XV
les travaux en maçonnerie sont les seuls où les soldats regardent leur position comme assurée.
Ces deux redoutes, je ne les invente pas; j'ai là un ouvrage où elles ont été proposées ; je les accorde.
On songe à l'éventualité d'un bombardement. Au sud, l'ennemi ne pourrait pas se placer à S,000 ou 4,000 mètres, sans s'exposer à voir ses batteries détruites; on ne peut pas être bombardé à 9,000 mètres. Les Prussiens n'auraient pas dépensé leurs munitions à 9,000 mètres de distance des points qu'ils voulaient détruire ou incendier, parce qu'on n'a pas de tir efficace à cette distance. C'est à 4,000 ou 5,000 mètres qu'ils ont essayé le bombardement.
Quelques redoutes en avant des forts du sud suffiraient donc ; mais ce n'est pas assez pour le grand projet qu'on veut faire prévaloir.
J'arrive à la grande ligne qui va de Palaiseau à Saint-Cyr. Véritablement on veut faire là un grand champ de bataille. Eh bien, de Saint-Cyr à Palaiseau, savez- vous à quelle distance vous serez de nos feux? Pour l'un, à 12,000 ou 13,000 mètres, et, pour l'autre, à 15,000 mètres, c'est-à-dire à 15,000 mètres du point d'appui que les fortifications existantes et l'armée française pourraient leur donner.
Franchement, je dois le dire... Je serais désolé de blesser quelqu'un ici, mais je demande qu'on permette à la vivacité de mes convictions un peu de vivacité dans leur expression... Franchement, je trouve cela parfaitement déraisonnable. (Mouvetneni.) CommentI
Saint-Cyr va se trouver à 14,000 mètres du Mont-Yalérieo ! Il est vrai qu*on lui donnera un appui à Marly ; mais cet appui sera encore à 9,000 mètres. Est-ce que vous croyez qu'un ennemi vigoureux ne saura pas entourer cet ouvrage, l'enlever peut-être?
On me dit : Mais nous résisterons 1 C'est vrai, et Ton peut en dire autant pour tous les ouvrages. Mais à quelles conditions croyez-vous pouvoir les soutenir? C'est avec des forts à Saint-Cyr, au Trou-d'Enfer, c'est-à-dire à Marly, au Ilaut-Buc, à Villeras, à Palaiseau, etc. Eh bien, savez-vous quelle somme on propose de dépenser là ? J'en ai fait l'addition : Chatillon, Butte-Chaumont, Palaiseau et annexes, Villeras, Haut- Bue, Saint-Cyr et annexes, Marly, Sainte-Jamme et Aigrement» avec les terrains, 23 ou 2A millions !
Si cela était contesté, il faudrait contester les assertions de M. le rapporteur ; car ce sont les chiffres ^qu'il a fournis lui-même. Moi, je dis que c'est beaucoup plus que 23 ou 24 millions, et vous allez le voir. Il serait de l'imprudence la plus désastreuse de ne rien faire derrière cette Ugne-là ; car les ouvrages intermédiaires, comme le Haut-Buc, Villeras, sont des ouvrages très faibles, de très peu de valeur. Or dans quelle hypothèse faut-il vous placer? Ceci est un point très important sur lequel j'appelle toute votre sollicitude. L'ennemi, quand il sera devant Paris, quand il sera arrivé jusque-là et qu'il voudra résoudre sérieusement la question, l'ennemi fera des efforts désespérés. Il n'en a pas tenté sur nos forts, parce
qu'ils avaient l'appui de Tenceinte et que les attaquer, c'était risquer, avec le danger d'échouer, la grande attaque de Paris. Mais, quand il ne s'agira que d'attaquer un ouvrage, l'ennemi ne s'exposera pas autant : ce n'est plus toute la question qu'il voudra résoudre à la fois, ce ne sera que le commencement de la question. 11 pourra donc faire là de grands efforts.
