DEDICACE
(i) Pag. iSi. HÉRODOTE raconte qu'après le meurtre da faux Smerdis, les sept libérateurs de la Perse s'ctant assemble's pour délibérer sur la forme du gouvernement qu^iU donneraient à l^état, Otanès opina fortement pour la république; avis d'autant plus extraordinaire dans la bouche d'uu fSatrape, qu'outre la prétention qu'il pouvait avoir à l'empire, les grands craignent plus que la mort une sorte de gouvernement qui les force ï respecter les hommes. Otanès, comme on peut bien croire , ne fut point écouté ^ et voyant qu'on allait procéder a l'élection d'un monarque , lui qui ne voulait ni obéir ni commander ^ céda volontairement aux autres concurreus son droit à la couronne , demandant pour tout dédommagement d'être libre et indépendant, lui et sa postérité ; ce qui lui fut accordé. Quand Hérodote ne nous apprendrait pas la restriction qui fut mise a ce privilège, il faudrait nécessairement la supposer; autrement Otanès, ne reconnaissant aucune sorte de loi , et n'ayant de compte à rendre à personne , aurait été tout-puissant dans l'état, et plus puissant que le roi même. Maisiln^y avait guère d'apparence qu'un homme capable de se contenter en pareil cas d'un tel privilège fût capable d'en abuser. En effet on ne voit pas que ce droit ait jamais causé le moindre trouble dans le royaume, ni par le sage Otanès, ni par aucun de ses déscendans.
PRÉPACE.
(Note 2 , pag. i65.) Dès mon premier pas, je m'appuie avec confiance sur une de ces autorités respectables pour les philosophes, parce qu'elles viennent d'une raison solide et sublime qu'eux seuls savent trouver et sentir.
« Quelque intérêt que nous ayons à nous connaître nous- « mêmes , je ne sais si nous ne connaissons pas mieux tout «» ce qui n'est pas nous. Pourvus par la nature d'organes « uniquement destinés à notre conservation , nous ne les
K0TC8. uGi
« employons qu^k recevoir les impressions étrangères; nous fc ne cherchons qu'à nous répandre au dehors , et à exister M hors de nous : trop occupés à multiplier les fonctions de « nos sens, et à augmenter Pétendue extérieure de notre <c être, rarement faisons- nous usage de ce sens intérieur qui tt nous réduit à nos vraies dimensions, et qui sépare de nous « tout ce qui n^en est pas. Cest cependant de ce sens dont « il faut nous servir si nous voulons nous connaître; c'est le c< seul par lequel nous puissions nous juger. Mais comment « donner à ce sens son activité et toute son étendue? Comc< ment dégager notre kme , dans laquelle il réside , de toutes « les illusions de notre esprit? Nous avons perdu l'habitude <c ^e remployer ; elle est demeurée sans exercice au milieu ce du tumulte de nos sensations corporelles , elle s'est dessé- « chée par le feu de nos passions; le cœur, l'esprit, les sens, <c tout a travaillé contre elle. » Hist. ir at. , tom. IV, pag. i5i y De la nature de l'homme.
DI8GOV18.
(Note 3, pag. 179.) Les changemens qu'un long usage de marcher sur deux pieds a pu produire dans la conformation de l'homme, les rapports qu'on observe encore entre ses bras et les jambes antérieures des quadrupèdes, et l'induction tirée de leur manière de marcher , ont pu faire naître des doutes sur celle qui devait nous être la plus naturelle. Tous les enfans commencent par marcher k quatre pieds, et ont besoin de notre exemple et de nos leçons pour apprendre à se tenir debout. Il j a même des nations sauvages , telles que les Hottentots, qui négligeant beaucoup les enfans, les laissent marcher sur les mains si long- temps, qu'ils ont ensuite bien de la peine à les redresser; autant en font les enfans des Caraïbes des Antilles. Il y a divers exemples d'hommes quadrupèdes; et je pourrais entre autres citer celui de cet enfant qui fut trouvé eOnid/i^ auprès de Hesse , où il avait été nourri par des loups , et qui disait depuis à la cour du prince Henri , que s'il n'eût tenu qu'à lui, il eut mieux aimé retourner avec eus que de vivre parmi les hommes. Il avait-tcilement pris l'habitude de marcher Comme ces animaux, qu'il fallut lui attacher des pièces de bois qui le forçaient à «e tenir debout et en équilibre sur ses deux
3^2 KOTEd.
