XV
vcrnement, avant le gouvernement ; l'armée doit être partout, elle y sera! J'ai donc bravé de cruelles extrémités. {Mouvement) S'il y a un homme à qui coûte l'effusion du sang, c'est moi, j'ose le dire. J'ai bravé toutes les chances, toutes les extrémités de cette guerre affreuse. Moi, complaisant du radicalisme, du communisme, j'ai écrasé... (quand j'ose dire moi, ce sont les braves gens qui voulaient bien écouter ma voix), nous avons écrasé celte faction détestable, et nous Tavoiis écrasée, j'cspcre, pour longtemps. (3/oiive^nent jyrolongiK)
Et alors la confiance est revenue. Quand on a vu non pas un gouvernement vacillant, un gouvernement regardant ici ou là, mais un gouvernement regardant devant lui, qui allait droit à l'avenir, qui savait ce qu'il voulait, la confiance est rentrée dans les esprits, la sécurité dans les cœurs, l'industrie a repris son activité, le crédit nous a été rendu, et nous avons pu commencer ces emprunts prodigieux pour lesquels il n'y avait pas (rexpérience, parce qu'il n'y en avait pas d'exemple. Nous avons fait un premier emprunt de 2 milliards, nous avons soldé une première partie de l'indemnité; et, en présence de notre ponctualité dans une situation aussi grave, nous avons obtenu la libération de Paris. Le périmètre de Paris, où il m'était si douloureux de voir tous les jours des soldats étrangers, nous a été rendu. On nous a rendu le territoire jusqu'à la Marne.
La confiance a continué, elle s'est accrue. Cette
politique, qui vous parait si condamnable, a été une politique d*apaisement. L'apaisement a augmenté la confiance, et nous avons pu faire ce nouvel et dernier emprunt de 3 milliards et demi, qui avait bien moins d'exemples encore que le précédent, dont tout le monde s'épouvantait. On nous a offert 43 milliards. Je n'ai pas pris cela au sérieux; mais ce que j'ai pris au sérieux, c'est la confiance qui nous faisait de telles offres.
On m'a dit quelquefois (les partis disent tout!): « Vous payez l'indemnité ; beau mérite ! Vous prenez l'argent dans nos poches. » (Sourires.) Je demanderai : Où puis-je le prendre, si ce n'est dans les épargnes du pays? (Marques (V assentiment.)
Savez-vous quel est le mérite? Je ne veux pas le grossir : c'est la confiance que cela fait supposer, et les intérêts sont meilleurs juges que les partis; quand ils prononcent, il faut les en croire, parce qu'ils sont sur eux-mêmes parfaitement éclairés.
Eh bien, nous avons pu alors assurer Taffranchissement défmitif du territoire. Aujourd'hui, tandis que toutes les places financières de l'Europe sont gênées, qu'il y a des crises partout, nous qui avons à payer des sommes si énormes, nous étonnons l'Europe par la ponctualité de nos payements. [Marques (ïassentiment.) Nous avons payé 4 milliards, la dernière portion de ces 4 milliards a été versée il y a quinze jours; le payement du dernier milliard va commencer dans huit jours; les fonds sont assurés.
Pour les 250 millions composant le premier quart du dernier milliard, les fonds sont déjà faits, sauf une faible somme qui sera transportée par les chemins de fer. Les fonds pour le i"' juin sont prêts; ils sont assures pour le 1" juillet, ils sont assurés pour le l'"" août, pour le 1" septembre; et j'espère que la sagesse, si elle n'est pas dans les paroles, étant dans les actes, rien ne troublera raffranchissement définitif de notre pays. {Très bien! Très bien! à gauclie.)
Mais est-ce tout? J'ose dire à ceux qui prétendraient que nous n'avons pas d'alliances, qu'ils se font une étrange idée de notre situation aux yeux de l'Europe. Je pourrais, s'il m'était permis, pour une satisfaction personnelle, de faire connaître l'état vrai des sentiments de l'Europe, je pourrais, dis-je, Ie^i étonner beaucoup.
Des alliés, Messieurs, dans l'état du monde! Après la politique insensée qui a brisé ce qu'on appelait l'équilibre européen, qu'elle affectait de mépriser, il n'y a plus d'alliés pour personne. La vraie alliance, elle est dans l'estime qu'on inspire. Eh bien, je l'ose dire, la France, en montrant une vitalité si grande, a presque réparé par cette vitalité l'atteinte que ses défaites avaient portée à son prestige. On croit à la France en voyant la conduite de son gouvernement, qui n'a qu'un mérite, mais un mérite qui est peut-être réel, la suite dans ses desseins, la conséquence dans sa conduite.
Ainsi nous réparons nos forces militaires devant
toute TEurope. Elle le voit, nous ne le cachons pas ; je l'ai toujours dirfranchement, car on ne trompe personne» et il n'y a rien de plus puéril que de recourir au mensonge, surtout devant des gouvernements éclairés comme ceux d'Europe; nous réparons nos forces, parce que nous ne voulons pas que la France soit déchue de son rang, parce que nous voulons qu'elle pèse dans les conseils de l'Europe ce qu'elle doit peser; mais nous voulons la paix, nous la voulons franchement; elle est pour ainsi dire systématique chez nous. Nous avons obtenu ce résultat qu'on assiste sans crainte à nos armements. Une partie de l'Europe en souhaite le succès ; l'autre partie l'admet, et tous croient à la parole que nous avons donnée : c'est que nous voulons la paix, qu'elle est notre système, à moins que des intérêts majeurs ne nous forcent à y renoncer. {Très bien! Très bien!)
