‹ Discours et plaidoyers politiques, publChapitre 68 sur 101 · BANQUET DU NEUBOURG · texte numérisé non relu

BANQUET DU NEUBOURG

à moi j*imagine que ce ne sont pas les hommes qui manqueront à la tâche, ni la besogne qui manquera aux hommes. Je ne veux même pas aborder ce sujet. J*ai la confiance, pour ma part, que le jour où ils se trouveront réunis dans l'enceinte du Palais-Bourbon, ceux que la France vient d'investir de sa confiance sauront bien dire ce qu'ils veulent, non pas pour rimposer, car nous ne sommes plus sous un de ces régimes où Ton ait besoin de menacer le pouvoir exécutif; nous sommes sous un régime qu'on pourrait appeler paternel, tant il est véritablement animé de sympathie, de dévouement pour les représentants de la chose publique. {Applaudissements prolongés.) Quand la Chambre aura parlé, tout le monde se trouvera d'accord. {Très bien! — Oui! oui! — Très bien! très bien!)

Messieurs, je m'arrête ici. Il ne me conviendrait pas de pousser plus loin cette analyse. Au surplus, comme vous vous en êtes aperçus, je n'avais qu'un seul but dans les quelques observations que je vous adressais, c'était d'affirmer la nécessité de persévérer dans la méthode politique qui depuis dix ans a valu au parti républicain les succès dont il jouit, dont jouissent ceux-là mêmes qui les dénigrent le plus, vous donnant ce spectacle d'impuissants dans la défaite et d'orgueilleux insensés dans le triomphe. (Adhésion générale, — Applaudissements prolongés.)

Mais, Messieurs, après avoir affirmé à nouveau la supériorité de cette méthode politique, j'éprouve le besoin d'exprimer aussi ma confiance entière dans les élus du suffrage universel et de bien les prévenir que, quant à moi, ce n'est pas la loi électorale dont, ils sont sortis qui pourrait, à un titre quelconque, créer la précarité de leur mandat.

Messieurs, je crois en avoir assez dit pour résumer cette journée et affirmer que ce 4 septembre se lève sur la patrie française plus radieux que celui où nous

eûmes la lourde mission et le douloureux honneur de nous trouver au poste du péril, et qu'il est permis d'espérer que la succession de ces anniversaires nous donnera un jour la joie de célébrer, dans sa plénitude, la réunion de tous les Français sous le même drapeau. {Bravos et applaudissements prolongés.)

En finissant, je bois aux républicains de TEure, non pas particulièrement à ceux qui nous ont donné cette courtoise et sympathique hospitalité, mais à tous ceux qui, dans cette belle Normandie, pays de sapience, comme on disait autrefois, allient la fermeté dans les convictions à la sagesse dans la conduite. Ce n*est pas sans raison que nous avons choisi, pour venir au milieu de vous, la fête que vous donnez à la grande ombre qui plane sur cette assistance, à Dupont de l'Eure, qui fut la meilleure expression de ce patriotisme inflexible et cependant toujours conciliant sur les questions de personnes, auquel il a dû d'être et de rester, pour les générations futures, comme le symbole même de la vertu républicaine. {Applaudissements et acclamations. — Longue adhésion. — Cris répétés de : Vive la République! Vive Gambetta!)

ALLOCUTION

Prono7icée le 5 septembre i88i AU BANQUET D'ÊVREUX*

Mes chers concitoyens,

G*est d'une âme profondément émue que je vous adresse l'expression de ma cordiale reconnaissance. Je suis très touché de Taccueil sympathique, fraternel, républicain, pour tout dire, que vous voulez bien me faire. {Applaudissements.)

Et sachez bien, quoi que Ton insinue, quoi que Ton dise et quoi que Ton répète, que Thomme qui est devant vous ne poursuit dans la vie politique d'autre but que la défense des intérêts de tous, l'intérêt de la patrie française si cruellement éprouvée, mais à laquelle nous devons tout ce que nous possédons de courage, d'énergie, de force de travail et d'esprit de sacrifice. {Applaudissements,}

Lorsque dans des populations travailleuses on rencontre de pareilles sympathies qui s'adressent non à l'homme, car les hommes ne sont rien, mais aux principes qu'ils servent, à la République qu'ils défendent, on peut dire que des temps nouveaux se sont levés sur la France et que désormais la démocratie, arrivée au gouvernement du pays, s'imposera aux restes des partis vaincus, comme elle saura mériter le respect et l'estime du monde. (Applaudissements.)

