Lettre à Antoine Buissart {ibid
INTRODUCTION
sont-ce les hommes puissants?...1 » Et, dans le même discours, il plaide en ces termes le droit des pauvres : « Pour moi, je l'avoue, mes idées sur ce point sont bien éloignées de celles de beaucoup d'autres : loin de regarder la disproportion énorme des fortunes qui place la plus grande partie des richesses dans quelques mains comme un motif de dépouiller le reste de la nation de sa souveraineté inaliénable, je ne vois là pour le législateur et pour la société qu'un devoir sacré de lui fournir les moyens de recouvrer l'égalité essentielle des droits au milieu de l'inégalité inévitable des biens. Hé quoiî ce petit nombre d'hommes excessivement opulents, cette multitude infinie d'indigents n'estelle pas en grande partie le crime des lois tyranniques et des gouvernements corrompus? Quelle manière de l'expier que d'ajouter à la privation des avantages de la fortune l'opprobre de l'exhérédation politique, afin d'accumuler sur quelques tètes privilégiées toutes les richesses et tout le pouvoir, et sur le reste des hommes toutes les humiliations et toute la misère 2 ! »
Robespierre estime donc que si les « lois tyran-
1. Lapo>"Xeràye, Œuvres de Maximilien Robespierre, t. I, p. 90. On peut rapprocher de ce passage ces autres lignes écrites par Robespierre et retrouvées dans ses papiers après thermidor : « Quels seront nos ennemis? Les honiuies vicieux et les riches... Quand le peuple sera-t-il donc éclairé?. Quand il aura du pain, et que les riches et le gouvernement cesserout de soudoyer des plumes et des langues perfides pour le tromper; lorsque leur intérêt sera confondu avec celui du peuple. Quand leur intérêt sera-t-il confondu avec celui du peuple? Jamais. » Courtois, Rapport, p. 180.)
2. Lapoxxekaye, Œuvres de Maximilien Robespierre, t. 1, p. 94.
INTRODUCTION
niques » et les « gouvernements corrompus » ont amené la concentration des richesses en quelques mains, des lois démocratiques peuvent rétablir, dans une certaine mesure, l'égalité des fortunes, ou amener au moins une circulation constante et un morcellement infini des richesses. C'est en cela que la révolution politique devient le moyen et le prélude de la révolution économique et de la transformation sociale.
Peu à peu, ses idées sur ce point se précisent et s'accentuent. En avril 1791, il dit : « La trop grande inégalité des fortunes est la source de l'inégalité politique, de la destruction de la liberté... Les lois doivent toujours tendre à diminuer cette inégalité... La propriété de l'homme, après sa mort, doit retourner au domaine public de la société *. . . » En décembre 1792, il va plus loin encore, et met en question le droit même de propriété : « Les aliments nécessaires à la vie de l'homme sont aussi sacrés que la vie elle-même. Tout ce qui est indispensable pour la conserver est une propriété commune à la société entière. Il n'y a que l'excédent qui soit une propriété individuelle2... » En avril 1793, au cours des débats sur la Constitution, il ne cache point son rêve de donner au droit de propriété d'étroites limites 3. Les devoirs de la société à l'égard de l'individu gran-
1. Discours du 5 avril 1791 sur la liberté de tester (V. Moniteur du 7 avril).