‹ Discours parlementaires de M. Thiers; (volume 4)Chapitre 28 sur 53 · XV · texte numérisé non relu

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étage supérieur ; mais cet étage ne fut pas de notre invention : dans tous les temps on avait eu cette idée qui, dans les règles de l'art, est parfaitement classique. Nous avons donc ajouté un mur extérieur pour le revêtement de cet étage qui aurait été en mansarde.

Si, pour le Collège de France, j'ai cru dépasser le crédit, pour le quai d'Orsay j'ai cru, avec Tarchitecte, que nous ne sortirions pas des devis.

Il faut avoir assisté à de telles constructions pour se faire une idée de l'imprévu qu'il y a dans ces sortes de travaux.

Je vais citer quelques faits à la Chambre. On jugea qu'il fallait un plus grand espace, et il devint nécessaire de construire un second étage ; il résulta de là une surcharge considérable, et il fallut changer les charpentes.

Le service des bureaux exigea un escalier de plus ; il résulta de tout cela des dépenses qui ne s'additionnent pas, qui se multiplient; c'est une progression arithmétique. L'architecte lui-même, homme fort capable et fort honnête, a été surpris lorsqu'il a eu à lutter contre de pareilles difficultés ; il est venu me trouver, je dois le dire, les larmes aux yeux. Je ne pouvais faire de cruels reproches à un artiste honnête, capable, animé du plus grand amour de son art Vitruve dit qu'il faut tenir les architectes pour de très braves et très honnêtes gens, lorsqu'ils ne dépassent leurs devis que de moitié. {On rit.)

Je dis donc à l'architecte : Vous êtes architecte et

moi ministre; votre rôle est d'être artiste, le mien est d'être ministre et d'en supporter les charges et les inconvénients. J'irai devant les Chambres, j'avouerai franchement ce qui s'est passé, j'entendrai des orateurs sévères ; mais je trouverai peut-être une majorité indulgente, et j'obtiendrai unbill d'indemnité. Actuellement, je dois dire quelques mots sur la destination du palais du quai d'Orsay.

Lorsque j'ai eu l'honneur d'être fait ministre de l'intérieur, on m'a accordé une partie des attributions que j'avais comme ministre des travaux publics ; et ce jour-là le monument a dû changer de destination.

Si vous le connaissiez comme moi, qui ai été forcé de visiter tous les bâtiments de l'État et d'apprécier tous les besoins des diverses administrations, vous ne seriez nullement embarrassés de donner une destination au monument du quai d'Orsay. Il y a plusieurs administrations qui sont déplorablement logées, auxquelles pourrait être donné sans regret ce monument, l'un des plus beaux qui aient été conçus par Napoléon. Je ne sais à quelle administration il est plus convenable de consacrer l'hôtel du quai d'Orsay, mais, quand il aura passé un an ou deux à tasser et à sécher, pardonnez-moi cette expression technique, il sera mieux disposé à recevoir les administrations que vous voudrez y établir.

Quant à la beauté du monument, je puis afQrmer qu'il n'y en a pas en Europe qui lui soit supérieur. Il' a peut-être un défaut, c'est qu'il n'est pas tout à fait

original ; mais, comme imitation, il est sans contredit la plus belle copie. La cour intérieure est superbe, et je suis convaincu que, quand on le regardera de plus près, on ne sera nullement fâché de la dépense qu*un tel monument aura occasionnée.

Je viens à la Madeleine. On a parlé de fantaisie administrative, et je comprends ce qu'on a voulu dire : on a voulu dire que capricieusement j'avais disposé du Trésor public pour satisfaire des goûts de luxe.

Il y a dans la direction des travaux de la Hade* leine (nous sommes obligés de nous louer nous-mêmes, car on ne nous loue jamais) un sentiment éclairé de l'art. Lorsqu'il s'est agi d'achever la Madeleine, je n'ai pas cru qu'on voulut l'achever misérablement et la laisser à l'intérieur froide, sèche, insignifiante, comme le sont trop souvent les monuments français. Quand j'ai vu ce magnifique intérieur pourvu d'une lumière si abondante, trop abondante même, je n'ai pas cru qu'on voulût le laisser tel quel.

