‹ Discours parlementaires de M. Thiers; (volume 4)Chapitre 47 sur 53 · DISCOURS AUX DÉLÉGUÉS DE LA GIRONDE · texte numérisé non relu

DISCOURS AUX DÉLÉGUÉS DE LA GIRONDE

en a pas un autre que celui de la République cons< valrice. Et si, aujourd'hui, on rencontre dans TAsse blce tant de dilTiculté à composer un ministère { obtienne la majorité, c'est qu'on ne veut pas rec< naître les ventes que j'expose ici. Malheureusea» l'Assemblée nationale, représentant nos divisions la plus grande peine à constituer une majorité stal et homogène. Mais ne l'accusons pas, respectons^ et sachons attendre d'elle des résolutions salutair Espérons qu'après les dernières expériences i admettra comme nous la nécessité de prendre le pi pour juge et pour arbitre souverain des désacca qui Kl divisent. Le pays, en la nommant, n'a lia ni sa mission ni la durée de cette mission ; il s'en fié à sa raison, à sa loyauté, à sa délicatesse, du s (U* déterminer l'étendue de sa tâche, et le ten qu'elle mettrait à Taccomplir.

Si, ne pouvant aboutir à un résultat, elle pers lait à eonserver son mandat, elle sortirait des c( ditions que la raison impose à toute assemb délibérante. Dès qu'elle ne peut plus donner une n jorilé, elle n'a plus le moyen de gouverner, et, qua elle ne le peut plus, elle n'a plus le droit de le v( loir. Mais fions-nous-en a elle, attendons de sa pi ee que j'ai appelé un acte de raison qui l'honore aux yeux de la nation et lui rendra les suffrag qu'elle a aliénés d'elle. Espérons surtout qu'elle coi prendra que plus elle attendra, moins modérées moius sages seront les élections futures.

Pour moi, ne désirant rien que le repos au sein (le l'étude, de l'affection de mes amis, de la concorde de mes concitoyens, je ne vous parle, comme je le fais, qu'inspiré par une conviction forte et par une expérience des hommes et des choses qu'on veut bien ne pas me contester. Je vous remercie de nouveau de vos témoignages de sympathie, et, en donnant la main à votre ancien maire si justement regretté, je vous la donne à tous bien cordialement.

PRONONCÉ A ARCACUON

LE 17 OCTOBRK 1875

Les lois constitutioQQclles affirmant en France le maintien du régime républicain venaient d*êtro vott^es. Partout on se préparait aux élections sénatoriales et législatives qui devaient avoir prochainemt^nt lieu, et, profitant dequelques semaines de vacances prises par l'Assemblée nationale avant sa séparation définitive, M. Thiers était allé s'établir à Arcachon avec sa famille, â r>cctsion du st^jour quMl fit dan>^ cette localité, les députés républicains du département (le la GironJo, le bureau du conseil général, la commission d»^partenientjle, le Conseil d'arrondissement do Hurdeaux, la municipalité de cette ville, une délégation de celle de Tonneins, et, enfin, nombre de notabilités républicaines du pa\s, résolurent d'aller lui rendre leurs devoirs et rliarg'rent M. Kourcand, ancien maire de lk)rdeaux, d'être rintfrpréte des sentiments qui les animaient tous. Dans l'allocution qu'il pronon<;a à cet efîet, M. Fourcand rappela d'abord les principaux actes accomplis par M. Thiers durant les deux années qu*il avait passées à la tête des alTaires, exprima l'espoir que la politique d'ordre et d'apaiacment dont il s*était fait le promoteur recevrait sa pro-

cliainu con<écraiion, et termina en exprimant aussi la confiance ([ue )a Constitution du 25 février ne tarderait pas à recevoir une l<i\aie exécution.

M. ïliiers fit la réponse suivante.

Messieurs,

Je vous remercie bien sincùremenl de la démarche que vous faites aujounriiui auprès de moi, et qui me louche profondément par les souvenirs qu*elie me rappelle. C'est au milieu de vous, en effet, que j'ai passé les <|iialre mois affreux de nos malheurs. Vous m'avez vu tous les jours, consterné, désolé comme vous l'étiez tous, des bruits de nos désastres, qui se succédaient sans inlerruption, et me demandant avec désespoir connnent on pourrait y mettre un terme. Tout à coup, dans celle situalion qui semblait sans remède, je me suis trouvé accaldo du fardeau du pouvoir, (pii n'était certes pas enviable, mais que je ne pouvais pas refuser non plus ; et vous avez vu de vos propres yeux les efTorts que je faisais pour tenir télé à la mauvaise fortune de la France! Vous êtes donc mes témoins devant elle, mes témoins devant riiisl(»ire, elje vous remercie de venirence jourm'apporler votre sincère et loyal témoignage.