Savez-vous quelle était notre préoccupation au conseil de défense? C'était celle-ci, et je dirai, quant à moi, qu'elle me persécutait. Je disais : Hais, si l'ennemi faisait la tentative que voici, s'il voulait prendre chacun des forts l'un après l'autre, si, avec la puissance de l'artillerie actuelle, il déployait deux ou trois cents bouches à feu ; s'il jetait en avant 50,000 hommes (et il en avait 300,000), si, en conservant la ligne d'investissement, il portait sur chacun de nos forts, l'un après l'autre, ces 50,000 hommes, qu'arriverait-il ?
Je disais cela devant les ofGciers qui devaient faire partie de la future garnison de Paris, des officiers de terre et de mer. Puis je les ai conduits à ce fort d'Issy, dont la destruction nous a permis d'arraôher Paris à la Commune ; et là, je leur ai demandé, si Feiinemi employait ce système d'attaquer les forts l'un après l'autre, s'il en enlevait deux ou trois, l'enceinte tombant à la merci de l'assiégeant, je leur ai demandé qu'est^ ce qui arriverait?
J'ai vu chez eux une vive anxiété ; quant à la mienne elle était très grande. Mais, enfin, il y avait toiiûours
cette ressource : l'enceinte est derrière ; on ne peut attaquer l'ouvrage que par un des fronts ; la garnison en sera sans cesse renouvelée.
J'ai omis, tout à l'heure, le nom du fort qui était en avant de Strasbourg : c'est le fort de Kehl. Le forl de Kehl a tenu plusieurs mois devant l'archiducCharles, victorieux avec 150,000 hommes, parce que tous les trois ou quatre jours on renouvelait la garnison.
Eh bien, me disait-on, et je me disais à moi-même : on ferait ce qu'on a fait à Kehl! on porterait des vivres, on porterait des munitions dans les forts. Mais si les Tiommes ont une certaine somme d'énergie à déployer, elle n'est pas illimitée. Lorsque 1,200 ou 1,500 hommes sont restés sous le feu de l'ennemi, sous un feu terrible, pendant trois ou quatre jours, il faut changer la garnison. Nous ferons cela, disait-on; nous changerons la garnison, nous porterons des munitions, nous soutiendrons l'ouvrage. Soit ! mais, quand il faudra traverser cinq, six ou huit lieues pour aller au secours de Tun des forts, vous croyez qu'il ne sera pas entouré par 50,000 ou 80,000 hommes, s'il le faut ?
Quand on a de 200,000 à 400,000 hommes autour de Paris, est-ce que vous croyez qu'on ne peut pas accabler un fort comme nous avons accablé celui d'Issy?
On a parlé de l'artillerie à grande portée; ce n'est pas elle qui, dans ce cas-là, produit les effets les plus redoutables, parce que la grande portée n'est pas toujours la portée ellicace ; mais, avec l'artillerie de 7, qui
porte aujourd'hui à 5,000 ou 6,000 mètres, si Ton amenait cent bouches à feu devant un de ces forts, il serait bien douteux qu'il résistât. Et enfin, si 50,000 hommes ne suffisaient pas, l'ennemi serait bien sot de ne pas y porter 80,000 ou 100,000 hommes.
Vous livreriez une bataille autour, soit ; mais il ne serait pas besoin de forts pour la livrer. Et puis, si de telles défenses étaient enlevées, l'effet moral serait désastreux. Et devant cette crainte, ce danger de voir une ligne aussi étendue, aussi éloignée de Tenceinte, forcée par un effort énergique de l'ennemi, en deçà de cette ligne jetée en avant à A, 5, 6 lieues de votre portée, vous ne mettriez rien, vous ne feriez pas une ligne de forts ! Cela serait imprudent, je dirai même insensé. La ligne forcée, l'ennemi est sur les hauteurs de Saint-Cloud et Paris est à sa merci.
Ce système, à mon avis, est donc un système peu raisonnable. Pourquoi cette idée de se mettre très avant, très au loin, quand on avait la vallée de la Bièvre, qui est un ravin large, profond, fangeux, dans lequel, si Ton était obligé de repasser, surtout si Ton était défait, on serait bien embarrassé? Au lieu de se protéger de cette ligne, ce qui était bien simple, on a trouvé plus habile de se couvrir en allant plus loin. Mais, si vous aviez un échec le long de cette vallée de la Bièvre et que vous fussiez jetés dedans, ce serait un désastre. Vous aviez donc la Bièvre pour vous ; et, dans le désir d'aller plus loin, vous l'avez mise contre vous. Vous êtes allés vous placer au delà de la Bièvre.
