont contribué à rendre cet accueil plus éclatant. Leurs attaques réitérées et violentes contre M. Gambetta, les accusations souvent mesquines et plus souvent encore calomnieuses dirigées contre lui, ont eu pour unique résultat, on peut s'en apercevoir aujourd'hui, de grandir sa personnalité. Les acclamations des Cadurciens sont une réponse au flot d'injures déversé chaque jour par les feuilles d'extrême droite comme par les feuilles intransigeantes contre le puissant orateur. M. Gambetta, moins outragé, eût été moins fêté. Les insultes et les calomnies de ses adversaires lui ont fait un piédestal et l'ont élevé d'autant au-dessus des foules. S'il en est ainsi, comme nous le croyons, ce ne serait pas la première fois que des ennemis politiques auraient servi, par la violence et l'injustice de leurs attaques, la fortune de celui qui était l'objet de leurs agressions passionnées. Aussi fera-t-on bien de profiter de la leçon et de renoncer à ces procédés grossiers de polémique, lesquels tendent trop k devenir la règle dans une certaine presse, et dont les incidents du voyage de Gahors démontrent la complète inefQcacité. »

Prononcé le 2/ mai 1881 AU BANQUET PATRIOTIQUE

Cahors, 28 mai.

(Dépêches de la République française.)

Le banqaet patriotique a eu lieu ce soir, à sept heures, dans la cour du lycée. La table d'honneur était établie sur une estrade couverte, et dix grandes tables étaient disposées dans le préau planté d'arbres. Le nombre des souscripteurs atteignait onze cents, dont trois ou quatre cents cultivateurs. On remarquait un grand nombre d'officiers en uniforme. L'arrivée de M. Gambetta a été saluée par des acclamations répétées et par les cris de : Vive la République I Vive Gambetta! Ont pris place sur l'estrade : le maire de Cahors, M. Relhié; le président du conseil général, M. Cambres; les généraux Appert, Colomb, Villain, Lewal, Minot; MM. Calmon et Foucher de Careil, sénateurs; Spuller, Corneau, Lasserre, Bastid, députés; Gambetta père; les préfets du Lot, de la Gironde, de Tarn-et-Garonne, du Gers, de l'Aveyron, de la Haute-Garonne; de nombreux sous-préfets de la région; MM. Hervé Mangon, membre de l'Institut; le trésorier-payeur général, le directeur des postes et télégraphes, le recteur de l'académie, le proviseur du lycée, etc.

A neuf heures, M. Cambres, président du conseil général, a porté au milieu d'acclamations répétées le premier toast au président de la République.

Il s'est exprimé ainsi :

« Messieurs, quelque vif que soit votre désir, quelque légitime que soit votre impatience d'entendre notre illustre compatriote, dont le talent oratoire, déjà si élevé et si puis-

santy va toujours grandissant et n'a d*égal que l'ardent patriotisme qui rinspire, permetlez-moi de porter un toast à l'homme probe dont la politique a pour base l'honnête et le juste, à l'homme éminent dont M. Garabetta, lui, le défenseur le plus énergique et le plus convaincu de nos institutions républicaines, a dit l'an dernier, à Cherbourg, que depuis qu'il est élevé à la magistrature la plus haute du pays, son nom se grave chaque jour plus profondément dans le cœur de tous les Français, à raison des éminents services qu'il ne cesse de rendre à la patrie : A M. Jules Grévy, président de la République française! » {Adhésion unanime. — Applaudissements répétés.)

M. Relhié, maire de Gabors, a prononcé ensuite le discours suivant :

« Messieurs,

« Vous avez bien voulu répondre à notre invitation ; vous vous éles empressés d'accourir de tous les points de la France pour assister à nos fêles et vous associer à l'hommago que son pays natal a voulu rendre au président de la Chambre des députés.

« Mon premier devoir, en me levant devant cette imposante assemblée, est de vous remercier et de vous dire combien nous ressentons vivement l'honneur que vous nous faites aujourd'hui.

« La ville de Cahors vous exprime par ma voix sa profonde reconnaissance. Elle gardera longtemps le souvenir de celte journée, et elle ose espérer que vous tous, amis connus ou inconnus, vous voudrez bien faire grâce à son hospitalité modeste, dont la cordialité fait tout le prix.

