‹ DiscoursChapitre 31 sur 36 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Cette pièce est très-mauvaise; et {e le sentis si bie0 après l'avoir écrite , que je ne daignai pas même l'envoyer (^. Il est aisé de faire moins mal sur le même sujet, mais non pas de faûre bien , car il n'y a jamais de bonne réponse à faire à des questions frivoles. C'est toujours une ^eçon utile à tirer d'un mauvais écrit.

{*) On n'a point sur ce Discours d^autres renseignemens que ceux que J.-J. donne lui-même dans les deux lettres que non» imprimoB» à la suite de cet écrit.

Srje n'étais Aletandre, disait ce conquérante^ fc Toudrais être Diogèue. Le philosophe eût-il dit : Sî fe u'étais^ce (|ue >e suis, je voudrais être Alexandre^ J'en doute ; un conquérant consentirait plutôt d'être un sage y qu'un sage d'être un conquérant^ Mais quel homme au monde ne consentirait pa»

d'être un héros ? On sent donc que Fhéroïsme a de» rertttsà lui, qui ne dépendent point de la fortune, mais qui ont besoin d'eUc pour se développer. Le héros est l'ouvrage de la nature , de la fortune , et de lui-même. Pour bien le définir y il faudrait assigner ce qu'il tient de chacun des trois»

Toutes les vertus appartiennent au sage. Le héros se dédommage de celles qui lui manquent par Tédat de celles qu'il possède. Les vertus du premier sont tempérées, mais il est exempt de vices; si le second a des défauts, ils sont effacés par l'éclat de ses vertus. L'un , toujoars vrai , n'a point de mauvaises qualités; l'autre, toujours grand, n'en a point de médiocres. Tous deux sont fermes et inébranlables , mais de différentes manières et en différentes choses ; l'un ne cède jamais que par raison, l'autre jamais que par générosité; les fai- ^ blesses sont aussi peu connues du sage que les lâchetés le sont peu du héros; et la vic^ence n'a pas plus d'empire sur l'âme de celui-ci que les passions sur celle de l'autre.

Il y a donc plus de solidité dans le caractère du sage, et plus d'éclat dans celui du héros; et la préférence se trouverait décidée en faveur du premier, en se contentant de les considérer ainsi en euxmêmes» Mais si nous les envisageons par leur rap-

5io ' "bisGoiriis. -

port avec Tintërèt de la société , de nouvelles ré< flexions produiront bientôt d'autres jugemens , et rendronf aux qualités héroïques cette prééminen'ee qui leur est due, et qui leur a été accordée dans tous les siècles d'un commun consentement.

En effet , le soin de sa propre félicité fait toute l'occupation du sage, et c*en est bien assez sans doute pour remplir la tâche d'un homme ordinaire. iLes vues du vrai héros s'étendent plus loin ; le bonheur des honimes est son objet, et c'est à ce sublime travail qu'il consacre la grande âme qu'il a reçpe du ciel. Les philosophes, je l'avoue, prétendent enseigner aux hommes l'art d'être heureux ; et comme s'ils devaient s'attendre à former des nations de sages , ils prêchent aux peuples une félicité chimérique qu'ils n'ont pas eux-mêmes, et dont ceuxci ne prennent jamais ni l'idée ni le goût. Socratè vit et déplora les malheurs de sa patrie , mais c^est à Thrasybule qu'il était réservé de lès finir; ^et Platon , après avoir perdu son éloquence, son bon** néui* et son temps à la cour d'un tyran , fût contraint d'abandonner à un autre la gloire de délivre!* Syracuse du joug de là tyrannie. Le philosophé peut donnera l'univers quelques instructions salutaires; mais ses leçons ne corrigeront jamais ni lô» grands qui les méprisent, ni le peuple qui 'ne4es entend point. Les hommes ne se gouvernent pàâ ainsi par des vues abstraites: on ne les rend heuteux qu'en les contraignant à l'être, et ilfaut leu^ faire éprouver le bonheur pour le leur faire aimeri voilà l'occupation et les talens du héros; c'est souvent la force à la main qu'il se met en état de recevoir les bénédictions des hommes qu'il xïontraiât d'abor<d à porter le joug des lois pour les soumettre enfin à l'autorité ^ la raiso»^.

I>IS<2 0UllS« Su

li^héroîsme est donc de toates les qualités de l'âme celle dbnt il importe Je plus aux peuples que ceux qui les ^ouyeruept soient revêtus. C'est la collection d'un ^rand nombre de vertus sublimes ^ rares dans leur assemblage , plus rares dans leur énergie , et d'autant plusrares encore que l'iiéroïsme qu'elles constituent, détaché de tout intérêt personnel, n'a pour objet que la félicité dié autres et pour, prix que leur admiration.