Vous avez tout vu, Messieurs: pas une armée ; et, si j'en avais possédé une, pas de ressources pour la

pa\er; 200,000 ennemis devant Paris, autant en (lliampagne et en Bourgogne, 150,000 à Tours, menarant Bordeaux, 150,000 à Bourges, menaçant Lyon ; tous les partis debout, prrts à en venir aux mains; les vilUïs du Midi, liguées pour la république, Paris livré à la (^ommime, et, pour former un gouvernement qui surmontât ces dillirultés, la détinnce universelle d(;s esprits prêts à refuser leur concours au gouvern(*ment qui ne répondrait pas à leurs passions! — Dans cette situatiou, dont le souvenir, quand j'y pense, nrémeut profondément, ai-jc hésité? Non. Je ne me sui*^ pa";; demandé si je réussirais, je n*ai songé qu*à mon devoir, qui n'était pas de réussir, mais <le me dévouer. Je n*ai pas plus pensé à la monarchie qu'à la république, j'ai accepté le pouvoir sous la forme qu'on lui a donnée et tel que les événements Tavaient fait, résolu à rendre le dépôt tel (pi'ou me l'avait coulié. (!<mclure la paix, la faire la moins cruelle possible, rétablir Tordre, lesliuances, l'aruiée, et, si je le pouvais, en payant la rau(;()U ilu pays, le délivrer de la présence di» l'étranger, telle était la tâ<*he à renq»lir, la seule dont je me sois occupé t»t (pie j'aie anuon<'é(> au pays. Avec Taide delà France elle-même, qui ue s'est poiul abandonnée, avec l'aide de Dieu, qui a été clignent pour nous, les premières dil1i(*ullés «ud <'lé sunnoutées, nous avons vu un peu d'ordre se rétablir, et nous nous sommes trouvi's aux portes «le Paris.

J'avais pu, avec les n»stes ile nos iléfailes, réunir

(i46 DlSnOl KS PHONONUÉ \ ABCACUON.

une force miUlairc de 150,000 hommes, cl, ni c'éUîl nssez pour essayer d'arracher Pari» à la Commiine, ce n'était pas assez pour contenir (oute«i les grandes villes de France, profondémeul intiuièles pour k maiulien de la république, et veuaal nous demander avec déllancc et irrîlalion si c'était pour la monarcliio que iiouK cuuibatlions. — Non, non, leur ai-je dit, c'est pour l'ordre, l'ordre seul, el, agissant au grand jour, j'ai porté à la tribune la niponse que j'avais faite : personne no m'a démcdli ; Laut le monde, au contraire, u volé l'ordre du jour que je dcniaodais. Paris a été arraché à la Coiuniuno, les assassins des otages ont été punis au nom «les loii^j par les lois seules, et la France a respiré !

Ce jour-là, m'a-l-ou dit quelquefois, vous pou' lout. IlélasI non. La moitié de ma lâche était à peine accomplie ; l'ennemi occupait les forts de Pari<t el dévorait nos campagnes, de la Seine à la Meuse ; d'affreux conflits pouvaient tous les jours éclater el rallumer la guerre; et enfin, pour r«ltrer uue à une nua provinces des mains de nos vainqueurs, il fallait des milliards, cl, pour avoir des milliards, il faUaitnîtabUr le crédit. Eh bien, lecréditoeTai demandi^à lapoKl d'apaisement. Croyez-vous qucsi,mGdé(neatantw cicuscmcnt le lendemain rlu jour oii j'avais déclara qu' nous combattions pour l'ordre et non pour la mon&rchie, j'avais essayé de la relever, j'aurais ublonu Tapaii ment des esprits, sans lequel toute opération cièrc était impossible? Mon, assurément ; wx

traire, on reslcinl fidèle à la parole doniK^c devant TAssemblée nationale, les hommes d'ordre étant rassurés par la destruction de la Commune, les républicains devenus confiants parce qu'on ne les avait pas trompés, un calme inattendu et qui a étonné l'Europe s'est protluit tout à «'oup : j'avais besoin de six milliards, on m'en a oiïert plus de quarante, et j'ai pu, en doux ans, reprendre un à un nos départements occupés, libérer le territoire et rendre la France à elle-même.