Je le répète, la véritable alliance est l'estime qu'on inspire à l'Europe, et nos successeurs en trouveront la preuve dans les archives que je ne peux pas ouvrir ici devant vous.
Je pourrais ajouter que l'armée se réorganise ; que tous les juges compétents admirent sa tenue ; que les grandes questions de son armement sont résolues; que la grande fabrication commence, qu'elle a commencé, et que, sous ce rapport, nos successeurs pourront se convaincre que le temps n'a pas été perdu.
Quant à l'ordre, quoi qu'on en dise, il est tellement maintenu à l'heure qu'il est (et c'est la première
fois peut-être, car lorsqu'on a fait le 2 décembre, que nous disait-on? qu'à tous moments nous devions nous attendre à quelque bataille), l'ordre est tellement maintenu à riieure qu'il est, qu'il n'est pas supposable, et les partis môme ne le peuvent supposer, qu'il y ait des troubles à craindre pour Tordre matériel.
Le genre d'argumentation qu'on nous oppose le prouve. On nous dit : Mais qu'est-ce que Tordre matériel? C'est Tordre moral qui est la chose essentielle.
Je conviens que Tordre moral est la chose la plus importante ; mais il ne peut reposer que sur Tordre matériel. Et, puisqu'on dédaigne tant Tordre matériel qu'on en parle avec si peu de considération, qu'on me permette de dire que c'est la preuve, puisqu'on le dédaigne, qu'il est obtenu. Qu'on en tienne donc compte! {Vive approbation à gauche et au centre gauche,)
Croyez-vous qu'avec une politique de parti, une politique irritante, une politique de combat, puisque c'est le mot adopté, croyez- vous, dis-je, que vous auriez produit et obtenu cet apaisement , relatif, je le reconnais, mais enfin cet apaisement? Mon Dieu! ce qui se passe ici prouve qu'il peut être interrompu souvent ; néanmoins c'est cet apaisement qui a permis à l'industrie, au commerce, à toutes les facultés du pays, de se développer, qui a permis au crédit de s'établir, à ce point que, comptant sur votre sagesse, il se soutient... (Moucement), qu'au lieu d'une panique il se contente de quelques variations ; c'est
un hommage qu'il vous rend. {Rires approbalifs à gauche et au centre gauche,)
Je maintiens qu'avec une politique de parti, vous n'auriez pas même obtenu cet apaisement relatif auquel vous devez l'élévation ou la conservation de notre crédit et la libération du territoire. Oui, voilà la tâche urgente.
Mais la tâche d'avenir! Oh ! là est la difficulté, et elle est très grande. C'est là qu'est l'ordre moral.
C'est cet ordre moral qu'il faut rétablir. Mais ce qu'il y a de singulier, d'étrange, c'est que ceux qui demandent l'ordre moral, oubliant qu'il ne peut exister sans leur concours, le troublent, pour leur part, considérablement. {Très bien! Très bien! à gauche et au centre gauche).
En quoi consiste cet ordre moral? Définissons-le exactement. Cela veut-il dire que la France serait démoralisée? Non, Messieurs ; on nous avait accusés d'immoralité, on avait dit qu'il n'y avait point de religion en France. Puis, après l'avoir souvent répété, on se vante, et l'on a raison, de Taffluence dans les églises. On disait que la spéculation effrénée avait affaibli nos caractères, les avait abaissés. Regardez hors du pays (Dieu me garde d'offenser personne) et dites-moi si ces spéculations effrénées ne régnent pas ailleurs que chez nous et avec bien moins de réserve, avec bien moins de sagesse, avec bien moins de solvabilité (et la solvabilité est une probité dans les affaires), avec bien moins de solvabilité que chez nous.
A gauche et au centre gauche. — C'est vrai ! Très bien ! Très bien !
M. LE Président de la République. — Quand on parle de Tordre moral menacé dans le pays, cela ne signifierait rien, rien de vrai au moins, si on appliquait cela à la moralité du pays.
Que veulent dire ces mots : l'ordre moral troublé ? Ceci uniquement : la division ! C'est que nous avons devant nous une question immense, cette question de la forme du gouvernement, à laquelle, à mon avis, on donne trop d'importance. Elle en mérite sans doute beaucoup ; mais la politique pratique, qui fait les affaires du pays, devrait passer avant cette politique théorique, qui attache aux formes du gouvernement tant d'importance.
Je ne veux pas, encore une fois, nier qu'elle n'en ait beaucoup. Cette question de la monarchie et de la république, elle a troublé tous les États, elle a fait couler des torrents de sang. Je n'en méconnais pas l'importance; mais, au fond, si vous voulez être justes» Ifr est la diflîculté, là est le trouble. {Très bien! Très bien!)
On disait hier : « Ce n'est pas la question ; nous ne sommes pas des monarchistes, nous sommes des o'Onser.vateurs ! » Je vous dirai que nous aussi nous avons la prétention de l'être, et peut-être, permettezmoi de vous le dire, nous en avons le droit; et j'éprouve un certain sentiment que je contiens à peine, quand je vois des hommes beaucoup plus jeunei^ que moi et qui ont encore dans la politique apporté plu»