Je n'ai rien dit ici de la gloire légitimement duo aux grandes actions; je n'ai point parlé de la force de génie ni des autrei^ qualités personnelles. néces* saireàvàu héros , et qui, sans être vertus , servent cuvent plus qu'elles au succès des grandes entre--' prises. Pour placer le vrai héros à son rang je n'ai eu recours qu'à ce principe incontestable : que c'est entre les hommes celui qui se rend le plus utile aux autres qui doit être le premier de tous. Je ne crains point que les sages appellent d'une décision fdbdée sur cette maxime.

. Il est vrai, et je me hàle de l'avouer, qu'il se présente dans cette manière d'envisager l'héroïsme, une objection qui semble d'autant plus difiicile à résoudre qu'elle est tirée du fond même du sujet.

Il ne faut point, disaient les anciens , deux soleils dans la nature ni deux Césars sur la terre. En effet il en est de l'héroïsme comme de ces. métaux recherchés dont le prix consiste dans leur rareté > et que leur abondance rendrait pernicieux ou inutiles. Celui dont la valeur a pacifié le monde l'eût désolé s'il y eût trouvé un seul rival digne de lui. Telles circonstances peuvent rendre un héros nécessaire au salut du genre humain ; mais , en quelque temps que ce ^soit , un peuple de héros en serait

St2 IVISCOTlftâ

lufaillibiement la ruine, etv semblable aux soldai de Cadmus, il se détruirait bientôt lai-méme. *

Quoi donc î me dira-t-on , la multiplication des bienfaiteurs du genre humain peut-elle être dangeretiMr aux hommes, et peut-il y avoir trop de gens qui travaillent au bonheur de tous? Oui , sans doute 9 répondrai -je, quand ils s'j^ prennent mal, ou qu^ils ne s'en occupent qu'en apparence. Ne nous dissimulons rien ; la félicité publique est bîeq moins la fin des actions du héros qu'un moyen pour arriver à celle qu'il se propt>se , et cette fin est presque toujours sa gloire personnelle. L^amour de la gloire a fait des biens et des maux innombrables; l'amour de la patrie est plus pur dans son principe et plus sûr dans ses effets : aussi le monde a-t-ll été souvent surchargé de héros ; nnnais les nationé n'au* ront jamais assez de citoyens. Il y a bien de la différence entre l'homme vertueux et celui qui a des vertus : celles du héros ont rarement leur source dans la pureté de l'âme; et, semblables à ces drogues salutaires, mais peu agissantes^ qu'il faut animer par des sels acres et corrosifs , on dirait qu'elles aient besoin du concours de quelques vices pour leor donner de l'activité.

" Il ne faut donc pas se représenter l'héroïsme sous ridée d'une perfection inorale, qui ne lui convient nullement, mais comme un composé de bonnes et mauvaises qualités, salutaires ou nuisibles selon les circonstances , et combinées dans une telle proportion qu'il en résulte souvent plus de fortune et de gloire pour celui qui les possède , et quelquefois même plus de bonheur pour les peuples , que d'une vertu plus parfaite.

Pe ces notions bien développées, il s'ensuit qu'il

peut y.avoir hteo des vertus contraires à Théroïsme ; d'autres qui lui soient indifférentes; que d'autres lui sont pîui.ou niioins favorables selon leurs différeua rapports avec le grand art de subjuguer les eœurs et d'enlever l'admiration des peuples ; et qu'enfin parmi ces dernières il doit y en avoir quelqu'une, qui lui soit plus nécessaire 9 plus essentielle^ plus indispensable, et qui le caractérise en quelque manière : c'est cette vertu spéciale et proprement hé|*oïque qui doit être ici l'objet de mes recherches^

Rien n'est si décisif que l'ignorance ; et le doute est aussi rare parnû le peuple que ^affirmation chez les vrais philosophes. Il y a long*temps que le préjugé vulgaire a prononcé sur la question que nous agitons aujourd'hui, et que la valeur guerrière passe chez la plupart des hommes pour la première vertu du héros. Osons appeler de ce jugement aveugle au tribunal de la raison ; et que les préjugés , si souvent ses ennemis et ses vainqueurs , apprennent à lui céder à leur tour.

