XV
Cela veut-il dire qu'il n'y a aucun moyen de gouverner notre malheureux pays? Je ne le crois pas. La situation devant laquelle je suis placé ici avec mes collègues, qui me prêtent leur concours dévoué, le concours de grands talents, de grandes lumières et d'une parfaite probité politique, la situation, vous la connaissiez ; le moyen d'y faire face nous vous l'avons indiqué à Bordeaux : on l'a appelé le pacte de Bordeaux, la trêve des partis.
Eh bien, c'est la situation qui, à Bordeaux, nous a inspiré ce système que je vous ai présenté le lendemain du jour où vous m'avez honoré de votre confiance, il y a deux ans ; ce système qu'on appelle, je le répète, le pacte de Bordeaux, il est aussi applicable à la circonstance actuelle qu'il l'était à la circonstance d'il y a deux ans. {Très bien ! Très bien ! — Applaudissements sur un grand nombre de bancs.)
Mais permettez-moi de l'expliquer, ce pacte, de le présenter dans sa vérité, non dans le sens intéressé des uns ou des autres, mais, encore une fois, dans sa vérité, non pas résultant des commentaires, mais des textes écrits que j'apporte ici et que je vais vous rappeler.
Que me suis-je dit. Messieurs, lorsque vous avez mis sur mes faibles épaules le poids accablant du pouvoir, dans les circonstances où nous nous trouvions il y a deux ans? Je me suis recueilli profondément; j'étais épouvanté de la mission dont vous m'accabliez ; j'étais préoccupé de l'état de la France envahie.
menacée de toutes parts, n'ayant plus de ressources pour se défendre, en proie à tous ces partis que déchaîne une révolution, surtout quand elle est accompagnée de grands malheurs. Je voyais tout cela ; et puis je voyais les divisions, je dirai légitimes, qui vous séparaient les uns des autres (je dis légitimes, parce qu'elles tiennent à des convictions profondes, sincères et toutes honorables), et je me demandais s'il y avait moyen, dans cette situation, de gouverner le pays. Ce qui s'est passé dans mon âme s'est passé dans la vôtre ; mais j'étais obligé par devoir d'y regarder de près plus qu'aucun de vous, parce que la responsabilité allait peser sur ma tète. Je me suis dit cependant qu'il devait y avoir un moyen de gouverner le pays; qu'il ne serait pas possible que la Providence voulût accumuler sur nous de telles circonstances que le gouvernement fût absolument impossible.
C'est donc sans illusion que j'ai pris cette charge, je pourrais vous le prouver; je vous ai dit que je l'acceptais sans l'espérance de la justice, même si mes efforts n'étaient pas tout à fait malheureux ; je l'ai acceptée comme vous me l'avez conférée. Vous n'avez pas eu le choix ; j'étais, pour employer un des termes Mjlgaires de la politique, indiqué ; vous n'avez pas hésité, je n'ai pas hésité davantage à accepter le fardeau, bien convaincu de tout ce qui m'attendait.
Que vous ai-je proposé? Je vous ai dit ceci : Si nous nous livrons à nos préférences particulières,
il n'y a aucun accord possible ; il n'y a qu'une chose qui puisse nous réunir et qui nous a réunis en effet, c'est de venir au secours du pays, de venir sur-lechamp panser ses plaies, de le réorganiser, de lui rendre une armée, des finances, et, avant tout, la paix. Je vous ai dit : Cela nous unira.
Mais ce n'était pas tout. Il y avait un gouvernement. Quel était ce gouvernement? celui de la République. Dans quelles mains se trouvait-il? Dans cette fraction du parti républicain que la guerre malheureuse avait poussée au dernier degré d'exaltation, qui ne voulait pas même entendre parler de paix. Eh bien, quelle a été votre pensée?