Il fallait se décider pour la sculpture ou pour la peinture : si l'on adoptait la peinture, il fallait déplacer les échafauds ; il fallait les conserver si l'on se décidait pour la sculpture. Si je faisais sculpter ces voûtes, il était évident que je ne pouvais les faire peindre ; car, pour les peintures, il faut des surfaces planes.

J'étais donc obligé de prendre mon parti ; eh bien, je me suis décidé pour un grand système de décoralion, et, en cela, je n'étais pas dirigé par un caprice,

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mais j'obéissais à une règle universelle. En effet, il n'y a pas un grand monument de l'architecture du xvf siècle ni des temps modernes qui n'ait été richement décoré à l'intérieur. Je l'ai dit à l'autre Chambre : les monuments gothiques eux-mêmes qui sembleraient les moins propres à recevoir une riche décoration, parce que leur beauté consiste presque entièrement dans le jeu de la lumière, ont été peints et dorés. Nous venons d'en acquérir la preuve à Saint-Denis ; en regrattant les voûtes on a reconnu les traces de peintures qui remontent à plusieurs siècles. La même chose est arrivée dans la cathédrale de Cologne. Je pensai que nous devions en faire autant à la Madeleine.

Je citerai un exemple frappant, le Panthéon. Ce monument, si beau à l'extérieur, afflige l'œil par la sécheresse des décorations intérieures. On l'a tellement senti, qu'on a d'abord peint la coupole, et que plus tard on a confié à Gérard la peinture des pendentifs : les peintures ont amené les dorures, et les hommes d'art sont pénétrés de cette pensée qu'après la peinture et la dorure il faudra de la marbrerie.

Éclairé par ces exemples, je n'ai pas hésité sur le système de décoration à adopter pour la Madeleine : je me suis décidé pour la peinture, la dorure et la marbrerie.

Nous possédons, au dépôt de l'Ile des Cygnes, une masse énorme de marbres qui y sont accumulés depuis un demi- siècle. Ces marbres restaient en partie inutiles, et se détérioraient. J'imaginai que le meilleur

usage à en faire était de les donner au monument de la Madeleine. Je fis donc venir rarchitecte, et je lui dis : Je vais vous abandonner les marbres de Tile des Cygnes ; ils appartiennent à l'État, et nous pouvons par conséquent en disposer. De plus, je vous aiderai sur les fonds des beaux-arts. Je pensais, en effet, que ces fonds, qui étaient employés à encourager des peintres dont le plus grand nombre ne feraient jamais que de très médiocres tableaux, seraient plus utilement employés si on les consacrait à la décoration des édifices. Je dis donc à l'architecte : Je ferai exécuter les portes de bronze sur les fonds des beaux-arts, et je vous donnerai les marbres de File des Cygnes ; à ces conditions, tâchez de vous renfermer dans le chiffre voté par la Chambre. L'architecte fit un devis, d'après lequel, au moyen de l'abandon des marbres et du secours pris sur les fonds des beaux-arts, il avait l'espérance de se renfermer, à 260,000 francs près, dans le crédit voté par les Chambres.

La dorure devait coûter 350,000 francs, et voici le calcul tout simple que je fis : puisque la dorure doit coûter 350,000 francs et que l'excédent n'est que de 260,000 francs, je puis m'engager dans ce système de décoration. Lorsque les fonds seront épuisés, je me présenterai devant la Chambre, et je lui demanderai si elle veut que la dorure soit exécutée : si elle ne le veut pas, le monument ne sera pas achevé, il le sera plus tard, mais on se sera placé dans une bonne voie.