pieds. Il en était de même de l'enfant qu'on trouva en 1694 dans les forets de Lithuanie, et qui ^dvait parmi les ours. IL ne donnait, dit M. de Condillac, aucune mart|uede raison, marchait sur ses pieds et sur ses mains, n'avait aucun langage , et formait des sons qui ne ressemblaient en rien à ceux d'un homme. Le petit sauvage d'Hanovre , qu'on mena il y a plusieurs années à la cour d'Angleterre, avait toutes les peines du monde à s'assujettir à marcher sur deux pieds; et l'on trouva en 17 19 deux autres sauvages dans les Pyréne'es, qui couraient par les montagnes à la manière des quadrupédes. Quant à ce qu'on pourrait objecter que c'est se priver de l'usage des mains, dont nous tirons tant d'avantages, outre que l'exemple des singes montre que la main peut fort bien être employée des deux manières, cela prouverait seulement que l'homme peut donner à ses m'embres une destination plus commode que celle de la nature,, et non que la nature a destine' l'homme a marcher autrement qu'elle ne lui enseigne.
Mais il y a, ce me semble, de beaucoup meilleures raisons à dire pour soutenir que l'homme est un bipède. Premièrement , quand on ferait voir qu'il a pu d'abord être confoirmë autrement que nous ne le voyons et cependant devenir enfin ce qu'il est , ce n'en serait pas assez pour conclure que cela se soit fait ainsi i car , après avoir montre la possibilité de ces changcmens, il faudrait encore, avant que de les admettre , en montrer au moins la vraisemblance. De plus , si les bras de l'homme paraissent avoir pu lui servir de jambes au besoin, c'e»t la seule observation favorable à ce système sur un grand nombre d'autres qui lui sont contraires. Les principales sont que la manière dont la tête de l'homme est attachée k son corps, au lieu de diriger sa vue horizontalement , comme l'ont tous les autres animaux , et comme il l'a lui-même en marchant debout , -lui eût tenu , marchant à quatrç pieds, les yeux directement fichés vers la terte , situation trè«-peu favorable a la conservation de l'individu; que la queue qui lui manque, et dont il n'a q^ue faire marehant à deux pieds, est utile aux quadrupèdes, et qu'aucun d'eux n'en est privé; que le sein delâfetaune, très-bien situé pour un bipède qui tient son enfant dans ses bras, l'est si mal pour un quadrui>ède , que nul ne l'a placé de cette manière ; que le train de derrière étant d^une excès-
NOTES. a65
sive hauteur à proportion des jambes de deyast, ce qui fait que raarcliant à quatre , nous nous traînons sur les genoux , le tout eut fait un animal mal proportionne' et marchant peu commodément: que s^ii eut posé Je pied à plat ainsi que la main , il aurait eu dans la jambe poSteVieure une articulation de moins que les autres animaux , savoir celle qui joint le canon au tibia; et qu^en ne posant que la pointe du pied, comme il aurait sans doute été contraint de le faire , le tarse , sans parler de la pluralité des os qui le composent , paraît trop gros pour tenir lieu de canon , et ses articulations avec le métatarse et le tibia trop rapprochées pour donner a la jambe humaine , dans cette situation , la même flexibilité qu^ont celles des quadrupèdes. L^exemple des enfans , étant pris dans un âge où les forces naturelles ne sont point encore développées ni les membres raffermis, ne conclut rien du tout; et j^aimerais autant dire que les chiens ne sont pas destinés à marcher , parce qu'ils ne font que ramper quelques semaines après leur naissance. Leé faits particuliers ont encore peu de force confre la pratique universelle de tous les hommes, même des nations qui, n'ayant eu aucune communication avec les autres, n'avaient pu rien imiter d'elles. Un enfant abandonné dans une forêt avant que de pouvoir marcher , et nourri par quelque bête, aura suivi l'exemple de sa nourrice en s'exerçant k marcher comme elle ; l'habitude lui aura pu donner des facilités qu'il • ne tenant point de la nature ; et comme des manchots parviennent, à force d'exercice, k faire avec leurs pieds tout ce que nous faisons de nos mains, il sera parvenu enfin à employer ses mains à l'usage des pieds.
