XV
d'un mouvement tournant, comme celui que l'ennemi avait fait en 1811, qu'il fallait que l'ennemi perdit même la pensée d'un tel mouvement en sachant qu'il trouverait une grande résistance à Paris. C'est à cela qu'il faut nous restreindre. Si nous allons au delà, nous manquerons à l'armée française et à la France... Je dis à l'armée française, car nous la supposerions incapable de tenir la campagne à l'avenir. {Vif assentiment à gauche.)
Qu'y a-t-il d'incomplet dans les travaux de Paris? Je m'interromps encore dans le cours de mes idées pour ouvrir une parenthèse.
L'honorable M. Brunet disait qu'on avait fait une grande faute dans le tracé des forUûcations de Paris, et qu'on avait laissé l'ouest désarmé. Je ne suis pas l'auteur du plan des fortifications dç Paris, je n'ai pas intérêt à défendre ici l'illustre général Dode, qui en est l'auteur. Il est vrai que le côté ouest, celui où est Versailles, où est Saint-Gyr, et oii l'on propose une ligne immense de fortifications, a été négligé. Voici par suite de quelles préoccupations, et cela vous donnera une idée de l'influence désastreuse des préoccupations du moment. On ne songeait alors qu'au nord et à Test de Paris, parce que l'ennemi s'était présenté par la route de l'Est.
En 181A et 1816, l'armée ennemie songeait à passer la Seine pour se porter à l'ouest ; elle essuya un grand revers. Le général Exelmaifs, avec le coup d*œil et l'énergie dont Dieu l'avait doué, et quelques officiers
de grande bravoure qui ont été dans nos rangs sous le dernier régime, se jetèrent sur les troupes qui s'étaient portées à l'ouest, du côté de la Seine ; ils leur firent éprouver un sanglant désastre et les rejetèrent sur la rive droite.
Heureusement pour vous , Messieurs , vous n'avez pas mon âge ; mais ceux qui l'ont savent bien que ce fut la consolation de nos âmes patriotiques et désolées. Oui, le succès du général Exelmans nous a consolés pendant vingt ans.
Nous étions sous cette influence, et l'on se disait que jamais l'ennemi n'oserait se porter à l'ouest sous l'impression de ce grand revers. On se trompait. Cependant je vais vous prouver tout à l'heure par les faits que, quelque incomplètes qu'elles soient avec ces points négligés, les fortifications de Paris ont arrêté les Prussiens quatre mois et demi. Car pourquoi sont-ils restés devant Paris quatre mois et demi? S'ils n'avaient pas trouvé les ouvrages parfaitement solides, est-ce qu'excités par le succès, nous ayant montré, il faut savoir reconnaître la valeur de ses ennemis, nous ayant montré leur vaillance et leur énergie, est-ce que leur enthousiasme, leur vigueur, se seraient éteints devant ces ouvrages ? Pas du tout. Ils savaient très bien que ce serait une rude besogne que d'attaquer les forts appuyés sur l'enceinte ; car le secret de la force de ces ouvrages a été qu'un fort ne pouvant être attaqué que sur un front, il pouvait être sans cesse secouru par la place, que la garnison
d'un mouvement tournant, comme celui que l'ennemi avait fait en 181A, qu'il fallait que l'ennemi perdit même la pensée d'un tel mouvement en sachant qu'il trouverait une grande résistance à Paris. C'est à cela qu'il faut nous restreindre. Si nous allons au delà, nous manquerons à l'armée française et à la France... Je dis à l'armée française, car nous la supposerions incapable de tenir la campagne à l'avenir. {Vifassenti^ ment à gauche,)
Qu'y a-t-il d'incomplet dans les travaux de Paris ? Je m'interromps encore dans le cours de mes idées pour ouvrir une parenthèse.
