‹ Discours parlementaires de M. Thiers;Chapitre 28 sur 39 · IV · texte numérisé non relu

IV

SUR

PRONONCÉ LE 24 MARS 1840 A LA CHAMQ.RB DBS DÉPUTÉS

Dans la déclaration qu'il avait faite le h mars devant la Chambre, M. Thiers avait annoncé qu'il saisirait prochainement l'occasion de fournir des explications complètes sur la politique que le cabinet dont il était chef entendait pratiquer. Peu. de jours après, le ministre de l'intérieur présenta un projet de loi à l'effet d'ouvrir un crédit d'un million pour complément de dépenses secrètes de 18i0, et l'exposé des motifs ne dissimulait pas qu'en demandant le vote de ce crédit le gouvernement réclamait tout à la fois un vote de nécessité et un vote de confiance. Dans le sein de la commission chargée de l'examen du projet de loi, M. Thiers déclara que son ministère était un ministère de transaction bien résolu à ne pas gouverner avec le centre droit contre la gauche ni avec la gauche contre le centre droit. Mais la minorité de la commission, minorité qui appartenait à cette dernière fraction de la Chambre, sans conclure au refus du crédit, crut devoir exprimer ses réserves et ses défiances à l'égard d'un cabinet qui, pris en dehors de l'ancienne majorité, serait obligé, pour vivre, de faire de nombreuses et dangereuses concessions à la gauche. La majorité de la com-

mission, au contraire, composée de membres de Tancienne opposition, donna sa complète approbation à la politique sage et conciliante qu'allait inaugurer le nouveau cabinet, politique qui, en donnant au dedans et au dehors satisfaction aux aspirations conservatrices et en même temps nationales du pays, serait la glorification de la Révolution de Juillet.

M. Thiers ouvrit le débat en séance publique par un discours dans lequel il exposa les circonstances au milieu desquelles s'était formé le cabinet du 1" mars, constata que ce cabinet était essentiellement un cabinet de transaction, et exprima l'espoir que les questions qui^vaient précédemment divisé et passionné les partis étant pour la plupart résolues, ce cabinet aurait le concours de la grande majorité de la Chambre.

Messieurs,

En prenant le premier la parole, non seulement j'use d'un droit, mais je crois remplir un devoir. Qu'y a-t-il en effet en discussion. Messieurs? Aucun acte du cabinet qui existe depuis trop peu de temps pour avoir pu agir dans un sens ou dans un autre.

Je vais dès lors, au nom du cabinet à la tetc duquel j'ai l'honneur d'être placé, donner des explications à la Chambre sur deux points : la formation du cabinet et la marche qu'il entend suivre.

Je n'entrerai pas dans de trop longs détails ; cependant j'ai besoin d'exposer devant la Chambre sous l'empire de quelles nécessités le cabinet s'est formé.

La Chambre sait que, pendant plusieurs années, je suis resté éloigné des affaires de mon pays. Lorsque Sa Majesté m'a fait l'honneur de m'appeler, je n'avais plus aucune objection fondée à opposer à mon entrée aux affaires ; je n'aurais pu donner aucune raison valable, car des dissentiments qui m'avaient séparé du gouvernement aucun n'existait plus. La question de Belgique, la question d'Ancône, la question d'Espagne, avaient été emportées par le temps. Je n'avais donc que l'une de ces deux raisons à donner : ou que je ne voulais plus servir la couronne, ou que j'étais effrayé de la situation.

Eh bien, ces deux raisons eussent été un mensonge. J'ai toujours voulu servir la couronne, je serai toujours prêt à la servir lorsque mes convictions me le permettront ; et quant à la situation, bien que difficile, bien que déUcate, elle ne m'effraye pas. Je pense qu'il y aurait eu une grande faiblesse à reculer devant elle. (Au centre gauche : Très bien!)

J'ai donc cru devoir. Messieurs, accepter la grave mission qui m'était offerte. Trois combinaisons se présentaient : la première, c'était de modifier le cabinet du 12 mai ; la seconde, de me rapprocher de mes anciens collègues du 11 octobre, c'est-à-dire de M. le duc de Broglie ; la troisième, de ra'unir au cabinet du i5 avril, c'est-à-dire à M. le comte Mole.

Messieurs, si j'avais sur ces noms éminents une seule parole désobligeante à prononcer, je ne croirais pas devoir l'apporter à cette tribune ; mais j'espère

pouvoir ne rien dire qui doive blesser. Je demande donc la permission de raconter ce qui s'est passé. {Marques d'attention,)

Modifier le cabinet du 12 mai était c^ qu'il y avait de plus simple, ce qui devait causer le moindre déplacement à cette majorité déjà tant remuée depuis quelques années.

