‹ Discours parlementaires de M. Thiers; (volume 4)Chapitre 12 sur 53 · XV · texte numérisé non relu

XV

nous VOUS la ferons connaître loyalement et résolument.

Voilà, Messieurs, tout le secret du Message.

Pourquoi avons-nous pris ces formes si mesurées 7 D^abord par deux raisons.

Gomme Président de la République, je me crois le devoir de la conseiller dans son intérêt le plus évident, et je regarderais comme une grande imprudence pour elle (ici je donne à ses amis le conseil d'un serviteur sincère), comme une grande imprudence de vouloir proclamer la République comme gouvernement définitif aujourd'hui, car ce n'est pas de titres qu'il faut se parer, ce ne sont pas des déclarations qu'il faut faire, ce sont de bonnes choses qu'il faut accomplir. {Oui! Oui! — Très bien! Tris bien!) Et envers vous, Messieurs {L'orateur se tourna vers la droite), nous nous rendrions coupables d'une grande faute : il ne faut pas mettre à la gène la conscience d'une partie de ses compatriotes et d'une partie très respectable. {Nouvelles marques (T approbation.)

Permettez-moi de vous dire comment et pourquoi la pensée nous est venue, au mois de novembre dernier, de vous présenter le Message, dont je vous citais tout à l'heure quelques plirases. C'est que tout le monde, vous tous les premiers, oui, vous tous les premiers, vous étiez pleins de cette idée (permettez-moi de la traduire dans un langage qui est devenu vulgaire en politique), vous étiez tous per-

suadés qu'il y avait quelque chose à faire. Et ce quelque chose à faire, laissez-moi vous le définir.

Pourquoi, au 11 novembre, quand nous nous sommes réunis, aviez-vous tous, tous, cette idée qu'il fallait faire quelque chose? Pourquoi aviez-vous tous cette idée dans l'esprit, pourquoi l'aviez-vous tous sur les lèvres? Le voici. C'est vous, Messieurs, vous, qui avez été en quelque sorte les auteurs de la désignation de ce moment-là. Vous vous êtes déclarés constituants, et vous avez eu raison. Dans ma conviction, c'était votre droit. J'ai assisté aux élections, je les ai bien observées, et j'ai reçu bien des témoignages qui m'ont permis d'apprécier dans quel esprit elles avaient été faites. Oui, je l'affirme, quand le pays vous a élus, et Ubrement élus, il n'a pas fait une seule réserve de son autorité....

Sur un grand nombre de bancs à droite et aux centres. — C'est vrai ! C'est vrai !

M. LE PRÉsiDEm" DE LA Répubuque. — 11 n'a cherché à recourir à aucune de ces subtilités auxquelles quelques-uns ont recours aujourd'hui ; il a eu l'intention de vous donner tous les pouvoirs de le sauver, tous sans exception. Il vous a dit : Sauvez-moi !

Sur les mêmes bancs. — C'est vrai ! C'est parfaitement vrai !

M. LE PaÉsiDEm* DE LA RÉPUBLIQUE. — Et eu même temps qu'il n'a mis aucune limite à l'étendue de vos pouvoirs, il n'en a mis aucune à leur durée.

Qui est-ce qui a fixé la durée de vos pouvoirs?

Vous ! Non pas, je le reconnais tout de suite, par une décision légale, mais par des indications de votre propre pensée qui sont incontestables.

On vous a dit, dans des manifestations que nous avons contribué à étouffer par un devoir de loyauté que nous avons rempli avec le plus grand scrupule ; on vous a dit, dans ces manifestations : Vous avez fait la paix, votre tâche est finie. Vous avez répondu: Oui, nous avons fait la paix; mais la paix a besoin d*un complément indispensable, c*est l'évacuation du sol par rétranger ; la paix ne sera faite, complètement faite, que quand le sol sera définitivement libéré. Vous avez pensé cela, vous le pensez tous encore, vous Tavez tous dit; c'est une opinion universellement répandue. {Mouvements divers.)

Messieurs, j'abrégerai, tant que je pourrai, cet exposé trop long. {Non! Non! Parlez!)