L'honorable M. Brune t disait qu'on avait fait une grande faute dans le tracé des forUûcations de Paris, et qu'on avait laissé l'ouest désarmé. Je ne suis pas l'auteur du plan des fortifications de Paris, je n'ai pas intérêt à défendre ici l'illustre général Dode, qui en est l'auteur. Il est vrai que le côté ouest, celui où est Versailles, où est Saint-Gyr, et où l'on propose une ligne immense de fortifications, a été négligé. Voici par suite de quelles préoccupations, et cela vous donnera une idée de l'influence désastreuse des préoccupations du moment. On ne songeait alors qu*au nord et à Test de Paris, parce que l'ennemi s'était présenté par la route de l'Est.
En 181A et 1815, l'armée ennemie songeait à passer la Seine pour se porter à l'ouest; elle essuya un grand revers. Le général Exelmaifs, avec le coup d*œil et l'énergie dont Dieu l'avait doué, et quelques officiers
de grande bravoure qui ont été dans nos rangs sous le dernier régime, se jetèrent sur les troupes qui s'étaient portées à Touest, du côté de la Seine; ils leur firent éprouver un sanglant désastre et les rejetèrent sur la rive droite.
Heureusement pour vous, Messieurs, vous n'avez pas mon âge ; mais ceux qui l'ont savent bien que ce fut la consolation de nos âmes patriotiques et désolées. Oui, le succès du général Exelmans nous a consolés pendant vingt ans.
Nous étions sous cette influence, et l'on se disait que jamais l'ennemi n'oserait se porter à l'ouest sous l'impression de ce grand revers. On se trompait. Cependant je vais vous prouver tout à l'heure par les faits que, quelque incomplètes qu'elles soient avec ces points négligés, les fortifications de Paris ont arrêté les Prussiens quatre mois et demi. Car pourquoi sont-ils restés devant Paris quatre mois et demi? S'ils n'avaient pas trouvé les ouvrages parfaitement solides, est-ce qu'excités par le succès, nous ayant montré, il faut savoir reconnaître la valeur de ses ennemis, nous ayant montré leur vaillance et leur énergie, est-ce que leur enthousiasme, leur vigueur, se seraient éteints devant ces ouvrages ? Pas du tout. Ils savaient très bien que ce serait une rude besogne que d'attaquer les forts appuyés sur l'enceinte ; car le secret de la force de ces ouvrages a été qu'un fort ne pouvant être attaqué que sur un front, il pouvait être sans cesse secouru par la place, que la garnison
en pouvait être sans cesse renouvelée. Tout le monde se souvient des prodiges faits jadis en avant de Strasbourg, dans ce petit fort qui est de l'autre côté du Rhin, et qui résista plusieurs mois à 160,000 hommes commandés par l'archiduc Charles, parce que tous les trois ou quatre jours on en renouvelait la garnison. Eh bien, les forts placés près de l'enceinte ont ôté aux Prussiens l'espoir d'entrer dans Paris, parce que l'enceinte les en empêchait, car l'enceinte couverte par les forts a dans leur rapprochement même ime force qu'il est très difficile de surmonter. Je donne comme exemple le côté de l'ouest négligé. Il y a un point qui n'était pas couvert, nous demandons de le couvrir, ce sont les hauteurs de Montretout et de Garches. S'il y avait eu là un fort, il est douteux que, lors de la Commune, nous eussions pu prendre Paris, ou du moins il eût fallu bien du temps. C'est parce que nous n'avons pas eu là un fort que nous avons pu placer le fort d'Issy sous un feu formidable qui nous a permis de le prendre, et que le brave général Douay a pu marcher sur le Point-du-Jour et y entrer.
Eh bien, cet ouvrage n'existait pas, et cependant les Prussiens n'ont pas passé. Est-ce que l'illustre général de Moltke avait fermé les yeux sur ce pointlà? Non; voici pourquoi il n'a pas essayé le passage : c'est que cette fortification, dans la situation où elle est, ne le lui aurait pas permis. Nous, nous avons pu nous placer à Monlretout et à Garches, parce que le
Mont-Valérien nous appartenait. LeMont-Valérien nous couvrait de ses feux. Il nous a rendu de grands services. (Mouvement.) Et aujourd'hui, si, dans Fétat actuel , vous aviez le malheur d*avoir encore l'ennemi sous les murs de Paris, malheur qui ne nous menace point, à moins d'une politique insensée qui n'existe pas ; si vous aviez encore l'ennemi sous les murs de Paris, soyez-en sûrs, Paris résisterait comme il l'a fait. C'est ime question d'approvisionnement et pas autre chose
Cela veut-il dire qu'il ne faille rien faire? Loin de là !
