‹ Discours parlementaires de M. Thiers;Chapitre 10 sur 39 · IV · texte numérisé non relu

IV

exemple, en Pologne et en Italie, car personne ne rangera ces questions dans le même ordre.

Il y a une politique qui a reconnu qu'en Espagne nous avions de grands intérêts; cette politique, je dois le dire, c'est celle du gouvernement. En se contentant de négociations qui n'ont pas eu un grand résultat pour la Pologne et l'Italie, et en signant avec empressement un traité solennel avec l'Espagne, le gouvernement a reconnu, puisqu'il allait jusqu'à un traité, qu'il y avait là un grand intérêt. Mais, qu'il me soit permis de le dire, le gouvernement a cherché, non à éluder le traité, je ne l'en accuse pas, mais il a cherché dans le traité une signification que, pour mon compte, je n'y ai jamais vue ; le gouvernement a cru que le traité l'obligeait à faire des vœux pour l'Espagne, à lui donner même quelques secours indirects, tels que la présence fort rare, il faut le dire, de notre pavillon sur ses côtes, une clôture aussi complète qu'on la peut opérer, et qui, je le reconnais, à toutes les époques, a été entreprise avec zèle et loyauté. On nous a accusés à tort de ne pas vouloir fermer les Pyrénées. Messieurs, nous avons toujours et à toutes les époques, sous les ministères antérieurs comme sous le ministère présent, nous avons fait ce que nous avons pu.

Il y a donc, dis-je, une politique du gouvernement qui consiste d'abord à s'engager par un traité, puis à faire des vœux et à faire promener quelquefois notre pavillon le long des côtes d'Espagne, à donner un

secours indirect qui n'a été malheureusement ni fort durable ni fort efficace, celui de la légion étrangère, et enfin à fermer, autant qu'on le pouvait, nos frontières. Je ne méconnais pas que ce ne soit là quelque chose, et que ce ne soit une preuve de sympathie ; mais cette politique a ajouté que, s'il fallait agu* d'une manière plus efficace, elle ne le ferait pas.

Qu'il me soit permis d'exprimer ici toute ma pensée, et, puisque je mets, pour mon compte, et pour l'opinion que je représente dans cette question, une franchise complète, on me permettra aussi de mettre beaucoup de franchise à parler do la politique du gouvernement.

La politique du gouvernement est-elle de faire des vœux, de donner quelques secours indirects, et, enfin, si la fortune en décidait, de se borner à des témoignages de sympathie et à laisser opérer la contrerévolution en Espagne ?

Je dis qu'il y a une limite oii le gouvernement a voulu s'arrêter; et cela depuis la nouvelle interprétation du traité, car il a été une époque où le gouvernement pensait à faire davantage ; mais je dis que, depuis deux ans, la politique du gouvernement a été celle des secours indirects, et, si la fortune se déclarait contre la reine, de ne pas faire davantage. Eh bien, croire que la France, à la face du monde, a signé un traité dans lequel il y avait ces expressions : « Expulser du sol de la Péninsule les deux prétendants, » croire (jucla France a signé ce traité, et qu'elle a voulu n'ac-

corder que des secours indirects et laisser périr la couronne d'Espagne, c'est à quoi je me suis, pour mon compte, toujours refusé. Aujourd'hui que l6 blocus, que la présence d§ nos forces navales, que la légion étrangère, n'ont pas produit les résultats qu'on attendait, cette politique se borne à dire : Je fais des vœux; si l'Espagne périt, je le regretterai; mais je fais des vœux. A mon avis, cette politique n'est pas suivant la dignité et les intérêts de la France. Il y a une autre politique qui n'a pas dit que la France, contre tous ses intérêts, même contre les besoins de sa situation, si elle était engagée dans de grands périls européens, si elle en avait, par exemple, sur le Rhin, dût aller au secours de l'Espagne, mais qui croit que, lorsqu'on a signé un traité solennel et que le jour du danger arrive, on ne doit pas se borner à des sympathies sans employer des moyens plus efficaces.