Ne nous refusons point à la première réflexion que ce sujet fournit, et. convenons d'abord que les peuples ont bien inconsidérément accordé leur estime et leur encens à la, vaiUance martiale, ou que c'est €n eux une inconséquence bien odieuse de croire que ce soit parla destruction des hommef que les bienfaiteurs du genre humain annoncent leur caractère. Nous sommes à la fois bien maladroits et bien malheureux, si ce n'est qu'à force de nous désoler qu'on peut exciter noire admiration. Faut-il donc croire que, si jamais les jours de bouilleur et de paix renaissaient parmi nous, ils en banniraient l'héroïsme avec le cortège affreux des calamités publiques , et que les héros seraient tous i^légués dans le temple de Janus, comme on en«< 8. 14

5i4 Discau&s

ferme après 4a guen« ée ivéetlles et kiùtiles artitôs

ians nos «rseaaox.

Je «aifl qu'entre les qaalkés qui doivent i Miei le ^rand homme , k ée«ra§è est ^quelfiie ehoie ; maie hoT$ eu combat la valeor n^est rien. Le brava m» fak ses iNWwres qu'aux jomn 4e batalMie : le yrai héros £ftk lessîeyiies iODtlesîouvs; et sea^vetftus, |Hmr «e mentrar foelqiieioîs ai {^ompe , n^ sont pas ^Hui iieage moins fréquent sous un emlërieur pins modeste.

Osons te cUre. Tant s*en laut que la valeur «oit la première rertu eu hto», qu'il est douteux même qu'o« la doive ^compter au nesmbve 4tes veitus. Corn* neat poui«#t-«n ^honorer ée ce titre une qvudîté sur laquelle tant de scélératsoBt fimdé leuM cvîmes? Non , iaauMB les Catâma ni les Cromwell n'eussent reoda lexirs noms célèbres ; jaouds l'un n'e^ tent^ la mine de sa patrie, ni r<autre asservi la sieiwe9> si la pAos inébranlable intréfpîdité n'eèt lait le fond de leur caractère. Avec quelques Vertus de plus, me direz^vous^ ilseuss^itété dasliéros^ dites{>iUtôt qu'awee qtielqises crimes de moine Us eussent éUif des hommes.

Je ne passecni peint ici .en rearue ces guerriers funestes , la terreur et le iéau du getira humain , ces hommes avides de sang et de een^étes , dont en ne peut proefeoncer les inems sans frémir, des Marias, des Totila , des Tametian. Je ne me pvé* vaudrai poii^t de la juale barreur q«*iis<ont inspirée aux naliesiâ. Bt qu'esft*-ii besoiu de reoourir à dee monstres pour étaUk que la btavocms même la pkis généreuse est plus suspecte dans son princ^ > j^us journalière dans ses eseasples-, plus ionesle^ dans sùfi effets, qu'il n^appartieiit à la oonceanee^' à èa aeAidilé.ot aux a^wn^jee delà rmtm^ C e mb i eii'

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d^adions mémorables ont été inspirées par la honte <m par la vanité 1 Gottbien d'exploits, exécutés à la face da soleil , sous les yeux des chefs et en présence de toute une armée 9 ont été démentis dans le silence et robscurilé de la nuit ! Tel est brare au milieu de ses compagnons 9 qui ne serait qu*nn lâche 9 abandonné à lui-même : tel a la tète d'un général 9 qui n'e«t jamais le eceur d'un soldat : tel affronte sur une brèche la mort et le fer dé son ennemi 9 qui dans le secret de sa maison ne peut soutetiir la vwe du fer salutaire d'un chirurgien.

Un tel ^il brave un tel jour 9 disaient les Espagnols du temps de GhaHes- Quint, et ees gens -là 9e connaissaient en bravoure. En effet rien peutéti*e n^st si joumaliep que la valeur, et il y a bien peu de guenriers sinoères q«K osassent répondre d'eax seulement pour vingt-quatre heures. Afax épouvante Hector ; Heelor épouvante Ajax et fuit dievant Achille. Anfiochus-le-Grand fut brave ht moitié de sa vie, et lAehe l'autre moitié. Le triompiioteur des trois parties du monde perdit le cœur et la tèttt à Pharsale. César lui - même fut ému à Dyrrachium , et cHt peur à Monda ; et le vainqueur de ftrutus s'enf uil lâchement devant Octave , et abaudomia la victoire et l'empire du monde à ccUfi qui te«Mt de kii Tun et l'autre. Croira -t- on q«e oe se«l lante d'exemples m#derues que je n'en Oto ici qae d'ancievs?

