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de paroles que de faits, mettre eu doute mon esprit conservateur. {Applaudissements et rires d'assentiment à gauche.)
Nous ne sommes pas des monarchistes, nous sommes des conservateurs, dites-vous. Permettezmoi de vous le dire, il vous arrive, quand vous dites cela, ce que, selon vous, il arrive à M. Casimir Perier, à M. Bérenger, à M. Waddington, quand ils disent qu'ils sont conservateurs. Vous nous avez dit hier avec la liberté dont vous avez usé à notre égard, dont j'ai le droit d*user à mon tour et dont j'userai avec ménagement, vous nous avez dit : On ne vous croit pas ! Eh bien, à mon tour, quand vous dites que vous n'êtes pas monarchistes, que ce n'est pas le sentiment qui vous anime, permettez-moi de vous dire : Ou ne vous croit pas ! {Très bien ! Très bien ! et applaudissements prolongés à gauche et au centre gauche.)
M. Lbstourgib. — On ne doit pas applaudir dans les tribunes ! On a applaudi dans la tribune présidentielle, et c'est M. le préfet de la Seine. {Rumeurs diverses.)
M. LE PRÉsroENT. — Si quelques manifestations ont Heu dans les tribunes , la tribune où cette manifestation se sera produite sera immédiatement évacuée. {Tris bieni)
M. LE MARQUIS DE Sers. — G'cst scandalcux I Faites évacuer la tribune du Président de la République !
Plusieurs voix à droite. — Oui I Oui ! Faites évacuer la tribune! {Agitation).
M. LE pRÉsmEsn*. — Veuillez faire silence, Messieurs?
^Jl^^^ POLITIQUE INTÉRIEURE.
c'est au président de l'Assemblée qu'appartient li; maintien de l'ordre. {Trh bien! Trh bieni — L'a talion cesse et le silence se rflablit.)
M. LE PUÉSIDENT DE LA ItÉPUBLTOtJE- — MCSSieUrS,
soyons sincères, les uns et les autres.
Oui, et je le répète, c'est parfaitement respeetable : les uns teiidenL à la monarchie, les autres tendent à la république. Ce qui nous divise ici, ce qui fait l'embarras (iii uiomeat, c'est surtout cette question; il n'y eu a pas une autre.
Sans doute , si vous voulez parler des dangers qu'une mauvaise législation électorale peut Taire courir au pays, nous sommes d'avis qu'il faut y pourvoir, et nous avons apporté des lois dan» cette intention ; conservateurs sous ce rapport, nous le sommes tous. Mais la question qui nous divise, il faut être sincère, c'est la question dont je parlais tout à l'iieurc.
Eh bien, voyons! mettez-vous à notre place : comment voulez-vous que nous la résolvions? Comment pouvons-nous nous y prendre?
Je vous exprimerai ici mes sentiments, permettezmoi de le dire, sans amertume, bien que je nierais la vérité, si je disais que je n'en ai pas dans le coeur; mais il n'y en a ni dans ma conduite ni dans ma bouche. Je sais bien que cette franchise vous inspire à notre égard très peu de bienveillance, et que, de ctî côté qui lient à la république, on a pour nous une faveur que nous n'avons rien fait pour acquérir. Je n'ai désavoué aucune de mes opinions, et je pourrais prou-
ver ici que, sur les questions qui intéressent le plus la politique conservatrice, j'ai été plus conservateur que la plupart de ceux qui m'interrompent et qui ont abandonné des questions conservatrices que j'ai soutenues jusqu'à la dernière extrémité. Je n'ai qu'un titre, celui que m'a donné votre faveur, celui que m'a donné celle de mes collègues qui sont là {la gauche) ^ c'est d'avoir tenu ma parole, c'est d'avoir pris mon parti sur la question de la république. Je l'ai pris, oui, je l'ai pris.
Le fond de la question, pour ce qui me regarde, est là. J'ai mon parti pris. Savez -vous pourquoi ?