Ainsi il y a deux politiques : l'une qui, après avoir fait quelques efforts indirects, consent, se résigne même, avec douleur, à laisser périr l'Espagne ; et l'autre, qui n'oblige pas le gouvernement h intervenir à un jour donné, et avec précipitation ; mais qui dit qu'elle croit que la France est obligée à ne pas laisser opérer la contre-révolution en Espagne. Ce sont les deux politiques qui se trouvent en présence, et la seconde, on peut la définir comme Ta fait l'honorable M. Saint-Marc Girardin.

L'intervention, nous avons de la répugnance pour elle.

Je le comprends, ce n'est jamais sans de grandes nécessités, sans de gi'ands besoins, qu'un peuple sage dépense ses forces, c'est-à-dire son sang et ses trésors ; mais, si la nation que nous avons évidemment promis de secourir avait besoin de nous, si elle allait périr et que la France la laissât périr, je dis que la France manquerait à ses engagements, et je vais plus loin, si tant est qu'il y ait quelque chose de plus sacré que des engagements pris, à ses intérêts évidents; car, si le traité n'existait pas, il faudrait y suppléer. Dans ma conviction profonde, la France ne saurait rester indifférente à la contre-révolution; cela est impossible ; outre que cela est contraire à ses principes, à ses intérêts véritables, cela est contraire évidemment à sa situation dans le monde. Si la question est traitée avec plus de développement, si elle prend à cette tribune une plus grande étendue, j'y reviendrai ; mais, je le déclare, il y a ici deux politiques : l'une qui, dans le cas de péril, se borne à des sympathies ; l'autre qui, dans le cas de péril démontré, urgent, voudrait que la France fit plus que d'éprouver des sympathies.

Eh bien, je crois que l'adresse exprime cela parfaitement; l'adresse n'impose pas au gouvernement l'obligation d'intervenir immédiatement, tel jour donné et de telle manière ; mais elle lui dit : J'estime que la France ne peut pas être indifférente au triomphe de la contre-révolution en Espagne, et que, si un danger pressait de contre-révolution se présentait, ce serait

nu PROJET D'ADRESSE.

le cas d'agir ; elle n'oblige pas le gouvernement, mais elle laisse peser sur lui la responsabilité.

Et j'ajoute qu'il n'y a rien là d'étonnant et d'injuste ; une Chambre est responsable de ses sentiments, des intentions qu'elle exprime, quand elle en exprime ; mais reste au gouvernement la responsabilité de l'action. La Chambre n'est pas gouvernement, et ne doit pas dire : « Intervenez tel jour et de telle manière; » elle sortirait de son rôle. Mais, quand il y a pour le pays un grand péril, elle vous le signale, elle vous dit : « Voilà le danger! » elle n'est pas indifférente, et elle vous somme de songer à tous vos devoirs, d'y songer sérieusement.

Ainsi deux politiques sont en présence. Je conviens que, dans les termes, il n'y a pas une différence aussi grande peut-être qu'on le pourrait supposer; mais, dans la pensée, il ne faut pas nous tromper les uns les autres, dans la pensée elle est très grande. On veut, d'une part, se borner à une déclaration insignifiante, à une déclaration de la Chambre qui permette de rester dans cette politique qui fait des vœux et pas davantage ; et, de l'autre, il y a une rédaction qui, sans imposer au gouvernement une conduite immédiate, lui signale le danger, et lui dit que la Chambre, comme Chambre française, comme Chambre fidèle à l'esprit de la révolution de Juillet, ne saurait assister à une contre-révolution en Espagne.

Le ministre des affaires étrangères, M. Mole, ayant immédiatement répondu que le traité de la quadruple alliance n'engageait pas le gouvernement français au delà de ce qu'il avait fait, c'est-à-dire de l'obligation d'empêcher l'entrée en Espagne de tous secours au proût du prétendant en hommes, argent ou munitions, que faire plus serait intervenir, que l'intervention serait un malheur pour la France, que d'ailleurs il ne reconnaissait, quant à lui, le droit à aucune puissance d'intervenir dans les affaires intérieures d'une autre, et que l'amendement présenté par M. Hébert avait l'avantage de faire cesser toute équivoque sur la politique que devait suivre le gouvernement à l'égard de l'Espagne, M. Thiers fit la réplique suivante.