La journée est solennelle et décisive pour notre pays; je tâche d'apporter la plus grande exactitude, la plus grande rigueur, dans l'exposition de mes idées; car il faut, après cette journée, qu'il ne reste aucun malentendu entre nous, et, dans cette exposition que je m'applique à faire complète, je n'apporterai d'autres ménagements que ceux qu'on doit à toutes les opinions, en tout temps, et surtout quand l'état de division où sont les esprits les rend si susceptibles.

Je ne dis pas. Messieurs, que le terme de vos travaux soit fixé à un jour précis, non ; mais à uo grand acte. La renaissance si grande de notre crédit,

si inespérée dans sa rapidité, a fait penser à tout le monde que cette année (à quelques mois de plus ou de moins; il est impossible de le déterminer), que cette année, ou le commencement de Tannée prochaine, verrait le terme de vos travaux. (Mouvement.)

Est-ce donc là une pensée anarchique? Est-ce une pensée qui n'ait pas les caractères frappants, indéniables, de la sollicitude la plus conservatrice, que de s*ètre posé cette question? Mais TAssemblée se retirera-t-elle sans avoir donné au pays quelques institutions qui confèrent à la République les caractères que tous, et ceux qui Taiment et ceux qui ne Taiment pas, que tous doivent vouloir lui conférer comme bons citoyens, comme honnêtes gens? (Approbation à gauche. — Légères rumeurs sur divers bancs à droite et au centre droit.)

Messieurs, je vous supplie de venir au secours de ma voix toujours faible, plus faible aujourd'hui que de coutume, de venir à son secours par votre silence. (Parlez! Parlez!)

N'était-ce pas un souci de conservateur que de vouloir demander ces quelques institutions à TAssemblée devant laquelle j'ai l'honneur de parler, qui se connaît elle-même, qui a confiance en elle-même comme pouvoir conservateur? N'était-ce pas un souci (le conservateur que de vouloir obtenir ces quelques institutions indispensables de votre main?

Vous avez pu en juger, car un membre qui siège de ce côté (L'orateur désigne la gauche), M. Gambetta,

est venu vous dire très franchement, trop franchement peut-être pour lui. . . {Sourires sur plusieurs bancs)^ non pas pour son caractère, ce n'est pas ma pensée, mais pour Tintérèt qui lui est cher, M. Gambetta est venu vous dire : « Non, il ne faut rien faire! » Pourquoi? Pour laisser faire ces institutions nécessaires par une Assemblée nouvelle de laquelle il espère plus que de vous-mêmes. {Mouvements divers,)

Eh bien, je ne peux pas comprendre qu'on ne considère pas d'un œil... (je cherche l'expression...) d'un œil plus satisfait cette pensée de vous faire faire à vous-mêmes ces quelques institutions indispensables. Quant à moi, ce n'est pas du mois de novembre dernier que date cette pensée.

J'ai été visité, l'été dernier, par quelques-uns de mes honorables collègues; ils sont venus me parler de la situation ; ces entretiens ont rempli non seulement les journaux de la France, mais les journaux de l'Europe. Dès cette époque, comme ils m'exprimaient leurs inquiétudes à l'égard des élections futures, je leur disais, ce qui était vrai, que je ne me défiais pas autant qu'eux de ces élections.

Je disais, je l'ai toujours dit, et le répète encore, que le caractère des élections futures, comme le caractère de toutes les élections, dépendait de nous tous; que, dans toutes les circonstances, on avait pu observer que, lorsque nos discussions étaient calmes, approfondies, fructueuses, l'opinion nous revenait et nous renvoyait des candidats modérés; qu'au con-

traire, lorsque nos discussions étaient agitées et stériles, nous préparions le triomphe de candidats non modérés. {Approbation au centre gauche.)