Pour atteindre un pareil but, mes chers concitoyens.

1. Le banquet d'Évreux était offert à M. Gambetta par la municipalité de cette ville.

5 SEPTBMBRK 1881. 471

il faut deux choses qui ne doivent jamais être séparées : une grande fermeté dans la poursuite du but et une grande sagesse dans remploi des moyens. Séparées Tune de Tautre, c'est l'aventure et bientôt la défaite, tandis qu'au contraire, en les associant, en ne séparant jamais Tesprit de conciliation et de sagesse de Tesprit de fermeté, tous les résultats peuvent être obtenus parce qu'on ne demande rien à la raison de tous, à la raison qui est le véritable souverain de ce monde. {Bravos. — Applaudissements.)

Je vous quitte sur l'impression de cette idée que je reçois de vous et que je vous transmets à mon tour ; car, en somme, c'est la communication intime entre le peuple et ses serviteurs, ses élus, qui fait leur force et leur prestige. Us ne sont rien que par lui et avec lui. Mais, il faut bien s'entendre, il ne s'agit pas de subir des courants qui peuvent traverser les foules ; il faut avoir le courage de leur dire la vérité, sûr que Ton est que le monde trouve toujours, au fond de sa conscience, la lumière de la raison et du patriotisme, pour savoir et reconnaître où sont le droit, la vérité, la justice. [Vifs applaudissements.)

Je vous dis donc merci au nom de toutes ces idées qui nous sont communes ! Persévérons, et que l'espérance règne désormais dans vos âmes : nous arriverons I Au revoir et vive la République ! [Applaudissements et acclamations prolonges. — Vive la République! ViveGambetta!)

Googk

Prononcé le 6 septembre 1881 AU BANQUET DE HONFLEUR

Honfleur, 6 septembre.

(Compte rendu de la République française,)

Le banquet, auqael prennent part environ cinq cents convives, est dressé sous une vaste maison de bois élevée pour la circonstance et entièrement tendue, à Tintérieur, de draperies tricolores. Au fond, au-dessus de la place occupée par le président, est un buste de la République, encadré de feuillages. Cette salle, éclairée à profusion, est d'un fort bel effet.

M. Houyvet, premier président de la cour de Caen, porte le toast suivant :

« J*ai rhonneur de porter un toast qui aura. Messieurs, j*en suis convaincu, toutes vos sympathies. Je bois à la santé du président de la République. » [Salve d'applaudissements.)

' M. Micheloii, vice-président de la chambre de commerce et président de la commission de la fôte, prend la parole en ces termes :

u Messieurs, je porte un toast qui aura, j'en suis sûr, un écho dans tous nos cœurs : à Tarmée et à la marine; à Tarmée, qui est aujourd'hui et qui, désormais, sera toujours l'armée de la loi; à la marine, qui sait porter haut et ferme le drapeau de la France et qui est si dignement représentée dans cette réunion.

« M. le ministre de la marine ne pouvait, pour le représenter parmi nous, faire un meilleur choix que celui de roffii!ier distingué qui a laissé à HonÛeur de si unanimes sympathies, l'honorable M. Courejolles.

tt Autrefois, Messieurs, on pouvait distinguer, mettre à part en quelque sorte, Tarmée et la nation; aujourd'hui, l'armée, c est la nation elle-môme, affirmant sa force et sa Tolonté de défendre son indépendance et son honneur.

« Messieurs, je bois à Tarraée, à la marine française ! » {Vifs applaudissements.)

M. Courejolles, capitaine de frégate, au nom du ministre de la marine et des colonies, adresse ses remercîmenls à la Tille de Honfleur qui Ta prié de venir à cette fête de Tinauguralion du nouveau bassin. Au nom de M. le ministre do la marine, en terminant, il boit à la prospérité de la ville et du port de Honfleur. {Vive approbation et applau^ (Ossements.)

M. Ghasies, maire de HonÛeur, prend la parole eh ces termes :

i< Messieurs, je porte un toast auquel d'avance toute cette salle est associée : A M. Léon Gambetta ! (Salve d'applaudissements.) A M. Gambelta qui nous honore aujourd'hui d'une visite dont notre ville républicaine ne perdra jamais le souvenir.