(Note 4» pag- i8o.) S'il se trouvait parmi mes lecteurs quelque assez mauvais physicien pour me faire des difficultés sur la supposition de cette fertilité naturelle de la terre, je vais lui répondre par Je passage suivant :
u Comme les végétaux tirent , pour leur nourriture, beau- « coup plus de substance de l'air et de l'eau qu'ils n'en « tirent de la terre , il arrive qu'en pourrissant ils rendent U à la terre plus qu'ils n'en ont tiré ; d'ailleurs une forêt « détermine les eaux de la pluie en arrêtant les vapeurs. « Ainsi, dans un bois que l'on conserverait bien long-ferap» « sans y toucher, la couche de terre qui sert k la végétation
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<T augmenterait consideraLlement ; mais les •animaux ren-' M dant moins à la terre quMls u^en tireiii, et les bommes c( faisant des consommations e'normes de bois et de plantes « pour le feu et pour d^autres usages , il s^ensuit que ia coûte che de terre végétale d'un pays habité doit toujours di- « minuer et Revenir enfin comme le terrain de FArabie Pé- « trée , et celui de tant d^autres provinces de T orient , qui a est en effet le climat le pkis anciennement habité , où Ton « ne trouve que du sel et des sables f car le sel fixe des (( plantes et des animaux reste , tandis que toutes les aua très parties se volatilisent. M* de Buffon , Bist. nat»
On peut ajouter à cela la preuve de fait par la quantité d^arbres et de plantes de tonte espèce dont étaient remplies presque toutes les îles désertes qui ont été découvertes dans ces derniers siècles, et par ce que l'histoire nous apprend des forets immenses qu'il a fallu abattre paI^ toute la terre k mesure qu'elle s'est peuplée ou policée. Sur quoi je ferai encore les trois remarques suivantes : l'une , que s'il y a une sorte de végétaux qui puissent compenser la déperdition de matière végétale qui se fait par les animaux, selon le raisonnement de M. de Bufifon^ ce sont surtout les bois , dont les têtes et les feuilles rassemblent et s'approprient plus d'eaux et de vapeurs que ne font les autres plantes ; la seconde , que la destruction du sol, c'est-à-dire la perte de la substance propre à la végétation , doit s'accélérer à proportion que la terre est plus cultivée, et que les habitans plus industrieux consomment eu plus grande abondance ses productions de toute espèce. Ma troisième et plus importante remarque est que les fruits des arbres fournissent à l'animal une nourriture plus abondante que ne peuvent faire les autres végétaux; expérience que j'ai faite moi-même, en comparant les produits de deux terrains égaux en grandeur et en qualité, l'un couvert de châtaigniers et l'autre semé de blé.
(5) Pag. i8o. Parmi les quadrupèdes, les deux distinctions, les plus universelles des espèces voraces se tirent , Tune de la figure des dents, ci l'autre de la cQnformation des intestins. Les animaux qui ne vivent que de végétaux ont tous les dents plates, comme le cheval, le bœuf, le mouton, le lièvre ] mm Us yoracçiS le« ont pointues comme
Le cbat^ le cliicii , te looff» , le reiilard. Et quant atux iûtestibs, kat fmg^tVertfs ea ont ^elqueft^un», tels qne le colon , qui ù6 $9 troiivieBt pas dans les aiiitn«iiiL VOrâcts; H semble don<^ que rhomme ayamt ied denfcs et les intestins comme lés ont les animaux frugivores, deyrait naturellement être rang^ dans cette dasse \ et not^seulement les observations anato^ nâqnes confirmevt «ette opinion, mais les monumens di l'antiquité y sont encore très-favorables, v Dicëarque , dît « sÀint JérôiM, rapporte dans sesllvrels èts Antiquités gtec^ ^u^ i que , sous le règae de Saturne , oà la tetre e'tait en- « core £atilep0r elle-même, nul homme né mangeait de « cfaair, mais'qne tous vivaient des fruits et des légumes « qui croissaient naturellement. » (Lib. II, adv. Jovinian.) dette opinion se peut encore appuyer sur les relations de plusieurs voyageurs modernes. François Corréal témoigne, entre autres, que la plupart des babitans des Lucayes , que les Espagnols transportèrent aux îles de Cuba, de Saint- Domingue et ailleurs ,' moururent pour avoir mangé de là ehanr. On peut voir parlk que je néglige bien des avantages que je^pourrais faire raloir ; car la proie étant presque l'unique sujet de combat entre les animaux carnassiers, et les Iriigivoi^es vivant entre eux dans une paix continuelle,' si ^espèce humaine était de ce ' dernier genre , il est clair qu^elle aurait eu beaucoup plus de facilité a subsister dans Tétat dénature, beaucoup moins de besoin et d'occasioil d'en sortir.
