IV. o
Est-il vrai qu'une coopération ne puisse rien produire? Je citerai le Portugal; c'est une coopération qui, dans la faiblesse des partis, a tout terminé en peu de temps. Rappelez-vous que don Pedro et don Miguel ont lutté près d'une année, et qu'un jour, par un accident maritime, c'est-à-dire par un événement de la moindre importance, l'amiral Napier, en battant la flottille de don Miguel, a décidé ainsi la fortune du Portugal. Une coopération, qui n'aurait pas tout fini en Espagne, aurait cependant empêché, comme je le disais en commençant, qu'il y eût dans la Navarre une armée carliste pouvant toujours aller, d'un moment à l'autre, porter la contre-révolution à Madrid.
Entre nos adversaires et moi il y a une question de fait. Est-ce moi qui ai jugé d'un coup d'œil assuré l'état de la Péninsule, ou sont-ce mes adversaires? Je crois que c'est moi. Je pense que tous ceux qui examineront ce qui se passe en Espagne reconnaîtront que c'est moi qui avais bien jugé. Je désire que mon pays n'ait pas à regretter l'erreur que l'on commet aujourd'hui. {Profoiide sensation.)
Je suis désolé de le dire, mais voici encore un argument auquel le cabinet, tout composé qu'il est des hommes les plus capables, aura de la peine à répondre.
Ou vous ne voulez jamais vous mêler des affaires d'Espagne et vous voulez y laisser triompher la contrerévolution; ou, si vous ne le voulez pas, vous serez amenés à agir. Or, plus tard vous agirez, et plus il
sera difficile de réussir. Si vous devez agir un jour, il y ^ imprudence à différer l'action.
Demandez à qui que ce soit, si, lorsqu'une entreprise présente de la difficulté, il ne faut pas l'aborder le plus tôt possible. Si vous tardez, la tâche deviendra déplus en plus difficile. Si l'intçrvention est jamais nécessaire, la diligence est le meilleur moyen de réussir.
Cela me conduit à la dernière partie de la discussion. Je suis fâché de l'avoir prolongée, mais il me semble qu'elle le méritait par sa gravité.
Avons-nous un intérêt en Espagne? Je dis que nous avons en Espagne un intérêt immense, dans deux hypothèses : Que don Carlos y triomphe, ou la reine. J'examinerai en peu de mots les deux hypothèses. Bien que je ne prenne pas mon parti du triomphe de la contrerévolution à Madrid, je comprends néanmoins que mes sentiments ne soient point universellement partagés. Je ne veux pas imposer ma foi à tout le monde. Je comprends parfaitement qu'on puisse s'accommoder de la présence de don Carlos à Madrid. Cependant, si l'on en fait non plus une question de sentiment, mais une question politique, je vous prie d'examiner quelles en seront les conséquences Pendant la paix, je conviens que le triomphe de don Carlos en Espagne n'aurait pas des conséquences aussi graves qu'on le supposerait d'abord ; il y aurait néanmoins un effet moral déplorable, et toutes les provinces du Midi, quoi qu'on en ait dit hier, seraient profondément agitées par le triomphe de la contre-révolution à Madrid. Mais ce n'est
pas pour la paix qu'on fait la diplomatie ; on a pour but de préparer à chacun, pendant la paix, la meilleure situation pour le jour où la guerre viendrait à éclater. Ainsi on attache une grande importance à ce que le Piémont, les États riverains du R&in, ne soient pas envahis par une poHtique ennemie. Assurément ce n'est pas pour les jours de la paix qu'on désire cela. Pourquoi ne souffrirait-on pas que le Piémont fût envahi, par exemple, par une armée autrichienne? Par une raison fort simple : c'est que, si le jour de la guerre venait, il y aurait un danger immense pour nous à ce que les Autrichiens fussent en Savoie et sur le Rhin. Et, quand