Qu'on ne nous dise donc pins que la palme hérouque a'appovtieni qu'à la valeur et aux talens mîlHaifies. Ce n'«6» pomt sur le» exfdoits des grands hommes qae ï&bt réputation est mesurée. Cent fois les vainou» «nt remporté le prix de la gloire sur les vainqueurs. Qu'on recueille les suffrages , et qu'on \ dise lequel est le pèas ||rand d'Alexandre ou de

5lff DISCOURS

Poras, de Pyrrhus ou de Fa()rice9 d'Antoine ou de Brutus, de François I" dans, les fers ou de Charles-. Quint triomphant , de Valois vainqueur ou de C6ligni vaincu.

Que dirons-nous de ces grands honrunes qui, pour n'avoir poiut souillé leurs mains dans le sang , n'en sont que plus sûrement immortels ? Que dirons-nous du législateur de Sparte, qui, après avoir goûté le plaisir de régner , eut le courage de rendre la couronne au légitime possesseur qui ne la lui demandait pas ; de ce doux et pacifique citoyen qui savait venger ses injures non par la mort de TofTenseur , mais en le rendant honnête homme ? Faudra-t-il démentir Foracle qui lui accorda presque les honneurs divins , et refuser l'héroïsme à celui qui a fait des héros de tous ses compatriotes ? Que diro^is-nous du législateur d'Athènes , qui sut gar^ det sa liberté et sa vertu à la cour même des tyrans, et osa soutenir en face à un monarque opulent que la puissance et les richesses ne rendent point un homme heureux ? Que dirons-nous du plus grand des Romains et du plus vertueux des hommes, de ce modèle des citoyens , auquel seul l'oppressetur de la patrie fit l'honneur de le haïr assez pour prendre la plume contre lui ^ même après sa mort? Ferons-nous cet affront à l'héroïsme d'en refuser le titre à Caton d'Utique? Et pourtant cet homme ne s'est point illustré dans les combats et n'a point rempli le monde du bruit de ses exploits. Je me trompe ; il en a fait un, le plus difficile qui ait jamais été entrepris, et le seul qui ne sera point imité 5 quand d'un corps de gens de guerre il forma une société d'hommes sages, équitables et çiodestes.

On sait assez que le partage d'Auguste n'était pas

là valeur; Ce n'est point aux rives d'Actium ni dans les plaines de Philippes qu'il a cueilli les lauriers qui l'ont immortalisé, mais bien dans Rome pacifique et rendue heureuse. L^univers soumis a moins fait pour la gloire et pour la sûreté de sa vie que l'équité de ses lois et le pardon de Gînna : tant les vertus sociales sont, dans les héros mêmes, préférables au courage ! Le plus grand capitaine du monde meurt assassiné en plein sénat pour un peu de hauteur indiscrète , pour avoir voulu ajouter un vain titre à un pouvoir réel; l'auteur odieux des

proscriptions, effaçant ses forfaits à force de justice et de clémence , devient le père de sa patrie qu'il avait désolée, et meurt adoré des Romains qu'il avait asservis.

. Qui de nous osera ôter à tous ces grands hommes la couronne héroïque dont leurs têtes immortelles sont ornées ? Qui l'osera refuser à ce guerrier phi-, losophe et bienfaisant qui, d'une main accoutumée à manier les armes, écarte de votre sein les calamités d'une longue et funeste guerre, et fait briller au milieu de vous avec une magnificence royale les sciences et les beaux-arts? O spectacle digne des temps héroïques I Je fois les Muses dans tout leur éclat marcher d'un pas assuré parmi vos bataillons , Apollon et Mars se couronner réciproquement , et votre île , encore fumante des ravages de la' foudre, en braver désormais les éclats à l'abri de ces doubles lauriers. Décidez donc, citoyens illustres , lesquels ont mieux mérité la palme héroïque, des guerriers qui sont accourus à votre défense, où des sages qui font tout pour votre bonheur; ou plutôt épargnez-vous un choix inutile , puisqu'à ce double titre vous n'aurez que les mêmes fronts ^ couronner.

3i8 DlSCOVft'f

Aux exemples qui se présentent eafoulê^ et <^*S ne m'est pas permis d- épuiser , ajoutons quelques téflexioAs qui oottfirme&l Ifs inditelmiis que j en Yeux tirer iei. Assiç^tier le prenMer rang à la valeiir dass le em'actère héroïque 9 ce serait donner au bras qni exécute la préférence sur la tête qui profette^ Cependant on trouve plus aisément des bras qwe des tètes. On peut confier à d'aufares Texécation d'un grand projet, sans en perdre le principal mérite; mais exécuter le projet d'autrai, c'est rentrer Yolontairement dans Tordre subalterne qui ne cod^ vient point au héros.