16) Pag. i8i Toutes les «connaissances qui demandent de Ja reflexion, toutes cell,es qui ne s'acquièrent que par l'en^ cbainement des idées et ne se perfectionnent que successif vement, semblent être tout-à-fait h^rs, de la portée dj» ¥homme sauvage, faute de coipiifiunic^ion; ayee ses $em- ' blables, c'est-à-4ire > ^ut^de l'iAstruxnqnt qui; sert à G^t# cominunication et des besoins qui, la rendent nécessaire, Son savoir et son industrie se bornent à sauter, courir, se battre , lancer une pierre , escalader un arbre. Mais s'il ne fait que ces choses, en revanche il les fait beaucoup ipienx que nous qui n'en avons pas le même besoin que lui; ^t comme elles dépendent uniquement de l'exercice 4*^ corps^ ejt ne sont susceptibles d'aucune co.mn^uniçAtion ni d'^ucu^ progrés d'un individu à l'autre , le premier homm^ a pu j* ^re tout' aussi habile que ses «derniers descendans. 8. ' i'>.
a66 NOTÉS.
Les relations des voyageurs sont pleines d'exemples dé k ' force et de la Tigûeur des hommes chei les nations barbares et sauvages; elles ne vantent guère moins leur adresse et leur légèreté ; et comme il ne faut que des yeux pour ob« server ces choses, rien n'empêche quW n^ajoute foi à ce que certifient là-dessus des témoins oculaires; j'en tire au )iasard quelques exemples des premiers livres qui me tombent sous la main.
« Les Hottentots, dit Kolben, entendenC mieux la péehe a que les Européens du Cap. Leur habileté est égale an fi filet, k l'hameçon et au dard, dans les anses comme dans ' « les rivières. Ils ne prennent pas moins habilement le 4t poisson avec la main. Ils sont d'une adresse incomparable « k la nage. Leur manière de nager a quelque chose de sur- « prenant et qui leur est tout-k-fait propre. Ils nagent le « corps droit et les mains étendues hors de l'eau , de sorte «( qu'ils paraissent marcherlsur la terre. Dans la plus grande a agitation de la mer , et lorsque les flots forment autant « de montagnes , ils dansent en quelque sorte sur le dos des « vagues , montant et descendant comme un moroeau de « liège. »
u Jacs Ifottentots^dit encore le même auteur, sont d^une «( adresse surprenante k la chasse , et la légèreté de leur a course passe l'imagination. » U s'étonne quUls ne fassent pas plus souvent un mauvais usage de leur agihté, ce qui leur arrive pourtant quelquefois , comme on pei\t juger par l'ei^emple qu'il en donne. «Un matelot hollandais, .eu dè- « barquant au Cap, chargea, dit-il un Hottentot de le suiit vre k la ville avec un rouleau de tabac d'environ vingt a livres. Lorsqu'ils furent tous deux k quelque distance de « la troupe, le Hottentot demanda .au matelot s'il savait le courir. Courir? repond le Hollandais; oui, fort bien.^ & Voyons, reprit l'Africain , et fuyant avec le tabac, il dis- « parut presque aussitôt. Le matelot confondu de celte mer- « vèirfeusc vitesse , ne pensa point à le poursuivre , et. ne « revit jamais ni son tabac ni son porteur, ' * ,,
' « Ils ont la vue si prompte et la niain si per.taiup, que les « Européens: n'en approchent point Acpntp?isJlstoucht*ront de d'un coup de pierre une marque de la grandeurd'undemi- « sou; et re qu'il y a 'e plus étonnant, ci'cîst. qiî'au lieu de «c fiaer comme nous lés yeuX. sur le but, ils font des mo^-
« vemens et des contorsions coojUnael^es, îï semble «^ue « leur pierre soit portée par ane main invisible. »
Le P. du Tertre dit k peu prés sur les sauvages des Antilles les mêmes choses -qu^on vient de lire surlesHottentots du Cap de Bonne-Ësp^rance. Il vante surtout leur justesse k tirer avec leurs (lèches les oiseaux au vol , et les poissons k la nage , qu^ils prenoent ensuite en plongeant. Les sauvages de rAmërique septentrionale ne sont pas moins ce'lébres par leur force et par leur adresse , et voici un exemple qui pourra faire juger de celle des Indiens de PAmérique méridionale.
