IV. îi
est là, sur la carte, entre la France, la Prusse, TAutriclie, et qu'aucune d'elles ne voudrait la livrer à l'autre.
Il y a là une garantie plus forte que les traités. Cependant je conviens qu'il était grave de dire à l'Angleterre, qui s'était attachée au traité, de dire aux autres puissances, qui y avaient adhéré : « Je n'en tiens aucun compte. » Cela était grave, j'en conviens; aussi ce n'est pas le langage que j'aurais tenu. Qu'aurais-je fait? Je me serais servi de cette raison, qui a pour elle la moralité, la vérité, l'évidence, que le traité n'a pas été exécuté, que la plupart des articles ont été ajournés. J'aurais dit, non pas humblement, mais très modestement : J'accepte le traité, si vous voulez, mais à une condition, c'est qu'on en modifiera quelques clauses. {Exclamation au centre,) Messieurs, pour ma part, j'aurais premièrement employé toute mon influence à empêcher la réouverture des négociations, par la certitude que j'avais qu'elles ne pouvaient aboutir qu'à beaucoup de troubles et de difficultés.
' Les négociations rouvertes, j'aurais demandé, non pas l'abrogation du traité, mais j'aurais insisté au moins... (Interruption,) Eh, mon Dieu, on peut être battu dans une négociation, mais la manière la plus certaine d'être battu, c'est de se battre soi-même dès l'ouverture, en accordant à ses adversaires tout ce qu'ils vous demandent. (A gauche. C'est cela! très bien I)
J'aurais au moins insisté sur ce point ; j'aurais demandé des modifications au traité ; je n'aurais peutêtre pas réussi, mais alors j'aurais demandé du temps ; j'aurais demandé qu'on replaçât les choses dans l'état où avait voulu les mettre le roi de Hollande. On me dit que cela est impossible, que je viens me heurter contre la difficulté; je sais que c'est une difficulté, et, à ce sujet, je dois dire une chose. Je suis sincère... Je conviens que, par la majorité formée dans ce tribunal composé de cinq juges, puisque vous n'êtes que deux contre trois, la situation est rendue difficile; cependant, à des époques antérieures, le cabinet a su se tirer d'une semblable situation ; car, à deux contre trois, on a su assurer l'indépendance de la Belgique ; on a fait plus, on a pris Anvers. Je crois donc qu'à deux contre trois on aurait pu gagner la question. Mais M. le président du conseil va me dire : On est actuellement un contre quatre. Je le sais bien. On était un contre quatre; on n'avait pas l'Angleterre avec soi. Mais pourquoi n'avait-on pas l'Angleterre avec soi? Nous le dirons une autre fois.
Enfin j'aurais essayé de faire triompher le bon droit. Quand la France a pour elle la raison et le bon droit, quand elle a surtout des motifs d'ordre, car, croyez-le bien, ce sont des motifs d'ordre qu'on pouvait faire valoir pour arrêter la question belge, pourquoi ne tiendrait-on pas en son nom le langage qu'on doit tenir? Pourquoi ne le tiendrait-on pas avec
succès?