Discours du 2 décembre 1792 sur les subsistances
3. Discours du 24 avril 1793 sur la Constitution, et projet de Déclaration des Droits de VEomme,
INTRODUCTION
dissont à mesure que la propriété tend à devenir collective. Ils sont formulés dans ces termes catégoriques : (• La société est obligée de pourvoir à la subsistance de tous ses membres1... » Plus tard, en 1794, il dira encore : « Nous voulons... que la patrie assure le bien-être de chaque individu3... » Voilà ce qu'est pour lui la Révolution : elle doit aboutir à une sorte de communisme: et c'est là qu'il se sépare de ses collègues, qu'il s'isole, et que les résistances s'accumulent autour de lui5. Seuls, semble-t-il, Marat et Saint-Just avaient considéré la Révolution sous le même aspect, et leur pensée, sur ce point, se confond avec celle de Robespierre4.
1. Projet de Déclaration des Droits, article li. Voir plus loin, p. 251.
2. Rapport sur les principes de morale politique. Voir plus loin, p. 326.
3. On sait que Robespierre ne put faire adopter par la Convention ses idées sur la propriété. « Buonarroti a prétendu, d'après les révélations de quelques-uns des proscripteurs de Robespierre, que les idées sociales exprimées en diverses occasions par ce dernier n'avaient pas peu contribué à grossir le nombre de ses ennemis. » (Ekxest Hamel. Thermidor, p. 274, note.)
4. « Si vous donnez des terres a tous les malheureux... je reconnais que vous avez fait une révolution. » (V. Œuvres complètes de Saint-Just, II, p. 263 . « Je défie qu'il n'y ait plus de malheureux, si l'on ne fait en sorte que chacun ait des terres... » (Ibid., II, p. 513). Il faut surtout se souvenir de ces lignes de Saint-Just, d'autant plus caractéristiques qu'elles furent écrites en 1791 : « Le droit civil est le système de la propriété. Le croirait-on, que l'homme se soit assez éloigné de cet aimable désintéressement qui semble être la loi sociale de la nature, pour honorer cette triste propriété du nom de loi naturelle"? Êtres passagers sous le ciel, la mort ne nous avait-elle point appris que loin que la terre nous appartint, notre stérile poussière lui appartenait à elle-même? Mais que sert de rappeler une morale désormais mutile aux hommes, à moins que le cercle de leur corruption ne les ramène à la nature! » ^Esprit de la Révolution. Troisième partie, chap. ni; V. Œuvres complètes de Saint-Just, I, p. 284.)
nd, en 1795, la première tentative socialiste, celle de Babeuf et de son groupe, se manifestera et s'organisera, c'est aux noms de Robespierre, de Marat et de Saint-Just qu'elle ralliera ses adhérents1.
Ce qui survit à Robespierre, en effet, après la catastrophe de thermidor, ce n'est point sa pensée politique, désormais perdue, c'est son rêve d'égalité sociale. Buonarroti, qui, après avoir vécu dans l'intimité de Robespierre, devint l'un des babouvistes les plus actifs, a parfaitement montré cette filiation qui unit le babouvisme au robespierrisme. Le groupe babouviste, dit-il, « voulait reprendre l'ouvrage brisé le 9 thermidor, et, à l'exemple des victimes de cette tuneste journée, ajouter à la révolution des pouvoirs et des grandeurs, celle incomparablement plus juste dont l'impartiale distribution des biens et des lumières eût été le résultat final'2. » Babeuf lui-même ne cache point que sa tentative n'est autre chose qu'un mouvement robespierriste : « Je ne crois point impolitique et superflu d'évoquer la cendre et les principes de Robespierre et de Saint-Just pour étayer