En Tannée 1746 » un Indien de Buénos-Ayres , ayant été condamné aux galères à Cadix , proposa au gouverneur de racheter sa liberté en exposant sa vie dans une fête publique^ n promit qu^il attaquerait seul le plus furieux taureau sans autre arme en main qu'aune corde, qu^il le terrasserait, qu'il le saisirait avec sa corde par telle partie qu'on indiquerait , qu'il le sellerait, le briderait, le monterait, et combattrait , ainsi monté , deux autres ta vr eaux des plus furieux qu'on ferait sortir du Torillo , et qii'il les mettrait tous k mort l'un après l'autre dans Tinstant qu'pn le lui comnjiander irait, et sans le secours de personne; ce qui lui fut accordé. Lindien tint parole , et réussit dans tout ce qu'il avait promis. Sur la manière dont il s'y prit, et sur tout le détail do. combat , on peut consulter le premier tome iu-ia des O&t seri^atioiis sur l'Histoire naturelle de M. Gautier , d^QÙ cf fait est tiré, page a6a.
. (7) Pag, iSB. « La durée de la vie àe% chevaux, ^ M. de it Bu0bn , est, comme dans toutes les autres espèces d'ani- « mftax, proportionnée k, la durée du temps de leur acoroift- (c sèment.. L^homme , qui est quatorze ans k croître , peut « YÎvjie six ou sept fois autant de temps, cVst-k-dire quatre- « vingt-dix ou cent ans ; le cheval dont Taccroissement se « f^lt en quatre ans , peut vivre six ou sept fois autant y n c'est- k -dire vingt -cinq ou trente ans. Les exemples qtû jK pourraient ètrecontraires k cette règle sont si rares , qu'oit M ne doit pas même les regarder comme une exception dont M on puisse tirer des conséquences ; et comme les gros pheit vaux prennent leur accroissement en moins de temps que a les chevaux fins , ils vivent aussi moioiS <le ilBinpS, et 90Q| n tIcux d.és rkgc de quinze fins, n
q68 note ».
(6) Pag. i83. Je crois voir entre les animaux carnassiers et les frugivores une autre différence encore phis générale que celle que j^ai remarquée dans la note 5 , puisque celle - ci s'étend jusqu'aux oiseaux. Cette différence consiste dt^ns le nombre dt$ petits, qui n'^excéde jamais deux k chaque portée pour les espèces qui ne vivent que de végétaux , et qui va ordinairement au delà de ce nombre pour les animaux voraces. Il est aisé de connaître à cet égard la destination de la nature par le nombre des mamelles , qui n'est que deux dans chaque femelle de la première espèce , -comme la jument , la vache , la chèvre , la biche , la brebis , etc. , et qui est toujours de six ou de huit dans les autres femelles, comme la chienne, la chatte, la louve, la tigresse, etc. La poule, Foie, la cane, qui sont toutes des oiseaux voraces, ainsi que Taigle , répervier , la chouette , pondent aussi et couvent uil grand nombre d'œufs , ce qui n'arrive- jamais à la colombe , h la tourterelle , ni aux oiseaux qui ne mangent absolument que du grain , lesquels ne pondent et[ne couvent guère, que deux oenfis à la fois. La raison qu'on peut donner de cette différence est que les animaux qui ne vivent que d'herbes et de plantes , demeurant presque tout le jour k la pâture , et étant forcés dVmployer beaucoup de temps k se nourrir, ne pourraient suffire k allaiter plusieurs petits ; au lieu que les voraces , faisant leurs repas presque en un instant , peuvent plus aisément et plus souvent retourner k leurs petits et il leur chasse, et réparer la dissipation d'une si grande quantité de lait. Il y aurait k tout ceci bien des observations par- ' ticulièves et dcB réflexions k faire ; mais ce n'est pas ici le lieu , et il me suffit d'avoir monttë dftns cette partie le ^rs^ tâme le plus général de la nature , système qui fournit une nouvelle raison 4»- tiver l'homme de la classe des uoâmauz carnassiers, et de le ranger parmi' ks espèces fru^^eres.