Il est arrivé pour la Madeleine ce qui était arrivé

pour le Jardin des Plantes; il y a dans Texécution de l'imprévu ; d'abord les sculpteurs d'ornement ont été avertis qu'il y avait lieu pour eux de demander des augmentations de salaire. Il y avait affluence de travaux de ce genre ; il y en avait à l'Étoile, à l'École des beaux-arts. Ils ont fait ce qu'on fait en pareille circonstance, ils ont suspendu leurs travaux, et il a fallu les augmenter. Il y a eu ensuite dans la sculpture des chapiteaux de colonne, dans la construction des voûtes, dans la charpente de comble, des imprévus qui ont de beaucoup dépassé les devis. Ainsi j'ai cité devant la Chambre des députés un fait qui est devenu le sujet d'une discussion assez vive : c'est ce qui est arrivé pour le comble de la Madeleine, le plus bel ouvrage qui existe en ce genre.

On dessine un comble avant de le faire, et c'est sur ce dessin qu'on prévoit la somme des matériaux qui devront être employés; mais le dessin est une théorie, et, lorsque la pratique arrive, le prix a souvent excédé de beaucoup ce qu'on avait prévu.

De tous ces imprévus, il est résulté que le prix total de la Madeleine a dépassé de 1 million 200,000 francs le chiffre prévu. La Madeleine aura coûté en tout 11 millions. Ce n'est assurément pas être bien coupable que d'avoir, sur un total de 11 millions, excédé de 1 million 200,000 francs le chiffre qui avait été prévu.

Je viens enfm à l'obélisque de Louqsor. Lorsque l'obélisque a été mis dans la loi de 1833, on ne savait pas encore ou on le placerait ; on avait supposé qu'il

en coûterait environ 60,000 francs pour le placer. Eh bien, le simple transport de l'obélisque depuis la rivière jusqu'à pied d'oeuvre, c'est-à-dire jusqu'au piédestal, coûtera 140,000 francs. Cela peut paraître exorbitant, quand on ne connaît pas les précautions qu'on est obligé de prendre. Il faut faire en charpente une sorte de chemin depuis la rivière jusqu'au piédestal. Il faut, pour établir ce chemin, des bois que nous n'avons pu trouver que près de l'administration de la marine, des bois très droits et qui ne fléchissent jamais sous le poids ; car, s'il y avait flexion, si la ligne droite qui doit porter le monument venait à fléchir et à former un arc dans quelque point, le monument courrait les plus grands dangers. Il est déjà fendu, et, s'il était soutenu par les extrémités plus que par son centre, il pourrait se briser.

Il faut surtout un mouvement continu et très doux dans le déplacement. On a pensé qu'on ne pouvait l'obtenir qu'avec des machines à vapeur. Nous avons pensé qu'on ne devait pas, pour une seule opération, faire construire une machine aussi dispendieuse. Cependant M. Lebas, cet honorable ingénieur qui est allé chercher l'obélisque eu Égj-pte, et qui, par ce motif, l'entoure de soins tout paternels (On rit)^ insistait pour l'emploi d'une machine à vapeur. Je me suis alors entendu avec l'administration de la marine, et je suis convenu d'acheter, de compte à demi avec elle, une machine à vapeur que j'emploierais pour le transport de l'obélisque et que je remettrais ensuite à la

marine. Je ne pouvais, je crois, agir plus économiquement, je dirai même plus adroitement, puisque r£tat bénéficiait aussi de cette manière d'opérer.

Nous n'avons pas très rigoureusement discuté si je devais payer une plus forte partie que la marine. Comme nous étions, M. le ministre de la marine et moi, les représentants de l'État, c'était toujours l'État qui payait.

Il est résulté de là que ce n'était plus 60,000 fr., mais 360,000 francs que devait coûter l'érection de l'obélisque.