J'ai invoqué une auguste médiation pour offrir à M. le maréchal Soult la présidence du cabinet que je ne lui ai jamais contestée, et le portefeuille de la guerre. J'ai ajouté que ceux des collègues du maréchal qui voudraient rester dans le cabinet le pouvaient, que je n'avais aucune objection contre personne. Cette proposition n'a pas été agréée.

Restaient les deux autres combinaisons.

Je dois le dire ici franchement, celle qui me rapprochait de M. le duc de Broglie était celle que je préférais : tout le monde le comprendra. J'ai servi pendant plusieurs années à côté de M. le duc de Broglie et sous sa présidence. Je suis resté son ami, et, par une circonstance bien heureuse pour moi, il n'a jamais soutenu à la tribune de l'autre Chambre une opinion différente de la mienne sur la politique étrangère. J'avais donc toutes les raisons de me rapprocher de lui. Il n'y avait qu'une difficulté, qu'une seule. M. le duc de Broglie avait toujours eu le portefeuille des affaires étrangères et la présidence du conseil. Cette difficulté a disparu pour moi complètement, à l'instant môme, devant le grand intérêt

de réunir le plus possible toutes les parties de cette Chambre.

Je me suis adressé aux amis de M. le duc de Broglie ; ils m'ont tous affirmé que, malgré sa grande répugnance à rentrer dans les affaires, ils espéraient le décider à y rentrer.

Je me suis rendu auprès jde lui, sans intermédiaire; je lui ai offert à la fois, avec une vive insistance, la présidence du cabinet et le portefeuille des affaires étrangères. M. le duc de Broglie a été invincible, par une raison respectable, qu'il ne m'est pas permis d'apporter à cette tribune, et à laquelle je n'avais aucune objection à opposer; il a été invincible avec moi, il l'a été, Messieurs, avec la royauté elle-même.

Dès lors il ne restait que la troisième combinaison : celle qui me rapprochait du cabinet du 15 avril, de M. le comte Mole.

Messieurs, j'ai pour M. le comte Mole la haute considération qu'il mérite. J'ai fait preuve autrefois de penchant pour sa personne ; je me suis employé de tous mes efforts à l'introduire dans le cabinet du 11 octobre. Mais depuis, une singulière fatalité a séparé sa destinée de la mienne. Il est entré aux affaires le jour même où j'en sortais, il y est entré pour faire justement ce que je croyais ne pas pouvoir faire moi-même. Il a soutenu une politique que je ne veux pas blâmer ici, mais qui n'était pas la mienne ; il l'a soutenue pendant deux ans et demi, et par deux dissolutions. Je Tai combattu toujours, non seulement

dans cette Chambre, mais devant le corps électoral ; je Tai combattu par des écrits signés de mon nom.

On me demandait, en me rapprochant de lui, de lui céder non seulement la présidence du conseil, que j'aurais pu céder à son âge, à sa situation, à son antériorité dans les affaires ; on me demandait de lui céder le portefeuille des affaires étrangères, c'est-àdire de déclarer que je croyais m'être trompé ; que je reconnaissais la pohtique de M. le comte Mole comme meilleure, plus utile pour le pays que la mienne; en un mot, de recevoir de M. le comte Mole, permettezmoi de le dire, un supplément d'amnistie. (^1 gauche et au centre : Très bien! très bien!) Je ne le pouvais pas.

Certainement on peut quelquefois traverser un blâme passager pour arriver à un but utile. Peutêtre me serais-je dévoué à toutes les fausses interprétations, si j'avais espéré que ma présence à côté de M. le comte Mole dût former dans cette Chambre cette majorité quon cherche avec tant d'efforts. Eh bien, je ne Tai pas espéré. Non seulement mes amis pohtiqucs, ceux qui, dans cette nuance intermédiaire qu'on appelle le centre gauche , m'ont toujours suivi, n'approuvaient pas cette combinaison ; mais tous les amis du ministère du 12 mai la déclaraient immorale et impossible. {Au centre gauche : Très bien!)

Que serait-il arrivé dans cette combinaison? Je n'aurais pas donné à M. le comte Mole, par ma per-

sonne, la majorité ; j'aurais fait renaître dans cette Chambre l'opposition que vous avez vue il y a deux ans, que vous avez nommée la coalition ; je l'aurais fait renaître composée des mêmes nuances, des mêmes chefs, un seul personnage excepté, moi, qui n'aurais apporté à M. le comte Mole qu'un personnage devenu bien contestable, peut-être déconsidéré ; car il aurait fallu passer d'un camp dans un autre. {A gauche : Trh bien !)