Quand on est dans son cabinet, avec ses livres si chers, que l'on est si heureux de parcourir, où l'on est témoin des injustices que d'autres hommes ont éprouvées, où l'on n'est responsable et jugé que devant sa conscience, eh bien, quand on a ce bonheur, que peut-être vous me rendrez, et vous me ferez bien heureux, quand on a ce bonheur-là, on peut délibérer comme un philosophe, comme l'a fait Montesquieu, sur les avantages et les inconvénients de la république ; on peut délibérer sur les beautés de la monarchie. Mais, quand on est au gouvernement, il faut prendre son parti. Est-ce que vous croyez que, quand on a gouverné deux ans et demi, bientôt trois ans, dans le provisoire, entre un parti qui dit : u Je ne puis pas faire la république dans ce semestre, je garde le pouvoir constituant et je pourrai peut-être la faire dans le semestre suivant ! » et un autre parti où il y a des
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gens que celle allilude remplit de méfiance, et qui, au moindre acte, même conservateur, regardent si làdessous ne se cacherait pas une intention anarchique. . . (Mouvements divers)^ est-ce que vous croyez qu'on peut continuer à gouverner longtemps dans ces conditions? Et par exemple, quand on a dit ici : « Le gouvernement ne sera pas définitif , il sera provisoire, »
quand on a dit cela, quand on Ta voulu, quand on Ta obtenu, quand nous vivons dans le provisoire depuis bientôt trois ans, deux ans et demi au moins, si encore on avait la justice, l'équité de ne pas venir nous dire hors du parlement, dans l'arène des partis : Vous n'êtes qu'un gouvernement provisoire ! on n'a pas à se gêner avec vous ; vous êtes provisoires, vous ne serez plus dans quinze jours, vous ne serez plus dans six mois !... Et ceux-là mêmes qui nous ont demandé le provisoire nous en font un crime lorsqu'ils sont hors d'ici !... Est-ce que vous croyez qu'avec tout cela Ton peut gouverner?...
On nous parle de la fidélité au pacte de Bordeaux; et puis, chacun de son côté (je ne fais pas le reproche aux uns sans le faire aux autres) dit : Je ne reconnais que telle monarchie, pas la même malheureusement. Moi, je ne veux que telle république; nous n'en voulons pas d'autre ! Chacun proclame la sienne, et dans la presse, dans les banquets, on tient, permettez-moi de le dire, un langage attentatoire à Tordre et au vrai repos des esprits. Est-ce que vous croyez qu'une nation peut durer longtemps lorsque d'un côté
on boit à la chute de la république, et que de l'autre on célèbre telle ou telle dynastie? Je ne fais de reproche à personne; mais, quand on se livre à ses passions, on devrait comprendre qu'on provoque les passions contraires. {Tris bien! Très bien! — Applaudissements à gauclie et au centre gauche,)
.Eh bien, quand, après deux ans et demi, et toutes les fois que le moment approchait où la question allait être soulevée, quand nous avons vu les esprits s'enflammer, nous nous sonmies dit : Nous ne pouvons pourtant pas rester éternellement dans cette situation! Et alors, sans aucune prétention, pour notre part, de résoudre cette question au profit ou aux dépens des uns ou des autres, ayant toujours la résolution de l'apporter devant vous, nous nous sommes dit qu'au moment déterminé dans ce que vous appelez le pacte de Bordeaux, au moment où le pays aurait recouvré ses forces, sa santé, son calme d'esprit, à ce moment il faudrait décider ses destinées, non pas, je le répète, avec cette arrogance qui fait croire aux hommes qu'ils font une constitution définitive, qu'ils travaillent pour l'éternité, mais avec le positif, la précision, la netteté, de gens qui veulent une loi indiscutable et respectée, et qui ne croient pas que l'ordre soit possible lorsque tous les jours on se permet d'attaquer, de saper les bases et de bafouer les principes d'un gouvernement ! {Vive approbation à gauche,)
Ce n'est pas, de notre part, une impatience théorique, une satisfaction de notre opinion personnelle ;
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c'est la constatation d'une nécessité pratique. Voilà pourquoi nous avons pris notre parti, et, quand je dis notre parti, nous n'avons aucun droit, aucune prétention de le prendre tout seuls, car c'est à vous. Messieurs, qu'il appartient de décider. J'ai toujours reconnu votre souveraineté. Mais, comme gouvernement, nous devions avoir une opinion, c'était indispensable ; il faut Ijien que rAssembloe trouve dans le gouvernement institué par elle une politique qu'elle puisse suivre ou nioditîer. Nous avons donc pris notre parti, et, permettez-moi de vous le dire, je ne voudrais pas vous blesser, je ne voudrais pas vous déplaire, mais savez-vous quelle est la raison qui m'a décidé, moi, vieux partisan de la monarchie, outre le jugement (|uc je portais en considérant la marche générale des choses dans le monde civilisé? C'est qu'aujourd'hui, pour vous, pour moi, pratiquement, la monarchie est absolument impossible.