J'avoue que je ne comprends pas pourquoi, el je ne connais pas d'exemple d'une défense ainsi entendue.
Pour juger une pareille faute, il ne faut pas de grandes connaissances militaires : quand on a un fossé pour se protéger, je n'ai jamais vu qu'on se mît au delà de ce fossé. Non, on se met en deçà et on se couvre de l'obstacle. {Très bien! Très bien! à gauche.)
Ainsi vous proposez de créer une ligne qui aura, à une extrémité, Saint-Cyr, placé à 14,000 mètres de tout appui, et à l'autre extrémité, Palaiseau, placé à 12,000 mètres de deux ou trois points d'appui pour le soutenir, ayant, de plus, la Bièvre derrière lui, au lieu de l'avoir devant.
Et puis, derrière ces points on peut passer; car il y a là des pays très fourrés, dans lesquels vos feux ne peuvei>t pas arriver. L'ennemi pourrait arriver entre cette ligne première et la ligne de nos forts, à moins que, ce qui est possible, vous ne fissiez une suite de nouveaux forts après la première ligne.
En effet, des forts sont indiqués sur le plan que j'ai là sous les yeux. Ce plan n'est pas celui de la commission, mais il est à peu près semblable au sien ; il émane d'officiers très accrédités. Tout le monde a songé à placer derrière cette première ligne si avancée une seconde ligne de forts, afin que, si l'ennemi parvenait à forcer la première ligne, il ne fût pas tout de suite sous Paris. Or, si vous faites à Sèvres et à Garches quelques ouvrages, ce n'est plus 20 ou 28 millions, mais 30 ou 32 millions qu'il faudra.
Ainsi, pour l'honneur de la grande ligne de TOuest, il vous en coûtera 30 à 32 millions, à moins que vous ne vouliez pas, ce qui serait la plus grande des imprudences, la doubler par des ouvrages qui, dans le cas où la ligne principale serait forcée, pourraient couvrir notre retraite.
Je trouve tout cela, je le répète, peu raisonnable.
Est-ce à dire qu'il ne faille rien faire à l'Ouest? Non, et je suis persuade que, sur ce plateau de Chàtillon, il faudra certainement faire un ouvrage. Je ne dis pas oii il faudra le mettre, mais il faudra qu'il y en ait un considérable ; c'est aux ingénieurs de bien choisir le point.
Il en faudra un également sur les hauteurs de Sèvres, un peu à droite, un peu à gauche, c'est une question de détail que nous ne pouvons pas discuter
A Garches, il faudra aussi un ouvrage; il le faudra parce que Garches ferme la porte par laquelle nous sommes entrés dans Paris; il faut la fermer, je le concède.
Puis il y a une autre raison pour fortifier Garches : c'est qu'il faut défendre le Mont-Valérien. C'est là toute la position de Paris. Aussi, lorsque je négociais un armistice à Versailles, dans ces temps douloureux, ce que l'ennemi demandait le plus à avoir comme gage de notre intention de signer la paix, c'était le Mont- Valérien. En effet, c'est le point le plus important de notre ligne de défense. {Rumeurs diverses.)
Je vais avoir fini, Messieurs... (Parlez! Parlez!)
Le Mont-Valérien, si précieux, il est inabordable sur le revers du côté de Paris. On ne pourrait ouvrir la tranchée, on ne pourrait en venir à bout ; mais on pourrait faire ce qu'on a fait au fort de Burgos sous le premier Empire, le prendre par la croupe ou par les derrières; il serait ainsi possible d'aborder, d'essayer une attaque. L'ouvrage de Garches aurait donc, outre l'avantage de couvrir Paris et de fermer la porte par laquelle nous y sommes entrés, cet autre avantage de rendre une attaque sur le Mont-Valérien impossible, et enfin il permettrait de s'approcher des positions qui commandent le cours de la Seine du côté de Buzenval. Un ouvrage à Marly, par exemple, serait parfaitement conçu; un ouvrage à Marly, se reliant avec Garches, Sèvres et, plus loin, le plateau de Chàtillon. Je dis que vous avez là des ouvrages assez près de Paris pour qu'ils soient soutenus, trop près de Paris pour que l'ennemi songe à les tourner.