Dans les derniers jours de l'Empire, après le désastre de Reichshoffen , lorsque l'émotion causée dans le pays, émotion malheureusement démoralisatrice, mit en quelque sorte le désordre partout, dans le Corps législatif lui-même , cependant fort dévoué à l'Empire, on conçut des défiances extrêmes, et l'on voulut introduire dans le conseil de défense quelquesuns des membres de l'Assemblée. J'y ai siégé avec l'honorable M. de Talhouët et l'honorable M. Daru. J'y avais été porté par l'Assemblée. J'ai assisté, pendant quinze ou vingt jours, à tous les préparatifs du siège. Nous avions tous un grand souci : c'était de voir Saint-Denis insufQsamment couvert, parce qu'il y a des points dominants tout autour. Nous avions, moi surtout, un souci extrême de voir les hauteurs de Montretout et de Saint-Cloud découvertes. M. de Chabaud La Tour était préoccupé de cette pensée, puisqu'il a proposé un ouvrage en terre qui n'a pas été
en pouvait être sans cesse renouvelée. Tout le monde se souvient des prodiges faits jadis en avant de Strasbourg , dans ce petit fort qui est de Fautre côté du Rhin, et qui résista plusieurs mois à 150,000 hommes commandés par l'archiduc Charles, parce que tous les trois ou quatre jours on en renouvelait la garnison. Eh bien, les forts placés près de l'enceinte ont ôté aux Prussiens l'espoir d'entrer dans Paris, parce que l'enceinte les en empêchait, car l'enceinte couverte par les forts a dans leur rapprochement même une force qu'il est très difficile de surmonter. Je donne comme exemple le côté de l'ouest négligé. Il y a un point qui n'était pas couvert, nous demandons de le couvrir, ce sont les hauteurs de Montretout et de Garches. S'il y avait eu là un fort, il est douteux que, lors de la Commune, nous eussions pu prendre Paris, ou du moins il eût fallu bien du temps. C'est parce que nous n'avons pas eu là un fort que nous avons pu placer le fort d'Issy sous un feu formidable qui nous a permis de le prendre, et que le brave général Douay a pu marcher sur le Point-du-Jour et y entrer.
Eh bien, cet ouvrage n'existait pas, et cependant les Prussiens n'ont pas passé. Est-ce que l'illustre général de Moltke avait fermé les yeux sur ce pointlà? Non; voici pourquoi il n'a pas essayé le passage : c'est que cette fortification, dans la situation où elle est, ne le lui aurait pas permis. Nous, nous avons pu nous placer à Montretout et à Garches , parce que le
Hont-Yalérieû nous appartenait. LeMonl-Valérien nous couvrait de ses feux. Il nous a rendu de grands services. (Mouvement.) Et aujourd'hui, si, dans Tétat actuel , vous aviez le malheur d'avoir encore l'ennemi sous les murs de Paris, malheur qui ne nous menace point, à moins d'une politique insensée qui n'existe pas ; si vous aviez encore l'ennemi sous les murs de Paris, soyez-en sûrs, Paris résisterait comme il l'a fait. C'est une question d'approvisionnement et pas autre chose
Gela veut-il dire qu'il ne faille rien faire? Loin de là !