je dis cela, je le dis dans une hypothèse de prévision, je ne crois pas le danger à nos portes ; mais enfin pendant la paix on songe toujours à la guerre, et l'on se prémunit pour l'avenir. Si, dis-je, la guerre éclatait, il ne serait pas prudent de laisser derrière nous don Carlos, pouvant, même sans envoyer une armée espagnole, nous jeter le prétendant non pas sur le Rhin, sur l'Alsace ou sur la Moselle, où il n'y aurait aucun danger, mais sur Marseille, Toulouse et Bordeaux; eh bien, je dis que ce serait là un grand danger. Il faudrait fermer ses yeux à l'évidence pour ne pas reconnaître ce danger. (A gauche : Très bien I très bien ! )
Ainsi, quand on nous demande si, en effet, nous pouvons craindre don Carlos et ses armées, permettez-moi de répondre qu'on nous dit là une puérilité. Jamais nous n'avons cru, ni mes collègues ni moi,
que, pendant la paix, don Carlos pût envoyer de Madrid une armée à Paris ; mais nous avons toujours cru que, dans le cas de guerre, pendant que nous aurions les armées du Nord sur le Rhin, don Carlos pourrait envoyer sur nos derrières un prétendant qui serait dangereux pour nous. On dit que nous ferions peur à don Carlos; je ne le pense pas. Il a vécu deux ans sur nos frontières sans que nous soyons allés l'arrêter ; il serait un singulier homme d'avoir peur à Madrid, quand il aurait été reconnu par toutes les puissances étrangères, tandis qu'il n'a pas peur dans ses montagnes de la Navarre ! Non, nous ne lui ferions pas peur quand il aurait triomphé. {Vive adhésion.)
Quant à vos alliances, si la contre-révolution se faisait à Madrid; il y aurait pour elles des conséquences graves, et il suffit d'un peu de prévoyance pour les saisir. Cela ne se bornerait pas à une contre-révolution à Madrid.
Vous avez vu qu'après les événements de la Granja, pareille chose est arrivée à Lisbonne. Il se pourrait donc que la contre-révolution de Madrid éclatât également à Lisbonne. Alors vous auriez mis en Angleterre les whigs, vos meilleurs amis, dans un péril très grave. Quiconque a traversé les affaires étrangères ne pourra nier la liaison de ces événements. La contrerévolution à Madrid mettrait en péril le gouvernement de Lisbonne, et alors ou les whigs l'empêcheraient, ou ils ne l'empêcheraient pas. S'ils l'empêchaient, ils suivraient une conduite tellement opposée à la vôtre,
que vous vous brouilleriez avec eux; s'ils ne l'empêchaient pas, la situation des whigs serait telle, qu'il leur serait impossible de laisser périr le gouvernement portugais sans abandonner le pouvoir aux torys.
Ainsi, en laissant faire la contre-révolution en Espagne, vous mettez un ennemi sur vos derrières, vous compromettez la Péninsule tout entière, et vous vous exposez à perdre votre meilleure alliance, l'alliance anglaise. Je somme mes adversaires de répondre pied à pied à toutes ces objections.
Maintenant je fais une autre supposition, qui est plus probable. Je conviens, non pas que les services que nous avons rendus à l'Espagne, mais que ceux qu'elle s'est rendus à elle-même et ceux que lui a rendus l'Angleterre, ont amélioré sa situation; cependant l'état malheureux de l'Espagne, qui n'a ni artillerie, ni matériel, ni administration, peut la laisser encore dans un grave danger. Néanmoins je suppose que la reine se sauve sans vous, c'est la meilleure prévision pour vous ; c'est celle à laquelle j'applaudirai de tout mon cœur, car je ne suis pas de ces hommes qui, pour avoir raison, souhaitent des malheurs à leurs amis; j'applaudirai donc , comme j'ai applaudi au triomphe de Bilbao ; mais, dans ce cas même, les conséquences sont encore très malheureuses.
