LETTRE A M
vain voudrais-je hii faire entendre qu'un seul témoignage en ma faveur est décbif 9 tandis que cent témoignages ne prouvent rien contre mon sentiment, parce cpAe les témoins sont parties dans le procès ; en vain le prierais<^îe de distinguer dans les exemples qu'il allègue; en vain lui représenterais^ je qu'être barbare ou crîminei sont deux choses touj;à-£aiit difilérentes^ et quç les peuples véritablement corrompus sont moins ceux qui ont de mauvaise! lois que ceux qui méprisent les ims. Sa réplique est aisée à prévoir : Le xacfytn qu'on puisse ajouter foi à des écrivains scandaleux 9 qui osent louer des bar^ bares qui ne savent ni lire ni écrire P Le moyen qu'on puisse jamais supposer de la pudeur à des^gens qui voifit tout nus, et de la vertu à ceut qui mangent de la chair crue? Il faudra dottc disputer* Yoilà donc Hérodolây Strabon, Pomponius - Mda , aux prises avee Xénophon , Justin , Quinte - Curce , Tacite; nous voilà dans les recherches de critiques, dans les antiquités, dans l'érudition. Les brochures se transforment en volumes, les livres se multi-* plient, et la ques^n s'oublie. C'est le sort dés disputes 4e littérature, qu'après des in-folio d'éclaitcissemens on finit toujours par ne savoir plus où l'on en est; ce n'est pas la peiné de commencer.
Si je voulais répliquer à la seconde partie , cela serait bientôt fait; mais je n'apprendrais rien à personne. M. Gautidt* se contente, pour m'y réfu-^ ter, de dire oui partout où j'ai dit non , et non partout où j'ai dk oui ; je n'ai donc qu'à dire encore non partout où j'avais dit non , oui partout où j'avais dit oui, et supprimer les pt^uves, j'aurai très-exactement répondu. En suivant la ^méthode de M. Gau-^ ti6r, je ne puis donc répondre aux deux partie» dé
56 LETTHE A M. ***#
la réfutation sans en dire tr<^ et' trop peu : or je voudrais bien ne faire ni l'un ni Tautre.
6* Je pourrais suivre une autre méthode, et examiner séparément les raisonnémens de M. Gautier , et le style de la réfutation.
Si f examinais «es raisonnémens, il me serait aisé de montrer qu'ils portent tous à faux, que l'auteur n'a point saisi l'état de la question , et qu'il ne m'a point entendu;
Par exemple, M. Gautier prend la peine de m'apprendre qu'il y a des peuples vicieux qui ne sont pas sa vans; et je m'étais déjà bien douté que les Kalmoucs, les Bédouins, les Cafres n'étaient pas des prodiges de vertu ni d'érudition. Si M. Gautier avait donné les mêmes soins à me montrer quelque peuple savent qui ne fÙt pas vicieux, il. m'aurait surpris davantage. Partout il me fait raisonner comme si j'avais dit que la science est la seule source de corruption parmi les hoaimes; s'il a cru cela de bonne foi, j'admire la bonté qu'il a de me répondre.
Il dit que le commerce du monde suffît pour acquérir cette politesse dont se pique un galant homme; d'où il conclut qu'on n'est. pas fondé à en faire honneur aux sciences. Mais à quoi donc nous permettra-t-il d'en faire honneur? Depuis que les hommes vivent en société, il y. a eu des peuples polis, et d'autres qui ne l'étaient pas. M. Gautier a oublié de nous rendre raison de cette différence.
M. Gautier est partout en admiration' de la pureté de nos mœurs actuelles. Cette bonne opinion qu'il en a fait assurément beaucoup . d'honneur aux siennes; mais elle n^annonoe pas une grande expérience. On dirait, au ton dont il en parle, qu'il a étudié les hommes comme les péripatéticiens étu-
tETTlS ▲ M. ***. 5y
diaient la physique, sans sortir de son cabinet. Quanta moi, j'ai fermé mes livres; et, après avoir écouté parler les hommes, je les ai regardés agir. Ce n'est pas une merveille qu'ayant suivi des mt^thodes si différentes , nous nous rencontrions si peu dans nos jugemens. Je vois qu'on ne saurait em* ployer un langage plus honnête que celui de notre siècle ; et voilà ce qui frappe M. Gautier : mais je vois aussi qu'on ne saurait avoir des mœurs plus corrompue^ ; et voilà ce qui me scandalise. Pensonsnous, donc être devenus gens de bien parce qu'à force de donner des noms décens à nos vices , nous avons appris à n'en plus rougir?
Il dit encore que quand même on pourrait prou* ver par des faits que la dissolution des mœurs a toujours régné avec les sciences, il ne s'ensuivrait pas que le. sort de la probité dépendit de leur progrès. Après avoir employé, la première partie de mon discours à prouver que ces choses avaient ton* jours marché ensemble, j'ai destiné la seconde à montrer qu'ep effet l'une tenait à l'autre. A q\ii' donc .puis-je imaginer que 9îr6autier veut répondre ici?