Dans les derniers jours de l'Empire, après le désastre de Reichshoffen , lorsque l'émotion causée dans le pays, émotion malheureusement démoralisatrice, mit en quelque sorte le désordre partout, dans le Corps législatif lui-même , cependant fort dévoué à l'Empire, on conçut des défiances extrêmes, et l'on voulut introduire dans le conseil de défense quelquesuns des membres de l'Assemblée. J'y ai siégé avec l'honorable M. deTalhouët et l'honorable M. Daru. J'y avais été porté par l'Assemblée. J'ai assisté, pendant quinze ou vingt jours, à tous les préparatifs du siège. Nous avions tous un grand souci : c'était de voir Saint-Denis insuffisamment couvert, parce qu'il y a des points dominants tout autour. Nous avions, moi surtout, un souci extrême de voir les hauteurs de Montretout et de Sainl-Cloud découvertes. M. de Chabaud La Tour était préoccupé de cette pensée, puisqu'il a proposé un ouvrage en terre qui n'a pas été
achevé. Nous en étions tous frappés; et, quant à moi, je puis dire que j'en étais désespéré. Eh bien, Texpérience est venue; et, malgré cela, ces hauteurs de Fouest, qui n'étaient pas défendues, et Saint-Denis, qui était dominé et qui n'était pas protégé contre les positions dominantes, tout cela a résisté et vous a permis de tenir quatre mois et demi.
Si l'on ne conçoit pas à l'égard de Paris la pensée fausse, radicalement fausse, de vouloir y attirer le théâtre de la guerre, il faut alors l'attirer au loin. Il ne faut pas croire qu'il suffira de fermer la frontière; il faudra faire un grand ouvrage, que j'ai proposé, qui, je l'espère, sera exécuté et qui sera ce que j'ai appelé le Paris sans population, mais loin de Paris. U est inutile de traiter ce sujet-là ici. Mais, si l'on ne conçoit pas la pensée fausse de faire de Paris le théâtre de la guerre, il faut se borner à rendre Paris ce qu'il est déjà, un ouvrage presque inattaquable. Âvecquelques travaux vous y arriverez, pour ma part je l'affirme, d'une manière infaillible.
Je sais que l'Assemblée a très peu de temps à me donner, je n'entrerai pas dans les détails. (Parlez! Parlez /)
Je vais donc parcourir successivement les divers fronts devant lesquels l'ennemi peut se présenter.
Saint-Denis. Il est vrai que Saint-Denis, qui d'abord n'a qu'une ceinture insuffisante, qui n'a qu'une demicouronne, qui laisse la partie tournée vers la Seine tout à fait découverte, il est vrai qu'à quelque dis-
tance Saint-Deais est dominé sur plusieurs points. Il faut faire des ouvrages, je le reconnais ; et je suis prêt à voter les crédits demandés pour Saint-Denis. Mais on avait tellement Tidée d*aller loin, de se placer aussi loin que possible, qu'au lieu de pièces portant à 4,000 mètres (ce qui est une bonne portée pour l'artillerie de campagne), que l'on pouvait prendre comme une bonne base, on proposait des pièces portant à 10 ou 12,000 mètres, et tout cela dans l'idée d'aller le plus loin possible.
Un homme bien compétent, M. le général Ghareton, vous a dit tout à l'heure qu'aujourd'hui on faisait des pièces de canon qui portaient à 11,000 mètres.
M. LE MINISTRE DE LA GUERRE, t— A 10,800.
M. Thiers. — Ces pièces existent. J'ai rempli mon devoir, et j'ai fait faire, sous ce rapport, des expériences très précises; mais il n'y en a aucune qui vaille celle de la guerre elle-même.
Il est vrai qu'on fait à l'étranger des canons qui peuvent porter à peu près à 11,000 mètres ; on espère, avec des obusiers de 28 centimètres, qu'on veut porter à 30 ou à 32, aller à 12,000 mètres. Seulement il faut remarquer que ces pièces, dont vous avez vu un échantillon à la dernière Exposition sous l'Empire, sont d'un tel poids, sont si difflciles à remuer, qu'il faut des machines pour les manœuvrer, que Tennemi n'en peut point apporter en France, qu'elles sont toutes à notre avantage et qu'avec des pièces semblables, et mon intention était d'en faire fabriquer
quelques centaines, qu*avec des pièces semblables sur les ouvrages actuels, vous rendriez un bombardement impossible. Et ce qu'il y a d'heureux, c'est que l'ennemi ne peut pas en transporter de semblables ; car la science, il y a cela de satisfaisant pour l'humanité, plus elle travaille, plus elle sert à la défensive. {Mouvement.)