Je disais, quant à moi : Je ne me défie pas des élections, mais enfin je pourrais me tromper. Quel est le remède? C'est, si vous craignez l'Assemblée future.... Je crois bien qu'elle pourra ne pas partager telles de vos opinions ni telles des miennes ; mais il faut nous décider, si nous voulons vivre dans un pays libre, à supporter des opinions qui ne sont pas les nôtres, à tâcher de les vaincre par la persuasion et la fermeté dans les idées... C'est, si vous craignez l'Assemblée future, d'user d'un moyen pratiqué dans tous les pays libres ; c'est à une Chambre peut-être trop vive d'en opposer une autre.

Si ce moyen était d'invention récente, on pourrait s'en défier; mais il est de tous les temps, il est de toutes les républiques, sans exception. La grande et magnifique république des États-Unis, que tout le monde pourrait accepter comme modèle et mettre en parallèle avec la royauté la mieux organisée, cette grande république des États-Unis, après avoir vécu sans seconde Chambre pendant quelques années, est revenue à la saine politique, non pas à celle des clubs, mais à celle des grands publicistes.

J'ai conclu ces entretiens en disant : Il faudra organiser un pouvoir exécutif qui ait des attributions certaines, incontestées, et qui ait, avec les deux Chambres, les deux grands corps de l'État , des relations

l^es que la prudence, Texpvérience, conaeiilent d'en établir.

Eh bien, Messieurs, lorsque le moment de tous réunir est venu, lorsque tout le monde préparait dans sa tète ces institutions futures qui, je le répète, n'étaient pas un joug pour l'avenir, qui étaient sim^ plemenl une amélioration du fait incontestable, incontesté, que nous pratiquons tous les jours, c'est-àdire l'amélioration de la République, qu'y a-t-il d'étonnant que je vous aie, non pas proposé, je ne l'ai pas fait, mais que j'aie signalé à votre attention, que j'aie placé au nombre de vos travaux les plus urgents, la préparation de ces quelques institutions? C'était œuvre de conservateur que je faisais, et pas autre chose. (Approbation turpluêteuri banc».)

Que m'a-t-on répondu?

Pardonnez-moi le mot, et je supplie ceux qui pourraient vouloir s'en faire une application de ne pas le prendre en mauvaise part, car le mot n'est pas bien méchant ; on m'a répondu par une malice à mon adresse, et la voici.

Quelle est la situation? Une Assemblée unique. Elle est très honnête, sans doute ; mais il faut se défier de la position ; il n'y a pas une Assemblée qui soit plus exposée aux tentations du démon qu'une Assemblée unique. Quand on peut tout, si sage, si honnfile, si patriote qu'on soit, on est sur une pente : la pente périlleuse de vouloir tout faire. {Léger mouvemaa.)

Et devant vous, pour unique pouvoir exécutif, on

délégué que vous pouvez tous les jours, oui, tous les jours, par le moindre signe, éloigner du pouvoir, et qui, tous les jours aussi, si sa conviction ne s'accorde pas avec la vôtre, peut vouloir se retirer. Cela est parfaitement licite de votre part. Si ce Chef du pouvoir exécutif, ce délégué, vous déplaît par ses actes ou par sa conduite, vous n'avez qu'à lui faire un signe. Il ne faut qu'un signe pour l'éloigner. Luimême, si on lui demande, non pas une de ces choses secondaires auxquelles il faut bien savoir se soumettre, mais une chose fondamentale qu'il croit très dangereuse, il a un droit et un devoir : se retirer.

Mais est-ce là une constitution, est-ce une manière d'être pour un pays qu'une Assemblée unique et un délégué qui dépend d'elle, qui peut à peine avoir une opinion devant elle? (Légèrex rumeurs à droite,) Non, Messieurs, vous ne le croyez pas, et il n'était pas

possible, en vous retirant, de laisser un tel état de choses.

Eh bien, qu'est-ce qu'on m'a dit? Mais non, non, ce n'est pas là la véritable question; ce n'est pas TAssemblée unique avec un délégué dépendant qui est le mal, c'est autre chose : c'est vous qui êtes le mal; vous ne laissez aucune liberté à cette Assemblée. Quand telle ou telle partie de l'administration lui déplaît et qu'elle voudrait frapper le ministre qui répond de cette administration, vous arrivez, vous couvrez le ministre; l'Assemblée n'est plus libre, elle est placée en présence d'une crise qui suivrait votre retraite, et

toutes ces maximes parlementaires que, pendant quarante ans de votre vie, vous avez soutenues, que vous nous avez apprises à tous (on m*a fait cet honneur de le dire), ces doctrines parlementaires sont méconnues; TÂssemblée n*est pas libre, vous la dominez!