(û) Pag. 190 « VvL auteur célèbre / calculant les biens et les tnaux de la vie humaine , et comparant les deux sommes', k trouvé que la dernière surpassait l'autre de beaucoup , et qu'k tout prendre, la vie était pour Thomme un assez mauvais présent. Je ne suis point surpris de sa conclusion , il a tire ' tous ses ^aisopniemens de la constitutiou de Thomme civil : s'il ftit remonté jusqu'k l'homme naturel, on peut ]uger qu^ eut trouvé des résultats tsès-différens j qu'il eut aperçu que
riioinme n^a guère de maux que t;eux quHL sVst donnés luimême f et que la nature eût été' justifiée. Ce n^est pas, sans peine que nous sommes parvenus à nous rendre si nudheureux. Quand d'un côté Ton considère les immenses travaux des hommes , tant de sciences approfondies, tant d'arts inventés, tant de forces employées, des abimes coniblés, des montagnes rasées, des rochers brisés., des fleuves rendus navigables , des terres défrichées , des lacs creusés , des marais desséchés , des bàtimens énormes életés sur la terre , la
. mer couverte de vaisseaux et de matelots ; et que de Tautre on recherche avec un peu de méditation les vrais avantages qui ont résulté de tout cela ponr le bonheur de Pespèce humaine ; on ne peut qu'être frappé de Tétonnante dispro]>option qui règne entre ces choses , et déplorer l'aveuglement de l'homme, qui, pour nourrir son foi orgueil, et je ne sais quelle vaine admiration de lui<-méme , le feit courir avec araeur après toutes les misères dont il est susceptible, et que la bienfaisante nature avait pris soin d'écarter de lui.
Les hommes sont méchfms , une triste et continuelle expérience disp^ise de la preuve; cependant l'komiâe est Baturellementt bon, je crois l'avoir démontré ; qu'est-ce donc qui peut l'avoir dépravé à ce point , sibon les chan'gemens survenus dans sa constitution , les progrés qu'il a faits , et les connaissances qu'il a acquises? Qu'on admire tant qu'on voudra la société humaine, il n'en sera pas moiiis vrai qu'elle porte Béceasaîrement les hommes k s'èntre-haïr k proportion que leurs intérêts se croisent , à se rendre mutueUeteent des services apparens , et à se faire en effet tous les maux imaginables. Que peut-on penser d'un commerce où la raison de chaque particulier lui dicte des maximes directement contraires à celles que la raison publique prêche au corps de 1h société, et où chacun trouve son compte dans le malheur d'autrui? Il n'y a peut-être pas un homme aisé à qui des hé-
'ritiers avides, et souvent ses propres enfans, ne souhaitent la mort en secret; pbs un vaisseau eh mer thoût le Naufrage ne fût une bonne nouvelle pour quelque nég^ciaàt; pas une maison qu'un débiteur de mauvaise foi ne roàlut voir brûler avec tous les papiers qu'elle contient ; pas un pei^le qui no se réjouisse des desastres de ses voisins. C'est ainsi que nous trouvons notire avantage dans le préjudice de nos semblables^ et que la perte de l'un fait presque ton jours 1» prospérité de
làyO KOTES«
Pautre. Mais ce quHl y a de plus dangereux encore »' c^est que les calamités publiques font Pattente et Pespoir dVne multitude de particuliers ; les uns veulent des maladies » d'autres la-mortalité^ d'autres la guerre, d^autresla famine* J'ai vu des hommes affreux pleurer de douleur aux apparences d^une année fertile ; et le grand et funeste incendie de Londres, qui coûta la vie ou les biens à tant de malLeureux , fit peut-être la fortune k plus de dix mille personnes. Je sais que Montaigne blâme PAthénien Démades d'avoir fait punir un ouvrier qui, vendant fort cber des cercueils, gagnait be«^ucoup h la mon des citoyens ; mais la raison que Montaigne allègue étant qu'il faudrait punir tout le monde , il est évident qu'elle confirme les miennes. Qu'on pénétre donc, au travers de nos frivoles démonstrations de bienveillance , ce qui se passe au fond des cœurs, et qu'on réfléchisse à ce que doit être un état de choses oii totis les hommes sont forcés • de se caresser et de se détruire mutuellement , et où ils naissent ennemis par devoir et fourbes par intérêt. Si l'on xne répond que la société est tellement constituée , que chaque homme gagne k servir les autres , \e répliquerai que cc'la serait fort bien s'il ne gagnait encore plus à leur nuire. Il n'y a point de profit si iégitimcrqui ne soit surpaâs^ par celui qu'on peut faire iilé^timement , et le tort fait au prochian est toujours plus lucratif que les services. Il ne s'agit donc plus que de trouver les moyens de s'assurer l'impunité , et c'est à quoi les puissans emploient toutes leursforces, et les faibles toutes leurs ruses.