Et jo ne veux pas vous déplaire davantage en vous en donnant les motifs. Mais vous le savez bien, et c'est ce qui vous justifie de ne pas venir, au nom de votre foi, nous proposer le rétablissement de la monarchie; car, enfin, ce serait votre droit. Puisqu'on propose ici telle ou telle république, vous avez le droit de proposer telle ou telle monarchie. Pourquoi ne le faites-vous pas? Pourquoi, vous qui êtes plus calmes que tels et tels autres (je ne veux pas faire de personnalités), pourquoi leur dites-vous qu'il serait imprudent de venir ici pro-
poser la monarchie? Pourquoi, par exemple, quand la polémique s'engage entre vous et nous, vous hâtezvous de dire : « Non, ce n'est pas comme monarchistes que nous parlons, c'est comme conservateurs ! » C'est, convenons-en de bonne foi, que vous-mêmes sentez que, pratiquement, aujourd'hui la monarchie est impossible. (Mouvement.) Je n'ai pas besoin d'en dire la raison encore une fois, elle est dans votre esprit à tous : il n'y a qu'un trône, et l'on ne peut pas l'occuper à trois. {Rires à gauche,) Et, quand on nous*dit qu'on est d'accord, oh! oui, d'accord, aujourd'hui, mais, selon votre verdict, certainement on ne le sera pas après-demain. Oui, voilà la raison et la nécessité d'avoir un gouvernement qui ne soit pas contesté tous les jours, bafoué tous les jours, oui, contesté à ce point que, pour certains troubles où l'on avait poussé des cris vraiment séditieux, quand nous nous sommes adressés à la justice, elle nous a répondu : « Le principe du gouvernement n'est pas consacré! » Et l'on ne considérait ce qui s'était passé que comme un trouble nocturne !
11 n'est pas possible, je le répète, de vivre longtemps sans que le principe du gouvernement soit établi et respecté.
La seconde raison, c'est celle que je vous disais : si, à droite, les plus honnêtes gens, les plus fidèles, les plus fervents dans leur foi, prouvent par leur silence qu'ils ne peuvent pas eux-mêmes aujourd'hui, dans l'état des esprits et des partis, faire la monar-
chie, csl-il étonnant que nous à qui (pardonnez-moi une expression qui appartient au barreau, auquel je suis malheureusement étranger), que nous à qui incombe la nécessité d'avoir une opinion, de donner l'exemple au pays, de lui faire des propositions, nous ayons tenu la conduite qu'on a tant blâmée?
