‹ Discours et plaidoyers politiques, publChapitre 70 sur 101 · BANQUET DES OUVRIERS DU PORT · texte numérisé non relu

BANQUET DES OUVRIERS DU PORT

les sottises qu*on ait débitées à cet égards jusqu'au dernier souffle de notre vie, parce que, sorti d'elle, nous ne voulons pas, nous ne pouvons pas nous séparer d'elle, — je pense que cette démocratie comprendra noâ efforts et s'y associera. (Vives acclamations,) Eh bien, je dis qu^autrefois on a fait une certaine politique d'émancipation sociale ; mais nous la comprenons autrement. Oui, je pense que la politique ne serait qu'un art stérile, un jouet à Tusage des rhéteurs, si elle n'avait pas pour but de travailler à l'émancipation de l'individu d'abord, à un plus grand accroissement de la justice et, s'il faut dire le mot, de bonheur parmi les hommes réunis. (Applaudissements unanimes.) Mais je pense aussi qu'il importe de ne pas leurrer de promesses irréalisables ceux qui n'ont que le capital de leurs bras et à qui la société n*a pas encore pris la précaution d'assurer le capital de l'intelligence. ( Vifs applaudissements.) Je pense que si tout se tient dans la société, il faut cependant avoir un ordre et une méthode d'action et savoir commencer par le commencement; et c'est ce que nous avons essayé de faire en face de ces problèmes complexes qu'une formule ne pourra jamais résoudre comme par un coup de baguette. Nous avons regardé, et nous n'avons pas regardé à nous tout seuls, mais avec nos frères, avec nos prédécesseurs dans la carrière, avec nos penseurs et nos philosophes, et nous avons vu que la première chose qu'il fallait faire, c*était de prendre la cervelle de l'enfant et de la meubler... (Nouveaux applaudissements et bravos), de l'éclairer, et cela d'une certaine manière qui est la seule digne d'un peuple libre, c'està-dire de l'éclairer à la pure lumière de la raison et de la science, au lieu de la laisser dans les ténèbres de la crédulité et de la superstition ! (Bravos et applaudissements prolongés.) Nous pensons que t'éduoaUon, cette éducation universelle, est Iti pierfe angulaire de la rénovation sociale ; qu'avec elle on peut tout entre-

prendre, et, dans tous les cas, tout commencer. ( Vifs applaudissements. )

Est-ce à dire que parce qu'on aurait ouvert des écoles, donné des maîtres et des professeurs, poussé la sélection et le choix entre les intelligences jusqu'au plus haut degré de l'enseignement scientifique, estce à dire que tout serait fini et qu'il faudrait se reposer? Nullement. Il est toute une série de mesures et d'institutions à organiser, non pas que l'État doive les créer de toutes pièces en se substituant à la liberté individuelle, à l'effort des énergies associées ; mais. Messieurs, quand les individualités sont impuissantes, quand cette collection, cette réunibn, cette association de volontés libres et d'efforts individuels avortent, il reste une grande et haute personne sociale, le pays, l'État, qui se doit à lui-même d'intervenir, non pour opprimer, mais pour imprimer le mouvement ; non pour se substituer à la volonté des citoyens, mais pour l'encourager, la soutenir, l'aider, la porter pour ainsi dire sur les bras, et amener chaque citoyen à l'épanouissement complet de son intelligence et de sa raison. [Sake d^ applaudissements,)

Eh bien, nous pensons. Messieurs, que ces choses peuvent être faites, et faites sans aucune espèce de secousse, de soubresaut, en s'informant de ce qu'il est désirable et possible d'établir, au point de vue des institutions de prévoyance, de crédit, d'assistance, de secours mutuels. Nous pensons, de plus, que ces choses-là ne sont pas tellement unies entre elles que Ton ne puisse parfaitement les isoler, les séparer, les résoudre à part chacune l'une de l'autre; que c'est là la tâche qui incombe précisément au législateur soucieux des progrès d'une démocratie.

C'est alors qu'il sera permis d'entrevoir, et très prochainement, je crois, ce grand mouvement de rénovation sociale. 11 est déjà commencé I Cette liberté d'association tant réclamée, si justement réclamée,

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