Était-ce de vouloir abolir la République? Pas un de vous n'y a pensé. Était-ce de faire une révolution complète? Non.Vous n'avez pensé qu'à une chose, et, comme vous, je n'ai pensé qu'à une chose : c'était de faire passer le gouvernement de mains exaspérées dans les mains d'hommes prudents et sages, qui comprenaient d'abord que la paix était nécessaire, et, avec la paix, Tordre, qui est la paix au dedans. ( Vives marques d'adhésion sur un grand nombre de bancs.) Nous unir pour rétablir ce pays sanglant, brisé; nous unir pour maintenir Tordre en acceptant le fait existant, qui était la République, et en n'ayant d'autre prétention que celle de la faire passer de quelques mains dans quelques autres; non pour favoriser ceux-ci ou ceux-là, mais pour faire arriver le gouvernement aux mains de ceux qui voulaient ce que
nous appelons aujourd'hui la République conservatrice.
Aussi quel titre m'avez-vous donné? Quand une révolution se fait, quel est le titre généralement donné au pouvoir exécutif? On l'appelle gouvernement provisoire. Avez-vous songé à m'appeler Chef du gouvernement provisoire? Non. Vous m'avez qualifié vousmêmes, et je ne suis pour rien dans le titre que vous m'avez donné, cela s'est fait en dehors de moi, vous m'avez appelé Chef du pouvoir exécutif de la République française. Quelques mois plus tard, remaniant mon titre, vous m'avez appelé Président de la République française.
Que signifient ces faits? C'est que vous acceptiez non pas comme gouvernement définitif, je ne dis pas cela, mais vous acceptiez comme un fait la République établie ; vous vouliez seulement la mettre dans de bonnes voies. Et, Messieurs, vous auriez commis un acte de grande, de souveraine imprudence, si vous aviez voulu autre chose. C'était impossible : la République avait pour elle dans ce moment toutes les villes du Midi, qui avaient commencé une fédération des plus dangereuses, des plus anarchiques, je n'hésite pas à le dire. {Cesl vrai!) Paris était aux mains, non de la démocratie, c'eût été trop heureux, mais de la démagogie la plus violente, armée comme elle ne l'a jamais été, comme elle ne le sera jamais. {Marques nombreuses éT adhésion et d approbation.)
Que commandait la prudence? de maintenir la
République et de la rendre ce qu'elle n'était pas : rassurante , ordonnée , conservatrice et pacifique. Qu'est-il résulté de cet accord? C'est ce que je vous dirai tout à l'heure; je ne ferai que répéterM. le garde des sceaux ; mais il n'y a pas de mal à le répéter aujourd'hui.
Quels étaient les devoirs et les droits, pour les uns et pour les autres, résultant de cet accord-là? D'abord que, pour les amis de la monarchie, on ne leur demandait pas un sacrifice que leur dignité aurait repoussé, qui aurait mis leur conscience mal à l'aise, qui aurait pu refroidir leur dévouement. On ne leur demandait pas de résoudre dans le moment la grande question de la forme du gouvernement; on ne leur demandait pas de proclamer la République comme gouvernement définitif; on leur demandait de concourir à tous les besoins du gouvernement, comme tout citoyen a le devoir de concourir aux besoins d'un gouvernement qui est le gouvernement légal et établi.
Quant au parti républicain, quel était le droit qu'on lui donnait? On lui donnait le droit d'être servi loyalement, d'avoir à sa tête un gouvernement qui ne serait pas un fonctionnaire infidèle, qui, par exemple, n'accepterait pas la charge de Chef ou de Président de la République pour la transformer clandestinement, peu à peu, en une monarchie. {Mouvement sur quelques banes,)
Oui, Messieurs, la loyauté envers tous : ne pas
compromettre ou engager Tavenir, et, quant au présent, agir loyalement en chef d'une République, voilà comment j'ai entendu mon devoir. Je vais vous prouver que je Tai loyalement rempli. Oh! non, je n'aurais pas accepté la mission d'être un fonctionnaire infidèle. Je ne Tai pas acceptée, vous ne me l'avez pas donnée ; votre honneur, mon honneur l'aurait repoussée. Vous n'avez pas pu y voir une fourberie de ma part; et, quant à moi, je ne l'aurais pas voulue, j'aurais préféré cent fois mourir. {Très bien! Très bien!)