. Il me paraît surtout très-scandalisé de la manière dont j'ai parlé de l'éducation des collèges. Il m'apprend qu'on. y enseigne mx jeunes gens je ne sais cou^ien de belles choses qui peuyent être d'une bonne ressource pour leur amusement quand ils seront grapds, mais dont j'avoue* que je ne vois point le rapport avec les devoirs des citoyens, dont il faut, commencer par les instruire. € Nous nous c enquérons volontiers : Sait-il du grec et du latin? « écrit-il en vers ou en prose? Mais s'il est devenu^ ç meilleur ou plus avisé, c'était le jprîncipal; et « c'est ce qui demeure derrière. Crieas d'un passant
59 LETTRE JL M. ***.
« à notre peuple, O ie savaru ^mme! et d^iui t autre j O itéon (iommt l il ne fâ^idra pas. à dé* c tourner ses yeux et son respect vers le premier. Il c y faudrait un tiers crieur, O icsiourdea têtes / » J'ai dît que la nature a vmto nous préserver de la science comme une mère arracàe une arme dange-' reuse des mains de son et^aiit , et que la peine que nous trouvons à nous instruire n'est pas le moindre de ses bienfaits. M. Gautier amieraît autant que l'eusse dit: Peuples, saches donc une fois que la nature ne veut pas que vous vous nourrissiez des productions delà terre; la peiiie qu^elIe a attachée à sa culture est un avertissement pour vous de la laisser en friche. M. Gautier n'a pas songé qu'avec un peu de travail on est sûr de faire du pain , tnais qu'avec beaucoup d'étude il est très-douteux qu'on parvienne à faire un homme raisonnable. Il n'a pas songé enc(H*e que ceci n^est précisément qu'une observation de plus en ma faveur ; car pourquoi la nature nous a-t-elle imposé -des travaux nécessaires ^ si ce n'est pour nous détourner des occupations oiseuses? Maië, au mépris qu'il montre pourl'agri^ culture, on voit aisément que s'il ne tenait qu'à lui feus les laboureurs déserteraient blentdt les campagnes pour aller argumenter dans les écoles; occupation, selon M* Gautier, et, )e crois, selon bien des professeurs , fort importante pour le boabe«ur de l'état.
En raisonnant sur un passage de Platon, j'avais présumé que peut-être les anciens Égyptiens ne faisaient-ils pas des sciences tout le cas qu'on aurait pu croire. L'auteur de la réfutation me demande comment en peut fanre accorder cette opinion avec rinscription qu*Osymandias avait mise à sa biMfo^ théque. Cette difficulté eût pu être bonne du vivant
lÉTTJRE À M. ***. 59
de ce prince. A présent qu'il est mort, je demandé à mon tour où*est la nécessité de Caire accorder le sentiment du roi Osymaiidias avec celui des sages d'Egypte. S'il eût compté et surtout pesé les voix, qui me répondra que le mot de peisans n'eût pas été substitué à celui de remèdes ? Mais passons cette fastueuse inscription. Ces remèdes sont exoeUens , j'en conviens, et Je Tai déjà répété bien des fois ;^ mais est-ce une raison pour les administrer inconsidérément, et sans égard aux tempéramens des malades ? Tel aliment est très-bon en soi, qui dan» un estomac infirme ne produit qu^indigesiions et mauvaises humeurs. Que dirait-on d'un médecin qui , après avoir fait Téloge de quelques viandes succulentes, conclurait que tousles malade doivent s'en rassasier?
' J'ai fait voir que les sciences et les arts énervent le courage. M. Gautier appelle cela une façon sin-« gulièrc de raisonner, et il ne voit pcuntla liaison qui se trouve entre le courage et la vertu. Ge n'est pourtant pas , ce me semble , une chose si difficile à comprendre. Gelui qui s'est une fois accoutumé à préférer sa vie à son devoir né tardera guère à hii préférer encore les choses qui rendent la vie facile et agréable.
Pai dit que la science convient à quelques gran^génies, mais qu'elle est toujours nuisible aux peu*^ pies qui la cultivent. M. Qautîer dit que Seerate et Car on, qui blâmaient les sciences, étaient pourtant eux-mêmes de fort savans hommes ; et il ap->' pelle cela m'avoir réfuté.
J'ai dit qi^ Soçrate était le plus Svivant des Athé* niens , et c'est de là que je tire l'autorité de son témoignage : tout cela n'empêche point M. Gautier (te m'appreodre que Socrate était savant.
60 tEïTHB A M. ***.