Je regrette vivement les deux collègues qui se sont séparés de nous et qui, jusque-là, avaient été toujours d'accord avec nous. C'est malgré moi qu'ils ont quitté le cabinet. Je ne nie pas que je n'aie cru devoir leur demander leur démission. Cela est vrai; vous me permettrez de ne pas entrer dans les personnalités ; cela ne servirait qu'à égayer la malignité publique, sans profiter au pays. Mais, si j'ai été obligé d'agir ainsi, c'était afin d'arriver devant vous avec un gouvernement un et homogène, pour que Ton ne pût pas venir me dire, comme on aurait pu le faire il y a quinze jours : « Vous êtes désunis! » Je me suis adressé à des hommes dont je n'ai pas à faire l'éloge... Mon amitié n'est pas un devoir pour vous, vous n'avez pas à vous en préoccuper; mais vous ne nierez pas qu'il n'en est guère de plus considérables ni de plus respectables dans notre pays.
Quel a été leur titre à mes yeux? C'est que, comme nous, ils avaient pris leur parti.
Ce parti, l'avous-nous pris en aveugles ou bien eu arrogants, usurpateurs de votre autorité et prétendant résoudre la question à nous seuls? Non. Dans mon Message, si maltraité, je vous avais seulement
dénoncé la question et la nécessité de la résoudre, en vous disant qu'à vous seuls appartenait la juridiction, et en ajoutant que/ quant à la nature des institutions, dès que vous nous donneriez un signal, à Tinstant même nous vous dirions, sur ces institutions, notre opinion, sous notre responsabilité et sauf votre jugement. Depuis, la commission des Trente a été formée; avant, il y en avait eu une autre. Â quoi ont abouti ces deux commissions? Â ce qui me semble être la justification de notre Message, qui n*avait fait que dénoncer la question ; elles ont abouti à nous commander de présenter des lois, des lois qui n'auraient rien fait si elles n'avaient pas résolu la question principale.
Gomment voulez-vous, en effet, qu'on fasse des lois organiques, si l'on n'est pas fixé sur le principe du gouvernement? {Mouvements divers.) Ces lois sont un acte de déférence envers vous. Elles méritent, je crois, considération. Je ne dis pas qu'on doive les lire en quarante-huit heures; mais j'espère qu'on finira par les lire, et, quand on les aura lues, on jugera notre politique. Seulement je me permettrai de dire qu'on porte ce jugement un peu vite, et, pour employer la langue dont on s'est servi à notre égard, un peu légèrement, quand on se prononce sur notre politique sans avoir même lu ces lois-là. Eh bien, quel est le fond de ces lois? On nous demande quelle est la politique conservatrice; je vais vous la montrer ici, et ce n'est pas sur de vagues appréciations que je
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m'appuierai , c'est sur des signes certains dont personne ne pourra contester la valeur.
Je ne veux pas discuter ces lois, je veux en énoncer les points principaux ; et, pour ceux qui ne les ont pas lues, je crois qu'ils connaîtront le fond des choses par le simple résumé que je vais faire.
D'abord, avons-nous dit : Puisque c'est la souveraineté nalionalc qu'on doit organiser, il faut commencer par épurer les sources de la représentation nationale. Pour cela, il faut une loi électorale, ^'ous vous en apportons une. Dans notre opinion, il n'est pas possible aujourd'hui de porter atteinte au principe du suflVagc universel. J'en connais les inconvénients; j'ai été un des auteurs de la loi du 31 mai; je ne l'ai jamais nié, je n'ai rien à nier devant personne ; j'ai tout fait eii conscience. Eh bien, aujourd'hui, je crois impossible de renouveler cette tentative. Je n'ai pas été Tauteur ni le complaisant du suffrage universel. C'est un écrivain légitimiste qui en a donné l'idée au pays. {On sourii,) C'est la famille Bonaparte qui l'a appliqué au pays et qui l'a appliqué, vous le savez bien, après qu'elle avait voulu la loi du 31 mai. Elle a brisé cette loi et s'en est fait ainsi un échelon au trône. Je suis donc parfaitement innocent de rétablissement de ce principe en France. Cependant, aujourd'hui (quant à moi, j'en parle ici pratiquement, comme tout à l'heure je parlais de la république et de la monarchie), je crois souverainement imprudent de songer seulement à y toucher. Mais autre chose