Mais est-il vrai qu'avec des pièces qui pourraient porter à 11,000 mètres, vous ayez un tir efficace? Voici ce que nous avons vu dans le dernier siège. D y avait au Mont-Valérien des obusiers de 19 et même de 22 centimètres, qui étaient, disait-on, capables de porter à 10,000 mètres. Il n'y a eu qu'un obus cpii soit arrivé à la terrasse de Saint-Germain, à 8,000 mètres; et certainement un tir pareil n'aurait été d'aucune influence. Il ne faut pas croire que tout ce qu'on dit de la plus grande portée des armes soit très sérieux. Il faut tâcher d'avoir des pièces qui portent à 12,000 ou à 15,000 mètres; mais, en réalité, il faut voir le tir utile. Le Mont-Valérien, qui nous a rendu tant de services quand il a fallu arracher Paris aux insensés criminels de la Commune, le Mont- Valérien avait un tir destructeur quand il tirait à A, 000 mètres avec des obusiers de la marine de la plus grande portée ; quand il tirait sur la porte de Neuilly, à 6,000 mètres, il avait déjà un tir beaucoup moins efficace ; et à 7 ou 8,000 mètres les obusiers de 19 centimètres n'auraient pas produit tout l'effet qu'on en attendait. Voilà la réalité.
Eh bien, peu importe; il faut tâcher d'avoir les pièces du calibre le plus fort et le plus efQcace. Mais, quand vous allez prendre des positions à 10,000 mètres, à Cormeilles, par exemple, qui esta 11,000 ou 12,000 mètres (je ne parle que du tir à vol d'oiseau, car, si nous suivions le tracé des routes, il y aurait une bien plus grande distance), je vous demande si cette position pourra protéger efficacement Saint- Denis à une distance pareille. Quant à moi, je ne le crois pas ; je ne vois là que le goût d'aller loin. C'est tout simplement laisser à l'ennemi des passages, s'il veut les tourner et les enlever.
Et je vais vous montrer les conséquences de cette manie d'aller loin, alors qu'il faudrait tout simplement s'occuper de prendre des positions utiles pour garantir Paris du bombardement... C'est ce qui doit nous préoccuper, puisque Paris, tel quel, a si longtemps résisté à l'ennemi.
On propose trois ouvrages autour de Saint-Denis, tandis qu'il y a deux positions, dont celle de Stains, qu'il faut faire. Il y aurait peut-être bien aussi Sannois ; mais Sannois ne plaisait pas, parce qu'il n'est qu'à 6,000 mètres. Et cependant Sannois, à 6,000 mètres, couvrirait Saint-Germain de la manière la plus efficace et vous rendrait, de plus, maîtres de la presqu'île de Gennevilliers.
Je cite cet exemple et je suis prêt à voter. On nous demande 2 millions pour Stains ; on a tort : Stains est un point très favorable, c'est une position
dominante, mais enfin ce n'est pas la position la plus forte. Je suis donc d'avis de faire un gros ouvrage à Stains, parce que Stains rendra Tattaque de Saint- Denis presque impossible. Je crois aussi qu'on ferait bien d'en mettre un à Sannois. Mais quelle nécessité, quand on a une bonne position à 6,000 mètres, d'aller en chercher une à 11,000 ou 12,000 mètres, si ce n'est le goût d'aller loin?
Ou dit : Ou placera les troupes hors de Paris, et là, elles vivront militairement; elles ne seront pas exposées à la corruption de l'intérieur de Paris. Mais, mon Dieu! avec le Paris si incomplètement fortifié, comme on le dit, il y avait de quoi ranger 200,000 hommes au delà de l'enceinte. On le pouvait ; on ne l'a pas fait. Dieu me garde de blâmer ceux qui étaient là ! On ne blâme si légèrement que quand on n'a pas été mêlé soi-même à d'aussi terribles événements... {Vive approbation à gauche); quand on y a été, cela rend plus modeste. {Ouil Oui! à gauche.)