Il me blâme d'avoir avancé que Caton méprisait les philosophes grecs ; et il .se fonde sur ce que Caméade se faisait un jeu d'établir et de renverser les mêmes propositions , ce qui prévint mal à propos Gàton i;ontre la littérature des Grecs. M. Gau« tier devrait bien nous dire quel était le pays et le métier de ce €arnéad«.
Sans doute que Caméade est le seul philosophe ou le seul savant qui se soit piqué de soutenir le pour et le contre : autrement tout ce que dit ici M. Gautier ne signifierait rien du tout. Je m'en rapporte sur ce point à son érudition.
Si là réfutation n'est pas abondante en bons rai* sonneioaens, en revanche elle Test fort en belles déclamations. L'auteur substitue partout les ornemens de l'art à la solidité des preuves qu'il promettait en commençant; et c'est en prodiguant la pompe eirâtoire dans une réfutation , qu'il me reprobhe à ntioi de l'avoir employée dans un discours académique.
A quoi tendent donc, dit M. Gautier, ies éiofuentcs déciamàtions de M. Rousseau?. A abolir , s'il était possible, les vaines déclamations des col-^ léges. Qui ne serait pas indigné de i' entendre assurer que nous avons les apparences de toutes Us vertus sans en avoir aucune ? J'avoue qu'il y a un peu de flatterie à dire que nous en avons les apparences ; mais M. Gautier aurait dû mieux que personne ine pardonner celle-là. Eh! pourquoi n'ort-on pius île vertu ? c^est qu'on cuUive ies éeiies-iettres f ies sciences et les arts. Pour cela , précisément. Si l'on était impoii 9 rustique, ignorant j Gothj Hun j ou Va^xdaie, on serait digne des éloges de M. Rousseau, Pourquoi non? y a-t-U quelqu'un de ces noms4à qui donne
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LETTRE A M. .***. 6l
rèxclusion à la vertu ? JVe se iassera^t-on point d'invectiver ies harnmes ? f^ç se lasseront-iU point d'êlFe xnéchans ? Croira-tron toujours ies rendre fivLS vertiieux en leur disant qu'ils n'ont point de vertu ? Croira-«t-on les rendre meilleurs en leur persuadant qu'ils sont assez bons ? Sons prétexte d'épurer tes mœurs , est-ii permis d^en renverser iesappuis?. Sous prétexte d'éclairer les esprits, faudra~t-ll pervertir les âpies? O doux nœuds de la société! charme des vrais phiiosojfhes y aimables vertus! c'est par vos propres attraits gue vous régnez dans ies cœurs : votfrS ne devez votre empire ni à Vàpreté stQïque s. ni à des clameurs éarbares , ni aux conseUs d'une orgueilleuse rusticité»,
- Je remarquerai d'abord une chose assez plaisante ; c'est que 9 de toutes les sectes .des anciens philoso^ phes que j'aie attaquées comme inutiles à la vertu , les stoïciéns^ sont les seuls queJVl. Gautier m'abandonne, et qu'il, semble mémç v.ouloir mettre de mon côté. Il a raispn : je n'eQ serai guère plus fier.
Mais voyons un peu si je pourrais rendre exactement en d'antr^s^teriiiesle sen^ dç cette exclamation : O aimables vertus l c'est par vos propres attraits que vous régniez dans ies ânies. Fous n'avez pas éesûin de tout ce graml appareil d'ignorance et de ' rusticité :vous savez aller au cç^ur par des routes ipius simples et plus nati^relles. Il suffit de savoir iarhétorique, la logique , laphysiguej lamétorphysique et les m^ithématiques 9 pour acquérir le droit de vous posséder.
Autre exemple du style de M. Gautier.
Vous savez que Us sciences, dont on occupe les jeunes philosophes xians , les universités sont la logique y la rnétaphysique j la morale ^ la phy-
gi^e, ies nuuhématiqnes éiémefUaites. Si je l'ai nu 9 je Favais oublié, comme nous faiscHis tous en devenant raisonnables. Ce sont donc ià, selon vous y de stérUes spéetHations ? Stériles, selo^ l'opinion commune; mais, selon moi, trës^fertiles en mauvaises choses. Les universités vous ont une grande oMiga/Uon de leur avoir appris qttc 4a vérité de ces sciences t^est retirée au fond d*un puits. Je ne crois pas avoir appris cela à personnel cette sentence n'est point de mon inveulion; elJe est aussi ancienne que la philosophie. Au reste >e sais que k» universités nef me doivent aucune re^ connaissance ; et je n'^norais pas , en prenant la plume , queje ne pouvais à la fois fairenia cour aux hommes , et rendre hommage à la vérité. Les grands philosophes qui les possèdent dans un degré éminent sont smts doute in€n surpris d'a/pprendre quHlsne savent rien. Je crois qu'en efSet ces grands philosophetquipossèdeattoutescesgrandessciences dans un degré éminent , seraient très-surpris d'apprendre qu'ils ne savent rieti : mai» je serais bien plus surpris moi-^néme si ces boaunes qui savent lant de choses savaient jamais celle-^là.