Aîiisi, quelle que soit la vertu qui le caractérise ^ elle doit annoncer le génie et en être inséparable^ Les qualités héroïques ont bien leur germe dans. k cceur , mak c'est dans la tête qu'elles se développent et prennent de la solidité» L'Ame la plus pure peut «'égarer dans la route même da bien ,. si l'esprit et la raison ne la guident ; et toute» les vertus s'^dtèrent^ sans le concours de la sagesse. La fermeté dégénère aisément en opiniâtreté , la douceur en faiblesse y le sèle eii fanatisme, la valeur e» férocité. Souvent une grande entreprise mal concertée &itplus de tort à cehii qui la manque, qu'iAti succès mérité ne ïm ^ût fait d'honneur ; car le mépris est ordinaîre*ment phis fort que l'estime. Il semble même que , pour établir une réputation éclatait , les taless suppl'ent bien plus aisément aux vertus que les vertus aux talens. Le soldat du nord,* avec un génie étroit et un coiurage sans bornes ^ perdit sans rc^ tour dès le milieu de sa carrière une gloire acquise par des prodiges de valeur et de générosité ; et il est encore ^uteiix dans l'opimon publit|ae si k meor*trier de Ghades Stuart n'est points avec tous^ ses

fodaîfft 9 un é^ {du» ^^^^"^ bommest qtil ^nl

La bmavouro ne oonstitoe poinl nn cmraet^r»; et c'e&t. au eoati^aîre du earaetère de celui cpii ki pos* 4Bède 91'elle tire sa foime parlkiilîère. fiHe est Te^Ua dan» une ^011^ tertueuse.^ et yloe dam vm méchant» Le chevallar Ba^aord était braire; Gartoucbe Tétait audsi : med^ orotra^t-^ulWMî». qu'ils le fussent de la Ufeème manière ? La vaki» est susceptible de toutes les formes; elles est généreuse ou brutak^ stupide ou éclairée, furieuse ou trauquitte, selon rame qui la possède ; selon lescirconstauoes^ eMe est répée du Yîce o^ le b#ucMer de la n^rtu ; et > puts^*eUe u'a&noiMHi aéœssalremesÉ ai la grandeiu" de Tâme ni c^He de Tesprit 9 eUe n'est poitil; Jte vertu la pki» oéœssaire aubéros. Pardennes-li^ moi , peuple vaillant et infortuné qui avez si lott^ temps vemptt VKmope dM bruil é^ vos «xplod» et de vos maUbeurs. Non y ce n'est poinl à la bi^vowie de ceuY 4b vos concitoyens qui ont versé leur sang pour leur pays que i^^eorderai la couronne héroïque 9 maïs, àr l^ur ardent amour pour la patrie et à leurcoutftaAee wiivûicyi)fte daas Tadiversité.. Pour f&tre des béros 9 av^ de tels s«utlmeas> Ua auraient même pu se passer d'^e braves.

J'ai attaqué u«ie optnieu dangereuse et trop répandue ; la u'ai pas les mêmes raisons pour suivre dans tous ces défaite la mét&ode des exclusions. Teutestes vertus naissent des diMéveus rapporis que la société a établis entre les hommes* Or le non^bre de ces rapports est presque infini* Quelle tdche serait-ce do«e d'entreprendre de les parcourir! Ella serait rnimenee y puisqu'il y a parmi les hom^aes autant de verluapaisiUai que de vK^es réels ; eUestr* rait superflue 9 puisque dAM le uomlitt des «^raodtfi

5^0 IklSGOOKS

et difficiles vertus dont k héros a besoin poiir bled commander, on ne saurait comprendre idomme tiécessaires le grand nombre de vertus plus difficiles encore dont la multitude a besoin pour obéir. Tel a brillé dans le premier rang , qui , né dans le der-^ nier^ fût mc»t obscur sans s'être fait remarquer. Je ne sais ce qui fût arrivé d*Épietète placé sur le trône du monde; mais )e sais qu'à la place d'Épictète César lui-même n'eût jamais été qu'un chétif esclave»

Bornons-nous donc , pour abréger, aux divisions établies parles philosophes : et contentons-noos de parcourir les quatre principales vertus auxquelles ils rapportent toutes les autres , bien sûrs que ce n'est pas dansdes qualités accessoires, obscures, el subalternes, que Ton doit chercher la base de l'héroïsme.