Eh bien, je n'avais pas cet encouragement qu'il faut toujours présenter à un homme qui brave un péril de considération personnelle pour arriver à un but utile ; je n'avais pas ce but utile devant moi, car je n'espérais pas, de ma personne seule, donner la majorité à M. le comte Mole.

Dès lors que me restait-il à faire ? A présenter au roi un cabinet pris dans cette nuance intermédiaire ; (ît, je dois l'avouer, car ici nous ne pouvons rien cacher, un cabinet pris dans l'opposition du sein de laquelle je sortais.

Avant d'offrir ce cabinet à Sa Majesté, je l'ai suppliée avec respect de réfléchir à la situation, de s'assurer qu'aucun autre cabinet n'était possible. Je l'ai suppliée de s'assurer si le ministère du 12 mai voulait reprendre les aff*aires ; de s'assurer si le chef du cabinet du 15 avril croyait pouvoir composer un cabinet nouveau. Quarante-huit heures se sont écoulées; Sa Majesté m'a fait l'honneur de me déclarer qu'elle avait acquis la certitude que le cabinet du

12 mai ne voulait pas reprendre les afifaires, et que le chef du cabinet du 15 avril n'acceptait pas, dans l'état des choses, la mission de former un cabinet nouveau.

Sur cette déclaration et sur les instances, qui m'ont rempli de reconnaissance, sur les instances de la royauté, je lui ai présenté le cabinet qui est sur ces bancs, et je viens vous exposer, maintenant que vous connaissez comment il a été formé, dans quelles voies il entend marcher. {Marques d* adhésion au centre gauche.)

Messieurs, je ne le dissimule pas, ce cabinet, que j'ai eu l'honneur de présenter au roi et qui est assis sur ces bancs, sort tout entier de ces nuances intermédiaires qui s'étaient réunies depuis deux ans, et qui, ont fait opposition à l'avant-dernier cabinet. Je ne le dissimule pas, je dois le dire tout de suite.

On prétend, il est vrai, que ce cabinet laisse en dehors une fraction considérable de la Chambre, la plus considérable, je crois, la fraction qui avait soutenu le cabinet du 15 avril, que le cabinet actuel a combattue lorsqu'il était dans l'opposition, et dont il ne peut avoir la bienveillance. Je connais cette situation, je demande à l'expliquer.

La Chambre voit que je n'amoindris pas la difficulté, je ne gagnerais rien à l'amoindrir. Tout sera, je l'espère, éclairci à cette tribune après que j'aurai parlé.

Messieurs, il y a dans cette Chambre trois fractions

considérables. Je demande la permission de les définir. Dans les dénominations que je vais employer, je n'ai l'intention de blesser personne ; je cherche les dénominations les plus usuelles, et à être juste avec tout le monde.

Il y a la fraction la plus considérable, celle qui a soutenu le cabinet du 15 avril. Il y a ces nuances intermédiaires qu'on a définies sous le nom de centre gauche, et qui se sont grossies de. ce qu'on a appelé la coalition, par l'adjonction d'une partie de l'ancienne majorité. Il y a enfin l'ancienne opposition.

Je ne parlerai pas du nombre de chacune de ces fractions; cela serait puéril et peu convenable dans ma bouche. Cependant, je le reconnais, le cabinet sort particulièrement des nuances intermédiaires.

Eh bien, convenons d'une chose : si chacune de ces fractions de la Chambre est tellement compacte, tellement résolue, qu'elle soit décidée à ne soutenir que le cabinet qui sera sorti de son sein, si cela est ainsi, avec la Chambre actuelle tout gouvernement est bien difficile, s'il n'est même tout à fait impossible.

Qu'est-ce qui est nécessaire, indispensable ? C'est qu'on transige. (Écoutez! écoutez!)

Si chacune de ces nuances ne veut soutenir que le cabinet sorti de son sein, il n'y a, je le répète, pas de gouvernement possible ; tout le monde reconnaît qu'il faut une transaction.

Maintenant, me dira-t-on, placez donc au moins le pouvoir dans la fraction la plus nombreuse ! Je ré-

ponds à cette fraction la plus nombreuse; je demande la permission de m'adresser un instant à elle. J'ai supplié son chef, non pas directement, mais par un intermédiaire auguste, je l'ai supplié de prendre le pouvoir.

