‹ Discours [microforme]Chapitre 12 sur 27 · TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

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sociales. Que sont en eflet ces serfs, ces vilains, ces hommes de la glèbe, taillables et corvéables à merci par leurs fiers ct puissants seigneurs ? Ce sont bien là encore, où guère ne s'en manque, des esclaves et des maïtres. Le christianisme surement peut faire davantage. Mais quelle puissance pourra arracher le peuple à cette ignoble exploitation ? les campagnes sont hérissées de châteauxforts et de donjons, pour contenir et châtier au besoin les populations récalcitrantes. Joignez à cela les riches abbayes et les palais épiscopaux d'où l’on adressait aux peuples des paroles d’abnésation, et de soumission absolue à un ordre de chose décleré de droit divin.

et vous conviendrez avec moi que le servage moderne était plus menaçant

pour le progrès humanitaire, que ne le

fut jamais l'esclavage ancien, avec sa cynique franchise, montrant à nu toutes

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ses diflormités. “ Malheur aux vaincus !” avait-il hautement écrit surses bannières.

L'esclave était averti qu'il était tel en vertu du droit du plus fort, et de ce droit.

il pouvait user aussi lui. Le serf moderne était physiquement contenu par la force ; il l'était de plus moralement par In doctrine de l’obéissance passive, qui lui faisait un crime de la pensée même de la résistance ; chez l’esclave ancien l'âme était libre au moins, chez le serf moderne tout était asservi, comprimé, enchaîné.

Cependant la providence se riant des rêves de la féodalité sur la stabilité de sa puissance, préparait tout doucement et en silence, et par plusieurs voies à la fois, l'avènement de l'émancipation

complète des peuples. Chose étrange !

l'émancipation, la liberté s'introduisent en Europe, et chez les deux nations qui ont le plus contribué à la civilisation

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moderne, par deux voies tout opposées.

En Frence, ce sont les rois qui, pour affaiblir leur noblesse, favorisent l’affranchissement des communes. En Angleterre, ce sont les barons qui appellent à eux le peuple, pour résister à l’absolutisme des rois. L'histoire offre plus d’un exemple de ces jeux de la providence, où celle-ci se sert, pour parvenir à ses fins, de ceux-mêmes qui doivent y perdre le plus. Louis-le-Grand, après avoir complété la ruine de la noblesse, commencée sous Louis-le-Gros, croi avoir assuré le pouvoir absolu à sa postérité, et dans l’org'ueil de sa victoire, il dit : “TEtat c'est moi” Il était loin de

s'imaginer, alors, que l'œuvre qu'il venait

d'achever était justement ce qui ferait dire, sous son deuxième successeur : “le Tiers-Etat c’est tout.” Bien plus, l’auteur de ce mot mémorable put voter la mort de ce roi infortuné. Et ces hommes du

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Tiers-État, si enflés de leur importance, n'ont-ils.pas cru qu'en votant une mort

de roi, ils assuraient l'empire à leur

ordre ? Fatale erreur ; car en dépouillant le pouvoir ancien &e son dernier prestige, ils ouvrir nt la porte à toutes les passions aigries et comprimées, qui fermentaient depuis longtemps au sein des classes laborieuses, successeurs des serfs de naguère, et devenues, depuis que l'intelligence y a pénétré, une puissance avec laquelle il faut compter. Et Louis Blanc, parodiant le mot du grand roi, crie aujourd’hui ‘“ Hommes du Peuple, l'Etat c'est vous.” Et moï j'espère que quelque grande voix pourra dire un jour:

“Hommes d'intelligence, l'Etat c'est

vous.”

En parlant de l'intelligence répandue parmi les masses prpulaires, il me vient à l'esprit que j'ai oublié de vous signaler

— JG —

une chose qui a contribué, plus que tout le reste peut-être, à l'émancipation

des peuples ; sans laquelle les rivalités

des Rois et des Nobles entre eux, et la vanité de la Bourgcoisie, n'auraient guère fait avancer l'humanité, qui se serait trouvée réduite à tourner dans le cercle des anciens errements, succession de despotisme, de demi-liberté et d’anarchie avec des masses de peuple irrémissiblement condamnées à l’abaissement politique et social, conséquence de l’abaissement intellectuel, causé lui par l’inaccessibilité des lumières aux classes infimes jusqu'à l'invention de l'imprimerie. L'invention de l'imprimerie, messieurs...

(vous avez compris déjà que c’est d'elle que je veux parler).…...devrait former une ère xouvelle dans l’histoire du monde; car dans la première, où s’est fondu le premier caractère d'imprimerie, a été coneue en même temps une société politique

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nouvelle, qui n'a pas encore vu le jour, mais qui le verra en son temps ; une société fondée uniquement sur l’intelliwence, non sur la force brute, le privilége et les écus, na plus que sur les caprices incontrolés d'une masse irréfiéchie. La presse, oui la presse sera le trône des puissances de l'avenir, et sur ce trône il n'y a que l'intelligence qui puisse s'asseoir, Voilà ma démocratie à moi : el cest à elle qu'appartient l'avenir ; car elle seule, en créant une antorité forte et incontestable, peut ou étoufler ou comprimer l'infime démagogie, et donner le repos au monde. Comme les autres autorités, 8es devancières, vous ne la verrez pas vieillir et s'affaiblir avec la dégénérescence des races dominantes, où la corruption des institutions politiques ; car dans nos veines, à Chaque

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le plus riche et le plus généreux du corps social entier.