« Dois-je remercier aussi M. le président de la Chambre des députés d'avoir abandonné la direction des travaux parlementaires pour venir prendre place au milieu de nous et combler par sa présence les vœux les plus ardents de notre population?

« 11 me semble. Messieurs, que les marques éclatantes de sympathie et les témoignages de dévouement que ses compatriotes lui prodiguent arriveront plus sûrement au cœur de M. Gambetta que ne le pourrait faire ma parole : l'émotion qu'il a dû ressentir en mettant le pied dans cette ville après une absence de dix ans, et qui a été si heureuse d'ou-

vrir ses portes pour le recevoir, cette réunion môme dans la maison où s'est écoulée une partie de sa jeunesse, produiront sur son esprit une impression que je veux respecter, sans risquer de l'affaiblir par dlnutiies développements.

« Mais ce dont il est juste de remercier hautement M. Gambelta, c'est d'avoir choisi le département du Lot et la ville de Cahors comme un terrain favorable à une de ces grandes manifestations auxquelles sa parole aie privilège de donner un retentissement universel et qui marquent comme les étapes successives de sa glorieuse carrière.

« C'est d'avoir pensé à notre département,enfm délivré des influences dynastiques et désormais acquis aux idées républicaines, qui, ainsi que de récents exemples l'ont surabondamment démontré, était prêt à recevoir les conseils que son expérience et sa sagesse ont si utilement répandus dans d'autres contrées.

« Voilà, si je ne me trompe, le remerciement qu'il nous convient d'adresser au président de la Chambre des députés; car, si M. Gambetta reste toujours notre compatriote, ce titre, bien précieux pour nous, doit pourtant s'effacer ici et ne pas nous faire oublier que les acclamations qui l'entourent s'adressent surtout à l'homme d'État, à l'illustre orateur qui depuis son entrée dans la vie publique, est toujours sur la l)rèche à tenir haut et ferme le drapeau de la démocratie républicaine.

« C'est dans cette pensée que j'ai Thonneur de vous proposer un toast qui rencontrera, j'en suis sûr, votre assentiment unanime.

« Je vous propose, Messieurs, de boire à la grandeur, à la prospérité de la France républicaine, à l'union de tous les bons citoyens sur le terrain de la République légale et progressive; au représentant de cette politique aussi sage que ferme, qui, à force d'énergie et de persévérance, a su triompher de tous les obstacles et réduire à l'impuissance la coalition des partis, et qui, acclamé par le pays, assurera, avec la durée des institutions républicaines, la puissance et la hberté de la pairie : à Gambetta! »

Lorsque les applaudissements eurent cessé, M. Gambetta s'est levé ; mais les convives et les assistants cherchant à s'approcher le plus près possible de l'estrade, le bruit a pen-

dant quelques instants rendu la parole impossible. Enfin M. Gambetta a prononcé le discours suivant :

Messieurs et chers compatriotes,

Permettez-moi de porter un toast au département du Lot et à la ville de Gahors. Vous m'avez comblé, ravi et fatigué. Quelques-uns ont pu penser que j'étais venu ici avec l'intention de vous entretenir des intérêts de la démocratie de notre département et de tracer avant l'heure devant vous le tableau des futures élections. Ce n'est pas pour remplir ce programme que je suis à cette table; j'y suis pour fêter avec vous la pensée qui a inspiré la municipalité de Gahors et qui se retrouve dans tous les détails de l'organisation de cette belle fête à laquelle la nuit, sans doute, a mis fin trop vite et trop tôt, ce qui est certainement la cause des rumeurs indistinctes qui partent du fond de cette cour. Par conséquent, je me bornerai purement et simplement à remercier les deux orateurs qui ont précédé, M. le président du conseil général et M. le maire : l'un et l'autre, dans l'exagération de leur amitié, m'ont adressé des paroles trop flatteuses pour que je puisse les accepter dans leur plénitude. Us ont tous les deux prononcé, avec la hauteur et la gravité de langage qui leur appartiennent, des paroles que je veux relever et qui, si vous le voulez bien, préciseront le sens et la portée de mon toast.