Je remarque que M. Gautier, qiii me traite partout avec la plus grande politesse , n'épargne aucune occasion de me susciter dés ennemis : il étend ses soins à cet ^g;ard depuis lesrégenB de collège jusqu'à la souveraine puissance. M. Gautier fait fort bioi de justifier les usages du monde : on voit qu'ils ne lui sont point étrangers» Mais revenons à la réfutation.
Toutes ces manières d'écrire et de raisonner, qui ne vont point à un homme d'autant d'eq>rit que M. Gautier me paraît en avoir , m'ont faiît faire une 4Mn|ecture que vous ^tmverez.hardiie^ et que je
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erob raisonnsAde. 11 m*accuse^ très^gûrement sans co rien croire j de n'être point persuadé du senti* meni «{oe je soutiens. Moi, je le soupçonne, avec plu8 de Sondement^ d^étre en secret de mon avis : les places qu'il occupe , les circonstances où il se trouve , Tauront mis dans une espèce de nécessité de prendre parti contre moi. La bienséance de notre siècle est bonne à bien des choses : il m'aura donc réCulé par bienséance; mais il aura pris toutes sortes de précautions 9 et employé tout Tart possible pour le ùkir» de manière à ne persuader personne*
C'est dans cette vue qu'H commence par déclarer très mal à propos que la cause qu'il défend inté* resse le^onheur de FassemMée detant laquelle il parie » et la gloire du grand prince sous les lois du- ^el il a la douceur de vivre. C'est précisément comme s'a disait : Youa ne pouvez, nfeess^ur», sans ingratltode envers votre respectable protecteur, vous dispenser de me donner raison; et, de plus, t*est votre propre cause que je plaide aujoiud'hui devant vous» ifhisi ^ de quelque côté que vousenvisa* gîez mes preuves ^ jfaî droit de compter que vous ne vous iroNfareK pas difficiles sur leur solidité. Je dis que tout honoime qui parle ainsi a plus d'attention à jGsraier la bouche aux gens (pie d'envie de les convaincre»
SI yowuk lises SEttentivement la réfutation , vous B'y Couverez presque pas une l%Qe qui ne semble être là peur attendre et indiquer sa réponse. Un seul exemple sv^ra pour me faire entendre.
Les uictoireê çu€ tes AthémeiM. remportèrent sur iee Ferses et sur les Lacédémoniens mêmes font voir tfue les arts peuvent s^assoàier avec la "^ertu^miiitmre. Je demande slca n'est pas là une adresse pour vappdor ceq^e j'ai dit de la défieûle de
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Xerxès , et pour me faire songer au dénotmeni de la guerre du Péloponnèse. Leur gouvernement, de lom vénal sauè Pèricièè, prend une nouveiie face : V amour du jiiaisir étouffe ieur bravoure ^ ies fonctions ies jkus honoraèies sont avilies, ^impunité multipHe les mauvais citoyens , leè fonds destinés à ia guerre sont destinés à nourrir la mollesse et l'oisiveté : toutes ces causes de corruption , quel rapport ont^^les aux sciences ?
Que fait ici M. Gautier, sinorrde rappeler toute la seconde partie de mon discours où i*ai montré ce rapport? Remarquez Tart avec kquel il nous donne pour cause les effets de la corruption, afin d'engager tout homme de bon sens à remonter de lui-même à la première cause de ces causes prétendues. Remarquez encore comment , pour en laisser faire la réflexion au lecteur^ il feint d'ignorer ce qu'on né peut supposer qu'il ignoré en effet, et ce que tous les historiens disent unaniniement, que la dépravation des mœurs et du gouvernement des Athéniens fut l'ouvrage des orateurs. Il est donc certain que m'attaquer de cette manière ^ c'est bien clairement m'indiquer les réponses que je dois faire.
Ceci n'est pourtant qu'une conjecture que fe ne prétends point garantir. M. Gautier n'approuverait peut -être pas que je voulusse jastiiiâr son savoir aux dépens de sa bonne foi;: mais si en effet il a parlé sincèrement en réfutant mon discours , comment M. Gautier, professeur en histoire, professeur en mathématiques, membre de l'académie de Nanci, ne s'est -il pas un peu défié de tous les titres qu'il porte ?