Je prie la Chambre de m'accorder quelques instants. {Le silence se rétablit un peu,)

Comment se ferait-il, Messieurs, que, dans une question aussi grave , et qui intéresse Thonneur et la politique du pays, vous montrassiez une telle impatience de terminer un débat aussi important ? {Parlez ! parlez! — Mouvement d'attention.)

Vous savez tous que c'est quand on se joint de près dans une question, quand on est sur le point de faire jaillir la clarté, qu'il faut poursuivre le débat; en le reculant, on ne fait que l'allonger et l'obscurcir. {Très bien! très bien!)

Je n'ai point l'intention de m'étendre : je sais qu'il ne faudrait pas lasser votre patience à l'heure qu'il est ; je ne veux que préciser la question entre le chef

du gouvernement et les hommes qui pensent comme moi.

Je n'ai pas dit l'intervention à tout prix, l'intervention quoi qu'il arrive ; mais le chef du gouvernement français dit, à la face de l'Europe : L'intervention, jamais. Oui, dites-le si c'est votre pensée, et il faut que la Chambre le dise aussi si c'est sa pensée. {Trh bien! très bien!)

Si nous n'avions ambitionné qu'un mince succès parlementaire, nous nous serions comptés et nous aurions su qu'il nous manquait à peine quelques voix pour l'obtenir ; mais ce que nous voulons ici, c'est la vérité pour nous, pour tous, et surtout pour un pays qu'il ne faut pas abuser plus longtemps, qui doit savoir ce qu'il peut ou non attendre de nous.

Ainsi, peu importe que vous l'emportiez de quelques voix, je veux qu'on sache la vérité et je ne veux pas la dissimuler.

Nous ne disons pas : L'intervention dans tous les temps, quoi qu'il arrive, si la France est en péril, si elle a à se défendre sur le Rhin ; nous ne disons pas : L'Espagne avant la France. Non, Messieurs, la France d'abord, l'Espagne après; et l'Espagne dans l'intérêt même de la France. Croyez-le bien, je ne fais pas voyager mes sympathies autour du monde, et je n'affecte pas un patriotisme cosmopoHte. J'ai limité ma politique à ce qui est possible. Là où j'ai vu l'impossible, même généreux, je me suis arrêté. L'impossible existait pour la Pologne ; son malheur touchait les âmes

élevées, j'ai dit : Non. J'ai encore dit non pour l'Italie, quoique ce fût moins impossible, parce que là était la guerre, la guerre certaine. Mais pour l'Espagne, pays où règne notre influence, où la France a de grands intérêts, non seulement il n'y a pas impossibilité, je dirai plus, il n'y a pas danger de guerre.

Ai-je été seul de moi\ avis? Non ; car le gouvernement a conclu un traité solennel dont le but est l'expulsion des prétendants. Et aujourd'hui il serait assez léger pour dire à la face du monde que peutêtre il avait engagé la France!

Si cela est, il faut avouer qu'il y a eu une étourderie incommensurable, car il y a un engagement solennel envers l'Europa; il faut dire qu'on a compromis l'avenir de la France, et qu'en reconnaissant la reine d'Espagne on a méconnu les véritables intérêts de la France.

Je crois, pour mon compte, qu'en reconnaissant la reine d'Espagne nous avons cédé à un instinct qui parle chez nous depuis deux siècles ; car, lorsque l'Espagne n'est pas notre amie, elle devient forcément notre ennemie ; elle devient le point de mire de toutes les puissances qui peuvent n'être pas en paix avec nous.