La raison que l'on fait valoir, qu'il faut placer les armées en dehors, je la tiens pour nulle, parce que, dans l'état actuel, il y a de quoi loger au dehors 800,000 hommes faisant des manœuvres, s'y instruisant à l'abri de ce qu'on appelle la corruption de Paris.
Il est vrai (c'est un des inconvénients de la présence de l'ennemi devant Paris) qu'avoir une immense population qui ne fait rien, qui manœuvre ou ne manœuvre pas, lui mettre le fusil à l'épaule et l'empêcher de travailler, c'est préparer de terribles
27 AIARS 4 874. 254
événements. Nous en avons acquis la cruelle expérience. Mais, Messieurs, c'est une raison de plus pour ne faire de Paris qu'un en-cas extraordinaire, au lieu d'en faire le terrain nécessaire de la lutte. {Très bieni à gauche,)
Je dis que deux ouvrages, l'un à Stains, l'autre à Sannois, je les vote; je les vote avec empressement. Je trouve même qu'on n'a pas assez demandé pour Stains. Mais en mettre à Montlignon et à Gormeilles, je trouve que c'est excessif. Je trouve que la position de Sannois a le mérite ou le défaut, si l'on veut, d'être rapprochée. Je dis que tout cela doit être discuté, que nous devons être entendus là-dessus, que, quand il ne s'agit que d'ajourner à six semaines, nous avons le droit d'être entendus. Nous ne pouvons pas l'être aujourd'hui. Puis-je, en effet, à la tribune, discuter, le compas à la main, ces choses devant vous? Ne vaut-il pas mieux le faire devant une commission nouvelle, qui n'ait pas l'esprit prévenu, qui n'ait pas de parti pris sur ces questions-là? {Rumeurs à droite. — Très bien! Très bien! à gauche.)
Donc, j'accorde Stains. Quand je dis que j'accorde, ne prenez pas. Messieurs, le sens de mes paroles au rebours de celui que je leur donne : je ne veux pas dire que c'est moi qui accorde, j'entends dire que je crois qu'il faut absolument voter Stains. Votons Stains tout à l'heure, et, si vous voulez afiecter à cela 4 millions au lieu 2, j'en suis d'avis. Il faut, à Stains, un énorme ouvrage qui puisse se soutenir par lui-même.
Je passe à TEst.
Nous avions là toute cette ceinture de forts dans une position admirable, ou nos marins ont fait des merveilles. Il y a ici un des représentants de ces marins, M. TamiralPothuau... (Applaudissementê.)
M. l'amiral Pothuau. — Je ne suis pas le seul. Il y en a plusieurs! {Nouveaux applaudissementê.)
M. Thiers. — ... qui pourrait vous dire ce qu'ils ont fait.
Eh bien, cette ligne de forts, de Romainville, de Noisy, de Rosny, de Nogent, est tellement efficace, que l'ennemi n'a pas même songé à y paraître. Il est vrai qu'il s'est porté au plateau d'Avron.
Est-ce que cela ne vous satisfait pas? On désire des terrains d'une vaste étendue où Ton puisse développer et exercer l'armée. Eh bien, entre ces forts, près de ces forts (malheureusement vous n'avez pas de carte sous les yeux pour suivre ma démonstration), il y a ce que j'appellerai la péninsule de Belleville, qui forme un immense plateau sur lequel 60,000 hommes peuvent se mouvoir, se déployer et s'exercer. Faut-il encore des ouvrages de ce côté?
Mais, dit-on, il faut pouvoir déboucher dans la grande plaine de Saint-Denis, où Ton pourrait rencontrer l'ennemi du côté de l'Est.