Mais dirons-nous que la justice soft cette base , tandis que c'est sur l'injustice même que la plupart des grands hoinmes ont fondé le monument de leur gloire? Les uns, enivrés d'amour pour la patrie, n'ont rien trouvé d'illégitime pour la servir, et n'ont point hésité d'employer pour son avantage des moyens odieux que leurs généreuses âomes n'eussent jamais pu se résoudre à employer pour le leur ; d'autres, dévorés d'ambition, n'ont travaillé qu'à mettre leur pays datts les fers; l'ardeur de la vengeance en a porté cTautres à le trahir. Les uns ont été d'avides conquérans, d'autres d'adroits usurpateurs; d'autres même n'ont pas eu honte de se rendre les ministres de la tyrannie d'autr^i. Les uns ont méprisé leur devoir, les autres se sont joués de leur foi. Quelques-uns ont été injustes par système, d'autres par faiblesse, la, plupart par ambition. Tous sont allés à l'inmiortaUté.

biSGôuBé. Sai

La justice n'est donô pas la vertn qui caractérise le héros. On ne dira pas mieux que ce soit la tempérance ou la modération , puisque c'est pour avoir manqué de cette dernière vertu que les hommes les plus célèbres se sont rendus immortels, et qiie le vice opposé à l'autre n'a empêche nul d'eintreeux de > le devenir ; pas même Alexandre , que ce vice af^ freux couvrît du sang de son ami; pas même César, à qui toutes les dissolutions de sa vie n'ôtèrent pas un seul autel après sa mort.

La prudence est plutôt une qualité de l'esprit qu'une vertu de l'âme. Mais , de quelque manière qu'on l'envisage, on lui trouve toujours plus de solidité que d'éclat , et elle sert plutôt à faire valoir les autres vertus qu'à briller par elle-même. Laprudejice, dit Montaigne, si tendre et circonspecte , est mortelle ennemie des hautes exécutions, et de tout acte véritablement héroïcpe : si elle prévient les grandes fautes, elle nuit aussi aux grandes entreprises ; car il en est peu où il ne faille toujours donner au hasard beaucoup phis qu'il ne convient à l'honune sage. D'ailleurs le caractère de l'héroïsme est de porter au plus haut degré les vertus qui lui sont propres. Or rien n'approche tant de la pusillanimité qu'une prudence * excessive ; et Toii ne s'élève guère au-dessus de l'homme qu'en foulant quelquefois aux pieds la raison humaine. La prudence n'est donc point encore la vertu caractéristique du héros.

La tempérance l'est encore moins, elle à qui Théroïsme même , qui n'est qu'une inteiiipérance de gloire, semble donner l'exclusion. Où senties héros que deâ excès de quelque espèce n'ont point avilis ? Alexandre, dit-on, fut chaste; mais fut-il sobre? Cet émule du premier vainqueur de l'Inde n'imita-

im pofl ê^ difisoitttîons ? nel&Féiimt-il fsnB^ ^pund , à la 9aite d'une courtîsaae , il brûla le palais de Pei»épv^^ ^' ^^^ n'avait-ii une maîtresse ! daus •a fiAàesIe erapule il u'eûlpoiot tué soa amL César fiitac^re ; maië fut-il chaMe j lui qui fit connaitre à B^we de» prostitutiooft inouïes et eliapg^ijt de sexe à SO0 gré ? Aleibla^ eut toutes les sortes d'iotem<péranaes » et . n-'en fut pas moins uu des grands li9mm«s de la Grèce. Le vieux Catoa lui-même aima l'argent et le vin^ Il eut des vices igpfiobles et fùl VadmIratiOH desRoiiiains. Or ce peuftlB se con^ itaiiMatt: en gloire.

L'àomme vertueux est jfuste ,. prudenl^ modéré » iàiis être pour c^ un héros; et tro^ frécpienimeMt le héros n'esta rien de tout ee)a« Ne emignoas point d'en convenir ; c'est souvent aa mépris même de ces. vertus €|ae l'héroïsme adiâl soi» éclait Qu^ deviennent César , Alexandre, Pyrtbus., AsQibaly envisagés de ce côté? avec quelq^ues vicesde moins, peut-éttfe eussent^âs été moins célèt^*es ; car lagloire est le peix de l'héroïsme, naais il en &ut un auljre peur la vertu.