On m'a répondu qu'il ne pouvait pas prendre le pouvoir après ce qui s'était passé depuis deux ans, si, par mon adjonction et celle de mes amis, je ne complétais pas la majorité.

Je vous ai dit tout à l'heure quelles étaient les raisons d'honneur qui m'empêchaient de lui apporter ce complément.

Dès lors la nécessité la plus impérieuse conduisait à porter le pouvoir dans cette portion intermédiaire qui n'est pas la plus nombreuse*, je le reconnais, mais qui a l'avantage d'être placée entre toutes, et à tenter d'opérer honorablement pour elle, honorablement pour celles qui sont à gauche, pour celles qui sont à droite, une transaction utile, sans laquelle le gouvernement, s'il n'est pas impossible, sera cruellement difficile pour le pouvoir et pour le pays. [Mouvement d'approbation.)

Il s'agit de savoir si la transaction est honorable. Je comprends ce qu'on ne va pas manquer de me dire. Demander une transaction ! Quand il s'agit d'intérêts individuels, soit; mais, quand il s'agit de principes de gouvernement, demander une transaction, c'est demander aux hommes de sacrilier le vrai au faux, de préférer le faux au vrai.

S'il en est ainsi, s'il est vrai qu'il y ait d'un côté un parti conservateur, de l'autre un parti qui ne l'est pas, je conviens que la transaction n'est pas utile au pays, qu'elle est impossible.

Mais s'il est vrai, au contraire, qu'une transaction soit possible dans les choses, et qu'il n'y ait difficulté que dans les personnes, je vous le demande au nom du pays, au nom de la vérité à laquelle tous les honnêtes gens sont intéressés, transigez ; sans cela il n'y a pas de majorité dans la Chambre et dans le pays. (Tri^s bien! très bien!)

Sur quoi, Messieurs, discutons-nous depuis trois ans ? Permettez-moi de vous le dire, nous avons plus souvent discuté sur des mots que sur des choses. Il y a eu un jour. Messieurs, où existait une difficulté sérieuse. Il y avait deux systèmes, honorables tous deux : l'un plus particulièrement préoccupé de l'ordre, l'autre des intérêts de la liberté ; ces deux systèmes étaient en présence, honorables tous deux dans leurs intentions. Il y a eu un jour oii ils ont transigé, et dès ce jour ils n'ont plus eu aucun motif sérieux de se combattre l'un l'autre ; c'est le jour où l'amnistie a été faite.

Et cette transaction, permettez-moi de vous le dire, si elle est facile aujourd'hui, elle l'était beaucoup moins il y a trois ans. Eh bien, c'est un seul homme (jui s'est chargé d'opérer la transaction d'un système à l'autre et dans sa personne.

M. le comte Mole, à la tête du cabinet du 6 sep-

tembre, présenta la loi de disjonction ; elle fut rejetée, et, de la même main qui avait présenté cette loi, il donna Tamnistie. Il n*y avait donc pas dlncompatibilité profonde entre ces deux systèmes, car le même homme qui avait présenté la loi de disjonction présenta l'amnistie, qui fut reçue avec reconnaissance par tout le monde et rendit alors la transaction possible. Si la transaction était possible alors, elle l'est bien plus aujourd'hui, car il n'y a personne qui demande aujourd'hui des lois répressives ; il n'y a personne qui demande l'amnistie.

Depuis trois ans a-t-on apporté des lois répressives? en demande-t-on? Non, aucun cabinet ne l'a fait ; on ne vous a apporté que des lois d'intérêt matériel.

Il est vrai qu'on dit : Non, on ne demande plus de lois répressives, on demande le maintien de celles qui existent. Eh bien, sauf une exception que j'indiquerai tout à l'heure, le cabinet ne vient pas détruire ni modifier ces lois, sauf, dis-je, une exception sur laquelle tout le monde est engagé, et que je vais complètement définir.

Cette exception, vous la connaissez. Les lois de septembre couvrent le principe du gouvernement, couvrent la royauté, interdisent tous les scandales par la gravure, par les théâtres, interdisent les scandales devant la justice ; en un mot, elles ont rendu à l'ordre de grands services. Il y a un seul point, un seul, sur lequel des scrupules se sont élevés, même parmi les hommes qui ont voté les lois de septembre ; ce scru-

pule est relatif à la définition de l'attentat. Vous savez que tout le monde a été d'accord pour reconnaître que, lorsque la presse commettait un délit lié à un complot, à un complot réel, elle devait suivre le complot devant la juridiction de la Chambre des pairs; mais on s'est demandé si, lorsqu'un délit de la presse était isolé, sans liaison avec un complot contre la sûreté de l'État, il pouvait être porté devant la juridiction de la Chambre des pairs.

