DE J.-J. ROUS SE AU
Sur ta réfutation de son discours par M. Gautier; professeur de mathématiques et d'iûstoire , et memtre de V académie royale des heHes-iettres de Nanci.
•'e vous renvoie^ monsieur, le Mercure d'octobre, que vous avez eu la bonté de me prêter (**). J'y ai lu avec beaucoup de plaisir la réfutation que M. Gautier a pris la peine de faire de mon discours: mais je ne crois pas être, comme vous le prétendez, dans la nécessité à'y répondre; et voici mes objections.
1* Je ne puis me persuader que, pour avoir rai-* son, ou soit indispensablement obligé de parler le dernier.
2* Plus je relis la réfutation , et plus je suis convaincu que je n'ai pas besoin de donner à M. Gautier d'autre réplique que le discours même auquel il a répondu. Lisez , je vous prie , dans Tun et l'autre écrit , les articles du luxe, de la guerre, des académies, de l'éducation; lisezlaprosopopéedeLoiiîsle -Grand et celle de Fabricius; enfin, lisez la conclusion de M. Gautier et la mienne; et vous comprendrez ce que je veux dire.
(*) Cette lettre était adresse'è à M. Griinm.
(**) La re'futatiou de M. Gautier avait é\é lue à Tacade'mie de Nanci , et insérée ensuite dans le Mercure d^octobre i7r>;.
lETTRE A M. ***. 53
5* Je pense en tout si différemment de M. Gautier 9 que, sHl me fallait relever tous les endroits où nous ne sommes pasde même avis 9 je serais obligé de le combattre , même dans les choses que fauràis dîtes conmie lui, et cela me donnerait un air contrariant que je voudrais bien pouvoir éviler. Par exemple, en parlant de la politesse, il fait entendre très-clairement que, pour devenir homme de bien , il est bon de commencer par être hypocfite , et que la fausseté est un chemin sûr pour arrivera la vertu. Il dit encore que les vices ornés par la politesse ne sont pas contagieux, comme ils le seraient s'ils se présentaient de front avec rusticité , que Tart de pénétrer les hommes a fait le même progrès que celui de se déguiser; qu'on est convaincu qu'il ne faut pas compter f»ur eux, à moins qu'on ne leur plaise ou qu'on ne leur soit utile; qu'on sait éva-luerles offres spécieuses de la politesse ; c'est-à-dire , sans doute ^ que quand deux hommes se font des complimens , et que l'un dît à l'auti-e dans le fond de ^on cœur, je vous traite comme un sot 9 et je me m>oque.de vous; l'autre lui répond dans le fond du sien , je sais que vous montez impudemment , mais je vous le re^ids de mon mieux,. Si j'avais voulu employer la plus amère ironie, j'en aurais pu dire à peu près autant.
. 4"* On voit, à chaque page de la réfutation^ que l'auteur n'entend point ou ne veut point entendre Touvrage qu'il réfute ; ce qui lui est assurément fort commode, parce que, répondant sans cesse A sa pensée, et jamais à la naienne, il a la plus belle occasion du monde de dire tout ce qu'il lui plaît. D'un autre côté, si ma réplique en devient plus difiScile , elle en devient aussi moins nécessaire , car Qji n'a jamais ouï dire qu'un peintre qui expose
d4 tETTKE À M. ***.
en public un tableau soit obligé de visiter les yeux des spectateurs, e% de IbutQîrdes lunettes à tous» ceux qui en ont besoin.
D'ailleurs il n'est pas bien sûr que |e me fisse entendre 5 même en répliquante Par exemple, j^ sais, dirais-je à M. Gautier, que nos soldais ne sont point des Réaun&urs et des Fontenelles; et c'est tant pis pour eux, pour nous, et surtout pour les^ ennemis^ Je sai» qu'ils ne savent rfèn, qu'ils sont brutaux et grossiers ; çt toutefois fai dit, e^ Je dis encore , qu'ils sont énervés par les sciences <piHk méprisent , et par les beaux^arts qu'ils ignorent; C^est un des grands încon venions de la culture des lettres, que , pour qudques hommes qu'elles édiairent, elles corrompent à pure perte tonte une nation. Or vous voyez bien, monsieur, que ceci ne serait qu'un autre paradoxe inexplicable pour M. Gautier; pour ce M. Gautier qui me demande fièrement ce que les troupes ont de commun avec les académies; si les soldats en auront plus de bra-^ voure pour être mal vêtus et mal nourris; ce que je veux dire en avançant qu'à force d'honorer les taleng on néglige les vertus : et d'autres questions semblables , qui toutes montrent qu'il est impossible d'y répondre intelligiblenaent au gré de celui qui les fait. Je crois que vous convieadree que ce n'est past la peine de m'expUquer une seconde fois pour n'être pas mieux entendu que la première.
5° Si \e voulais répondre à la première partie de la réfutation , ce serait le moyen de ne jamais finir* M . Gautier juge à propos de me prescrire les auteurs ^ue je puis citer, et ceux qu'il faut que je re^tte. Son choix est tout-à-fait naturel; il récuse l'autorité de ceux qui déposent pour moi , et veut que je m'en rapporte à ceux quil croit m'être contrailreB. Ea