‹ DiscoursChapitre 7 sur 36 · AU BOI DE POLOGVE · texte numérisé non relu

AU BOI DE POLOGVE

paraît pourtant fort différent. I/étude de Tunivers devrait élever l'homme à son Créateur 9 je le sais , mais elle n*élève que la vanité humaine. Le philosophe y qui se flatte de pénétrer dans les secrets de Dieut ose associer sa prétendue sag;e8se à la sagesse étemelle : il approuve , il blAme , il corrige y il prescrit des lois à la nature , et des bornes à la Divinité ; et tandis qu'occupé de ses vains systèmes il se donne mille peines pour arranger la machine du monde 5 le labourçur , qui voit la pluie et le soleil tour à tour fertiliser son c^amp, admire^ loue et bénit la auûn dont il reçoit ces grâces , sans, se mêler de la maniée dont eiks lui parviennent. Il ne cherche point à jiistifler son ignorance ou ses vices par son incrédulité. Il ne censure point les œuvres de Dieu , et ne s'attaque point à son mattre pour faire briller sa suffisance. Jamais le mot impie d'Alphonse K ne tombera dans l'esprit d'un honmie vulgake: c*est à une bouche savante que ce blasphème était réservé. Tandis que la savante Grèce était pleine d'athées, Élien remarquait ( 1 ) que jamais barbare n'avait mis ea doute l'existence de la Divinité. Nous pouvons remarquer de même au-» jourd'hui qu'U n'y a dans toute l'Asie qu'un seul peuple lettré , que plus de la moitié de ce peuple est athée, et que c'est la seule nation de l'Asie où l'athéisme soit connu.

La e^rio8ité natureiie à l'h4>mme , continuet-on , 4ui inspire Venvic d'apprendre. Il devrait donc travailler à la contenir , comme tous ses penchans naturels. Ses hesoins lui en font sentir la nécessité. A bien des égards les connaissances sont utiles ; cependant les sauvages sont des hommes ,

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(i) rar.Hist.yl i,c. 3i.

et ne sentent point cette néccssi lé-là. Ses emplois iuienimpos&nt Vohiigation, Ils lui Imposent bien plus souvent celle de renoncer à Tétude pour vaquer à ses devoira ( i ). Ses progrès iui en font goûter le plaisir. C'est pour cela même qu'il devrait s'en défier. Ses premières découvertes augm^entent ^avidité qu*Ua de savoir i Cela arrive en effet à ceux qui ont du talent. Plus il connaît ; plus il sent qu'il a de connaissances à acquérir . C'est-à-. dire que Tusage de tout le temps qu'il perd est de l'exciter à en perdre encore davantage. Afais il n'y a guère qu'un petit nombre d'bommes de génie en qui la vue de leur ignorance se développe en apprenant , et c'est, pour eux seulement que l'étude peut être bonne. A peine les petits esprits ont -ils appris quelque chose, qu'ib croient tout savoir; et il n'y a sorte de sottise que celte persuasion ne leur fasse dire et faire. Plttë il a de cotvnaissances acquises 9 plus il a de facilité à 6ien faire. On voit qu'en parlant ainsi l'auteur a bien plusopnsulté sont coeur qu'il n'a observé les hommes.

Il avance encore qu'il est bon de coimattre le mal pour apprendre à le fuir; et il fait entendre

(i) C'est une tpauvaife marque pour une société, qu'il faille tant de science dans ceux qui la conduisent ; si les hommes étaient ce qu'ils doivent être ', ils n'auraient guère besoin d'étudier pour apprendre 'les choses qu'ils ont à faire. Au rest&,'Cicéron lui-même, quiy dit Montaigne, ade- <f -vait au savoir tout son vaillant , reprend aucuns de ses it amis d'avoir accoutumé de mettre à l'astrologie, au droit, « à la dialectique et h la géométrie , plus de temps que ne a méritaient ces arts , et que cela les divertissait des devoirs « de la vie, plus utilélB et honnêtes, à II roc semble que, dans cette cause commune , les savans devraient fnieux s'entendre entre eux , et donner au moins des raisons sur les* quelles eux-n^émes fussent d'accord.

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