Quant au piédestal, voici ce qui s'est passé. Le piédestal, qui était destiné au monument de Louis XVI, ne présentait pas, attendu le poids énorme de l'obélisque, une solidité suffisante. Je pensais, d'ailleurs, qu'il y aurait convenance à placer sous un monument de granit un piédestal de granit. On a fait un premier marché : le piédestal devait être composé d'une suite de blocs. Les adjudicataires se sont rendus en Bretagne, c'est là seulement qu'il existait du granit rose tout à fait de la couleur de l'obélisque. Là on a trouvé des roches granitiques d'une grandeur considérable et d'une extrême beauté ; on a vu qu'on pouvait exécuter le piédestal en cinq morceaux, au lieu de soixante, et l'on m'a présenté une augmentation de 25,000 francs. J'ai pensé qu'il valait incomparablement mieux élever un piédestal digne du monument qu'il devait supporter, que de faire, pour économiser 25,000 francs, une espèce de maçonnerie en morceaux

de granit. J*ai donc consenti à cette augmentation de 25,000 francs, et je crois que je serai approuvé par quiconque a quelque respect pour les grandes choses. {Mouvement d'adhésion,)

Voilà, non pas en généralités, mais en pure histoire, en faits, l'exposé de ce qui s'est passé pour ces monuments.

Venons maintenant à une autre question, celle ([ui est relative au mode d'exécution des travaux.

Je commencerai par dire que je n'ai, pour mon compte, presque point introduit d'entrepreneurs nouveaux dans les travaux de l'État ; j'ai conservé presque tous ceux que j'ai trouvés. C'étaient des gens éprouvés, honnêtes, considérables dans leur profession. La plupart d'entre eux avaient, d'ailleurs, des marchés antérieurs qu'il fallait exécuter ; quelques-uns avaient des marchés qu'on pouvait renouveler, mais, leur loyauté ayant été mise à l'épreuve, les architectes me conseillaient de les conserver. J'ai donc maintenu dans les travaux presque tous les entrepreneurs que j'y ai trouvés. Il n'y a que quelques monuments nouveaux dans lesquels il ait fallu introduire des entrepreneurs nouveaux. Je vais avouer à la Chambre la seule faute peut-être que j'aie commise dans le plus grand de ces travaux. Un peu effrayé de tout ce qu'on avait dit sur le système des marchés, j'ai préféré le système de l'adjudication. Eh bien, je dois déclarer que, dans ma plus profonde conviction, le système de radjudication» pour les grands travaux, est loin d'être le meilleur.

Je vais rapporter à la Chambre ce qui s*est passé sous mes yeux ; elle jugera de la bonté de ce système , qui n'est qu'un moyen de tribune, mais qui, j'en réponds consciencieusement, n'est point un véritable moyen d'administration.

Pour les immenses travaux du quai d'Orsay, nous avons fait une première adjudication. Nous avons voulu tàter un peu le terrain et voir quels seraient les prix. Nous avons fait une adjudication pour une somme de 100,000 francs, et nous avons trouvé un entrepreneur qui a consenti à un rabais de 23 ou 2A pour cent. Voici le motif qui le faisait consentir à un rabais si considérable; c'est qu'il s'imaginait qu'une fois entré dans les travaux il s'y maintiendrait, et il consentait à perdre une petite somme pour en gagner de considérables.

11 ne savait pas de quelle manière les travaux de l'État sont surveillés. Cette surveillance est telle qu'il est à peu près impossible de tromper TÉtat. Ainsi, lorsqu'on apporte une pierre, les inspecteurs la mesurent, en examinent la qualité, et, si la pierre n'est pas bonne, on la renvoie, ce qui occasionne à l'entrepreneur des dépenses énormes. Quand la pierre reconnue bonne a été taillée, au moment où on la place, les inspecteurs la mesurent de nouveau, en calculent la dimension, en indiquent la qualité par une certaine couleur, de manière que, pour toutes les pierres d'un monument, il y a un dessin. C'est là-dessus que s'établit la comptabilité. Pour s'assurer que ce système

d'attachement est parfaitement exécuté, il faut une grande surveillance de la part du ministre.

