‹ Discours fait à l'Assemblée législative sur les finances de la province [microforme]Chapitre 5 sur 7 · LES NÉGOCIATIONS DE L'EMPRUNT · texte numérisé non relu

LES NÉGOCIATIONS DE L'EMPRUNT

En dépit de toutes les raisons con

|traire, vous avez fait l'emprunt. Je ne ?

puis laisser ce sujet sars parler quelque

peu de la manière dont vous avez conduit ces négociations importances, tel qu'il appert par les documents déposés sur le bureau de la Chambre en réponse à l'adresse que j'ai eu l'honneur de proposer au commencement de la session.

Votre opération à New-York restera légendaire. En premier lieu, l’idée de contracter l'emprunt à New-York n'était pas heureuse. L'n peu plus de réflexion vous aurait fait prévoir que vous vous exposiez à des mécomptes dont l'intérêt de la province pourrait souffrir. D'abord, tout le monde sait que New-York n'est pas un marché bien favorable pour le placement des emprunts d'Etats. La raison en est très facile à comprendre. Sans doute aue la métropole de la République américaine est une ville très riche. Elle fait d’étonnants progrès, et elle peut espérer devenir la plus grande cité de l'univers.

Mais les Etats-Unis ne sont pas n pays où l’on prête beaucoup à l'étranger, et

pourquoi ? Parce que les immenses tra: | vaux d'améliorations qui se font tous |

les ans sur la surface evtière du territoire de la République, absorbent l'épargne nationale et ont largement besoin des capitaux du dehors. Quand l’on sait qu’il se dépense jusqu’à $400,000,000 annuellement aux Etats- Unis pour la construction seulement de nouveaux chemins de fer, et de 60 à $70,000,000 dans la seule ville de New- York pour la construction de nouvelles maisons, on n’est pas surpris que nos voisins aient constamment besoin de tous les capitaux que leurs puissantes industries, manufacturière et agricole, et l’activité de leur mouvement commercial puissent accumuler.

Les deux grands 1aarchés aux capitaux du monde sont à Londres et à Paris. Une statistique récente porte jusqu’à $500,000,000 l’accumulation annuelle des capitaux en Angleterre disponibles pour placements dans le Royaume-Uni et au dehors. L'Angleterre a p'us de dix milliards de piastres placées à l'étranger et Gans ses colonies. A un intérêt moyen de quatre pour cent, c'est un revenu annuel de quatre cent millions de piastres qui arrivent daus le Royaume-Uni de toutes les parties du monde. Les nouvelles entreprises sur le territoire si encombré et si peu étendu

de la Grande-Bretagne, ne sauraient absorber tout ce capital, quireprend en grande partie le chemin de l'étranger, à | la recherche de placements aussi proftables que ceux qui l’ont produit.

Rien ne prouve mieux ma prétention que le marché de New-York n’est pas aussi avantageux que ceux de Londres et de Paris, que le fait de la diftérence qu? l’on constate régulièrement dans les cours des mêmes titres sur ces marchés, En voici des exemples frappants. Nos valeurs canadiennes n’occupent pas une situation aussi favorable sur ie marché de New-York, que sur celui de Londres, Ainsi la semaine dernière, le 12 juin courant, les actions de la compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique étaient cotées à 574 à Londres, et seulement à 55; à New-York, une différence de 2} pour cent en moins. Il en est ainsi pour les valeurs américaines ellesmêmes, qui commandent aussi des cours plus élevés à Loudres qu'à New-York.

Les titres de la puissante compagnie de chemin de fer le New-York Central étaient, le 13 juin courant, cotés à 106% à Londres, et à 1041 seulement, à New- York, une différence de 23 pour cent en moins.

La première faute du gouvernement dans ies négociations de l'emprunt, a été de s'imaginer pouvoir obtenir des conditions plus avantageuses à New- York qu’à Londres ou à Paris. Entré dans cette voie, il à joué de malheur, Je me sens guère disposé à être sévère dans ma critique, tant j'apprécie combien ont dû être cruelles les transes par lesquelles il a passé, depuis la fin d’août 1887 jusqu’au commencement de janvier dernier. Ce sont des mois bien longs dont, j'en suis convainenut, il conservera in souvenir à la fois pénible et impérissable.

Le représentant d’un syndicat de New-York est venu faire, au sujet de

l’'emprunt,une proposition que le ministère a trouvé mirobolante Il offrait 94 pour cent pour des débentures à 33 d'intérêt. Ce qui x: étonne, c'est que l’on ait cru un instant qu’il fût possible de placer un emprunt de la province à de semblables conditions sur le marché de New-York. Il me semble que la nature même de l’oùre aurait dû mettre le gouvernement sur ses gardes, et l'engager à se demander si réellement il

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avait à faire à des gens sérieux. Ilne paraît pas avoir eu le moindre souci sous ce rapport.