Voilà les faits, Messieurs, et, si je vous les rappelle, ce n'est pas pour faire ressortir la part que j'ai pu y prendre; non, le pays lui-même veut bien me les rappeler tous les jours, sans que je vienne moimême réveiller sa généreuse mémoire. Ces faits, je vous les rappelle pour en tirer l'ensoi^mement dont nous avons besoin, (*t qui doit décider de la conduite que nous avons à tenir pour notre salut définitif.

A Bordeaux, à Paris, avant et après la Commune, y a-t-il eu \m jour, un seul, oii nous ayons pu songer à rétablir la monarchie ?... A Bordeaux, il eût été fou et coupable d'y songer, quand aucune des choses urgentes qui étaient à faire n'était seulement entreprise ; sou'=^ les murs de I\iris, c'eut été la plus souveraine des imprudences; le lendemain, le plus audacieux lies miinques de parole, et le contraire, surtout, de cette politique il'apaisement qui seule a li- Iwvô le territoire et rouvert la carrière de l'industrie» du commerce, de l'économie, complètement fermée pour nous.

648 DISCOURS PRONONCÉ A ARGAGHON.

Un jour devait venir cependant où la question de la forme du gouvernement se poserait devant le pays naturellement et nécessairement. La France était délivrc'c de la présence de l'étranger, et ce « noble blessé, » comme je l'avais qualifiée, ayant recouvré SCS forces et la liberté de ses esprits, tous les partis à la fois ont demandé qu'il fût pourvu à la Constitution du pays. Ace moment, Messieurs, ai-je pris sur moi de soulever cette redoutable question ? Non, j'en connaissais la gravité; je me suis borné à signaler l'état de l'opinion, en laissant, bien entendu, à l'Assemblée nationale le soin de prononcer ; car, je me liate de le dire, j'aurais pu décider la question à moi seul (juc je ne l'aurais pas fait. D'une monarchie de douze siècles, moi, humble citoyen, vouloir faire une république, une république à destinée inconnue! Non, non ; j'aurais été, ce que je n'étais pas, toutpuissant, disposant d'armées victorieuses, que j'aurais regardé comme une impiété de me substituer à la nation! Je n'étais, je ne pouvais être que son dévoué serviteur, et je me suis borné à mettre sous ses yeux la ([uestion que je n'avais pas soulevée et que la Providence avait seule placée devant nous. Mais, en la présentant avec ma franchise naturelle, j'ai laissé voir mon opinion personnelle, et alors l'Assemblée nationale, usant de son droit, s'est séparée de moi.

Loin (le m'en plaindre, je l'en remercie. Ma lâche la |>lus indiciuée était achevée, les choses incontes-

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tablemcnt lionnes, telles que le nUîihlisscmcnt de Tonire ot ducrrédil, la lil)éralion «lu territoire, riaient accomplies, et il ne restait <\uct la tâche in^M*ale, inipossililc, ilti satisPain; les partis, voulant chacun le contraire <lc ce que voulaient les autres. Sans ihiuti», j'aurais pu lc;:alement retenir le pouvoir, a une condition touti'fois: c'/'lait «h» changer le ministère en appelant «les hommes qui croyaient la monarchie désirable el surtout possible. Je n\'ii cru ni di<^ne d'un l)on citoyen, ni utile |iour le pays, d'a;:ir de la sorte. Le p<m\dir nrétaut redemandé, je Tai remi< à Tinslant même, san»^ hésitation, sans reprrets. Peut-être aurais-je pu opé'rer quelque bien encore: mais il y avait quehpie chose de plus m*gent : c*élait dV'clairer h' pay<, el de l'éclainT conq»lètenu*nt sur la possibilité lU* n»faire la monarchie. Pouvait-elle être rétablie? V avait-il à-propos, utilité, possibilité, chanec de durée, à l'es^aver?