Remarquez la situation dans laquelle vous êtes placés par rapport à l'Espagne. Vous savez tous quels cris déplorables ont éclaté à Madrid, à la nouvelle de la délivrance de Bilbao et des secours que l'Angleterre
a donnés et que la France n'a pas donnés. Eh bien, on croit (je n'ai ici aucune intention malicieuse) que le gouvernement français fait plutôt des vœux pour les carlistes que pour les cristinos. ( Violents murmures au centre.)
Messieurs, Dieu me préserve de dire que ce que l'Espagne peut croire soit vrai! Je sais bien qu'on ne fait pas de vœux pour don Carlos et qu'on en fait pour la reine Christine ; mais on se borne à des vœux. Toutes ces subtilités ne touchent pas beaucoup les Espagnols. Quoiqu'un grand zèle fût apporté par moi et mes collègues à la cause espagnole, et parce que les secours n'étaient pas aussi grands qu'on le désirait, j'ai vu, de mon temps, la défiance exister envers la France. Mais voyons dans quelle situation nous sommes aujourd'hui à l'égard de l'Espagne.
Pendant toutes les campagnes de 1808 à 1814, nous l'avons malheureusement ravagée, et il n'en est pas resté, il faut le dire, de très bons souvenirs.
En 1823, on ne nous demandait pas, et nous sommes allés faire la contre-révolution. En 1835, tous les partis nous ont successivement demandés, tous : les modérés, qu'on peut représenter par MM. Martinez de la Rosa et Toreno, se sont adressés à nous, et nous les avons refusés ; les opposants, qu'on peut représenter par MM. Isturitz et Mendizabal, se sont adressés à nous, ils ont été refusés; les opposants plus avancés, qui sont représentés par M. Calatrava, ont été refusés, je ne dirai pas positivement, je n'en sais rien, mais, par
le discours de la couronne, cela paraît du moins établi d'une manière assez évidente. Ainsi il n'est pas de parti en Espagne qui successivement ne se soit adressé à nous et qui n'ait été repoussé.
Quand on songe qu'en 1808 nous avons ravagé le pays, qu'en 1823 nous y avons fait la contre-révolution, et que, lorsqu'en 1835 tous les partis, modérés ou non, se sont adressés à nous, nous n'avons pas eu la moindre pitié des malheureux Espagnols, je dis qu'il n'est pas possible que la défiance n'existe pas. Elle a existé à tel point, que des consuls ont demandé des forces navales pour protéger les Français, tant il y avait d'animosité contre nous. {Vive impression.)
Si la révolution espagnole se sauve sans vous (Écoutez! écoutez!), il y aura contre vous une défiance immense, et c'est parce que je ne veux rien exagérer que je n'emploie pas une autre expression. Il y aura une défiance immense, et remarquez dans quelle situation vous aurez inspiré de tels sentiments. L'Espagne est tout entière à acquérir pour l'influence française. Ce sera le moment, dès qu'elle s'organisera (et j'espère qu'elle s'organisera, car je suis convaincu que, dans quelques années, l'Espagne aura un bon gouvernement, non pas peut-être aussi bon que celui de la France, mais un bon gouvernement), ce sera le moment où vous serez appelés à traiter la question commerciale; et ce moment, Messieurs, n'est pas seulement près d'arriver, je l'ai déjà vu moi, de mon temps, arriver, et il y a eu des paroles dites à ce sujet
Eh bien, vous vous présentez donc avec les Anglais qui fabriquent tous les objets dont le commerce a besoin, le coton, le fer, à meilleur marché que vous ; qui, de plus, ont donné à TEspagne des secours réels, tandis que vous n'avez fait que des vœux pour elle. Le jour où cette question se traitera avec l'Espagne, et où vous serez en concurrence avec les Anglais, vendant meilleur marché, et inspirant quelque reconnaissance, vous serez très mal placés pour la résoudre à votre avantage. Ce n'est pas tout ; le plus grand danger que l'abolition de la loi salique ait fait courir à la France, c'est de laisser aujourd'hui une femme sur le trône d'Espagne, surtout si l'Espagne est devenue votre ennemie par la défiance que vous lui avez inspirée. Elle est dans une situation où un trône, je ne dirai pas vacant, car il y a une reine, mais enfin un trône à donner à un prince, pourrait être donné à un ennemi. Ainsi donc il y a un immense danger à perdre notre influence en Espagne, danger commercial, danger politique.