Âh ! sur ce point, je suis de l'avis de la commission. Il y a un endroit où il faut être en mesure de se déployer pour déboucher sur l'ennemi ; c'est évi-
detnment à l'Est, car c'est le point, c'est la route par laquelle rennemi arrive; et, au lieu de chercher à l'attaquer misérablement par l'Ouest, où l'on ne fait que le repousser sur sa ligne de communication, il faut l'atteindre à l'Est ; là on l'attaque sur sa ligne de retraite et de communication.
11 n'y a pas un général un peu sensé... (Rumeurs à droite) qui, ayant à aborder hardiment l'ennemi hors de Paris, ne doive le faire de Saint-Denis à Belleville. Il y a là un champ de bataille admirable, où l'on a résisté en 1814 et 1815, et là on est sur les communications de l'ennemi; tandis que, du côté de l'Ouest, si on le repousse, il se retire tranquillement par la route où il est arrivé. Au point que j'indique, au contraire, vous le prenez en marche. Aussi bien c'est là qu'il faut pouvoir déboucher avec une armée énorme.
Vous voulez pousser plus loin les travaux de ces hauteurs de Belleville, je le veux bien ; d'autant plus qu'il y a le plateau d'Avron où j'aimerais beaucoup à ne pas voir reparaître l'ennemi.
Songez à ce que vous allez faire. A Vaujours, on vous propose un ouvrage, je le concède. Mon honorable collègue le général Ghangarnier me blâmera, car il trouve qu'il y en a déjà bien assez sans cela, que le vieux Paris suffit, et il y a beaucoup de raisons pour cette opinion; mais je crois qu'il faut concéder quelque chose aux préoccupations du jour. Donc, je le répète, j'accorderai l'ouvrage de Vaujours; songez
cependant qu'il sera à 10,000 mètres du canon de nos forts les plus avancés.
Serait-il bien sûr de mettre des ouvrages à une pareille distance?
Si Tennemi a un très grand intérêt à les enlever, est-ce que vous croyez qu'en concentrant ses efforts sur un de ces ouvrages, il ne l'écrasera pas ? Seulement, je reconnais un grand avantage à la position de Vau jours : c'est que, grâce à ce qu'on appelle l'avantage de la domination, on peut faire là, en choisissant bien le point, à 100 ou 200 mètres près, un ouvrage comme le Mont-Valérien, et je suis fort partisan d'ouvrages comme le Mont-Yalérien, parce que, pour que l'ennemi puisse les enlever, il lui faut faire un long siège, et qu'on a le temps de venir au secours de l'ouvrage attaqué.
Donc, j'accorde Yaujours, et cependant les ingénieurs que vous avez consultés et qui, d'avance, étaient de votre avis... {Interruptions), ne sont pas les seuls qui aient raisonné sur tout cela. J'en sais, que je ne veux pas nommer. . . Il n'est pas bon de porter des personnalités à la tribune ; d'ailleurs je ne sais pas si je les désignerais à votre confiance en ce momentrci... {Rumeurs.) Mais j'en sais dont l'autorité est des plus grandes, qui se sont toute leur vie montrés les plus habiles ingénieurs de leur temps, et qui n'approuvent pas ces ouvrages éloignés. Hais enfin celui-ci se place sur cette grande ligne du nord-est que rennemî, s'il veut se retirer, sera obligé de traverser, et cela
facilitera le développement, le déploiement de nos troupes.
Encore une fois, je l'accorde, et cela nous mettra a Tabri d'une attaque sur le plateau d'Avron, attaque qui a été fort incommode pendant le dernier siège.
J'accorde Stains et Vaujours. Seulement, pour lier Vaujours avec Villeneuve-Saint-Georges, on vous demande 11 millions de dépenses. Peut-être à Ormesson, pour commander le passage de la Marne, pour^ rait-on mettre un ouvrage. Mais enfin, de Vaujours à Villeneuve-Saint-Georges, Vaujours non compris, on vous demande une dépense de 11 millions.