Il appartenait aux auteurs du '2^ mai de taire sortir celte Ni'rité Ai}^ idKrurité'S de la situation. Moi pré'senl au pouvoir, il serait reslé aux partie le prétt'xle de ma mauvaise volontt'. I.e^honnnesdu "Ih mai au pouv4)ir, toute fausse inlerpré'taliiui de\enait impossible. C/é'lait a eux à faire la lumière, el, je crois |)ouvoir rallirmer. iU Tout faite é(*lataiite , irn'*si<tible.

Ku rtVei, eux présents au pouvoir et le sachant, ne rempèchanl pas. ou e^t allé à Froh«idorf, el, qu\>n me permette de le dire, sans se soucier beau-

650 DISCOURS PRONONCÉ A ARGAGHON.

coup des lois, on est allé traiter de la couronne de France !

Loin de blâmer mes successeurs de leur attitude en cette occasion, je trouve bon qu'ils aient ainsi laisse' tout faire, tout tenter; mais, alors, il faut bien m'accorder que la preuve est complète, sans que rien y manque, et je me borne à cette question : « La monaroliie a-t-clie été rétablie? »

A cette simple question, j'entends la voix des partis : Cest la faute de M. le comte de Chambord! disent quelques-uns. Loin de moi. Messieurs, Finconvenance de blâmer M. le comte de Chambord, et rinconvenance tout aussi grande de le défendre. Je crois ùlre plus respectueux en ne le jugeant pas; mais ses amis répondent pour lui à ceux qui FaecDscnt: G\^st votre faute, à vous, disent-ils, à vous qui avez voulu faire des conditions au roi ! — Je ne juge, je le répète, ni les uns ni les autres: mais la monarchie sans conditions n'a pas été faite. Restait la monarchie à conditions, et elle avait ses représentants naturels dans les princes d*0rléans. Dieu me garde (le les juger eux aussi ! J'ai loyalement servi leur au- {.'uste père, et je n'aurai jamais peureux que les affectueux respects que je leur dois. Mais, on le sait, ces princes avaient déposé aux pieds de M. le comte de Chambord rengagement de s'abstenir de toute prétention. Uès lors, la maison de Bourbon était hors de cause. Restait le jeune successeur des Napoléons, achevant son éducation et chargé de la mémoire

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encore toute fraîche de nos «lésaslrcs. Aussi, Messieurs, après avoir (^rhoué à Frohsdorf, personne n*a essaya de réussir ailleurs ; et, pendant près de deux années, nous avons eu sous les yeux le sjiorlarle monotone et triste <le Timpuissance des partis, s'accusant les uns les autres tl\>tre impossibles, s'observant toutefois d\in «ril jaloux, toujours prêts à s*unir contre celui qui semblait avoir un avantagée d*un mo* ment sur b'S antr«*s, et n'hésitant pas à lui préférer hautement la république.

C'est devant ee speelaelc que l'Assemblée nationale, préférant, on peut le tlire sans lui manquer de respect, préférant la monarchie, mais reconnaissant son impossibilité, a, dans un sentiment de sagesse, voté la république dans la journée du 25 février.

Eh bien , Messieurs, la république est volée ; que faul-il faire? Je réponds sans hésiler : Une seule chose, l't tous, fout de suite, s'appliquer franchemenl, loyalement, à la faire réussir. Quelque avenir qu'on puisse [jrévoir, il n'y a pas il'aulre devoir que celui-là.

Je vois bien des pens, impatients de pénétrer l'avenir et oubliant la fable, imiter les anciens (irccs <|ui allaient consulter le Sphinx... Vous le savez tous, l'animal, perfide, les écoulait sans répondre, et, quand ils n'avaient pas deviné l'énigme, il les iléxorait. Ne recherrhons pas un avenir inconnu, el consultons le devoir présent, évident, indéniable. La république est votée, cl, sous peine d'être les plus

inconséquents dos hommes, il faut, je le répèt faire réussir. — Faire réussir la république, me t-on, c'est bien difficile! — Ouî^ je le reconnais; la monarchie, tombée trois fois en quarante est-elle donc plus facile? Sans doute il dépend partis monarchiques d'augmenter cette diflicultc leurs résistances, leur opposition ouverte ou ca( mais rendront-ils pour cela la monarchie poss Non; les mômes causes subsistent et subsist longtemps. Supposez, par une odieuse prévision, la maison de Bourbon n'eût plus qu^un seul n sentant; il resterait les Napoléons, que nous poi voir voter certains jours avec les Bourbons, que nous ne verrons jamais régner ensemble c'est bien assez de deux dynasties pour la gi civile, sans qu'il en faille trois. La rose blancl la rose rouge y sullîsent, et il n'est pas besoin imaginer une troisième.