Rappelez-vous que, quand Napoléon était en guerre avec l'Angleterre, cette dernière agissait en Espagne. Je n'ai pas la prétention de vous apprendre l'histoire, mais vous savez comme moi que l'Autriche, et les puissances qui étaient en rivalité avec nous.

d'un des plus graves intérêts du pays, il s'agit de fixer sa pensée véritable ; et cela a une importance qui est au-dessus de tous les intérêts, quels qu'ils soient, une importance telle, que nous devons nous expliquer avec une entière netteté.

Si nous nous disons les uns aux autres que nous sommes d'accord, que tous nous voulons la même chose^ nous tomberons dans l'équivoque, et je trouverais bon que nous n'y restassions pas ; car, à côté de nous, il y a un peuple qui souffre, un peuple dont la destinée peut dépendre de nos délibérations, et surtout du sens de nos délibérations.

Eh bien, après ces quelques mots dont vous devinerez la portée, et dont, je crois, vous apprécierez la loyauté, j'entre franchement dans la question.

Je ne redirai pas tout ce que j'ai dit dans d'autres circonstances. Cette question, je crois pouvoir le déclarer sans grossir les choses, intéresse l'Europe entière ; elle est immense, et l'on a très bien fait de l'appeler immense ; voyez les accidents qui pourraient résulter d'une mauvaise solution. M. le président du conseil a eu raison en disant qu'une mauvaise solution serait un malheur immense.

M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — J'ai dit un grand malheur.

M. Thiers. — Un grand malheur; j'accorde la différence. {Mouvement^ divers.)

Il y a, Messieurs, deux politiques sur l'Espagne. 11 en est une qui ne la dédaigne pas absolument, mais il

en est une autre qui veut qu'à tout prix, immédiatement, on aille faire ses affaires pour elle-même, presque contre elle-même, et se charger de ses destinées.

Si l'on place la question dans ces termes extrêmes, Tune de ces opinions ne portant pas d'intérêt à l'Espagne, qui lui est presque indifférente, et l'autre voulant faire sans elle, malgré elle, ses propres affaires, et intervenir immédiatement, si, dis-je, on place la question dans ces termes extrêmes, on est dans le faux.

Il n'y a personne dans le pays, je n'admets pas la calomnie, il n'y a personne, du moins dans le cercle de la constitution, qui puisse être indifférent entre don Carlos et Isabelle. Il n'y a personne qui veuille intervenir à tout prix, à tous les instants, et qui veuille qu'avant un besoin démontré, on aille, pour que le monde marche mieux et plus vite, se hâter de terminer tous les embarras que peuvent avoir des peuples amis ou non amis. Non, Messieurs, je crois qu'il n'y a pas ici de ces interventionnistes imprudents, peu pratiques, qui voudraient qu'on allât faire les affaires des autres peuples.

Je dis que la question est mal posée, si on la pose dans ces termes extrêmes ; mais il y a deux politiques, à mon avis, bien claires et qui résultent de deux conduites opposées, deux politiques connues comme la question elle-même. Il y a dans le pays une politique qui a reconnu que nous avons en Espagne un intérêt fort différent de celui que nous avons, par IV. U

exemple, en Pologne et en Italie, car personne ne rangera ces questions dans le même ordre.

Il y a une politique qui a reconnu qu'en Espagne nous avions de grands intérêts; cette politique, je dois le dire, c'est celle du gouvernement. En se contentant de négociations qui n'ont pas eu un grand résultat pour la Pologne et l'Italie, et en signant avec empressement un traité solennel avec l'Espagne, le gouvernement a reconnu, puisqu'il allait jusqu'à un traité, qu'il y avait là un grand intérêt. Mais, qu'il me soit permis de le dire, le gouvernement a cherché, non à éluder le traité, je ne l'en accuse pas, mais il a cherché dans le traité une signification que, pour mon compte, je n'y ai jamais vue ; le gouvernement a cru que le traité l'obligeait à faire des vœux pour l'Espagne, à lui donner même quelques secours indirects, tels que la présence fort rare, il faut le dire, de notre pavillon sur ses côtes, une clôture aussi complète qu'on la peut opérer, et qui, je le reconnais, à toutes les époques, a été entreprise avec zèle et loyauté. On nous a accusés à tort de ne pas vouloir fermer les Pyrénées. Messieurs, nous avons toujours et à toutes les époques, sous les ministères antérieurs comme sous le ministère présent, nous avons fait ce que nous avons pu.

