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pour négocier utilement avec l'ennemi vainqueur, pour reconstituer un gouvernement, et il est nommé chef du pouvoir exécutif. A peine la paix est-elle signée qu'une insurrection formidable éclate à Paris. Tout en dirigeant avec autant d'activité que d'énergie les opérations qui ont pour objet de la réprimer, M. Thiers doit rétablir l'ordre troublé dans plusieurs grandes villes, refaire l'administration, réorganiser l'armée, restaurer les finances, assurer la perception de l'impôt, se procurer les ressources nécessaires pour payer le premier terme de la rançon imposée par l'Allemagne. En communication constante avec l'Assemblée nationale, chaque jour il y soutient ses projets, souvent est obligé d'y combattre des propositions impraticables, et, pour prix de tant de labeurs et de services, il reçoit le titre de Président de la République. Cette République^ ainsi qu'il l'a dit lui-même, est non seulement le régime qui nous divise le moins, mais la forme neutre sous laquelle les divers partis monarchiques, ajournant la réalisation de leurs espérances, ont pu collaborer au salut commun. De plus, le parti républicain est devenu un parti de gouvernement. Il a combattu la Commune et a renoncé à ces théories, à ces violences de langage qui naguères étaient un sujet d'effroi. Derrière
M. Thiers, en qui il a mis sa confiance, il travaille avec ardeur au relèvement du pays» et tous ses efforts tendent à prouver qu'il est le plus sage. En moins de deux années Tordre est partout rétabli, le calme est rentré dans les esprits, la France a recouvré son crédit, et la prochaine libération du territoire est assurée. Devant ces résultats si heureusement et si promptement obtenus,; en présence de la crise périlleuse qu'au milieu de la division des partis provoquerait toute entreprise dont l'objet serait de changer le régime établi, les hommes que ne retiennent pas des raisons de fidélité, des convictions traditionnelles, des préjugés de caste ou de société, viennent à la République et demandent qu'elle soit définitivement constituée. M. Thiers en proclame la nécessité à la tribune de l'Assemblée nationale, et la majorité de l'Assemblée proteste contre ses paroles. Depuis lors, chaque jour cette majorité manifeste son mauvais vouloir, et, au ili mai, M. Thiers doit se retirer devant un vote hostile. Bientôt a lieu une tentative de restauration monarchique ; elle échoue non pas tant à raison d'exigences inacceptables, que devant l'expression du sentiment public, dont il y aurait danger à braver les répulsions, et, après deux années de résistance, l'Assemblée nationale, ne pouvant ar-
river à une autre solution, finit par voter une constitution républicaine et par se dissoudre.
La majorité du Sénat élu en vertu de cette constitution est monarchique; en bien plus grande majorité la Chambre des députés est républicaine, et, profitant de ce désaccord entre les deux Assemblées, les anciens partis se coalisent de nouveau et projettent de détruire la République, sans souci du régime qu'ils lui substitueront. Le Sénat prononce la dissolution de la Chambre des députés, et le pouvoir ne recule devant aucune illégalité, devant aucun moyen de pression pour entraîner le TOte des électeurs. Mais le renversement de la République, ce serait l'anarchie, la guerre civile, puis, pour y mettre un terme, le despotisme avec la suppression de toutes les libertés. M. Thiers rédige alors un manifeste
qu'il adresse à ses électeurs et il meurt en l'achevant. Ce manifeste est son testament politique. Il y déclare que la nation seule est souveraine : que la République est la forme de gouvernement au moyen de laquelle s'exerce cette souveraineté ; que cette souveraineté est exercée par un chef électif du pouvoir exécutif et par deux Chambres; que ce chef du pouvoir exécutif doit gouverner avec le concours des deux Chambres et des ministres agréés par elles; que le concours d'une
seule Chambre ne suffirait pas; que les lois ou les subsides volés par une seule seraient absolument nuls ; que Tessai de faire percevoir Timpôt non voté par les deux Chambres serait un attentat contre la Constitution ; qu'en cas de dissentiment entre les pouvoirs, le litige ne saurait être vidé que par le pays convoqué dans ses comices ; que, lorsque le pays a prononcé^ toute résistance à sa volonté serait criminelle, et il demande «^ la France de confirmer ces grands principes par ses suffrages. La France répond par un vote affirmatif à ce dernier appel de l'homme qui Ta tant aimée, et le gouvernement du pays par le pays est définitivement fondé sous la forme républicaine. Telle est la cinquième et dernière période. Les discours que nous publions aujourd'hui ont été prononcés dans la première période de 1830 à 1836 inclusivement, jusqu'au jour où M. Thiers, alors premier ministre, se trouvant en désaccord avec le roi Louis-Philippe sur la politique à suivre à l'égard de l'Espagne, donna sa démission. Nous avons laissé de côté toutes les répliques, toutes les observations de détail, et n'avons reproduit que les discours traitant un sujet complet ou ceux dans lesquels sont exposées et discutées des questions de principe. Nous avons cru devoir aussi faire précéder chacun d'eux
d'une notice dans laquelle nous avons cherché à résumer, d'une façon aussi succincte et aussi exacte que possible, les circonstances au milieu desquelles ils ont été dits, les faits qu'ils concernent, les arguments auxquels ils répondent. A aucune époque, sauf peut-être pendant les deux années de sa présidence, M. Thiers n'a été plus constamment sur la brèche. Député, il est le principal soutien du cabinet; ministre, il en est le principal orateur et ne discute pas seulement les matières relatives au département dont la direction lui est confiée; il prend part à tous les débats importants sur la politique intérieure et extérieure, sur les finances, l'administration municipale et départementale, les travaux publics, Tarmée, sur les questions commerciales, sur celles de droit public et de droit international. Ses discours sont des modèles de clarté, de méthode, de savoir théorique et pratique, de bon sens, et chaque jour grandit son autorité comme orateur et comme homme d'État. Et quels sont ses émules : MM. Guizot, Dupin, de Broglie, Odilon Barrot, Berryer, M. Royer- CoUard, dont la parole magistrale et révérée se fait encore parfois entendre. Jamais la tribune française n'a brillé d'un pareil éclat. A un jour donné, sur une question spéciale, ces hommes
éminents peuvent l'égaler : mais aucun ne lui est supérieur, et son discours sur la loi des associations en mai ISSIx, celui qu'il a prononcé à l'occasion de l'interpellation Janvier, en décembre de la même année, sa réponse au duc de Fitz-James et celle à M. Berryer dans la discussion sur l'indemnité américaine en avril 1835, son improvisation sur l'alliance anglaise en juin 1836, resteront parmi les chefs-d'œuvre de l'éloquence française.
A. CALMOX.
Décembre 1878.
DE