Aussi j'allais moi-même sur les lieux où les travaux s'exécutaient, et, quand je ne pouvais y aller, j'y envoyais le secrétaire général ou le directeur des travaux. Nous venions souvent ainsi fondre à Timproviste sur les travaux pour nous assurer que les inspecteurs faisaient bien les attachements. La crainte d'être pris en faute les rendait vigilants dans FaccompUssement de leur devoir.

Lorsque cet entrepreneur, qui avait consenti à des rabais si considérables, s'est vu en présence d'une administration si rigoureuse, qui savait tout ce qui se passait, il a demandé sa démission. S'il avait été question d'une somme de plusieurs millions, je n'aurais pas voulu causer la ruine de cet entrepreneur, et je lui aurais rendu sa liberté ; mais, comme il ne s'agissait que de quelques milliers de francs, et que la perte ne pouvait être considérable, je pensai que je devais saisir cette occasion pour apprendre à tous les entrepreneurs à quelles conditions on entrait dans les travaux de rÉlat, pour leur faire comprendre qu'il ne fallait pas tromper le public par des rabais considérables et exposer l'administration à être calomniée en faisant dire qu'elle plaçait les prix d'adjudication trop haut, puisqu'il y avait des rabais si considérables.

Savez-vous ce qui arrive lorsqu'on force un entrepreneur qui est en perte à continuer l'exécution de

son marché : cet entrepreneur, qui est mécontent, qui a le sentiment qu'il se ruine, exécute avec moins de soin les travaux ; et l'État, qui semble faire une bonne affaire, en fait une fort mauvaise. Il y a, dans l'exécution des travaux, une foule de soins qui dépendent de la bonne volonté de l'entrepreneur; quand il est mécontent, il exécute tout mal.

L'année d'après nous avons eu des adjudications plus considérables ; mais les entrepreneurs n'ont plus offert un rabais de 22 pour 100, ils se sont entendus et ont offert un rabais d'un demi pour 100. J'ai cassé l'adjudication; quand ils ont vu qu'ils dépendaient du ministre, ils sont revenus, ont avoué qu'ils s'étaient entendus, et ont consenti un rabais de 6 pour cent. J'ai consulté les bâtiments civils, j'ai demandé des renseignements, et l'on m'a déclaré qu'un rabais de 6 pour 100 était justement le rabais qu'ils pouvaient accepter, et qu'avec ce rabais ils feraient un bénéfice raisonnable.

Les entrepreneurs ont exécuté les travaux, les ont bien exécutés, et j'ai acquis la preuve qu'ils ont tout juste fait un bénéfice après la deuxième année, car, après la première année, ils avaient déjà dépensé plus de 1 million ; ils ont demandé à se retirer, et c'était bien sérieusement. Je ne suis parvenu à les rattacher au monument qu'en consentant à leur donner une indemnité pour le transport des matériaux. Gomme je ne pus leur donner un emplacement sur le quai, ils furent obligés de déposer leurs matériaux à la place

Bellechassc, ce qui leur occasionnait des frais de transport considérables. On leur a donné une légère indemnité ; mais je crois que c*est moins cette indemnité que l'amour- propre de faire un grand monument qui les a décidés à rester dans les travaux.

Je suis certain, parce qu*un ministre a des moyens de s'en assurer, que, sur 3 millions de travaux, il n'y a pas eu pour eux plus de 150,000 francs de bénéfice. Voilà le système des adjudications.

De grands travaux ont été loyalement exécutés, avec des soins de tous les jours, dans une pensée qui n^était pas vaniteuse, car il s'agissait de monuments que nous achevions; ces travaux m'ont valu des peines de tous les instants, des attaques, des calomnies de toute espèce. Je déclare qu'aujourd'hui, malgré le désir naturel à un ministre de se signaler, je ne sais si j'accepterais des travaux de ce genre. Si j'en avais le courage, je dirais franchement au pays : Le système d'adjudication est un système fictif, qui trompe, qui est commode pour l'administration (en effet, lorsqu'à la criée on a adjugé des travaux, nous sommes couverts), mais ces travaux sont déplorablement exécutes.