S'il &Hatt distribuer les vertus à eeuK à qut^yi^ conviennent le mieux, V^^^ig*^^i^ ^ l'homme d'état la prudence, au citoyen la justice, au philosophe la modératic»! ; pour la force de l'ème , Je la dose nerais au héros, et il a'autait pas à se pWndre de son partage»

En effet la force est le vrai fondement de l'hé^ Toïsme , elle est la source ou le supplément des vertus qui le composent,, et c'est elle qui le rend propre aux grandes choses. Bassembkz à. plaisir tes tfualités qui peuvent concourir à i'c^mer le |^^md homme; sî vcmjm n'y joignez la fofçe poiir les animer, elles, tomben/b leniles en la<»gueuF, et l'ké-

Biscoirsf. 5s$

roîsme s^étanouît. Au contraire, la mevit foroe d^ Fàme donne néceMairement un grand nombre de vertus héroifqueB à cdtn ^pii en est doiië, et suppléa à toutes les a«ilres*

Coœme on peut Diiîre des sœftîoiis die tertu sans être vertueux , on peut faÊre de grai^des aotioii» sans avoir droit à l'héroïsme. Le héros ne fait pas toujours de grandes ackî«as ; Imis U est to^jotirs prêt à en faire au besiMn, et se montre grand dan» toutes les eirconstances de sa vie : voilà cq ^ul le distingue de rbooime vidgaire. Uo infifoie peut prendre la bêche et labourer quelques momens la terre ; mais il s'épuise et se lasse bientôt. Un ro-* buste laboureur ne supporte pas de grands travaux sans cesse ; mais il le pourrait sans s'incommoder, et c'est à sa force corporelle qu'il doit ce pouvoir» Laforce de Tàme est la même chose; eUe consiste à pouvoir toujours agir fortement.

Les liommes sont plus aveuglés que méchans ; et il y a plus de faiblesse que de malignité dans leurs vices. Nous nous trompons nous-mêmes avant que de tromper les ai:^res, et nos fautes ne viennent que de nos erreurs; nous n*en. commotions guère que parce que nous nous laissons gagner à de petits intérêts présens qui nous font oublier les choses plus^ Importantes et plus éloignées. De là toules les petitesses qui caractérisent le vu%air6 , inconstance , légèreté, caprice, fourberie, fojoatisnie, cruauté: vices qui tous ont leur source dans la faiblesse de Fàme. Au contraire tout est grand et généreux dan^ une âme forte , parce quelle sait disc^ner le beau du spécieux, la réalité de Fâpparence, et se fixer à son objet avec cette fermeté qui écarte les lËusions et surmonte les plus grands obstacles.

C'est ainsi qu*un |ugenient iac^rtedn et un coeur

8^4 DISGOUBS

facile â séduire rendent les hommes faibles et petits. Pour élre grand il ne faut que se rendre maître de sbi. C'est au dedansde nous-mêmes que sQut nos plus redoutables ennemis ; et quiconque aura su les conoLbattre et les vaincre aura plus fait pour la gloire , au jugement des sages ^ que s'il eût conquis Tunivers.-

• Voilà ce que produit la force de Pâme; c'est ainsi qu'elle peut éclairer l'esprit, étendre le génie ^ et donner de l'énergie et de la vigueur, à toutes les autres vertus : elle peut même suppléer à cellt^s qui nous manquent ; car celui qui ne serait ni çourageu:&, ni juste ^ ni sage, ni modéré par inclinatiou^ lésera pourtant par raison ^ sitôt qu'ayant siu'mon té ses passions et vaincu ses préjugés il sentira combien il lui est avantageux de l'être , sitôt qu'il sera convaincu qu'il ne peut faire son bonheur qu'en travaillant à celui des autres. La force est donc la vertu qui caractérise l'héroïsme , et elle l'eçt encore par un autre argument sans réplique que je tire des réflexions d'un grand homme : Les autres vertus, dit Bacon, nous délivrent de la domination des vices ; la seule force nous gars^ntit de celle de la fortune. En eflfet , qu'elles sont les vertus qui n'ont pas besoin de certaines circonstances pour les mettre en œuvre ? De quoi sert la justice avec les tyrans, la prudence avec les insensés, la tempérance dans la misère ? Mais tous leç événemens honorent l'iiomme fort, le bi nheur et l'adversité, servent également à sa gloire, et il- ne règne pas moins dans les fers que sur le trône. Le martyre de Régulas à Carthage , le festin de Caton rejeté; du consulat, le sang-froid d'Épictète estropié par. son maître, ne sont pas moins illustres que les triomphes d'Alexandre et de César ; et si Socrate était mort dans son lit ^ oi^