En créant des difficultés à la république o rendrait pas, je le répète , la monarcbie plus fa on ne rendrait possible que le chaos, et, pou dernière, des malheurs cette fois irréparables.

Aujounrhui quelle est la situation véritable république n'est plus une question de principe, une question d'application, et c'est là que mencent non seulement nos devoirs à tous, ceux du gouvernement lui-même.

Le pouvoir est resté aux hommes du 24 non pas à tel ou tel, mais aux principaux. On 1(

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laissé le pouvoir, cl l*on a bien fait. Cétait la seule manière de les laisser sans souci cl sans prétexte fondé à Têtard du maintien de Tordre, qui était la grande objection faite à la république. Ils Tont conservé; mais c'est à eux à bien considérer l'usage qu'ils on feront.

On me tlira que c'est ce qui s'était passé à Bordeaux lorstpron avait laissé la ré[)ublique dans les mains 'des monarrhisles. Cela est vrai ; mais je prie de ne pas oublier ({ue, parmi ces monarchistes, il y avait trois ministres républicains très anciens, très persistants, et (|ue tous les autres ministres étaient pénétrés de la nécessité de la républicpie et agissaient tous avec une parfaite unité d'intentions et de vues.

(i'est aujouririiui ce qu'il faut souhaiter et obtenir.

Je comprends qu'on soutienne qu'il faut des conservateurs au pouvoir. Je l'admets, car, pour ma part, j'ai toujours été conservateur, et ai toujours voulu le paraître autant que je Tétais. Mais il faut s'entendre sur <c mot et j»rendre garile à Tinterprélation qu'on cherche à lui donner. Par exemple, on établit des classes parmi les eonservateurs, et puis on dit : Point de radicaux d'abonl. Soit, si par là on entend les partisans de certaines théories économiques, tinancicres et sociales, que les radicaux professent et renonceraient bientôt à pratiquer s'ils arrivaient au pouvoir. Mais on ne s'en tient pas là, et, après avoir repoussé les radicaux en personne, on repousse

ceux qui, sans être radicaux, mèneraienl k eux p; leur manière de faire : de sorte qu'il y a les radicai d*abord, dont il faut se défendre, puis ceux (\ mèneraient aux radicaux sans l'être; puis enfin, { voie de conséquence, ceux qui nous mèneraient a complaisants des radicaux ; et, en continuant ces cl sitications, il pourrait bien arriver qu'on n'admit service de la république que ceux qui n'ont jan voulu d'elle et qui n'en veulent pas même aujc d'hui.

Sans doute le pouvoir ne doit pas être une c pétition de places, une lutte d'ambitions ; mais cej dant il faut faire servir un gouvernement par c qui on ont toujours voulu, et, au moins en pai par ceux qui, n'en ayant pas voulu autrefois, veulent aujourd'hui. Autrement, qu'arriveraît-îl? aurait des fonctionnaires, et, en parlant des f( tionnairos, je n'enlonds pas cette partie mode laborieuse, infatigable, de l'administration, qui al jours servi admirablement la France; qui, le \et main de chaque révolution, est toujours venue prendre le cours des affaires, les enseigner nouveaux venus qui les ignoraient, et a toujc maintenu invariable la marche des services publi je ])arle des fonctionnaires politiques, change avec la politique et en étant la représentation ; yeux des peuples. Eh bien, on aurait des foncti naires qui n'osent pas prononcer le nom du gou^ nement (pi'ils servent, à qui, par exemple, c'est

miracle d*arrachcr le mot de république; qui parlent de la France, nom sacré qui nous est cher a tous, qu*il est toujours à propos de prononcer, mais qu*il ne faudrait pas toujours prononcer uniquement, pour ne pas en prononcer un autre.

Ce n*est pas ainsi, Messieurs, qu*on rallie les populations incertaines, soupçonneuses, et qu*on se fait suivre par elles dans les voies où Ton marche, et qui sont les seules où vous puissiez marcher désormais. On s'expose, en agissant de la sorl<*, à offrir au pays un gouvernement incertain, tiraillé, énigmatique, dans lequel on cherche, sans la trouver, la pensée qui le dirige.