La régie, dans la main d'un ministre sévère, soigneux et qui aime le travail qu'il exécute, est assurément le meilleur des systèmes. (Sensation.)

Dans tous les grands travaux, nous avons dû préférer l'adjudication. Il y a bien eu quelques marchés

de gré à gré. Je vais, à ce sujet, citer un exemple assez curieux : la- colonne qu'on doit élever sur la place de la Bastille, qu'on appelle la colonne de Juillet. Ce sera un monument très beau, très original. Il sera le plus beau en ce genre. Il n'y a nulle part une colonne toute en bronze sans aucune maçonnerie ; ce sera une véritable cloche de bronze, plus élevée que la colonne de la place Vendôme. Il y avait là une dépense en fonte de 500 et tant de mille francs. Nous avons mis ce travail en adjudication. A peine l'adjudication a-t-elle eu lieu, que l'adjudicataire, qui avait consenti à un rabais considérable, a été obligé de l'abandonner. Inutile d'en dire les causes et de révéler la situation de commerce de certaines personnes. Quoi qu'il en soit, le premier adjudicataire transmit son marché à une société puissante. Après avoir essayé la fonte d'une partie, cette société a fini par se décharger elle-même de l'adjudication et la céder à un fondeur, en lui restituant 8 pour 100, somme qui représente le rabais qu'elle avait consenti au profit de l'État. Cet exemple vous éclaire sur ces rabais extraordinaires que consentent des étourdis avides de se jeter dans les travaux de l'État, qu'ils sont obligés d'abandonner plus tard.

On a reproché au gouvernement d'achever les églises comme la Restauration, et de laisser là la colonne de la révolution de Juillet. Le reproche est injuste. Le gouvernement aura la hardiesse d'ériger la colonne de la révolution de Juillet, comme il a eu

Bellechassc, ce qui leur occasionnait des frais de transport considérables. On leur a donné une légère indemnité ; mais je crois que c'est moins cette indemnité que Tamour- propre de faire un grand monument qui les a décidés à rester dans les travaux.

Je suis certain, parce qu'un ministre a des moyens de s'en assurer, que, sur 3 millions de travaux, il n'y a pas eu pour eux plus de 150,000 francs de bénéfice. Voilà le système des adjudications.

De grands travaux ont été loyalement exécutés, avec des soins de tous les jours, dans une pensée qui n'était pas vaniteuse, car il s'agissait de monuments que nous achevions ; ces travaux m'ont valu des peines de tous les instants, des attaques, des calomnies de toute espèce. Je déclare qu'aujourd'hui, malgré le désir naturel à un ministre de se signaler, je ne sais si j'accepterais des travaux de ce genre. Si j'en avais le courage, je dirais franchement au pays : Le système d'adjudication est un système fictif, qui trompe, qui est commode pour l'administration (en effet, lorsqu'à la criée on a adjugé des travaux, nous sommes couverts), mais ces travaux sont déplorablement exécutes.

La régie, dans la main d'un ministre sévère, soigneux et qui aime le travail qu'il exécute, est assurément le meilleur des systèmes. {Sensation.)

Dans tous les grands travaux, nous avons dû préférer l'adjudication. Il y a bien eu quelques marchés