Je ne répliquerai donc pas à M. Gautier :- c'est un point résolu. Je ne pourrais jamais répondlfo
lETTBE A M. ***. 65
sérieusement , et suivre la réfutation pied à pied : vous en voyez la raison ; et. ce serait mal recoh* naître les éloges dont M. Gautier m^honore^ que d'employer le ridicutum acri, Tironie et Tam^è plaisanterie. Je crains bien déjà qu'il n'ait que trop à se plaindre du ton de cette lettre : au moins u'i^ gnorait-il pas, en écrivant sa réfutation , qu'il atta^ quait un homme qui ne fait pas assez de cas de la politesse pour vouloir apprendre d'elle à déguiser son sentiment. •
Au reste je suis prêt à rendre à M. Gautier toute la justice qui lui est due. Son ouvrage me parait celui d'un homme d'esprit qui à bien des connaissances : d'autres y trouveront peut-être de la philosophie; quant à moi, j'y trouve beaucoup d'érudition.
Je suis de tout mon cœur, monsieur, etc.
P. S^ Je viens de lire , dans la gazette d'Utrecht du 32 octobre , une pompeuse exposition de l'ouvrage de M. Gautier^ et cette exposition semble faite exprès pour confirmer mes soupçons. Un au*^ leur qui a quelque confiance en son ouvrage laisse aux autres le soin d'en faire l'éloge, et se borne à en faire un bon extrait : celui de la réfutation est tourné avec tant d'adresse , que quoiqu'il tombe uniquement sur des bagatelles que je n'avais em«ployées que pour servir de transitions, il n'y en a pas une seule sur laquelle un lecteur judicieux puisse être de l'avis de Bl. Gautier.
Il n'est pas vrai , selon lui , que ce soit des vices de6 hommes que l'histoire tire son principal intérêt.
Je pourrais laisser des preuves de raisonnement ; et pour mettre M. Gautier sur son terrain, je lui citerais des autorités.
^S lETTAC A M. ***.
Heureux tes peuples dont iea rois 01U fait peu ée éruit dans Vàisêoirel
Si jamais ies hommes deviennent sages ^ieur histoire n' am.usera gucY^,
M. Gautier dit avec raison qu-une société, f4t^ elle toute composée d*]i^mne« liiite»^ ne sQurdit subsister sans lois ; et il conclut de là ^u^il H*est pas^ vrai que, sansle» ÎAiustices des hommes, la jurt^* prudence serait inutile» l|o si savant auteur confoa* drait-tl la jurisprudence et les lois?
Je pourrais encore laisser les preuves de raiÎBon- Bernent;, et pour mettre M» Gantier sur son ter-irain,. je lui citerais des faits.
Les Lapédémonîens n'avaient ni furiseonsultes «i avocats^ leijrs loi.^ nVtatent pas même écrites t cependant ils avaient des lois. Je m'en rapporte à rérudit.îon de M^ Gautier pour savoir si les lois, étaient plus mal observées à Lacédémone que danstes p^iys eà fourmillent les gens de loil
Je ne m.*arrétetai pofnt à toutes les minuties quf servent de texte à M. Gautier, et qu'il étale danss Ift gafsette ; fpi^is je ^ipai par cette ebseniEiition que^ je soumets à votre examen^
Donnons partout raison à: Af. Gautfer, et retran* eh<ms démon discours toutes ks choses quMl attaque; mes preuves n'auront presque rien perdu de leur force. Otons de l'écrit de M. Gautier tout cequi ne louehe pas le fond de la question, il »']: restera rien du tout.
Je conclus toujours qu'il ne îééaà point répendre à M. Gautier.
RÉPONSE bE j.-j. aaussEAu
AU ROI DK POLOGNE , DUC DE LORilAINE ,
Sur ia Hfuiation faiu par ce prince de son discourt.
Jb def rais phitèt uû remerciaient qu'une réplique à Tailfeui^ anonitne (i) qui fient d*himorer mon discourt^ d*une réponse r mais ée que je dois à la ffeconnafssance ne me fera point oublier ce qiM je dois à la Vérité ', et je n^oublieraî pas non plus que toutes les fois qu'il est question de raison , leâ^ bonimes rentrent dans le droit de la nature, et i^*jprennent îemr première égalîtér
Le discours auquel f'aî à répliquer est plein de tboses très-vraies et très-bien prouvées auxquelles |e ne vois aucune réponse : car , quoique f y sois qualité de docteur , je serais bien fâçbé d'être au nombre de ceuit qui savent répondre à tout.
Ma défense n'en sera pas moins facile r elle se bornera à comparer avec mon sentiment les vérité j^ cpi'on m'objecte; car si je prouve qu'elles nePattaqùent point , ce seia, je crois ^ Ta voir assez biem défendu.
3e puis déduire à deux points principau!x toutes
(i) L^ôuvrage an roi de Pologne étant d^abord anoniine , et non avoue par Tanteur , m'obligeait à lui laisser IV/icognito qu'il ayait pris ; mais ce prince ayant depuis rcconnd. pnt>li<(iiemeiit ce nrcme ouvrage , mVi d»)penfé dt tawt pluS^
les propositions établies par mon adversaire; l'un renferme l'éloge des sciences , l'autre traite de leur abus. Je les examinerai séparément.