DiSGovBS. 3a5

douterait peut-être aujourd'hui s'il fut rien de plus qu'un adroit sophiste. ~

Après avoir déterminé la vertu la plus propre au héros , je devrais parler encore de ceux qui sont parvenus à Théroïsme sans la posséder : mais comment y seraient-ils parvenus sans la partie qui seule constitue le vrai héros et qui lui est essentielle ? Je n'ai rien à dire là-dessus , et c'est le triomphe de ma cause. Parmi les hommes célèbres dont les noms sont iilscrits au temple de la gloire , les uns ont manqué de sagesse, les autres de modération ; il y en aeudecrueis, d'injustes, d'imprudens, de perfides ; tous ont eu des faiblesses, nul d'entre eux n'a été un homme faible. En un mot, toutesles autres vertus ont pu manquer à quelques grands hommes; priais sans la force de l'âme ilu'y eut jamaisde h0rQ9>

riN pu DISC094S,

LETTRE

A M. DUPETROtf, Mativô au discours frécèdemu

A Boiirgekif le tS )«Mcr 176^

J^AmrEifDSy mo» cher hôte , par le fhit singulier KsifiiMpé, qu'on aiwpriméàLauflaiioe un 4cs ehiflbns qnl soivt entre yos mainsy tureette<|uestkui : Quciic tfstiA prèmUrô veHm ém héros? Veus eroyezbien t^ fe oowprendts qu'il «^agH d'un vol; naais comliictil ce Tol a-t-il été faii^ et par qni ?... Vous qn» été» si jtoigoeux, etsurleat des déf^s d'autrui ! l'ai dîBS engfagemens ^m reiiéeiit d« pareils larcins de ftk!^T3màt conséquence pour moi ( i ]• Comment donc ne m'avez-vous point du moins averti de cette impression ? De grâce , mon jcher hôte , tâchez de remonter à la source ; de savoir comment et par qui ce torche-cul a été imprimé. Je vis dans la sécurité la plus profonde sur les papiers qui sont entre vosmaius ; si vous souffrez que je perde cette sécurité, que deviendrai- je? Mettez-vous à ma place , et pardonnez Timportunité.

J'ai cru mourir cette nuit ; le jour je suis moins mal. Ce qui me console est que de semblables nuits ne sa i raient se multiplier beaucoup. Ma femme, qui a été fort mal aussi , se trouve mieux. Je me prépare à déloger pour aller , dans le séjour élevé qui m'est destiné , chercher un air plus pur que celui qu'on respire dans ces vallées. Je vous embrasse.

(1) n avait pris des engagcmeiis de ne rien faire imif rimer de son vivant.

LETTRE

A M. i A L I A tJ O

A MMicpMi, le |8 iBVflîier 17^

Js »e œiHtiAis p«li»l M, de La 8***; je «ais seulement que c'est ub {ain4c«ut ée Ly.eoA. Il^ooiopa§^ cet automne te &» de wddame B^-dfe-l«>?Taur,m.oo amie, qui vint me voir ici. Me voyant logé si tris^ tement et dans un si mauvais air, il me proposa une habitation en Dombës; ]e ne dis ni oui ni non. Cet hiver , me voyant dépérir , il est revenu à la charge ; j'ai refusé ; il m'a pressé. Faute d'autres bonnes raisons à lui dire, je lui ai déclaré que je ne pouvais sortir de cette province sans l'agrément de M. le prince de Conli. Il m'a pressé de lui permettre de demander cet agrément, je ne m'y suis pas opposé : voilà tout.

J'apprends, par le plus grand hasard du monde, qu'on vient d'imprimer à Lausanne un ancien chiffon de ma façon. C'est un discours sur une question proposée en i^Si , par M. de Curzay, tandis qu'il était en Corse. Quand il fut fait, je le trouvai si mauvais que je ne voulus ni l'envoyer ni le faire imprimer. Je le remis avec tout ce que j'avais en manuscrit à M. Dupeyrou avant mon départ pour l'Angleterre. Je ne l'ai pas revu depuis, et je n'y ai pas même pensé. Je ne puis me rappeler avec certitude si ce barbouillage est ou n'est point un d< s manuscrits inlisibles que M. Dupeyrou m'envoya à Wootton pour les transci ire , et que je lui renvoyai copie et brouillon, ptur sou ami, H. àc*** 9 chez

528 LBTTBE à M. LAl.Ii.ND.

lequel 9 ou durant le transport , le vol aura pu se faire; ce qu'il y a de sûr, c'est que je n'ai aucune part à cette impression , et que si j'eusse été assez insensé pour vouloir mettre encore quelque chose sous la presse 9 ce n'est pas un pareil torche-cul que j'aurais choisi. J'ignore comment il est passé sous la presse 9 mais je croîs M. Dupeyrou parfaitement incapable d'une pareille infidélité. En ce qui me regarde 9 voilà la vérité 9 et il m'importe que cette vérité soit connue. Je vous embrasse et vous salue, mon cher monsieur, de tout mon cœur^

FIN DE LA LETTBK ▲ U. lALIAtJD.

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