de gré à gré. Je vais, à ce sujet, citer un exemple assez curieux : la- colonne qu'on doit élever sur la place de la Bastille, qu'on appelle la colonne de Juillet. Ce sera un monument très beau, très original. Il sera le plus beau en ce genre. Il n'y a nulle part une colonne toute en bronze sans aucune maçonnerie ; ce sera une véritable cloche de bronze, plus élevée que la colonne de la place Vendôme . Il y avait là une dépense en fonte de 500 et tant de mille francs. Nous avons mis ce travail en adjudication. A peine l'adjudication a-t-elle eu lieu, que l'adjudicataire, qui avait consenti à un rabais considérable, a été obligé de l'abandonner. Inutile d'en dire les causes et de révéler la situation de commerce de certaines personnes. Quoi qu'il en soit, le premier adjudicataire transmit son marché à une société puissante. Après avoir essayé la fonte d'une partie, cette société a fini par se décharger elle-même de l'adjudication et la céder à un fondeur, en lui restituant 8 pour 100, somme qui représente le rabais qu'elle avait consenti au profit de l'État. Cet exemple vous éclaire sur ces rabais extraordinaires que consentent des étourdis avides de se jeter dans les travaux de l'État, qu'ils sont obligés d'abandonner plus tard.

On a reproché au gouvernement d'achever les églises comme la Restauration, et de laisser là la colonne de la révolution de Juillet. Le reproche est injuste. Le gouvernement aura la hardiesse d'ériger la colonne de la révolution de Juillet, comme il a eu

celle de mettre une inscription religieuse sur la Madeleine. Je me glorifie de Torigine du gouvernement, comme des sentiments religieux de mon pays.

Si donc ce travail a éprouvé des retards, c'est que nous avons passé entre les mains de trois compagnies, qui, par l'effet de ces diverses transmissions de travail, n'ont pu l'achever dans le temps voulu.

Voilà, Messieurs, un échantillon du mérite et des vertus du système de l'adjudication, s'il était obligatoire. Heureusement que l'ordonnance dont on a parlé n'est applicable qu'aux ponts et chaussées ; et la preuve, c'est qu'on réclame une ordonnance applicable aux autres travaux civils, et que cette ordonnance, objet de nos méditations, sera prochainement publiée ; elle devra laisser ù l'administration la latitude d'employer simultanément l'adjudication et le système des marchés de gré à gré.

Telle est la marche que nous avons suivie pour le Jardin des Plantes ; pour quiconque s'est un peu mêlé d'industrie, et mes fonctions m'ont forcé à le faire, il est évident que les travaux d'ajustage sont les plus difficiles ; il eut été imprudent de les confier à l'adjudication. J'ai appelé auprès de moi cinq ou six individus, reconnus et désignés par la commission des travaux publics comme les plus capables, et vous savez que celte commission est composée des artistes les plus habiles. Ce système a été peut-être pratiqué avant moi, mais il Ta été surtout sous mon administration. La concurrence s'établit aussi bien entre cinq ou six

individus qu'entre vingt, et au moins le choix né peut jamais porter sur un homme incapable : ce sont tous des hommes considérables, d'une loyauté attestée. On évite encore ainsi l'entente qui ne manque jamais d'avoir lieu quand on réunit indistinctement tous les adjudicataires qui veulent se présenter.

On nous reproche de n'avoir pas mis en adjudication la démolition de plusieurs maisons. Je ne voudrais pas me permettre une critique inconvenante, mais je ne puis m'empêcher de dire que souvent ces questions de travaux sont jugées par des hommes qui n'en ont pas la première idée, et je suis loin de leur faire un crime de n'être pas entrés dans tous ces détails. Voici comment s'établit l'adjudication : s'il s'agit de travaux de menuiserie, de charpentes, la qualité des travaux est fixée ; c'est à tant le pied que les adjudicataires font leurs soumissions. Mais peut-on adjuger des démolitions à tant le pied? C'est impossible. D'ailleurs nous employons les matériaux provenant des démolitions aux travaux du Jardin des Plantes; et cela a été un nouveau motif pour nous de préférer le système des marchés de gré à gré.

Au quai d'Orsay, 300,000 francs de menuiserie ont été adjugés; mais il y a eu un marché particulier de 80,000 francs pour la confection des portes et fenêtres, qui exigeaient des bois de choix et un travail d'ajustage très délicat : on s'est adressé, pour ce marché, à Tun des hommes en qui l'administration a le plus de confiance. Il y a eu, dans notre conduite,

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