Eh bien, je me suis maintenu dans ces limites ; et permettez-moi de vous rappeler un document que M. le garde des sceaux, avec son accent si précis et si vigoureux, vous a lu l'autre jour; je ne ferai que l'affaiblir en le reproduisant, et cependant je vous prie de me permettre de le lire encore une fois, pour que j'y voie de nouveau et que je vous y montre toute l'étendue de vos droits aux uns et aux autres, et rétendue bien précisée de mes devoirs, à moi qui suis à la tète du gouvernement.
Dans la journée du 10 mars, après quelques jours de gestion, lorsque je vous proposais de venir, non pas à Paris, mais à Versailles... C'était tellement Versailles et point Paris... {Cest vrail)^ qu'on me disait ici : c Mais pourquoi ne pas aller à Paris même? » Et j'ai répondu : J'ai trop de doutes (je n'ai pas dit tout ce que je savais), j'ai trop de doutes pour pouvoir en conscience, voilà mes propres expressions, pour pouvoir en conscience vous conseiller de venir à Paris.
J*avais traversé Paris pour aller signer cette paix douloureuse qui a été le plus grand de mes chagrins, j'avais vu Paris; j'étais arrivé ici avec la conviction profonde qu'il nous faudrait une lutte terrible pour écraser cette démagogie qui a été bientôt sanguinaire et incendiaire, qui s'était emparée de la capitale et ne voulait pas l'abandonner. {Assentiment sur un grand nombre de bancs.)
Je vous ai dit : Venez prendre une position militaire. On avait songé à Fontainebleau; nous y avions songé nous-mêmes un moment; mais la position militaire était Versailles, les résultats l'ont prouvé, et c'était cela que je vous conseillais.
Que vous ai-je dit dans ce moment où, en quelque sorte, toutes les conditions de la situation ont été précisées avec la dernière rigueur? Je vous ai dit ceci : c Vous m'avez appelé Président du conseil, Chef du pouvoir exécutif de la République française; dans tous les actes du gouvernement, le mot de République française se trouve sans cesse répété. Cette réorganisation, c'était le grand but que nous nous proposions alors, cette réorganisation, si nous y réussissons, elle se fera sous la forme de la République et à son profit. »
Et j'ajoutai : c Lorsque le pays sera réorganisé, nous viendrons ici, si nous avons pu le réorganiser nous-mêmes, si nos forces y ont suffi, si, dans la route, votre confiance ne s'est pas détournée, nous viendrons le plus tôt que nous pourrons, bien heu-
reux, bien fiers d*avoir pu contribuer à cette noble tâche, nous viendrons vous dire : Le pays, vous nous Taviez confié sanglant, couvert de blessures, vivant à peine ; nous vous le rendons un peu ranimé ; c*est le moment de lui donner sa forme définitive ; et, je vous en donne la parole d*un honnête homme, aucune des questions qui auront été réservées n'aura été résolue, aucune solution n*aura été altérée par une infidélité de notre part. » {Très bien! sur divers bancs.)
Quel était. Messieurs, le sens de ces paroles? Elles signifiaient que. Président de la République, je n'aurais pas clandestinement travaillé à changer la forme du gouvernement ; elles signifiaient qu*à votre égard je n'aurais pas clandestinement favorisé l'avènement. .. Pardonnez-moi, Messieurs, ici je ne dirai pas un mot qui blesse les personnes augustes qui vous sont chères, je n'emploierai pas le mot de prétendants ; mais enfin l'opinion publique désigne certains représentants de l'autorité monarchique, et les vœux se dirigent sur ceux-ci, sur ceux-là, sur plusieurs en un mot. Eh bien, il était entendu, non seulement que je resterais fidèle au gouvernement dont j'étais le fonctionnaire, mais que je n'aurais clandestinement favorisé aucune prétention d'aucun genre, et que, lorsque j'aurais à vous rendre mes comptes comme je vous les rends ici, je pourrais vous dire : Toutes les questions sont réservées, vous êtes libres de vos choix. Quand l'Assemblée ici consultée, ou quand le pays
décidera la grande question de la forme du gouvernement, et de la personne qui, si la forme est monarchique , devra porter la couronne , rien ne sera compromis, tout aura été ajourné. J'ai promis que je conserverais la liberté du pays. Elle est entière. {Très bien! Très bien! — Applaudissements au centre.)