Il semble, au ton de la réponse, qu'on serait bien aise que j'eusse dit des sciences beaucoup plus de mal que je n'en al dit en effet. On y suppose que leur éloge , qui se trouve à la tête de mon discours 9 a dû me coûter beaucoup : c'est, selon l'auteur, un aveu arraché à la vérité et que je n'ai pas tardé à rétracter.
Si cet aveu est un éloge arraché par la vérité , il faut donc croire que je pensais des scienoes le l>ien que j'en ai dit : le bien que l'auteur en dit luimême n'est donc point contraire à mon sentiment. Cet aveu, dit- on, est arraché par force : tant mieux pour ma cause ; car cela montre que la vérité est chez moi plus forte que le penchant. Mais sur quoi peut-on juger que cet éloge est forcé ^Serait-ce pour être mal fait ? Ce serait intenter un procès bien terrible à la sincérité des auteurs, que d'en juger sur ce nouveau principe. Serait-ce pour être trop court ? Il me semble que j'aurais pu facilement dire moins de choses en plus de pages. C^est, dit^ on , que je me suis rétracté. J'ignore en quel endroit j'ai fait celte faute ; et tout ce que je pui8 répondre, c'est qu&ce n'a pas été mon intention.
La science est très-bonne en soi : cela est évi-^ dent ; et il faudrait avoir renoncé au bon sens pour dire le contraire. L'auteur de toutes choses est la source de la vérité; tout connaître est un de ses divins attributs : c'est donc participer en quelque sorte à la suprême intelligence que d'acquérir des Gonnaisances et d'étendre ses lumières. £n ce sens j'ai loué le savoir, et c'est en ce sens que h loue mon adversaire. Il s'étend encore sur les divers
AU KOI IDE POltOGNB. 6g
genrçs d'utilité que Tliomme peut retirer des arts et 4ie8 sciences; et j'en aurais volontiers dit autant i^i cela eût . été de mon sujet. Ainsi nous sommes parfaîtemont d'accord eii ce point.
Mais comment se peut -il faire que les sciences , dont la source ^st si pure et la fin si louable, engendrent tant d'impiétés , tant d'hérésies , faut d'erreurs , tant de systèmes absurdes , tant de contrariétés , tant d'inepties i tant.de satires amëres, tant de misérables romans , tant de vers licencieux , tant de livres obscènes; et, dans ceux qui les cultivent 9 tant d'orgueil 9 tant d'avarice , tant de malignité , tant de cabales , tant de jalousies, tant de mensonges , tant de noirceurs , tant de calomnies, tant de lâches et honteuses flatteries ? Je disais que c'est parce que la science , toute belle, toute sublime qu'elle est , n'est point faite pour l'homme ; qu'il a l'esprit trop borné pour y faire de grands progrès, et tfop.de passions dans le cœur pour n'en pas faire un mauvais usage ; que c'est assez pour lui de bien étudier ses devoirs, et que chacun a reçu toutes les lumières dont il a besoin par cette étude. Mon adversaire avoue de son côté que les sciences deviennent nuisibles quand on en abuse, et que plusieurs en abusent en effet. En cela nous ne disons pas , je crois, des choses fort différentes : j'ajoute , il est vrai, qu'on en abuse beaucoup, et qu'on en abuse toujours ; et il ne me semble pas que dans la réponse on ait soutenu le contraire.