M. Cambres a dit qu'ayant toute chose il fallait porter la santé du chef de l'État ; il a bien voulu rappeler en me les empruntant, — et je suis heureux de cet emprunt, — quelques mots que je prononçais l'année dernière dans une situation assez analogue à celle-ci, au banquet de Cherbourg.

Messieurs, ces paroles expriment le sentiment unanime de tous les bons Français ; telle est du moins ma conviction. Aussi, quelles que soient les tentatives

que des esprits hostiles, séditieux, pervers ou simplement abusés ont pu faire dans ces derniers temps, à propos de toutes les questions, les plus futiles comme les plus sérieuses, pour créer je ne sais quel antagonisme secret ou déclaré, je ne cesserai, toutes les fois que je serai devant mes concitoyens, devant mes compatriotes républicains, devant mon pays qui m'écoute, de dire et de répéter que, dans toutes les Républiques, le premier de tous les devoirs est de saluer et d'honorer le chef de TÉtat. {Applaudissements unanimes,) Mais, Messieurs, si c'est là un devoir dans toutes les Républiques, dans la nôtre c'est mieux qu'un devoir, c'est un acte qu'il nous est doux d'accomplir, car celui qui préside aux destinées de la patrie, nous l'avons connu à d'autres époques; nous avons pu juger de la solidité de son caractère, de la sagesse de ses intentions et de ses idées; nous ne sommes pas suspects en affirmant devant le pays que son passé est le gage de son présent et fait la sécurité de l'avenir. ( Vifs et unanimes applaudissemnts, — Vive Grévy ! viveGambetta!)

J'arrive maintenant aux paroles prononcées par le chef de cette municipalité dont je suis heureux de saluer la présence parmi nous et qui tient si dignement sa place à la tête de cette cité que j'aime tant, — car je l'aime, je vous le dirai sans phrases, je l'aime comme ma mère nourricière. [Bravos et applaudissements.) Il disait que dans ce département, trop longtemps ou indifférent ou asservi, la République allait enfin triompher, la République par la Constitution et la légalité républicaines. Eh bien, c'est cette parole que je lui emprunte à mon tour, et je dis : Oui, messieurs, ce beau, co fier département qui a été entraîné à d'autres époques dans une voie fatale, avait ses excuses, ses raisons, ses origines pour ainsi dire héréditaires, qui expliquent comment et pourquoi il a pu si longtemps se tromper. En effet, au lendemain

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de la Révolution française, ce pays-ci, cette contrée du Lot, ce vieux Quercy, cette terre de paysans laborieux et jaloux de leur égalité, après avoir pris la plus large part au mouvement national et régénérateur de 1789, saluait la force triomphante. Trompé comme bien d'autres, il croyait voir passer la Révolution couronnée sur le char de Bonaparte. [Vive adhésion et applaudissements.) Il était arrivé à ces paysans, partis conscrits pour la frontière d'Italie et du Rhin, de revenir, les uns scintillants des étoiles du commandement; les autres, plus comblés, plus enivrés encore par la fortune, ayant gravi les degrés des trônes de TEurope. Et tous rentraient au pays, jetant autour d'eux le rayonnement de leur gloire militaire et suscitant des soldats qui devenaient à leur tour des légionnaires : car. Messieurs, on a remarqué qu'il y avait eu dans le Lot plus de légionnaires que dans aucun autre département de France. Et alors, comment vouliez-vous que, tant que cette légende a duré, en présence de ces nombreuses familles militaires unies et compactes, ce pays se débarrassât de ces chaînes dorées par la gloire? 11 ne le pouvait pas. [Applaudissements prolongés, )