Onauraainsi le gouvernement de l'élite du peuple par droit de nature, non plus celui des privilégiés du droit humain.

L'intelligence aux sa charte à son tour, écrite, non plus comme celles de ses devanciers sur de vains parchemins.

mais tracée par le doigt de Dieu même au grand livre de la nature.

Ce que je redoute le plus pour l'avènement de ce nouveau régime, ce n'est pas l'opposition des préjugés et des intérêts créés par l’ancien régime, et encore subsistants sous une forme ou sous une autre. Ces préjugés sont loin d’être aussi forts, et ces intérêts aussi puissants et aussi prodigieux, que ceux de la féodalité.

et les moyens d'action contre eux sont plus grands que ceux que Ja cause du

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progrès avait ci-devant à sa disposition.

C'e que je crains le plus, c'est l’impatience de quelques vrais amis du progrès ; ce:

sont les menées coupables d'une foule de faux amis, qui se présentent sous ses drapeaux avec des vues d’ambition et d'intérêt personnels, avec des haines imdividuelles à assouvir, des torts particuliers à venger. Il y a aussi les utopistes, dupes ou fripons qui vous remettent la société dans le creuset, ni plus ni moins qu'un vase brisé ou bossué, et vous la refondent tout d’une pièce sur un modèle nouveau. Rien ne les arrête : la nature humaine, les grands intérêts sociaux existants, les usages séculaires, les idées.

les croyances reçues, on se rit de tout cela; on fait main basse sur tout, et d'un seul coup de baguette l’on vous crée une cité nouvelle. Ces rêveurs ne sont pas

dangereux en eux-mêmes, mais ils le

deviennent, en s'identifiant aux yeux des

peuples avec les hommes du progres rationnel, et en enveloppant dans Je ridicule et l’improbation, dont leurs idées sont justement l’objet, tous les projets de réforme raisonnables et réalisables que présentent des esprits plus sensés.

Mais va-t-on me dire : vous qui faites si bon marché des utopies, qui vous dit que votre souveraineté de l'intelligence

n'en soit pas une? Vous prétendez, n'est-ce pas, que les systèmes politiques les plus avancés, sans en exempter le système actuel des Etats-Unis d’Amérique, restent en deçà des besoins et des droits de l'intelligence. Alors, que voulezvous donc ? Ce que je veux c'est une institution qui empêchera les Etats-Uni< comme notre Canada, lorsqu'ils seront arrivés à la condition sociale où est rendue la France, de subir l'existence volcanique qui tourmente ce grand et beau pays, et

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par contre-coup l'Europe entière, depuis plus d'un demi-siècle ; une institution qui, en satisfaisant toutes les ambitions, toutes les aspirations légitimes, autant que la chose peut «se faire, ôtera, aux esprits hardis et entreprenants, tout motif, toute pensée de s'attaquer à l'ordre établi. Lorsque les discussions politiques ne roulent que sur les hommes, sur la manière dont les institutions fonctionnent, en un mot lorsqu'on ne fait que s'attaquer aux personnes, ce n’est pas un mal, c'est souvent même un bien ; cela tient les gouvernements en éveil, ct si ces derniers ne peuvent repousser les accusations ou les reproches injustes, c'est bien leur faute, avec les moyens de défense à leur disposition. L'opposition est nécessaire dans un pays libre ; et lorsqu'elle est conduite d’une manière franche, honorable et consciencieuse, elle mérite d'être écoutée, comme elle doit

ètre réprouvée, lorsqu'elle s'ingénie à exciter les passions, à jeter le discrédit sur

des institutions respectables, à pousser l'opinion dans des voies périlleuses :

dans ce cas elle doit être jugée comme l'équipage mutin qui, dans sa rage de ne pouvoir s'emparer du commandement, tenterait de mettre le feu au vaisseau.

Je pense qu'il est possible d'établir, non pas un ordre social parfait, comme l'ont rêvé Thomas Morus et toute la famille des utopistes anciens et modernes, mais un ordre social tel que les éléments actifs de la société, les mécontents dangereux, seraient forcés de se dire : Quand nous renverserlons cet ordre social, nous n'en serions pas mieux, nous niles nôtres.

Pour atteindre ce but, je ne propose pas le renversement des arrangements sociaux et politiques qui existent ; mon

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plan peut s'accommoder de tous les régimes. Etes-vous pour lamonarchie?—il n’y répugne pas; c’est dans une monarchie que j'en ai trouvé le germe, l'idée. Etesvous pour la démocratie ?--ça lui va à merveille : l'élection populaire lui est plus sympathique encore que le patronage d'une cour. Voulez-vous le principe aristocratique ? — Eh! c'est une vraie aristocratie que je vous offre, l'aristocratie de l'intelligence, qui vaut bien, n'est-ce pas, celle de l'épée, des parchemins, ou

de la bourse? Mais précisons.

Ni j'avais à réduire mon plan en projet de Joi, voici quels en seraient le titre et

les principales dispositions :

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