De manière que le mal de la situation, c'est moi. {Sourires.)

Messieurs, je suis faillible, assurément; je puis avoir failli beaucoup ; mais je vous assure qu'on m'a un peu étonné en m'enseignant que j'étais le mal de la situation. {Nouveaux sourires,)

11 y a quelque chose qui étonnera beaucoup le public, et qui, je vous assure, étonnerait l'Europe, si on le lui redisait bien sincèrement : C'est que le mal de notre situation est que le pouvoir est trop fort! Car voilà ce que cela veut dire. {Rires approbatifs à gauche, — Humeurs à droite.)

Messieurs, vous ne le croyez pas vous-mêmes!

Pourquoi m'avez-vous vu si souvent ici? Parce que, non seulement j'étais, par rapport à vous, dans cette situation si extraordinaire d'un délégué dépendant devant une Assemblée unique, mais parce que, dans ces moments, les plus grandes, les plus graves, les plus difficiles questions s*agitaient. Il fallait rétablir nos finances, créer 600 milUons d'impôts, reconstituer l'armée, reconstituer l'administration. Il existait des idées préconçues sur les finances, sur l'armée, sur l'administration. Ainsi l'on présentait un impôt, l'impôt sur le revenu par exemple, qui, dans ces

temps-ci, devait aboutir à ce résultat : l'impôt sur les riches réparti par la démagogie. Voilà la défmition de l'impôt sur le revenu. {Marques nombreuses d'assentiment,)

Dans un moment où chacun, soucieux de notre force militaire, attribuait nos revers à ce que nous n'avions pas su imiter la Prusse ; ce qui devait tout simplement nous conduire à avoir des soldats de deux ans; dans un moment où, toutes les questions administratives étant soulevées, on vous demandait de donner à toutes les grandes villes la nomination des maires ; ce qui nous aurait exposés à avoir le roi Pétion à Lyon, à Marseille, à Toulouse, à Nantes, à Lille... {Mouvements divers et prolongés)^ eh bien, fallait-il que dans ces moments-là, comme on Ta dit d'une manière assez pittoresque, j'aimasse mieux mon repos, que j'allasse m'enfoncer dans ce qu'on a appelé les profondeurs du palais de la pénitence... de la présidence? {Hilarité générale.)

Messieurs, je vous prie de croire que c'est bien involontairement que j'ai laissé échapper de ma bouche une expression qui ressemble un peu à la vérité, mais qui n'est pas la vérité. {Nouveaux rires.)

Voulez-vous qu'enfoncé dans les profondeurs de ce palais, je dise : Vous aimez mieux tel impôt? soit! Vous aimez mieux des soldats de deux ans? soit! Vous aimez mieux que les maires des grandes villes soient nommés par le suffrage universel? soit ! A ce prix, je n'aurais pas violé ce qu'on appelle très faus-

sèment, à mon avis, les règles parlementaires, mais j'aurais manqué à tous mes devoirs.

La vraie règle parlementaire, Messieurs, permettez-moi, sans remonter à une doctrine qui a été très exactement reproduite devant vous et qui consiste à bien distinguer le régime parlementaire dans la monarchie et dans la république, permettez-moi de vous dire que ce que nous avons appelé, depuis quarante ans, le système parlementaire consiste en ceci : donner, quand nous étions en présence de la royauté, plus d'influence aux assemblées qu'à la royauté elle-même. Et, quand nous nous plaignions de ce que le système parlementaire n'avait pas toute sa vigueur, c'est que nous trouvions que la royauté empiétait sur le système parlementaire et que les Chambres n'avaient pas les pouvoirs de contrôle qu'elles devaient avoir. Certainement, si notre vœu eût été accompli, la guerre n'aurait pas été déclarée, en 1870, aussi vite qu'elle l'a été. (Assentimeni sur un grand nombre de bancs.)