Il y a donc, dis-je, une politique du gouvernement qui consiste d'abord à s'engager par un traité, puis à faire des vœux et à faire promener quelquefois notre pavillon le long des côtes d'Espagne, à donner un

secours indirect qui n'a été malheureusement ni fort durable ni fort efficace, celui de la légion étrangère, et enfin à fermer, autant qu'on le pouvait, nos frontières. Je ne méconnais pas que ce ne soit là quelque chose, et que ce ne soit une preuve de sympathie ; mais cette politique a ajouté que, s'il fallait agir d'une manière plus efficace, elle ne le ferait pas.

Qu'il me soit permis d'exprimer ici toute ma pensée, et, puisque je mets, pour mon compte, et pour l'opinion que je représente dans cette question, une franchise complète, on me permettra aussi de mettre beaucoup de franchise à parler de la politique du gouvernement.

La politique du gouvernement est-elle de faire des vœux, de donner quelques secours indirects, et, enfin, si la fortune en décidait, de se borner à des témoignages de sympathie et à laisser opérer la contrerévolution en Espagne ?

Je dis qu'il y a une limite où le gouvernement a voulu s'arrêter; et cela depuis la nouvelle interprétation du traité, car il a été une époque où le gouvernement pensait à faire davantage ; mais je dis que, depuis deux ans, la politique du gouvernement a été celle des secours indirects, et, si la fortune se déclarait contre la reine, de ne pas faire davantage. Eh bien, croire que la France, à la face du monde, a signé un traité dans lequel il y avait ces expressions : « Expulser du sol de la Péninsule les deux prétendants, » croire (jue la France a signé ce traité, et qu'elle a voulu n'ac-

corder que des secours indirects et laisser périr la couronne d'Espagne, c'est à quoi je me suis, pour mon compte, toujours refusé. Aujourd'hui que 16 blocus, que la présence dç nos forces navales, que la légion étrangère, n'ont pas produit les résultats qu'on attendait, cette politique se borne à dire : Je fais des vœux; si l'Espagne périt, je le regretterai; mais je fais des vœux. A mon avis, cette politique n'est pas suivant la dignité et les intérêts de la France. Il y a une autre politique qui n'a pas dit que la France, contre tous ses intérêts, même contre les besoins de sa situation, si elle était engagée dans de grands périls européens, si elle en avait, par exemple, sur le Rhin, dût aller au secours de l'Espagne, mais qui croit que, lorsqu'on a signé un traité solennel et que le jour du danger arrive, on ne doit pas se borner à des sympathies sans employer des moyens plus efficaces.

Ainsi il y a deux politiques : l'une qui, après avoir fait quelques efforts indirects, consent, se résigne même, avec douleur, à laisser périr l'Espagne ; et l'autre, qui n'oblige pas le gouvernement à intervenir à un jour donné, et avec précipitation ; mais qui dit qu'elle croit que la France est obligée à ne pas laisser opérer la contre-révolution en Espagne. Ce sont les deux politiques qui se trouvent en présence, et la seconde, on peut la définir comme Ta fait Tlionorable M. Saint-Marc Girardin.

L'intervention, nous avons de la ré[)ugnance pour elle.