Messieurs, aujourd'hui nous avons une habitude, habitude bien malheureuse que nous avons été obligés de prendre pour arriver à la Ubération de notre territoire ; on considère 50 millions comme la chose la plus simple du monde. C'est qu'on n'a pas là le compte de liquidation, et qu'on ne s'est pas occupé des grandes questions que nous aurons à résoudre non seulement pour les impôts, mais pour le moment où il faudra s'entendre avec la Banque sur la reprise du payement en espèces.
Vos finances sont le plus grand de vos intérêts aujourd'hui, le plus grand intérêt pour l'armée, je vous l'affirme ; car, lorsque le budget est à la gêne, on fait ce qu'a fait le gouvernement nouveau, on abandonne 24 ou 25 millions sur l'effectif, et les régiments, aujourd'hui, sont dans le même état qu'ils étaient sous l'Empire, avec 1 ,200 ou 1 ,300 hommes. . . (Interruption.)
Un régiment qui ne comprend pas 2,000 hommes n'est pas un régiment. (Assentiment sur plusieurs bancs à gauclie.) Savez-vous quel est l'intérêt que je défends ici? {Nouvelle interruption.)
M. LE GÉNÉRAL Du Barrail, ministre de la guerre. — Nous avons les mêmes effectifs qu'autrefois !
M. Thiers. — Monsieur le ministre, jusqu'ici nous sommes presque d'accord...; avez-vous les mêmes effectifs aujourd'hui?
M. le ministre de la guerre. — Exactement.
M. Thiers. — Mais, dans trois mois, nous verrons, nous verrons si vos régiments seront de 2,000 hommes. Enfin, tant mieux si vous les avez; mais je dis que, quand je combats des dépenses inutiles, je défends la chose essentielle : l'effectif. C'est toujours sur l'effectif qu'on se rejette quand le budget est à l'étroit; et, si vous faites des dépenses telles qu'il faille rouvrir le grand-livre , alors vous verrez ce que deviendront les intérêts de l'armée.
Pour relier Yaujours à Villeneuve-Saint-Georges, vous voulez dépenser 11 millions. A mon avis, c'est excessif; mais ou a fait bien mieux! Et, quoiqu'on trouve que le fort de Villeneuve-Saint-Georges sera un peu compromis, cependant on n'a pas hésité, à Saint-Cyr, à se placer à 1 A,000 mètres du feu du Monl- Valérien, qui est le fort le plus rapproché.
A Villeneuve-Saint-Georges, le fort le plus rapproché est à 9,000 ou 10,000 mètres. On trouve que c'est déjà loin, et l'on a raison.
Cependant, j'accorde encore Villeneuve - Saint- Georges, par la raison que Villeneuve-Saint-Georges commande le passage de la Seine, et que cela est très important, mais à la condition d'y faire également un grand ouvrage qui puisse se soutenir lui- K même.
Eh bien, votons Villeneuve-Saint-Georges. Mais de Vaujours à Châtillon, nous passons du nord-est par le sud à l'ouest de Villeneuve-Saint-Georges, à Châtillon, ou Palaiseau, qui a été proposé. Avez-vous songé à une chose? Vous voulez garantir Paris du bombardement, et il n'y a rien au sud. Cependant il y a une idée que tout le monde avait eue, en présence de l'ennemi, c'était de faire quelques ouvrages en avant des forts du sud, en avant d'Ivry, de Bicêtre, de Montrouge, de Vanves.
On avait proposé... Je ne veux pas retenir l'Assemblée longtemps... {Parlez! Parlez! Onvous écoute.)
On a voulu mettre, on a essayé, par des travaux en terre, de mettre une redoute au Moulin-Saquet, une autre aux Hautes-Bruyères, en avant des forts d'Ivry et de Bicêtre. L'honorable amiral Pothuau défendait ces forts. Là, de petits ouvrages ont une valeur; des ouvrages ouverts à la gorge sont protégés par les grands forts dont ils sont l'accessoire ; ces ouvrages peuvent porter les feux de la défense à 2,000 ou 3,000 mètres en avant, et par là faire reculer l'ennemi d'autant. Là, quelques redoutes, très simples, je les accorderais, mais des redoutes en maçonnerie ; car