Elle est entière d'un côté comme de l'autre. Ce n'est qu'une question, une seule, une question de majorité. La majorité est la vraie souveraineté : majorité ici, majorité dans le pays, elle est maîtresse de ses destinées. Et, après deux ans de gestion sincère et loyale, personne ne peut me dire que j'aie altéré à aucun degré la liberté du pays.
Donc le pacte de Bordeaux signifiait pour ceux-ci {tnontrant la gauche) la sûreté du présent ; pour vous autres {montrant la droite), la liberté de l'avenir... {Très bien! au centre) ; pour moi, la fidélité à mon devoir, c'est-à-dire que je gouvernerais comme un chef loyal d'une République. {Très bien! à, gauche,)
Permettez-moi, Messieurs, non pas pour me louer, mais, pour être juste envers vous-mêmes, juste envers le pays, et surtout pour effacer un peu ces portraits si sinistres, si tristes, que nous faisons de nous-mêmes et que nous envoyons à l'étranger, qui n'est que trop porté à y croire... {Cest vrai! à gauche) y permettez-moi de vous faire en peu de mots le compte de ces deux années, le compte de ces résultats; car enfin, s'il n'y avait pas de résultats.
ce n'est pas nous seulement qui serions coupables, ce serait aussi vous, ce serait le pays.
Eh bien, on fait de nous des portraits trop noirs. Permettez-moi, en quelques mots, de vous dire la vérité, que personne ne pourra contester.
Reportez-vous à deux ansd*ici. Quel était Tétat du pays? II était envahi jusqu'à la Loire, 300,000 Allemands assiégeaient Paris et Taffamaient. Une armée de 100,000 hommes, Farmée de Poméranie, marchait contre l'armée de l'Est qu'on avait dirigée sur Be sançon ; deux colonnes, de 150,000 hommes chacune^ se préparaient à passer la Loire, l'avaient même passée sur quelques points : l'une pour menacer Lyon, l'autre pour menacer Bordeaux.
Qu avions-nous pour résister à cette invasion formidable? Des armées dévouées, mais toute la partie virile, toute la partie aguerrie était prisonnière. Les autres armées, qu'on avait levées à la hâte, étaient obligées, dans le Nord, de se réfugier dans les places; sur la Loire, de se réfugier dans les profondeurs de la Bretagne. L'armée de l'Est était rejetée vers la Suisse.
Voilà quelle était la situation militaire.
Àdministrativement, point d'autorité ; financièrement, tous les impôts de la moitié de la France dans les mains de l'ennemi envahisseur. Dans la partie non envahie, rien n'arrivait au Trésor; tout allait dans les chefs-lieux pour suffire à des dépenses, non point entachées d'improbité, mais désordonnées, aussi mal
exécutées que mal conçues. {Applaudissements sur un grand nombre de bancs).
Et nous vivions de quoi? De quelques emprunts que nous faisions à la Banque, et que, dans son dévouement à rÉtat, elle ne nous refusait pas. Nous vivions des prêts de 10 ou 15 millions qu'elle nous faisait. Nous avions ensuite une insurrection formidable à vaincre, et nous n'avions dans Paris que 18,000 hommes, ébranlés par le spectacle auquel ils assistaient. Enfin qu'avions-nous pour faire la paix? La défaite! Et savez-vous combien de jours nous avions pour la faire? Deux jours!
Je suis parti de Bordeaux le dimanche, je suis ar^ rivé le lundi à Paris, je suis arrivé le mardi à Versailles. Eh bien, l'armistice expirait le jeudi, et l'on m'a demandé de faire, de signer la paix dans l'intervalle de deux jours! Alors, m'armant du« désespoir de la France, j'ai dit : Non! je ne puis me laisser enfermer dans ce cercle de Popilius !