Peut-on dire qu'aujourd'hui nous n'avons pas le système parlementaire dans toute son intégrité? Mais, avec cette Assemblée unique, très respectable, je le reconnais, à la sagesse de laquelle nous devons beaucoup, une seule Assemblée, maîtresse de tout, vous avez le parlementarisme, non pas enchaîné comme on la dit, mais poussé à l'excès. Quel était le correctif? Dans cet état provisoire, qui sera modifié si les conclusious de la commission sont adoptées, le remède

c'était, pardonnez-moi ce mot qui peut paraître orgueilleux, le dévouement sincère et absolu du dépositaire du pouvoir exécutif, qui avait le courage, peut-être à tort, de vous déplaire et de vous résister. {Mouvement,)

Le remède, ce n'était pas de m'ôter le seul moyen dont je pouvais user à votre égard : la persuasion; car il serait bien superflu de dire ici que je ne suis pas un homme à faire un coup d*État ; la rougeur me monte au front quand je me défends de cette accusation, tant elle est ridicule. {Rires approbatifs et marques (Tadhision.) Mais, n'ayant ni le moyen, ni la volonté de faire un coup d'État, je n'avais que la persuasion. Eh bien, ce qu'il fallait, c'était ce que nous demandions : quelques institutions indispensables. Je ne crois pas qu'il fût indispensable d'ajouter plus de formalités qu'il n'y en avait à mon apparition ici. Mais, comme c'était une chose personnelle, je me suis soumis sans discuter; j'ai répété à la commission que je faisais, j'allais employer une expression un peu trop familière, que je faisais litière du désagrément qu'il pouvait y avoir pour moi dans tout cela, et que j'accepterais ce qu'on ferait. Seulement j'ai résisté lorsqu'on a rais en doute si, sur certaines questions, comme, par exemple, sur les interpellations touchant la direction générale de la politique, on me refuserait la parole ; et la commission, pleine d'esprit conciliant, a fait droit à mes observations. Je me suis rendu, j'accepte parfaite-

ment les articles qui me concernent, et je supplie ceux qui voudraient, avec des intentions très aimables, venir à mon secours, de ne pas m'apporter ce secours. {Bires d'assentiment.)

On m'a dit qu'un des hommes les plus distingués de cette Assemblée, qui joint à un sens solide beaucoup de grâce d'exposition, l'honorable M. de Ventavon, devait venir à mon secours. D'avance, je le supplie de n'en rien faire. (Nouveaux rires.) Je me résigne parfaitement ; et, je dois le répéter, pour n'être pas ingrat, la commission me donnant la faculté, très grande pour un simple délégué comme moi, d'arrêter pour quelque temps vos résolutions, m'a certainement dédommagé de la gêne qu'elle m'a imposée.

Donc, ne parlons pas de ce qui me concerne; je me soumets, et je me soumets parce que l'intérêt public commande l'accord, mais aussi parce que je suis dédommagé de tout ce qu'on peut me retirer.

Mais voici le grand motif de mon assentiment. Qu'avais-je désiré dans un intérêt purement conservateur ? J'avais désiré qu'on fit ce que j'appelle les institutions nécessaires, qui, sans enchaîner l'avenir (on vous doit de le laisser libre), permettaient de donner à la RépubUque, car nous sommes sous un gouvernement républicain, les conditions qui font la République conservatrice. (Interruptions à droite. — Mouvements divers)

Un membre à droite. — Vous faites la République !

M. LE PRÉsiDEzn' DE LA Répubuque. — J'enteiids cette observation : c Vous faites la République ! » A cela je réponds : Apportons ici un peu de calme d'esprit, un peu de cette bonne foi qui suit le calme. Mon Dieu ! elle existe. Eh bien, apportons le calme et la bonne foi qui s'ensuit; la République existe...

A droite. — Provisoire !