Mais la légende a péri et a disparu dans le désastre, je ne dis pas dans la honte, mais dans un désastre comme la France n'en avait jamais connu. C'est alors qu'on a dit à ces paysans du Lot, comme aux trente millions de paysans qui sont en France — et dont certainement le paysan du Lot est une représentation et un type fidèle, dur au labeur, toujours soucieux de son pécule, tout dévoué aux besoins de sa famille, peu mêlé aux bruits extérieurs, toujours replié sur luimôme, faisant œuvre de ses doigts, gagnant son pain et celui des siens à la sueur de son front, — c'est alors qu'on leur a fait croire que le gouvernement républicain mettait toutes choses en péril, et ils se sont écartés de nous. Eh bien, Messieurs, il y a dix ans que

répreuve se poursuit ; il y a dix ans que ce gouvernement républicain, garant de Tordre dans la rue et de la paix dans les esprits, grandit toujours, en même temps que le crédit, la fortune, le bien-être matériel et le développement intellectuel de la France. Les prophètes de malheur répétaient tous les jours que le cataclysme était pour la fin de la semaine; à la fin ils se sont trouvés devant le robuste bon sens du paysan français, qui les a bafoués et conspués. {Salves répétées d'applaudissements,) Ce jour-là, qu'est-ii arrivé? Il est arrivé, Messieurs, que cet homme de labeur, qui ne se rend que devant les démonstrations palpables et tangibles qui sortent des faits, s'est ébranlé à son tour, et c'est vers nous qu'il s'est dirigé.

Vous en avez eu la preuve éclatante dans la dernière manifestation du suffrage départemental. Messieurs, je le dis hautement, pour moi, ce jour-là, le voile s'est déchiré, et j'ai aperçu mon pays prêt à entrer dans la vraie voie de la liberté. {Nouveaux applaudissements unanimes,) C'est ce jour-là que je me suis dit : Moi aussi je retournerai vers eux, je les verrai. {Applaudissements,) Je savais l'accueil que vous me feriez. Car, Messieurs, je peux avoir des adversaires ici, je n'y ai pas d'ennemis. {Adhésion générale et applaudissements ^;o/ow5ré>'s.) Mais je voulais, je ne vous le cache pas, que cette sorte de retour au berceau, que cette rencontre de nos regards et de nos âmes eussent plus de portée et de signification qu'un simple témoignage de fraternité et de compatriotisme. Je voulais que cette rencontre reçût, le lendemain, une plus haute sanction. Je serais bien fier si, grâce à mes efforts, tous pénétrés d'une pensée commune, nous disions dans quelques mois d'ici que ce département du Lot qu'on avait marqué de cette suprême injure — vous savez bien ce que je veux dire... {Ouil oui! — Bravos prolongés.) si nous pouvions dire que ce département est à la tête des départements républicains. {Nouveaux applaudis»

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sements,) J'en ai Tespoir; j'ai aperçu bien des signes précurseurs de la victoire, d'une victoire pacifique et féconde, celle-là ; mais pour l'atteindre, je ne saurais trop répéter ici, afin que mes paroles soient entendues même ailleurs, que c'est à la méthode tout à fait calme, progressive, constitutionnelle, que l'on doit d'avoir assisté à ce ralliement des populations rurales au régime républicain, et que c'est cette méthode si heureusement éprouvée qu'il faut continuer d'appliquer; pour tout dire. Messieurs, c'est parce que vous avez une Constitution, c'est parce qu'autour de ce pivot toutes les forces politiques et sociales de la nation se sont pour ainsi dire donné rendez-vous, s'appuyant, se solidarisant pour constituer la forme même de la République.

Cette Constitution, Messieurs, ohî je la connais bien, elle n'est pas parfaite, j'y ai trop participé pour ignorer ses défauts. {Rires approbatifs,) Mes chers concitoyens, les Constitutions parfaites, celles qui naissent tout entières du cerveau d'un penseur politique, je les admire, mais je ne trouve guère dans l'histoire personne qui les respecte et les appuie sincèrement. {Très bien! très bien! — Applaudissements.)

Les Constitutions, permettez-moi de le dire, naissent surtout de la nécessité des mœurs et, pour ainsi dire, des circonstances qu'une grande nation traverse. Les Américains ont eu une Constitution dès 1788 et, s'ils l'ont gardée, c'est qu'ils l'ont lentement corrigée et difficilement modifiée. {Vive approbation.) Ils considéraient que c'était l'abri tutélaire et qu'il n'y fallait pas porter une main téméraire. Ils ont exigé les plus grandes précautions, les plus grandes réunions de voix, une sorte d'irrésistible concours, pour y apporter le moindre amendement.