Quant à notre alliance avec l'Angleterre, elle est considérablement amoindrie. Permettez-moi de vous dire que ces déclarations d'intimité qu'on fait dans le discours de la couronne, on peut les faire impunément. Certainement l'Angleterre a justement regretté notre conduite; mais elle n'ira pas proclamer, en représailles de ce qui s'est passé, que les déclarations du discours de la couronne ne sont pas fondées, •qu'elle n'est pas intimement unie avec nous. Elle nous
laissera dire ; elle le répétera sur un ton un peu affaibli ; mais elle le répétera.
Tout cela ne prouve rien ; l'Angleterre est trop habile pour déclarer l'alliance rompue. En criant si maladroitement sauve qui peut I la veille de la délivrance de Bilbao, vous n'avez pas été heureux. Messieurs, je vous en demande pardon, mais il n'y a jamais de bonheur que pour les braves. {Murmures au centre. Bravos aux extrémités.) En déclarant, la veille du triomphe de Bilbao, que tout était impossible, dangereux, ou peu honorable, je dis que vous avez crié le sauve qui peut! de la quadruple alliance. Vous avez dit à l'Angleterre : Mêlez-vous de cela toute seule, si vous le voulez ; quant à moi, je ne puis aller compromettre mes forces en Espagne.
L'Angleterre est désormais bien avertie qu'elle ne peut plus compter sur vous, sur vous qui lui aviez promis de coopérer avec elle dans cette question très difficile où elle est engagée, et dangereusement engagée si elle ne réussit pas. C'est une leçon qui n'est pas perdue, et en même temps, comme vous vous séparez d'elle, il est clair qu'elle n'a plus en Espagne qu'à s'occuper de ses propres intérêts. Puisque vous n'agissez pas tout à fait franchement avec elle, elle ne doit plus songer qu'à elle-même, et c'est ce qu'elle fait, ce qu'elle fera tous les jours davantage. (Mouvement.)
Ainsi vous avez, au lieu de la quadruple alliance, qui suppose l'Espagne reconnaissante envers la France
et l'Angleterre réunie à vous dans une des opérations les plus importantes qu'on puisse entreprendre, vous avez l'Espagne irritée, ne vous devant rien et ayant le droit de se jeter dans les bras de tout autre que vous ; vous avez l'Angleterre avertie qu'on ne peut pas compter sur la France dans une situation difficile, et n'ayant à songer qu'à ses propres intérêts. {Agitation prolongée,)
Il ne me reste. Messieurs, que quelques mots à dire à la Chambre, et j'appelle l'attention de tous ceux qui m'écoutent, mais particulièrement de MM. les ministres, sur les points que voici. {Mouvement d'attention.) Ces points résumeront toute la discussion.
Premièrement, vous vous êtes, avec beaucoup d'empressement, engagés dans les événements d'Espagne par la reconnaissance du nouveau gouvernement espagnol, et vous vous êtes obligés parle traité à donner des secours, vous en avez du moins fait la promesse. Lorsqu'il a fallu exécuter cette promesse, vous avez reculé, et vous avez laissé la révolution espagnole aller de crise en crise. Voilà les faits.
Vous avez donc manqué à vos engagements ; vous avez manqué à la fois à l'Espagne et à l'Anglelerre, qui étaient toutes deux nanties d'un traité, et que vous avez toutes deux compromises.
