Le Chant des Égaux, de Darthé, contient ce couplet
« Et vous, Lycurgues des Français, O Marat, Saint-Just, Robespierre!
Déjà de vos sages projets INous sentions l'efiet salutaire; ... Déjà vos sublimes travaux Nous ramenaient à la nature; Quel est leur prix? Les échafauds, Les assassinats, la torture! »
2. Conspiration pour légalité, dite de Babeuf, t. 1, p. 116 (édition de 1828).
INTRODUCTION
tiennent tout. Mais dans un Etat populaire, il faut un ressort de plus, qui est la vertu1. » Et Rousseau, après avoir montré tous les écueils du gouvernement démocratique, ajoute à son tour : « Voilà pourquoi un auteur célèbre a donné la vertu pour principe h la République: car toutes ces conditions ne sauraient subsister sans la vertu3. »
Mais qu'est-ce que la vertu? Si l'on conçoit assez facilement ce qu'est la vertu morale, peut-on concevoir sous le même aspect et avec la même clarté ce qu'est la vertu politique? Rousseau et Montesquieu ont tous les deux jugé nécessaire de la définir. Mais leurs définitions sont bien différentes. Dans un des fragments du Contrat social, demeuré inconnu jusqu'en 1900, Rousseau s'exprime ainsi : « Comme on a dit que la beauté n'est que l'assemblage des traits les plus communs, on peut dire que la vertu n'est que la collection des volontés les plus générales3. » Ainsi la vertu n'a rien de personnel, elle est au contraire ce qu'il y a de plus impersonnel dans l'individu: elle consiste dans la synthèse des aspirations communes à tous. En ce sens, le mot vertu, pour Rousseau, est presque l'équivalent du mot loi. Montesquieu donne une définition infiniment plus précise et plus concrète : « La vertu dans une République, dit-il, est une chose très simple; c'est ramour