Le scrupule a été général ; il est devenu plus grand le jour où un procès, le procès Laity, a fait craindre que les procès de la presse ne fussent légèrement introduits devant la Chambre des pairs. Ce jour-là, les scrupules ont été tels que, l'année dernière, lorsqu'un cabinet s'est formé, il a cru devoir, dans ce programme dont on a tant parlé et qui a inspiré cependant si peu de peur, réserver la définition de l'attentat.

Il n'y a donc pas, d'un côté, des hommes qui veuillent ou des lois nouvelles ou le maintien absolu de celles qui existent; il n'y a pas, en face d'eux, des hommes qui veuillent les abolir, sauf l'exception dont je viens de parler. Sur quoi donc discutons-nous? Est-ce qu'il y aurait des hommes qui voudraient maintenir l'ordre avec énergie et d'autres avec mollesse ? Non! tout le monde est d'accord : en présence de l'ordre menacé, il n'y aurait qu'une seule opinion dans cette Chambre. {Trh bien!) La question d'ordre est donc complètement réservée.

La transaction est tellement dans tous les esprits,

qu'elle s'opère tous les jours, même sur les questions qui les divisent le plus, quoique la politique n'y soit pas intéressée, sur les questions matérielles. Permettezmoi de vous en citer deux ou trois exemples.

Remarquez combien le rapprochement des esprits a détruit les idées absolues. Je prendrai les questions industrielles. Lorsque la première loi de douane a été apportée à la Chambre, souvenez-vous des deux systèmes qui étaient en présence : d'un côté, on voulait la prohibition absolue; de l'autre, on demandait la liberté absolue du commerce. Eh bien, au bout de trois ans, à quoi est-on arrivé? On ne demande plus de prohibition absolue, plus de liberté absolue; on est arrivé à un système de protection temporaire, qui durera tant qu'une industrie en aura besoin.

Il en est de même pour les travaux publics.

Lorsque, pour la première fois, on a présenté une loi sur les travaux publics, il y avait deux opinions en présence. D'un côté Ton disait : 11 faut que le {2:ouvernemeiit exécute tous les travaux publics ; de l'autre : Il faut que ce soient les compagnies. Deux ans se sont écoulés ; on a discuté, et l'on est arrivé à ce svstènie, que le gouvernement n'exécutera pas tous les travaux publics et que les compagnies ne les exécuteront pas tous non plus; qu'elles feront ce qu'elles pourront; qu'onles aidera, mais que, lorsqu'il y aura des travaux de haute utilité qu'elles ne sauraient exécuter, le gouverncuient en sera chargé.

Voilà la transaction qui s'est opérée. Eh bien, s'il y a quelque chose d'embarrassant dans l'état où nous nous trouvons, ce ne sont plus les opinions absolues, c'est peut-être le doute qui est le résultat de tant d'opinions opposées. Ce qu'il faut, c'est une opinion arrêtée pour résoudre les doutes ; c'est une administration d'un esprit ferme, qui puisse amener des résultats utiles pour le pays. {Très bien!)

Quand on parle de transactions, on parle un langage qui ne convient pas aux passions, mais un langage nécessaire aujourd'hui, et qui convient à l'état des esprits. C'est le seul qu'un cabinet puisse tenir avec dignité et utiUté devant le pays et devant la Chambre. {Nouvelle approbation,)

Il y a un point, je le reconnais, sur lequel il existe des divisions sérieuses. Je vais le nommer tout de suite. Oui, il y a im sujet de difficultés sérieuses, un sujet de graves divisions; ce sujet, je le nomme, c'est la réforme électorale. {Sensation.)

Eh bien, Messieurs, sur ce point, permettez-moi de le dire, la difficulté sera grande dans l'avenir, je ne le méconnais pas; elle ne l'est pas aujourd'hui. Pourquoi? Y a-t-il, parmi les adversaires de la réforme électorale, quelqu'un qui, devant le corps électoral, devant la Chambre, et j'ajouterai devant la Charte, ait dit : Jamais! Personne. La Charte, et j'eus l'honneur d'être présent à la conférence où cet article de la Charte a été discuté, la Charte a exclu le cens électoral du nombre des articles qui la composent. Pour-

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