On m'a accordé quatre jours pour signer la paix, avec mon généreux ami, M. Jules Favre {Rumeurs à droite, — Applaudissements répétés à gauche)^ qui ne m'a pas abandonné dans ce moment. Oui, croyez-le bien. Messieurs, je me regarderais comme indigne de moi-même si j'oubliais celui qui, dans ce moment... {L* orateur y en proie à une viveémotion^ s^ arrête quelques instants, — Profond silence) ^ celui qui, en ce moment, a voulu associer sa signature à la mienne. {Nouveaux applaudissements à gauche.)
Nous Tavons signée, cette paix. Paris est resté encore entre les mains de l'étranger. Mais nous avons eu la consolation de faire évacuer tout le pays, de Paris à la Loire. Cependant nous avons eu la douleur de voir Paris plusieurs mois encore dans les mains de l'ennemi victorieux. Enfin nous avons, par des négociations répétées, continues, obstinées, obtenu la libération de Paris, puis celle des départements de l'Est, et, tandis que nous avions trouvé quarante départements occupés, il n'y en a plus que quatre aujourd'hui, et je dirai que, dans un temps qui n'est pas éloigné de nous, mais qui se rapprochera plus ou moins suivant que nous montrerons plus de sagesse ici, ces quatre départements seront bientôt délivrés. {Bravos et applaudisêemenis,)
L'insurrection a été vaincue ; il m'en a cruellement coûté... J'aurais voulu que tout le sang qui a été versé de part et d'autre, dans ces grandes circonstances, eût été versé contre l'ennemi qui nous envahissait. ( Vive approbation.)
11 y a deux patries : la première, c'est le sol. Il y a ensuite Tordre moral et public, les grandes vérités sociales et politiques, qui sont la seconde patrie, laquelle n'est pas moins importante que l'autre. (Nouvelles approbations et applaudi ssetnents.)
Cette seconde patrie, n'ayant pas pu sauver et défendre la première, nous l'avons défendue avec un dévouement sans bornes, dévouement d'autant plus
méritoire, permettez-moi de le dire, qu'il était accompagné de grandes douleurs.
L'insurrection a été vaincue; elle a essuyé une défaite que la démagogie n'a pas souvent essuyée, car heureusement de telles catastrophes sont rares dans l'histoire, mais cette défaite a porté ses fruits, et, je l'affirme, aujourd'hui l'ordre est tellement établi qu'il n'entre plus, dans les esprits, même les plus anarchiques, la pensée d'y porter la moindre atteinte. {Cest vrai! — Très bien! Tris bien!)
Quant aux finances, avec la paix, avec l'ordre, avec de la suite dans les desseins du gouvernement, suite qui a été aussi votre œuvre, car vous avez sans cesse confirmé le gouvernement dans la voieoii il s'avançait, avec l'ordre et de la suite dans les idées, la confiance est venue ; elle est venue non seulement en France, mais dans toute l'Europe, et nous avons pu, grâce à votre courage, et permettez-moi d'ajouter aussi grâce au nôtre, après avoir établi des impôts qui seraient écrasants si le pays n'avait pas montré tant de vertu civique à les supporter sans murmures... {Très bien! Très bien!) y après avoir établi ces impôts qui tous les jours fructifient et marchent vers le pair, nous avons pu conquérir la confiance, non pas seulement des capitaux français, mais je dirai du capital universel, car il a concouru tout entier aux emprunts que nous avons faits. {Oui! Oui! — Cest vrai! — Très bien!) Et c'est un juge celui-là qui peut défier et la calomnie et Fiogratitude! {Vives et nouvelles marques d approbation)
Nous avoQs pu payer avec une rapidité inespérée, nous avons pu acquitter les lourdes charges que notre défaite nous avait condamnés à subir; et, pièce à pièce, rachetant le territoire, nous sommes déjà en vue du moment où il sera racheté tout entier. {Très bien! Très bien!)
Quant à Tindustrie, à très peu d'exceptions près, et qui tiennent à des circonstances particulières que la discussion des traités de commerce nous permettra de vous exposer, à quelques exceptions près, dis-je, Factivité est aussi grande, j'ose dire plus grande qu'elle n'a jamais été; et, pour vous en convaincre, vous n'aurez qu'à lire le rapport de la Banque de France qui va être mis sous les yeux du public, et vous verrez que jamais la France n'a fait plus d'affaires qu'aujourd'hui.