Avant d’apposer sa signature au contrat de l'emprunt, l'honorable trésorier et ses collègues ne devaient-ils pas s’as-

surer, d’une manière suflisante, que|

celui avec qui ils traitaient pouvait être

en mesure de remplir ses obligations ? | M. Nelson, le représentant du syndicat, | offrait, en garantie, de déposer des bons | ou débentures des Etats-Unis ou de la!

cité de New-York, à la ‘ Chemical Na:

tional Bank,” au montant de trois mil-|

lions et demi de niastres. C'était très beau sur le papier, mais il y avait ce

rave inconvénient que la convention était signée à Québec, le 16ème jour d’août 1887, par l'honorable trésori-r et le procureur de M. Nelson, tandis que

M. Nelson ne s'engageait à faire ce dépôt de titres des Etats-Unis ou de lu} cité de New-York, que le ou avant le 23 | août 1887, sept jours plus tard. Le con-| trat était signé, mais en réalité le gou-| yernement n'avait pas une piastre de | garantie que le syndicat de New-York

remplirait ses obligations.

Le 23 août, l'honorable trésorier |

commençait à être inquiet, et, je sup-

pose, par une dépêche, qui n’apparait | pas dans les documents au sujet de] l'emprunt, il s’adressa à la Chemical |

Bank pour avoir des nouvelles du fameux dépôt. Le même jour, il recevait la réponse laconique qui suit :

New York, Aug. 23, 1887.

JOSEPH SHEHYN, Treas. Province of Quebec, Quebec.

No, nothing known at Chemicai Bank regarding the transaction.

(signed), W.J. Quixcan.”

Je traduis :

Non, on ne connaît rien de cette & transaction à la “ Chemical Bank.

(Signé), W, J. QuINLAN.

Le dépôt n’a jamais été fait. Après la première erreur d'être allé à New-York pour l'emprunt, et la faute d’avoir signé le contrat avec ce M. Nelson sans exiger une garantie tangible et immédiate de sa bonne foi et de i’accomplis-

sement de ses obligations enve,: la province, je reproche au ministère de ne pas avoir rompu tout de suite toute relation avec ce prétendu syndicat et ses représentants, et d’avoir, près de quatre mois durant, laissé le crédit public de la province trainer le marché de la métropole américaine, à la merci de gens qui n'avaient pss pu exécuter | leur contrat, et qui n'avaient pas même été en mesure de faire le dépôt de $100,000, subséquemment oftert et | accepté en garantie, au lieu et place des trois millions et demi de titres des | Etats-Unis ou de la cité de New-York.

Tout espoir d’un succès, qui fuyait toujours, étant perdu, le gouvernement | prit conseil, en décembre dernier, d’un avocat éminent de New York, pour | savoir quel recours en dommages il avait contre ce M. Nelson, qui s'était trouvé tout à coup dans une si grande pénurie d'argent, après avoir ébloui nos ministres en faisant miroiter tant de millions à leurs yeux ravis. Dans sa | réponse, que mes honc.ables collègues | peuvent lire dans les documents de | l'emprunt, M. Coudert dit bien que le | droit du gouvernement est certain, | mais il ajoute les deux phrases suivantes | très palpitantes d'intérêt :

‘ Cependant c’est une question d’op- ‘“ portunité plutôt que de droit,s’il serait | judicieux d'intenter une action contre { lui dans les circonstances.

‘ D'après les informations qui nous “ont été fournies, et d’après la con- “ duite de ces gens, il n’est pas proba- “ble que M. Nelson soit un homme # d’une responsabilité financière consi- ‘“ dérable, et un jugement obtenu contre | Jui résulterait, je le crains, en une | victoire sans profit. ”

Le ministère peut chercher toutes les excuses qu’il voudra, il n’en reste pas moins acquis à l’histoire que, chargé d'une opération financière importante pour le compte de la province qu’il gouverne, il a la responsabilité d’avoir négocié cette aflaire avec un homme | incapable de la faire réussir, et cela | sans prendre la peine sérieuse de se | renseigner sur la situation vrritable de l'cette personne.

| On explique l'insuccès de cette opération par la mort de deux des princi- | paux membres du syndicat. Les docu- | ments nous apprennent bien qu’un M, ‘Ross et un autre sont décédés peu de

temps après la signature du contrat à Québec. Mais je n’y trouve rien qui!

nous assure que ces deux hommes étaient eux-mêmes en mesure de pla

cer l'emprunt, ni qu’en réalité ils fai-|

saient partie du trop fameux syndicat,

La fatalité pourstivait-elle les négo-|

ciateurs de l'emprunt, puisque deux de

ceux qu: l’on nous dits’en être occupés, | ont été cn quelques jours successive- |

ment foudroyés par la mort |

Dans de semblables circonstances, le ministère a pourtant dû devenir un peu superstitieux, et s+ dire qu'il était temps d’en finir avec une opération qui faisait autant de victimes.

M. Nelson a donné pour raison de

n'avoir pas fait le dépôt convenu de titres à la Chemical Bank, la hausse très considérable de ces titres sur le marché dans l'intervalle, Je regrette que l’hon. trésorier ait répft$ cette excuse dans son discours du Fe lg :t, sans au moins s'assurer si elle tait vraie.

J'ai constaté que cette excuse n’était pas fondée. J'ai fait un relevé des cours sur le marché de New-York,du 12 août an 14 node 1887, tels que publiés dans le À New-Yvrk Herald, et j'ai trouvé qu'il n’y a pas eu cette hausse dans les cours des titres des Etats-Unis. Deux classes de titres étaient cotées, l’une à 107 et l’autre à 127, et il n’y a eu qu’une légère variation en plus ou en moins pen dant cette période,

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