Messieurs, je vous le dis avec une entière conviction : il y a cinq ans que ce pays a une Constitution ; certainement, elle n'est pas immuable; elle doit être

perfectionnée; elle le sera, et dans un sens démocratique {Applaudissements prolongés) ^ dans un sens de plus en plus libéral ; mais ne nous hâtons pas, et, avant que Tédiflce soit véritablement consolidé, ait subi le tassement nécessaire, n'ébranlons pas l'une quelconque de ses assises. Non, Messieurs ; nous sommes à la veille d'un grand rendez-vous devant le suffrage universel; nous allons le consulter, j'en ai le ferme espoir, bien que le Sénat ne se soit pas encore prononcé, par la voie la plus large, la plus franche^ la plus haute et la plus concluante. (Applaudissements unanimes et avs répétés de : Vive le sa*utin de liste !)

Mais ne nous égarons pas, ne mettons pas à la fois tout en question et ne disons pas que cette Constitution qui nous a sauvés et qui nous abrite, que cette Constitution autour de laquelle toute la France républicaine s'est réunie et groupée, ne disons pas qu'elle a besoin d'être remaniée dès maintenant; ne le disons pas, parce que nous Tébranlerions et que nous n'avons pas le droit de le faire ^{Nouveaux applaudissements,)

Je demande qu'on attende, — et ici permettez-moi d'emprunter un mot à la science astronomique, — je demande qu'on attende que les pouvoirs établis par cette Constitution aient accompli leur révolution. {Mouvement général. — Applaudissements.) Le Sénat, fondé en 1876, doit être renouvelé trois fois en neuf ans ; déjà il est visible, je l'avais annoncé,qu'à chaque renouvellement le Sénat grandit en force démocrati-

1. La commission d'initiative {)arlementaire de la Chambre des députés Tenait de proposer la prise en considération de la proposition de M. Barodet et de 64 de ses collëgiies, ayant pour oojet la révision de la Constitution. Cette proposition avait été inscrite à Tordre du jour de la Chambre. Elle portait la suppression du droit de dissolution et de Tégalité des droits législatifs entre les Chambres, le rétablissement de la permanence des assemblées, la modification de la loi électorale du Sénat, la convocation d'une Assemblée constituante et Tinscription de la loi électorale des députés dans la Constitution.

que et libérale. {Assentiment et bravos.) Attendez le troisième renouvellement, et vous verrez les critiques adressées à cette institution s*atténuer chaque jour davantage. Et peut-être s'habituera-t-on à y voir une suprême ressource que vous serez heureux d'avoir un jour ou Tautre. J'estime donc qu'il serait souverainement contraire aux nécessités d'un bon gouvernement de mettre avant l'heure une partie quelconque de votre Constitution en suspicion devant le pays. Quelles que soient les difficultés que puisse soulever celte déclaration, quels que soient les doutes de certains esprits à l'heure qu'il est, je n'hésite pas à le dire, on ne doit, on ne peut toucher, sans imprudence, à la Constitution qui nous régit. (Vive approbation.)

Voilà ce que je voulais vous dire, mes chers concitoyens. Je vous ai parlé en résumant, parce que mes forces physiques ne me permettaient pas de plus longs développements. Mais je crois avoir dit la vérité. J'ai parlé au point de vue de l'intérêt du parti républicain. Mes chers compatriotes, en servant le parti républicain, c'est la France tout entière dans ses gloires passées, dans ses grandeurs futures, dans son développement historique, que j'ai l'intention et la volonté de servir, avec tous ceux qui sont assis dans cette enceinte. [Oui! oui/ — Tf*ès bien! — Applaudissements et acclamations prolongés, — Ctns répétés de : Vive la République! vive Gambetta!)

iiprès quelques minutes, M. Gambetta se lève de nouveau au milieu des applaudissements et se retire après avoir prononcé les paroles suivantes :

« Mes amis, je vous demande la permission de mo retirer, vu l'état d'extrême fatigue où je me trouve. (Marques d'assentiment.)

« Je vous remercie de Taccueil que tous m'ont fail, de l'ordre ([ui a régné dans cette fête, et j'adresse mes remerciements sincères à ceux qui y ont assisté, et surtout à ceux qui l'ont organisée. »> (Vive la République! Vive Gambetta!)

Prononcé le 29 mai iS8i

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