M. LE PRÉsiDEîrr DE LA Répubuque. — Je suis Président de quoi ? De la République. {Très bien ! Très bien! à gauche.)

A droite. — Provisoire ! {Bruit prolongé.)

A gauche. — Allons donc !

M. LE PRÉSmENT DE LA RÉPUBUQUE. — NoU paS, CU-

tendons-nous bien, non pas de la République, gouvernement définitif de la France, voté par vous ou par le pays, mais du gouvernement de la République qui existe depuis deux ans avec votre assentiment, par une appellation, votée par vous, le gouvernement de la République... {Légère rumeur à t extrême droite. — Assentiment sur les autres bancs.)

M. Gaslonde. — C'est le fait ! C'est la vérité ! {Oui! Oui!)

M. LE PllÉSU)EiNT DE LA RÉPUBLIQUE. — J'CU Suis le

Président sincère, loyal, et qui a déclaré qu'à toutes les époques il vous remettrait le dépôt intact...

A droite et à gauche. — Très bien ! Très bien ! — Écoutez! Écoutez!

M. LE Pressent de la République. — Et je le dis à ceux qui siègent de ce côté {L*orateur désigne la

gauche) y j'en suis le dépositaire loyal, qui veillera sur le dépôt et ne le laissera pas plus violer contre votre intérêt que dans l'intérêt de ce côté de l'Assemblée {V orateur désigne la droite).

De quoi s'agit-il aujourd'hui ? Il ne s'agit pas, je le répète, de décider des formes définitives du gouvernement; il s'agit d'améliorer un fait certain, incontestable, indéniable, car il faudrait violer vos votes pour le contester, il s'agit de rendre cette République conservatrice.

Savez-vous, Messieurs, qu'il y a dans cette Assemblée beaucoup d'hommes très sensés, très éclairés, auxquels vous ne refusez pas votre estime, qui préfèrent la monarchie à la république, et qui m'ont dit : Mais enfin le pays cependant a besoin qu'on lui donne un gouvernement. Si l'on ne peut pas faire la monarchie... Je ne vous appelle pas impuissants, Messieurs ; non ! non I ce n'est pas cela que je veux dire ; mais parlons franchement, sincèrement, en honnêtes gens que vous êtes, vous savez qu'il serait bien difficile de la faire aujourd'hui ; vous le reconnaissez presque tous...

Un membre à droite, — Grâce à vous ! {Exclama^ tions. — Cris: A l'ordre! A F ordre!)

Voix nombreuses, — Ne répondez pas I — Continuez!

M. LE Président de la Répubuque. — Eh bien, me disaient ces hommes très sensés et très éclairés, puisque pratiquement on ne peut pas faire la monarchie, qu'on fasse la république !

Et de ce côté de l'Assemblée (la gauche) qu'est-ce qu'on dit? Car, je vous en conjure, Messieurs, honorons-nous, honorons notre époque, en arrivant à la tolérance de toutes les opinions. {Très bien ! Tris bien!)

La tolérance religieuse, qui est le plus noble effort de l'esprit humain, qui est la gloire de Henri lY (il en a été le premier fondateur), c'est, à mon avis, le plus grand effort de la religion, car c'est la charité appliquée aux opinions religieuses. {Sensation. — Très bien I Tris bien ! et applaudissements.)

Oui ! la tolérance religieuse, bien pratiquée et bien comprise, est une des plus nobles conquêtes de l'esprit humain, et c'est, je le répète, la conquête de * Henri IV.

Mais la tolérance politique, de grâce arrivons à la tolérance politique !

M. DE Gavardie. — C'est ce que nous voulons. (If interrompez donc pas!)

M. LE Président de ia Répubuque. — La tolérance politique, voilà ce qu'il est difficile de faire pénétrer dans les esprits les plus sincères et les plus convaincus!

La tolérance politique n'est pas l'abandon de sa ^ foi. La foi religieuse n'emporte pas qu'il faut brûler ceux qui pensent autrement que vous; il faut les plaindre et tâcher de les persuader. Voilà la tolérance religieuse. La tolérance politique, c'est de respecter les opinions d'autrui ; c'est d'admettre ce que malheureu-

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