« 11 j a. Messieurs, un homme qui, au cours d'une période bien cruelle, et malgré tout glorieuse, a résumé et magnifiquement exprimé nos douleurs, nos colères et nos espérances; dont Tardent patriotisme a réchauffé et soulevé celui de la France entière; qui a contribué, plus que tout autre, à sauver l'âme de la patrie. Geux-là se calomnieraient eux-mêmes, je veux le croire, qui ne reconnaîtraient pas qu'alors ils ont lutté, souffert, espéré avec lui. S'il en était autrement, il faudrait les plaindre. (Bravos.)

« Ensuite, après une campagne plus longue, mais triomphante, celle-là, il nous a conduits, nous tous républicains, nous les survivants de la génération de 1848, à la victoire définitive qui nous avait si douloureusement échappé, il y a trente ans, et que nous avons pendant si longtemps attendue. Ge patriote illustre, ce Français, ce républicain, est au milieu de nous : c'est avec une profonde et respectueuse sympathie, c'est vraiment du fond de nos cœurs que nous réunissons dans une acclamation le nom de M. Gambetta et le nom de la République. » (Applaudissements pro» longés. — Vive la République! Vive Gambetta!)

M. Gambetta prononce le discours suivant :

474 BANQUKT DU HONFLRUR.

Messieurs et jchers convives,

Vous me voyez sincèrement et profondément ému des paroles que vient de m'adresser le maire de cette patriotique et vaillante cité de Honfleur. Il a dit, qu'il me permette de le remarquer, il a dit, avec exagération, une partie de la vérité quand il a parlé des efforts que je devais à ma cause et à mon pays. Mais ne laissons pas dire, jamais, que Ton peut identifier un principe à un homme. Distinguons bien, et ne permettons jamais la confusion entre les individualités et la Republiqye, qui doit planer au-dessus non seulement des hommes, mais des partis eux-mêmes. {Applaudisse^ ments,)

En me levant devant vous, à Theure où nous sommes... je ne veux pas reporter mes regards sur ce passé si douloureux qu'on ne peut pas révoquer, même devant les plus implacables ennemis de la République, sans remuer en eux la fibre nationale qui vibre toujours en tous les Français. {Applaudissements.) Non, il ne convient pas, après les triomphes, à Tintérieur, du régime républicain, de mêler ces évocations, trop douloureuses, à nos fêtes électorales. J*aime mieux, mes chers concitoyens, vous parler de vous, de votre pays, de ce que j'y ai vu, de ce que je suis venu y chercher et des espérances que j'emporte et, permettez-moi de l'ajouter puisque vous m'y avez provoqué, de l'ineffaçable souvenir que vous me laisserez dans l'âme. {Applaudissements.)

Je suis venu ici, Messieurs, parce qu'il y avait longtemps que nous nous étions engagés, vos amis et moi, à venir vous visiter au lendemain de la campagne électorale qui vient de se clore et que vous avez si brillamment illustrée par des succès qui me paraissent vous mériter, dès aujourd'hui, le prix d'excellence électorale dans le pays. [Hires d'adhésion et applaudissements prolongés.)

Oui, Messieurs, je savais depuis longtemps, et j*ai des témoins dans cette enceinte, que dans ce Calvados tant décrié, que Ton a maintenu et laissé sous des tutelles et des influences qui dataient de loin et n'en étaient ni plus pures ni plus légitimes, je savais, dis-je, qu'un jour viendrait où, grâce à Tesprit de propagande, de résolution et de persévérance du vaillant noyau républicain qui était à Gaen, à Ronfleur, à Lisieux, à Bayeux, à Vire, à Falaise, à Pont-rÉvôque, on finirait bien par éveiller dans cette population si sensée, si avisée, si soucieuse de ses intérêts matériels qui sont la garantie de ses intérêts moraux, on finirait bien par éveiller ce vieil esprit de sagesse normande, et qu'un jour la République apparaîtrait aux populations de ces contrées comme le gouvernement par excellence, comme le gouvernement de leur prospérité et de leur avenir. {Applaudissements.)