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Je le comprends, ce n'est jamais sans de grandes nécessités, sans de gi'ands besoins, qu'un peuple sage dépense ses forces, c'est-à-dire son sang et ses trésors ; mais, si la nation que nous avons évidemment promis de secourir avait besoin de nous, si elle allait périr et que la France la laissât périr, je dis que la France manquerait à ses engagements, et je vais plus loin, si tant est qu'il y ait quelque chose de plus sacré que des engagements pris, à ses intérêts évidents; car, si le traité n'existait pas, il faudrait y suppléer. Dans ma conviction profonde, la France ne saurait rester indifférente à la contre-révolution; cela est impossible ; outre que cela est contraire à ses principes, à ses intérêts véritables, cela est contraire évidemment à sa situation dans le monde. Si la question est traitée avec plus de développement, si elle prend à cette tribune une plus grande étendue, j'y reviendrai ; mais, je le déclare, il y a ici deux politiques : l'une qui, dans le cas de péril, se borne à des sympathies ; l'autre qui, dans le cas de péril démontré, urgent, voudrait que la France fit plus que d'éprouver des sympathies.

Eh bien, je crois que l'adresse exprime cela parfaitement; l'adresse n'impose pas au gouvernement l'obligation d'intervenir immédiatement, tel jour donné et de telle manière ; mais elle lui dit : J'estime que la France ne peut pas être indifférente au triomphe de la contre-révolution en Espagne, et que, si un danger pressait de contre-révolution se présentait, ce serait

nous traitons la question d'intervention elle-même. Non, Messieurs, il ne s'agit pas ici de l'intervention; il pourra éventuellement s'agir d'elle un jour; mais, entre l'intervention et le moment présent, il y a encore de graves circonstances à supposer, plusieurs votes des chambres à intervenir.

Je vous prie de reporter votre attention sur certains mots prononcés hier par l'honorable M. Guizot. Ces mots se lient à quelques-unes des paroles de M. Renard ; ils sont importants dans la situation où nous nous trouvons.

Qu'y a-t-il devant nous? Une immense question; tout le monde le sent ; et, en présence de cette im mense question, la Chambre, à laquelle on ne demande ni subsides ni votes d'hommes et d^argent, la Chambre dit avec raison : « Ne me forcez pas à me décider aujourd'hui ; s'il s'agit d'un vote qui m'oblige à prendre un parti immédiat, je n'en veux pas. »

M. Renard l'a fort bien dit, et la Chambre tout entière le répète avec beaucoup de raison : Point d'obligation de prendre un parti immédiat! M. Guizot, sentant hier que là était la difficulté de la question, vous a dit : Quand on s'engage dans la pohtiquc d'intervention, on ne peut plus en revenir ; quand on s'engage dans la poUtique de non-intervention, on en revient toujours. 11 avait raison. Mais prenez-y garde : la question est de savoir de quel côté on s'engage : si Ton s'engage en adoptant le paragraphe de la commission, ou si Tonne s'engage pas en adoptant l'amende-

ment de M. Hébert? Eh bien, je dis qu'on ne s'engage pas du tout en adoptant le paragraphe de la commission, tandis qu'on s'engage pour la contre-révolution en adoptant l'amendement de M. Hébert. ( Vives réclamations au centre, — A gauche : Très-bien!)

Messieurs, je sais bien que je blesse beaucoup d'opinions contraires à la mienne ; mais il faut qu'on me permette d'aller jusqu'au bout, et l'on verra que je ne dis rien que de bien naturel.

Que dit la commission? La commission dit ceci: Je ne demande pas l'intervention, je vous demande de ne rien exclure.

Et ici. Messieurs, permettez-moi de mettre en présence les deux politiques que j'ai déjà caractérisées. Il y a deux extrêmes, comme je l'ai dit avanthier, qu'il faut mettre hors du débat : ceux qui supposent une indifférence absolue pour l'Espagne, et ceux qui supposent une ardeur telle, qu'il faille intervenir à tout prix. Nous n'avons pas à choisir entre ces deux politiques, c'est la calomnie de la question : il n'y a personne qui soit indifférent au sort de l'Espagne ; il n'y a personne qui veuille de l'intervention à tout prix.

Entre ces deux extrêmes, il y a deux autres politiques; l'une qui porte intérêt à l'Espagne, mais à condition de ne faire que des vœux ; l'autre qui, sans vouloir l'intervention immédiate, veut cependant garder sa liberté d'action, et se réserver l'intervention pour le cas où elle serait nécessaire à la France et à l'Espagne.

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