Or, là, vous ferez des ouvrages à l'abri de toute attaque; et vous aurez, j'espère que ce serait une satisfaction pour les plus ambitieux auteurs de projets, des dépenses de 11 à 12 millions, au lieu des 30 ou 32 millions qu'on vous propose pour la grande ligne.
On nous dit que nous voulons, avec notre système restreint, enfermer Paris, enfermer l'armée, la mettre dans l'impossibilité de se déployer, que nous voulons exposer Paris à être bombardé.
Non! nous voulons faire ce que Texpérience a démontré nécessaire et pas davantage. {Approbation sur divers banat.) Or l'expérience a démontré qu'il fallait mettre Saint-Denis à l'abri des positions dominantes, par deux ouvrages : l'un à Sannois, l'autre à Stains.
Vous voulez vous déployer vers la ligne de l'Est, qui serait la ligne de retraite de l'ennemi. A mon avis, c'est un ouvrage un peu hasardé que celui de Vaujours ; mais soit, je Tadmets, grâce à sa position. Consacrez-y h millions au lieu de 3 : j'accorde Vaujours.
Vous voulez, à cause du passage de la Seine, vous voulez un ouvrage à Villeneuve-Saint-Georges ! J'accorde Villeneuve-Saint-Georges.
Vous voulez un ouvrage à Châtillon! D'accord; vous le placerez le mieux possible.
Cependant j'ai quelques scrupules à concéder Châtillon dans ce moment; car le fort de Châtillon, suivant qu'on voudra la grande ligne ou qu'on voudra une ligne plus modeste et, à mon avis, plus efficace, pourra être placé un peu plus près ou plus loin. Je serais d'avis d'ajourner Châtillon, à moins que nous n'ayons la confiance qu'on ne sera pas influencé dans le choix de la position par cette idée d'aller loin.
Vous voulez le fort de Marly, je le concède.
Mais vous n'avez pas proposé Garches. Eh bien, Garches est plus important, parce qu'il couvre Montre tout, c'est-à-dire la porte par laquelle nous sommes entrés dans Paris. Vous ne l'avez pas voulu, soit;
mais je vous dis ceci : En agissant comme des gens de bon sens, il y a des points sur lesquels nous sommes tous d'accord : votons ces points-là. Les voici : Stains, Yaujours, Villeneuve-Saint-Georges, Marly. Voilà de quoi occuper les ouvriers en ce moment où il y a des bras oisifs. Voilà quatre ouvrages; cinq, si vous y comptez GhâtiUon, que je crains, parce que vous serez là influencés par le désir de faire prévaloir la grande ligne. Mais enfin, voilà quatre ouvrages concédés aujourd'hui, et vous aurez ce sentiment, TAssemblée l'aura, tout le monde Taura, qu'on fait une chose sur laquelle il n'y a pas deux avis. Et vous prendrez, je ne vous demande pas des années, vous prendrez six semaines pour résoudre les autres questions si graves qui sont encore contestées.
Vraiment, Messieurs, est-ce que vous pourriez hésiter? Ah ! si c'était une affaire de parti, je le comprendrais. Mais je n'étais d'aucun parti quand j'étais au pouvoir : je tâchais d'être de l'intérêt de la France, c'est-à-dire de tous les partis ; je n'avais aucune raison de préférer tel général à tel autre... {Mouvements divers,)
Messieurs, il n'y a aucune malveillance dans mesparoles. {Non I Non ! — Parlez !)
J'avais tous les documents sous les yeux, j'avais quelque connaissance des lieux où j'avais passé ma vie et où j'ai exercé tant de fois ma petite intelligence ; je n'avais aucun motif humain de préférer le faux au vrai; j'étais préoccupé de l'intérêt du pays autant que-
qui que ce soit; je ne voulais pas voir ce malheureux Paris exposé encore au bombardement. Eh bien, j'étais convaincu, et je n*ose pas nommer tous ceux qui partageaient ma conviction, qu'avec 20 millions seulement on pouvait faire Tindispensable. Je crois même qu'il suilirait de 15 millions.