Du reste. Messieurs, les élections approchent, et c'est à la France qu'il appartient d'imprimer au gouvernement Tuiiilé dont il a absolument besoin ; que, se gardant de tout es|)rit d'exclusion, car les gouvernements exclusifs sont stériles, la France, agissant a\ec discernement, accueilh» tous les hommes qui ont su [)rendre leur parti, et se garde de ceux qui, républicains le jour du scrutin, se hâteraient le lendemain d'expliquer leur profession de foi par l'article de nos lois constitutionnelles qui stipule la revision.

Qu'en abordant l»*s urnes électorales la France n'oublie pas qu'elle a son système financier a compléter, ses lois militaires à revoir, car celles qu'on a faites ne sont pas toutes bonnes, ses traités de commerce à renouveler en 1870, son enseignement à développer d'après les bases de la société moderne ;

CSG DISCOURS PRONONCE A ARCACUa Cl si, à toutes ces difRcultés de syslàme, les solutions si laborieuses, vemiittnl se joinilre l difficultés naissani des divisions des parti». Ic&quelU ont reudu tout si difUcilc dans l'Assemblée acLuell que la France n'oublie pas qii'idle n'aboutirait qu'î chaos dont je vous parlais tout à l'Iicurc, et nchAvt-fl de perdre son I^mps devant t'Burope, qui ue p^ pas le siou, car il n'y a pas uuc oatioii qui ne s'« cupe aujourd'hui de se rendre à la Fois pliu forioj mieux ordonnée.

A ce mot de l'Europe, j'entepds plus d'ane t^ me dire : ^h liicu, qu»nd vous aurez fuit tout i'4 et mâmc quand vous y aurez réussi, vous rc«ltij toujours seul, car jamais la n^publiquo ne trouva d'alliés dans le monde. PermetteE-iuai, à ce »u| quelques mots encore, qui ne seront peut-£tre pasi placés dans ma bouche. Les partis Tool rEurope et cunâ f^on im»go ; ot, je leur eudcuiaiitle bieu pordl eu la Taisaul à leur image, ils se trompent soavel

L'Europe aujourd'hui est parraitemcnt nisè □able, piu'cu qu'elle est profoadémûQl éclairée. ' pour sympathiser avec elle, savez-vous ce qu'il fBij Un i^ouvcrncmeulraisouuable comme elle. Saosdod l'Europe n'a pas toujours été co qu'elle est danstemps présent, mais, croyez-le bien, elle a'et l'Europe de I81&, ni celte de 1830.

Alors, sur tous les trônes, dans tous les t il y avait des princes et des ministres qui i combulLu quarante ans la Itévalutiûn françolca ;

lorsque tout à coup, en 1830, ils la virent sortir du tombeau où on la croyait ensevelie à jamais, ils furent profondément émus et troublés. — J'ai vu ces temps, ils ne sont jamais sortis de ma mémoire.

Il semblait à toutes les imaginations (|ue Talfreux Robespierre, que le gran»! et terrible Napoléon, allaient reparaître et renverser tous les trônes. Ces vaines terreurs furent bientôt tlissipéi*s ; mais la défiance, les ranrun<'s, reslènMit ; TKurope se maintint armée et coalistM* contre la France, et, im>m<» après avoir évacué son territoire par Tarlion ellit-ace et patriotique de rillusiri' tlur de Rirlielieu, elle ne ressa pas de se réunir presque tous les ans en conjurés \H}[[v veiller aux événements, et, au besoiu, i>our marrlier sur la France et y étuulTer la Uévolution qui, tlisait-on, menaçait tous les {j^ouvernements et toutes les sociétés.

Je vous le demande, y a-t-il rien de stMnblable aujourdlnii? San< doule, hirsqu'il se pas^^e rpielque chose «U* ;.M'ave <liez nou<, on y re^^arde, car la France n'a pas ce<sé d'être un td»jel de f:ran<le atti'ntion ; mais la pensé*' unanime tle tous les •:ouvernemeiils, c'e^^l fie respeeter serupnleusement rindépendance de la France, et de lui laisser à elle seule le .soin de ses propres alVaires.

.\insi, il y a quarante ans, le principe tle la politique européenne était l'intervention, et maintenant, au contraire, la non-intervention est le principe adopté ilans tous le< cabinets.

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