* Je peux donc assurer que nos principes, et, par conséquent, toutes les propositions qu'on en peut déduire, n'ont rien d'opposé; et c'est ce que j'avais à prouver : cependant, quand nous venons à conclure, nos deux conclusions se trouvent contraires. La naieni^e.était que , puisque les.sciences font plus
de mal atnt moeurs qu^ dé bitû à là société 9 U. eût été à délirer C[u€ les bômmeâ s*y fossètitiivf^^ avec^ moins d'ardeur : celle àtà tmm adversaire esl qtie ^ quoique les scie>»€6» Sa9nenï beâiieoup do skal 9 il ne faut pas laissier de les eultiver à edose du bien quVUes font* le m*en rapporte ^ non au public» mais au petit nombre des vrai» philosophes ^ sut celle qu*îl faut préférer de ces deux conclusions. '
Il me reste de légère» observations à faire sur quelques endroits de cette réponse , qui m'ont parw manquer un peu de la justesse que j'admire volontiers dans le» autres, et qui ont pu contribuer par là à Terreur de la conséquence que t*auteur ei^ ttre^ '
L'ouvraf:e comBEtence par quelques personnalités^ que je ne relèverai qti^autanl qd'ellés fertint à la question. L'auteur m'honore deplusienrs^ges; et c'est assurémeïifito*oovrFr une belle carrière. ISiaîsil j a trop peu de proportion entre ceé choses : un si-» knce respectueux sur If& objets de notre adlnlratîOtf est souvent plu» oe^nvenaMe cp^ de» kmangfes indiè-» crêtes (1)^
I ■■■ t ., ■»> m . » i m, ti 1^1 iH III i < i l I I I I ■ i lt i'
(1} Td4i$ 1«9 prince^y boTfs et Aitfavai^^, serofiC toujo^ré haftsemeDl et iiKtiSereaiiiKffit lonés , caâM qu'il j auraf de» courtisans et des gens de iettre$. Quant aux princes qpi sont de grands tiommes, il leur faut des éloges plus mode're's et' mieux choisis. La flatterie offense leur vertu , et la louange même peut faire fort à-leur gloire. Je âais biefi du moins que Trajan serait beaucoup plus gratid à* mes yeux, »i Piïé^ a^ei!^ jamais ëerit. Si Alexandve eftt été en e^ ce qn^û affectait de paraître , il n' etM point soBg4 h son p^rtra^it ai à sa statue; maid pour son panégyricpie , ii n'eut permis qu'à un Lace'de'monien de le faire , an risque de n*en point avoir. Le seul éloge digne d'un roi est celui qui se fait entendre , non par la boncBë mercenaire dl^utî orateuf, mais par llr voirf à^ïTA peiipU hhté. Feuf tfwe je ^riMép^itir à t»)i kmatg0Sy
IF ROI »B POLOGKC. ft
Mon diicoQrs, dit-on , a de quoi surprendre ( i }« 11 me semble que eeci demanderait quelque éclaira cissement. On est encore surpris de le voir couronné : ee n*est pourtant pas un pnMlige de voir couronner de médiocres écrits. Dans tout autre sens cette surprise serait ausi^i honorable à Vsksi-^ demie de Dijon qu'injurieuse à l'intégrité des aca-* démies en général ; et il est aisé de sentir combien l'en ferab le profit de ma cause»
On me taxe ^ par des phrases fort agréablement arrangées , de contradiction entre ma conduite et ma doctrine : on me reproche d'avoir cultivé moltméaie tes études que je condanme(2). Puisque la science et la vertu sonl tnoompatibles , comme on prétend que je m'efforce de le prouver 5 on me
disait l'empereur Julien k «tes courtisaDs qui vantaient sa justice,, iljkudrait que vus osmssmê dire^ û coiaraircy t^fi étaù vrai. ,
(i) C'est àe 1» question même qu'on pourrait étve suivpris : f^rande et belle question, s'il en fut Jamais, et qi^i pourra bien n'être pas sitôt renouvelée. L'acade'mie fran-> çaise vient de proposer, pour le prix d'éloqitence del'année- 'È']S'.i , un sujet fort semblable k eelur-là. Il s'agitde soutenic que l'amour des lettres inspire i'àmourdela vertu. L'aea»^ demie n^a pas jugi^ à propos de laisser un tel su^et en pro» blême , et cette sage compagnie a doublé dans cette occasion 1& temps qu'elle accordait ci-devant aux auteurs , nvêmepour les sujets les plus difficiles^
(a} Te ne saurais me justifier , comme bien d'autres , sus ce que notre ëdncation ne dépend point éù nour, et qu'on ne non* eoosultfe pas ponr.nous empoisonner*. C'est dé trà»^ bon gré que je me suis jeté dans l'étude , et c'est dé meilleBr «anir encore que je l'ai abandonnée « en m^a percevant du. trouble qu'elle jetait dans mon âme sans aucun profit poo« ma raison. Je ne veux plus d^un métier trompeur, ou fou Cfoit beaucoup faire pour la sagesse , en faisant tout pour lft> vanités-
7a BEPONSE
demande d'un ton assez pressant comment j'ose employer Tune en mé déclarant pour l'autre.
Il y a beaucoup d'adresse à m'impliquer ainsi moimême dans la .question : cette personnalité ne peut manquer de jeter de Tembarra» dans ma réponse^ ou plutôt dans mes réponses; car malheureusement fen ai plus d'une à faire. Tâchons du moius que la Justesse y supplée à Tagrément. ;
!• Que la culture des sciences corrompe les mœurs d'une nation, c'est ce que j'ai osé soutenir, c'est ce que j'ose croire avoir prouvé. Mais comment aurais-je pu dire que dans chaque homme en parti* eulier la science et la vertu sont incompatibles, moi qui al exhorté les princes à appeler les vrais savans à leur cour et à leur donner leur confiance, afin qu'on voie une fois ce que peuvent la science et la vertu réunies pour le bonheur du genre humain ? Ces vrais savans sont en petit nombre, je l'avoue; car pour bien user la science , il faut réunir de grands falens et de grandes vertus : or, c'est ce qu'on peut espérer 'de quelques âmes privilégiées, mais qu'on ne doit point attendre de tout un peuple. On ne saurait donc conclure de mes principes qu'un homme ne puisse être savant et vertueux tout à la fois.