Messieurs, bornons-nous, et, en nous retirant, nous aurons la conscience tranquille, bornons-nous à voter les quatre ou cinq ouvrages dont nous reconnaissons tous l'utilité; nous aurons ainsi la satisfaction d'avoir voté des dépenses que personne ne pourra contester. {Applaudissements à gauche.)
Mais, vraiment, vouloir voter les points contestés, ce ne serait pas raisonnable. Voyons! parlons en conscience sur ces points-là : avez-vous toutes les garanties désirables de certitude? Quoi! vous n'auriez, en les votant, aucun doute à leur égard, alors que tant de gens éclairés en ont, tant de gens dont les sentiments ne peuvent vous être suspects? Je ne partage pas vos opinions politiques ; et peut-être mes sentiments vous sont suspects à cause de cela. Soit! soitl... {Rires et applaudissements à gauche.) Je ne m'offense de rien quand j'ai en face de moi des opinions très sincères, et les opinions les plus sincères sont les plus défianles. Cependant laissez-moi vous affirmer que des hommes très honnêtes, très compétents, partagent complètement mes convictions sur ce sujet. Ces hommes, je ne veux pas les nommer...
Sur divers bancs à droite. — Si ! Si ! Nommez-les !
M. Thiers. — Que je les nomme?
A gauche. — Non ! Non ! C'est inutile !
M. Thiers. — J'en vais nommer un, avec tout le respect qui lui est dû, un éminent personnage qui assistait à toutes ces discussions et qui était de mon avis : c'est le Président de la République. {Mouvement.) Il a entendu ces discussions ; et il sait très bien que des hommes du plus grand nom , dignes de la . plus grande confiance, étaient aussi de mon avis. C'étaient justement des officiers appartenant à l'artillerie. J'estime et j'honore les ingénieurs ; quand on a Vauban à la tète de son art, on peut être bien fier ; mais enfin les ingénieurs ne sont pas tout, il faut entendre aussi les officiers des autres armes. Eh bien, parmi plusieurs de ces derniers, il y avait improbation complète des plans en faveur desquels on soUidte vos votes.
Dans une situation pareille, je m'adresse aux plus vifs adversaires que j'aie ici (et je ne leur en veux pas, je parle ici comme un philosophe), je m'adresse aux plus prononcés, et je leur demande de descendre dans leur conscience. N'ont-ils aucun doute sur aucun des points contestés ? Ont-ils des convictions assez fortes pour, ayant voté, n'avoir ce soir aucun scrupule?
S'ils ne sont pas certains de sortir d'ici sans un scrupule, quel moyen plus simple de résoudre la difficulté que de voter ce qui n'est pas contesté et de remettre, non pas à l'année prochaine, mais à six
semaines, ce que les gens les plus compétents ne sont pas unanimes à admettre?
{Très bien! Très bien! et applaudissements sur un grand notnbre de bancs à gauche et au centre gauclie. — V orateur^ à son retour à son banc^ est entouré et félicité par un grand notnbre de ses collègues.)
Le général de Ghabaud La Tour maintint la supériorité de l'enceinte étendue, dont le grand avantage était, selon lui, sans augmenter considérablement la dépense, de préserver Paris et ses environs d'un bombardement et de consen*er ainsi libre, autour de cette ville, un vaste espace pour y faire manœuvrer les troupes employées à la défense. Après avoir ensuite discuté le fort et le faible de tous les points contestés, il fit observer que l'ajournement proposé par M. lliiers ne faciliterait pas à l'Assemblée les moyens de 8*éclairer davantage, que cette Assemblée n'entrerait probablement pas dans Texamcn détaillé de tous les plans, projets, devis, qui composeraient le volumineux dossier des projets soumis à son approbation, que le bon sens seul serait son guide, et qu'il lui conseillait quant à lui d'adopter sans retard un projet dont la discussion, dans les circonstances où l'on se trouvait, était, sans nul doute, le plus grave inconvénient.