L'homme sauvage , quand il a dîné , est en paix avec toute la nature, et l'ami dé tous ses semblables. S'agit-il quelquefois de disputer son repas ? il n'en vient jamais aux coups sans avoir auparavant comparé la difficulté de vaincre avec celle de trouver ailleurs sa- subsistance; et comme Porgneil ne se mêle pas du combat, il se termine par quelque^ ooîrps de poings; le vainqueur mange, le vaincu va chercher for- * tune , et tout est pacifié. Biais chez l'homme en société ce sont bien d'autres affaires ; il s'agit premièrement de pour-* voir ati nécessaire , et puis au superflu ; ensuite viennent les «délices , et puis les immenses richesses , et pnis des sujets, et puis des esclaves ; il n'a i^siê un moment de relâche : ce qu'il y a de plus singulier , c'est que moins les besoins sont naturels et pressans, plus les passions augmentent > et, qui
pis est, le ponvoir de les satisfaire ; de sorte qu^aprés de lon^ gués prospe'rit^s , après avoir englouti bien des trésors et désole bien des bomm* s , mon bër9s finira par tout e'gorger jusqu^à ce quMI soit Punique maître de TunÎTers. Tel est etk abrège le tableau moral , sinon de la vie humaine, au moins des prétentions secrètes du cœur de tout homme civilisé.
Comparez sans préjugés Tétat de Thomme civil avec celui de l'homme sauvage, et rechercheZv^ si vous le pouvez, combien, outre sa méchanceté, ses besoins et ses misères , le premier a ouvert de nouvelles portes h la^ douleur et à la morti Si vous considérez les peines d^esprit qui nous consument, les passons violentes qui nous épuisent et nous désolent , les travaux excessifs dont les pauvres sont surchargés, la mollesse encore plus dangereuse à laquelle les riches s^abandonnent, et qui font mourir les uns de leurs besoins, et les autres de leurs excès ; si vous songez aux monstrueux mélanges des alimens , à leurs pernicieux assaisonneraens , aux denrées corrompues, aux drogues falsifiées, aux friponneries de ceux qui les vendent , aux erreurs de ceux qui les administrent , au poison des vaisseaux dans lesquels on lef prépare ; si vous faites attention aux maladies épidémiques engendrées par le mauvais air parmi des multitudes d'^hommes rassendi>lés , k celles qu'occasionnent la délicatesse de notre manière de vivre , les passages alternatif de Pintérieur de nos maisons au grand air^ Fusage des habillemens pris oa quittés avec trop peu de précaution, et tous les soins que notre sansnalité excessive a tournés en habitudes nécessaires, et dont la négligence ou la privation nous coûte ensuite la vie ou la santé; si vous mettez en ligne de compte les incendies et les tremblemens de terre qui» consumant ou renversant des villes entières, en fout périr les habitans par milliers; en un mot, si vous réunissez les dangers que toutes ces causes assemblent continuellement sur nos têtes , vous sentirez combien la nature nous fait payer cher le mépris que nous avons fait de ses leçons.