Ce jour est arrivé, et ce ne sont pas là des conquêtes éphémères, vous le savez bien. Vous savez bien qu'une idée de novation, de changement, de transformation est toujours difficile et délicate à faire pénétrer dans le cœur de chêne de vos populations ; mais vous savez aussi que lorsque cette idée est entrée dans les esprits elle y reste, elle s'y enfonce, et on l'en arrache bien difficilement. J'espère bien que cette idée, celle de la République, on ne l'en arrachera plus. {Vtfs applaudissements et bravos.)

Les conquêtes que font les Normands sont des conquêtes définitives. {Nombreux applaudissements. — Rires appf*obatifs.) J'ai connu, je connais encore d'autres populations plus mobiles, plus ardentes, plus enthousiastes, mais aussi qui portent peut-être plus d'imprévu et de variabilité dans le culte de leur affection. (Nouveaux rires et applaudissements.)

Messieurs, ce n'est pas avec un sentiment de critique ou de regret que je fais cette comparaison. Il faut voir la France comme elle est, dans toutes ses parties,

avec la variété de ses traits; et il faut Faimer jusque dans tous ses défauts, parce que c'est toujours lu France et qu'il n'y a rien au-dessus. {Adhésion unanime et applaudisstmenls.)

Eh bien, nous sommes ici tout joyeux, au lendemain de cette victoire que je constate et que je célèbre avec d'autant plus de plaisir que c'est à vous qu'elle est due, Messieurs. L'occasion n'était-elle pas tout à fait opportune... {On mt),., pour venir vous visiter et m'enquérir, — non pas que ce fût pour la première fois, vous ne l'ignorez pas, — de vos intérêts, sur place; vous savez avec quel soin jaloux je me suis mêlé aux discussions qui touchaient à votre marine marchande... {Bravos prolongés), à vos travaux publics et à la situation de vos inscrits maritimes; non pas que je cherchasse ainsi à vous donner un appui qui pût avoir un caractère personnel ou local, mais j'étais tout à vous parce que vous êtes un des éléments nécessaires, supérieurs, de la fortune de la France et que, à ce titre, tout ce qui vous touche intéresse et doit intéresser celui qui place l'intérêt général avant tous les autres. {Salves d'applaudissements,)

Messieurs, je suis heureux d'être venu. J'ai constaté qu'environnés do tous les présents et de tous les dons de la nature, au bord d'un fleuve magnifique, devant cette étendue sur laquelle vous savez, intrépides navigateurs, audacieux coursiers, vous lancer à votre tour, adossés à cette merveilleuse vallée où Ton voit presque rherbc pousser, tant elle va vite et tant elle est drue, vous avez trouvé le moyen d'ajouter à toutes ces richesses. On peut constater, en interrogeant celui qui passe dans la rue, sur le port, que votre fortune commerciale est grandissante, que tous les ans vos relations s'étendent, que votre tonnage augmente, que vous êtes déjà à l'étroit dans vos bassins, que vous songez à v6us étendre.

Aujourd'hui on vous a donné quelques bonnes

paroles que vous avez saisies au vol, avec la précision et la sagesse qui vous caractérisent, et j'ai bon espoir que de ces paroles vous ferez un contrat, et que de ce contrat sortira l'amélioration que vous souhaitez. {Applaudissements prolongés,) Aussi vous avez bien raison de vous vouer aux affaires; mais vous avez encore plus raison de ne point admettre cet aphorisme, qui avait encore cours il n'y a pas déjà si longtemps, que la politique tue et que les affaires vivifient. Vous êtes de ceux qui ont compris, en hommes d'expérience et en hommes d'affaires consommés, qu'il n'y a, au contraire, de sécurité pour les affaires, do véritable garantie pour les entreprises à longue échéance, que sous la garantie d'une politique bien faite et d'une politique faite d'une façon soutenue, rationnelle, et à laquelle tout le monde prend part, parce que cette politique-là c'est l'affaire de tout le monde. {Vive adhésion, — Bravos et applaudissements,)

Il y a des politiques qui ont vécu pendant des générations sur la division entre la politique et les affaires, et il s'est trouvé que les politiques ont été compromises. C'est pourquoi il a fallu en venir à créer un régime nouveau où les intérêts et les affaires politiques fussent essentiellement liés les uns aux autres. Pourquoi?Pourassurer la prospérité et la sécurité particulières par le contrôle de tous. {Applaudissements.)