M. Tliiors ût la réplique suivante.
Messieurs,
Je demande pardon à l'Assemblée de remonter à cette tribune et de lui prendre encore quelques minutes de son temps. Mais, si elle croit que la question le mérite, je la prie de vouloir bien m'accorder sa bienveillante attention. Je vais reprendre, en précisant davantage, les points qui viennent d'être traités devant vous, et j'espère pouvoir le faire en très peu d'instants. {Parlez! Parlez!)
Je résume les points sur lesquels l'honorable général baron de Ghabaud La Tour a fixé la discussion en dernier lieu.
D'abord il n'y aurait aucune différence de dépenses entre le système demi-restreint et le système étendu dont les membres de la commission se sont faits les défenseurs très légitimes, très convaincus et tout aussi obstinés que je puis l'être dans cette discussion. 11 y a très peu de diflTérence, avez-vous dit, et alors nous ne devrions plus discuter. C'est à peu près la même dépense, et à peu près le même nombre d'hommes.
Je le conteste et je vais appuyer ma contestation par des arguments que vous ne pourrez récuser. Vous avez dit ensuite qu'on ne pouvait défendre l'Ouest si l'on ne se portait au delà de la ligne de la Bièvre, qu'on abandonnait le chemin de fer et que Versailles deven^ait le champ de bataille. Je vais essayer de vous prouver que c'est cette ligne-là qui est dangereuse,
parce qu'elle est très difficile à occuper, qu'eUe ne vous assure pas plus le chemin de fer que ne Tassure le projet restreint; je vais vous prouver, de plus, que vous allez justement faire de Versailles le champ de bataille.
Puis après, quant au degré d'information, il y a une partie d'information dont il n*a pas été question ici, mais sur laquelle j'appelle votre attention et celle de l'Assemblée.
Je n'ai pas dit un mot de la question financière, quoiqu'il s'agisse d'une dépense considérable pour la défense de Paris seulement. Mon Dieu ! nous avons été obligés, dans nos malheurs, de faire tant d'énormes dépenses, et l'on a pris une telle habitude de traiter 20 millions comme une chose indifférente, qu'on ne regarde pas à 20 ou 30 millions perdus à Paris.
Mais je reviens sur les deux systèmes : le système restreint et le système étendu. C'est ce côté de la question que je veux mettre sous vos yeux, et j'insiste parce que c'est une chose très grave.
Il y a peu de députés qui n'aient entendu parler des confidences vraiment inquiétantes qui ont été faites à la commission du budget. Le malheureux compte de liquidation qui permettrait de recourir à la dette flottante sans la rendre trop exagérée, ce malheureux compte de liquidation qui, bien restreint» ne vous exposerait pas à rouvrir le grand-livre, ce que je regarderais comme un immense malheur, deviendra, suivant la manière dont on le traitera, ou
une chose non inquiétante, ou une chose très inquiétante, et, quant à moi, je tâche d'arrêter ici Tesprit de l'Assemblée à une certaine limite. Celte limite, je ne prétends pas la lui fixer, mais j'invoque son très sérieux examen. Or, je vous le déclare, Messieurs, j'ai vu les communications qui ont été faites à la commission du budget; et, véritablement, si vous n'y prenez garde, vous serez entraînés à des dépenses qu'aucun ministre des finances ne pourra admettre. Je ne veux pas prendre ici un rôle qui ne m'appartient pas, celui de l'honorable M. Magne; mais je suis certain que vous vous placez ici en face d'un très grand danger, et, quand je demande l'examen, ce n'est pas celui des ingénieurs, vous les trouveriez encore divisés, parce que les hommes spéciaux le sont naturellement, mais c'est l'examen de l'Assemblée elle-même.
Je voudrais que le système restreint et le système étendu fussent fixés par elle. Et, pour cela, je ne demande pas des années, je ne demande que quelques semaines. Je voudrais que l'Assemblée pût savoir, alors qu'on demande ici une différence de 10 millions, là une différence de 15 millions, je voudrais qu'elle pût savoir à quelles dépenses on la conduit. A mon avis, 500 ou 600 millions suffu*aient pour mettre la France, sous le rapport du matériel, sur un pied formidable. J'avais proposé AOO millions, mais, à cette heure, nous ne pouvons discuter cette question. £h bien, si vous ne résistez pas à ces 10, à