Je ne répéterai point ici sur la guorre ce que f en ai dit «illeors ; mais je voudrais que les gens instruits voulussent on osassent donner une fois au pubUc le détail des horreurs qni se commettent dans les armées par les entrepreneurs des vivres et des hôpitaux : on verrait que leurs manœuvres, non trop secrètes > par lesquelles les plus brillantes armées se
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fondent en moins de rien, font plus pe'rîr de soldats que n^en moissonne le fer ennemi. C'est encore un calcul non moins étonnant qae celui des hommes que la mer er^gloutil tous les ans, soit par la faim, soit par le scorbut, soit par les pirates , soit par le iej^ , soit par les nnufrages.Il «st clair qu^il faut mettre aussi sur le compte de la proprie'té ëtabUc, et par conséquent de la société , les assassinats » les empoisonnemens, les yols de grands cheiûns, «t les ponitîons même de ces crimes, punitions nécessaires pour pvéyenir de plus grands maux, niais qui, pour le meurtre d'un homme, coûtant la yie à deux ou dayant^^e, ne laissent pas de doQ« bler réellement la perte de Pespèce hnmainft» Combien d^ moyens honteux d'empêcher la naissanoci^des hommes ;et 4le tromper la nature ; soit par ces goûts bru^ux et dépravés qui insultent son plus charmant ouvrage , goûts que lessaa- Tages ni les animaux ne connurent jamais , et qui lie sont net dans les pays policés que d^une imagination corrompue ; soit par ces avortemens secrets , dignes fruits delà deliauc^e et die rhpimeuc vicieu;^; spjt par re?q>osition ou le meurtre 4^une multitude d'epfans, victimes de la misère de leurs parens , ou de la honte bafbarç de leurs m^C^s; soit enfin par ïa mutilation dç ces m^heufcux dont ^ne pnflie dé rexis-* teuce et toute la postévité sont sacrifiées à de vaines ehanspns, ou, ce qui est pis encore, k la brutale jalousie de ^pielques hommes i mutilation qui, dans ce dernier oa», ontrage 4<>ul^lcii^6iï^ 1* ni^ture, et par le traitement que reçoîv^it ceux qui U souffrent, et par Tusagft auquel ils sont destines î Mais n'est-dl pas mille cas plus fréquens «t plus dasge* reu^ençjO^e, où les droits pi^t^mielsoâensent ouvertement rhumanité? Combien dis t^ltns enfouis et dHnelinations forcées par rimpnide«tie coatosftnte dos pères ! combien d'hommes se; ser«iept disjti«|^ dans un état sortable , qui meurent malhfiurepx et d^onopés dans un autre état pour lequel ils vi'avfk^Bi»^ ^u^UA go(it î combien de mariages heu* reux mais inégaux ont été rompus on troublés , et combien de chastçs ^uses dsshon0i\ées , par «et ordre des conditions to^jpnr^ en eon^distion avec celui de la nature ! combien d'autres npions bizfiBres formées par l'intérêt et ^ésa^liées par l'amour et par la raison ! combien même d'époux honnêtes et vertueux font mutuellement leur snpplicç poi^ avoir ét^ mal assortis ! combien de eunes et mal-
H.OTES. ayS
heureuses Ticiimes de Pavarice de leurs parens se plongent dans le vice, ou passent leurs tristes jours dans les larmes , et gémissent dans des liens indissolubles que le cœur re<pousse et que For seul a formés! Heureuses quelquefois celles que leur courage et leur yertu même arrachent à la vie avant quHine violence barbare les force à la passer dans le crime ou dans le désespoir ! Pardonnez-le-moi , père et mère k jamais déplorables : j^aigris à regret vos douleurs ; mais puissent^Ues servir dVxemple éternel et terrible à quiconque ose , au nom même de la nature , violer le plus sacré de SCS droits !
Si je n''ai parlé que de ces nœuds mal formés qui sont Touvrage de notre police, pense-t-on que ceux où Tamour et la sympathie ont présidé soient eux-mêmes exempts d^nconvéniens? Que serait-ce si j'entreprenais de montrer Tes-
Îiècé humaine attaquée dans sa source même, et jusque dans e plus saint de tous les liens, où Ton n'ose plus écouter la nature qu'après avoir consulté la fortune , et où , le désordre civil confondant les vertus et les vices, la continence .devient une précaution criminelle, et le refus de donner la . vie à son semblable un acte d'humanité ! Mais sans déchirer le voile qui couvre tant d'horreurs , contentons nous d'indiquer le mal auquel d^autres doivent apporter le remède.^ Qu'on ajoute à tout cela cett^ quantité dç métiers malsains qui abrègent les jours ou détruisent le tempérament , tels que sont les travaux des mines , les diverses préparations des ipinéraux, surtout du plomb, du cuivre, du mercure, du cobalt, de l'arsenic, du réalgal^ ces autres métiers périlleux qui coûtent tous les jours la vie k quantité d^ouvriers , les uns couvreurs, d^autres charpentiers, d'autres maçons , d'autres travaillant aux carrières ; qu^on réunisse , dis - je , tous ces objets, et l'on pourra voir dans l'établissement et la perfection des sociétés les raisons de la diminution dâ l'espèce » observée par plus d*un philosophe.
Le luxe , impossible k prévenir chez des hommes aWdes de leurs propres commodités et de la considération des autres , achève bientôt le n^al que les sociétés ont commencé ; et , sous prétexte de faire vivre les pauvres , qu'il n'eût pas fallu faire, il appauvrit tout le reste, et dépeuple l'état tôt ou tard.
Le luxe est un remède beaucoup pire que le mal qu'il