Messieurs, c'est le gouvernement de la République que vous tenez, que vous assurerez, que vous propagerez, que vous développerez encore dans l'avenir; c'est ce gouvernement qui, dès aujourd'hui, apparaît, non pas pour vous, mais pour les populations rurales, industrielles, qui sont immédiatement en contact avec vous, comme le générateur et le protecteur de ses affaires. {Applaudissements prolongés,) Les bas- , sins que vous inaugurez, cette mer que le génie de vos ingénieurs force à réparer elle-même, en passant à travers un certain organisme, le mal qu'elle a causé.

478 BANQUBT DE HONPI.EUR.

des cales qu'il faut fonder, ces bassins que vous êtes en train de creuser et dont j'espère que Ton élargira le cercle... {Applaudissements), qu'estrce que tout cela prouve? Cela prouve que les affaires vont mieux parce que la politique est mieux conduite. {Double salve (t applaudissement s et bravos.) Et, chose admirable, sur toute cette côte les affaires ne sont pas seulement les affaires des agglomérations urbaines; non, on assiste pour ainsi dire à ce rêve réalisé de voir l'industrie se faire bocagère et l'agriculture se faire industrielle. On exploite avec une égale aisance, à la campagne, des usines, des filatures; et ce n'est pas un des moins beaux spectacles de votre admirable puissance que de voir des filatures au milieu des futaies les plus épaisses, les plus ombrageuses. En sorte que vous avez marié les champs et la ville, et vous y avez ajouté les trésors que vous savez arracher à la mer. (Vifs applaudissements,) Pays privilégié. 11 ne vous manquait qu'une chose, non pas à vous, mais à tous vos voisins, c'était de bien comprendre que pour assurer ces trésors, les répandre, les féconder, il fallait un gouvernement qui fût le vôtre. Désormais c'est au nom de ce gouvernement que vous invoquerez l'esprit particulier de votre contrée et que vous le mettrez au service de tous. {Bravos et applaudissements.)

Messieurs, on vous a dit aujourd'hui, dans un langage aussi précis que ferme, dans un langage qui convenait à l'esprit éminent, distingué, de M. le ministre du commerce, on vous a dit qu'il ne servirait de rien de creuser ces beaux bassins, de multiplier le réseau ferré, de vous créer des moyens de transport, des moyens de rapprochement, si l'on n'étendait pas aussi la sphère de votre action, si on n'ouvrait pas de nouveaux débouchés, si on ne maintenait pas surtout les anciens et si, enfin, à une politique industrielle on n'ajoutait pas une politique commerciale. {Applaudissements unanimes.)

Aussi, Messieurs, je crois qu'il est temps pour tout le monde que le régime économique et commercial de ce pays soit fixé avec les puissances étrangères. Vous connaissez mes convictions; elles n'ont pas varié. Je pense que vous êtes assez forts, que vous êtes assez ingénieux, assez audacieux et, en même temps, assez expérimentés et assez prudents, pour supporter la concurrence avec les autres nations qui i\ous entraînent. Et, par conséquent, je complète les espérances que je forme pour votre développement local, par le vœu que j'exprime pour que les traités qui ouvrent la liberté des échanges avec les peuples soient consacrés dans un avenir très rapproché.

Je bois à la prospérité et au développement de votre belle cité!

Permettez-moi, en terminant, de vous dire que de toutes les récompenses que je puisse désirer dans ma vie, il n'en est aucune, couverte ou décorée de quelque nom que vous voudrez, sons quelque apparence qu'on la présente, il n'en est aucune qui vaille pour moi cet accueil joyeux, fraternel, dont la franchise m'allait au cœur, et que je lisais dans tous les yeux, que j'ai reçu ici depuis que j'ai ou le plaisir d'y arriver. {Applaudissements prolongés.)

Je bois donc à nos amis présents ; je bois à nos amis non présents, qui ne peuvent pas être des absents et que j'espère retrouver demain, sinon tous, au moins en aussi grand nombre que possible; je bois. Messieurs, aux habitants de la ville de Honfleur. {Longs applaudissements et bravos prolonges. — Cris de : Vive la République! Vive Gambetta!)

Prono7ici le 1 septembre 188i AU BANQUET DES OUVRIERS DU PORT

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