2* On pourrait encore moins me presser personnellement par cette prétendue contradiction, quand même elle existerait réellement. J'adore la vertu : mon cœur mè rend ce témoignage ; il me dit trop aussi combien il y a loin de cet amour à la pratique qui fait l'homme vertueux. DaiUeurs, je suis fort éloigné d'avoir de la science, et plus encore d'en affecter. J'aurais cru que l'aveu ingénu que j'ai fait au commencement de mon discours me garantirait de cette imputation; je craignais
Au BOl DE POLOGNE. ^3
bien plutôt qu'on ne n^'acctisàt de Juger des chose*» que je ne connaissais pas. On sent assez combien il na'était impossible d'éyiter à la fois ces deux reproches. Que sais- je même si Ton n'en viendrait point à les réunir, si je ne me hâtais de passer condamnation sur celui-ci, quelque peu mérité qu'il puisse être?
3* Je pourrais rapporter à ce sujet ce que disaient les pères de Téglise des sciences mondaines qu'ilsméprisaient, et dont pourtant Ils se servaient pour combattre les philosophes païens: je pourrais citer la comparaison qu'ils en faisaient avec les vases des Égyptien» volés par les Israélites. Qlais je me contenterai pour dernière réponse de proposer celte question : Si quelqu'un venait pour me tuer, et que j'eusse le bonheur de me jsaisir de son arme , me serait-^il défendu , ayant que de la jeter , de m'en servir pour le chasser de chez moi ?
Si la contradiction qu'on me reproche n'existe pas , il n'est donc pas nécessaire de supposer que je n'aî voiilu que m'égayer sur un frivole paradoxe ; et cela me parait d'autant moins nécessaire, que le ton que j'ai pris, quelque mauvais • qu'il puisse être , n'est pas du moins celui qu'on emploie dans les jeux d'esprit.
' Il est temps de finir sur ce qui me regarde : on ne gagne jamais rien à parler de soi ; et c'est une indiscrétion que le public pardonne difficUement, même quand on y est forcé.* La vérité est si indépendante de ceux qui l'attaquent et qui la défen-* dent, que les auteurs qui en disputent devraient bien s'oublier réciproquement : cela épargnerait beaucoup de papier et d'encre. Mais cette règle si aisée à pratiquer avec moi ne l'est point dû tout vis-à- 6. 4
74 ftÉPOMSE
vis de mon adversaire , et c'est une diifôreoce qui n'e»t pas à l'avaiDlage de ma relique.
L'auteur , oluervant que j 'attaque ks sciences et les arts par leoars effists sar les «losurs , 6m|)loie pour me répoudre le déa^mbreme»! des utôiités <^'on en reiîrie dans tous les étais; c'«8t comme sî 9 pour justiGer un accusé 9 on se coulcwtàit de proiir ver qu'il «c porte fort bien 9 q.u'il a beaucoup d*babileté 9 ou qu'il est foirt riche. Pourvu qu'on m'accorde que les arts et les scienees nous rendent maUionnètes gens , je ne disomiTiendrai pas qu'ils ne nous^côent d'ailleurs très^rcomauMbes : c'est ime cûn£oniiÂté de plus qu'ils auront avec iat plupart des viees.
L'auteur wl plus Imn « et prétend enooreqxEUe l'é* tude nous «st nécessaire pour adsnirer les beaistés de l'univers , et qne le qicactaele ée la jiâtare, ex*^ posé 9 ce jaanbte, aux yemx de t^us fonri'iaslnic^ Uondes simp^s» exîgelui-méyn^ebiBaufiai^d'iasIruction daiiis les observateurs pour en èftee ai^ercu. J'avoue que •cette proposition mie surprend ; serait* ce qu'il est ordonné à tous les bommes d'étve pliilosc^es; ou qu'il ii'«st ^Mrdomié ^'au< seuls pbi^ losophes de crpive en Dieu ? L'Écriture nous ex^ borte en mille endroits d'adorer la grandeur et la bonté de Dieu dans les merveilles de ses oeuvres : le ne pense pas qu'elle jqous ait prescrit nulle part d'étudier la phyi»iqBe , ni que l'auteur delà nature soit moins bien adoré par moi ^ui me sais rien 9 que par celui qui connatt et le cèdre 9 et l'bysc^ 9 et la trofx^ de la moucbe , et ceUe de l'éléphant : Non enim nû& Deuê ista sçir^ , sedtaaUummodà uti V4)iuk>
On croit toujours avoir dit ce que font les sciences, quand on a dit ce qu'elles devraient faire. Gela me