Et, quand je dis tout cela, ce n'est pas pour solliciter des louanges ; c'est pour montrer à tout le monde, oui, à tout le monde, à vous, qui êtes les collaborateurs de cette œuvre, pour montrer les progrès qui ont été accomplis en deux années.
Il ne faut pas. Messieurs, nous vanter nous-mêmes ridiculement ; mais il ne faut pas non plus nous dénigrer par de méchants motifs. Non ! ne nous exaltons pas, ne nous dénigrons pas, montrons-nous tels que nous sommes, à vous, à nous, au pays, à l'Europe. {Cest cela!— Très bien! Très bien!)
Il y a aujourd'hui dans le monde entier un grand progrès de bon sens. On éprouve un sentiment de
dérision pour les gouvernements ou les pays qui se vantent outre mesure, et im sentiment de pitié méprisante pour ceux qui se dénigrent eux-mêmes. {Nouvelles marques d'assentiment.)
Pourquoi suis-je entré dans ces détails? Pour vous prouver ime chose : c'est que ce gouvernement, auquel, par respect de la conscience d'une partie des citoyens du pays, on ne demandait pas de se donner un titre définitif, ce gouvernement, qu'on ne veut pas appeler définitif, auquel on reproche d'être provisoire alors qu'on n'a pas voulu qu'il portât un autre titre que celui-là, ce gouvernement a cependant accompli, non pas encore, malheureusement, en entier, mais en grande partie au moins, la tâche dont il s'était chargé, et qu'il avait promis de réaliser par tous ses efforts.
Ëh bien, si je voulais m'en rapporter au texte de ce qu'on nomme le pacte de Bordeaux, et qu'on me rappelle sans cesse, ce qui n*est pas pour moi un souvenir pénible, car ce pacte de Bordeaux, je vous l'ai proposé, mais je l'ai fait avec vous tous* vous l'avez fait au même moment que moi, nous pouvons l'avouer, ce pacte a réalisé en grande partie les espérances qu'il donnait. Mais, si je voulais le prendre au pied de la lettre, et si je vous rappelais ces paroles : c Ce pays, vous nous l'aviez confié sanglant, couvert de blessures, vivant à peine, nous vous le rendons un peu ranimé. C'est le moment de lui donner sa forme définitive ; et, je vous eu donne ma parole, la liberté
de tous aura été sauvegardée. » Nous pourrions, sans nous rendre coupables d'infidélité, nous pourrions vous rappeler que le moment est arrivé ; car je n'ai pas dit : Quand nous vous rendrons c ranimé » ce blessé, image qu*on a bien voulu adopter et répéter souvent. J*ai dit, il y a deux ans : Quand nous vous le rendrons « un peu ranimé. » Assurément^ il n*y a pas grand orgueil à dire qu'il est un peu plus qu'un peu ranimé. (Sourires approbatifs.) Nous aurions donc pu venir vous dire : c C'est le moment de constituer d'une manière définitive! > Et nous aurions été dans le texte même de ce pacte si souvent cité.
Nous ne l'avons pas fait. Nous nous sommes bornés, dans ce Message tant discuté, tant calomnié, et qui, je crois, reste vrai, nous nous sommes bornés à vous dire : Tout le monde croit que l'Assemblée ne doit pas se séparer sans laisser quelques institutions qui, sans engager l'avenir (nous restons dans le pacte de Bordeaux), donnent au pays les moyens de continuer à vivre, à exister, à se gouverner, comme il l'a fait depuis deux ans. Eh bien, non ! nous ne sommes pas venus vous dire : 0 faut constituer définitivement* Nous aurions pu vous le dire, et nous vous avons dit seulement. . . Je ne répéterai pas les paroles que M. le garde des sceaux a citées avec tant d'à-propos et de fermeté de langage... Nous vous avons dit seulement : Si vous croyez que le moment est venu de songer à cette grande question, vous nous le déclarerez, et, si vous désirez avoir notre opinion,