De plus, je dis que vous n'avez pas l'excuse de l'impossibilité, car vous pouviez faire quelque chose. L'Espagne n'est plus, en effet, ce qu'elle était jadis ; elle est changée. Là est la plus grande question. Si on le conteste, qu'on fournisse des preuves.
Ainsi vous êtes engagés et vous pouvez agir par intervention ou par coopération. L'intervention irait plus vite et d'une manière plus décisive, mais la coopération empêcherait le triomphe de don Carlos. Enfin vous avez, à faire quelque chose, le plus pressant intérêt; car, si la contre-révolution triomphe, un effet moral déplorable sera produit en France, et, au jour de la guerre, vous aurez livré vos derrières à l'ennemi. Si la contre-révolution ne triomphe pas, vous aurez excité la défiance en Espagne, vous aurez livré l'Angleterre à elle-même, vous lui aurez dit de songer à elle, et elle y songera.
Voilà, Messieurs, les questions que j'adresse, et j'espère qu'on y répondra sans s'écarter d'aucun des arguments.
Si maintenant l'on venait me dire que je sors aujourd'hui de la politique du juste-milieu que j'ai soutenue pendant six années, je répondrais que je l'ai voulue modérée au dedans, pacifique au dehors, mais ferme partout; je répondrais que, si je n'ai pas voulu l'impossible, comme en Pologne et en Italie, j'ai voulu le possible comme en Espagne, dans l'intérêt de mes principes.
Je l'ai voulue, cette poUtique, modérée, mais ferme, comme le jour où elle est allée à Ancône ou à Anvers. Je ne suis pas un homme d'opposition. Messieurs, mais j'ai une conviction, et il faut l'avoir ferme pour chercher à vaincre une assemblée qui a d'avance un parti pris sur une question ; j'ai, dis-je, une conviction.
et, si j'attaque la politique du jour, c'est parce que cette politique n'est pas celle qui serait allée à Anvers. Non, Messieurs, si Anvers n'était pas pris, ce n'est pas vous qui le prendriez.
(Profonde impression : les marques d'approbation Matent de tous les côtés avec une nouvelle force. La séance est quelque temps suspendue. Une foule de membres se pressent vers l'honorable orateur et lui adressent les plus vives félicitatiom.)
Sun
(discussion de i^'adresse)
Le débat sur la question espagnole occupa trois séances, et la politique de non-intervention, défendue par MM. Hébert, Guizot et de Salvandy, fut attaquée par MM. Passy, Odilon Barrot et Sauzet. M. Berryer prit part aussi à la discussion, mais pour soutenir que la royauté légitime de don Carlos, qu'il appela le roi Charles VII, pourrait seule donner à l'Espagne la liberté avec Tordre, et pour combattre Tinsertion dans l'adresse de tous vœux ou sentiments sympathiques en faveur de la reine Isabelle. La clôture allait être prononcée et le paragraphe proposé par la commission de l'adresse allait être mis aux voix lorsqu'un député, M. Boissière, trouvant que ce paragraphe contenait un blâme injuste pour l'ancien cabinet, et qu'il convenait de réserver pour l'avenir, au gouvernement, toute sa liberté d'action, proposa de remplacer la phrase disant que le véritable intérêt de la France n'avait pas exigé son intervention dans les affaires intérieures de l'Espagne, par une autre exprimant le vœu que notre honneur et notre intérêt n'exigeassent pas cette intervention.
M. Mole prit-immédiatement la parole pour combattre cet amendement. « Le paragraphe de la commission, dit-il, approuvait le passé et réservait Tavenir : celui qu'on proposait de lui substituer se taisait sur le passé et engageait au contraire l'avenir. Or cet avenir devait être absolument réservé, et la Chambre pouvait être convaincue que le gouvernement aurait toujours en vue dans ses actes Thonneur et rintérêt de la France. Le cabinet précédent avait eu deux politiques, d'abord celle du blocus pur et simple des Pyrénées, puis celle de la coopération, qui conduisait infailliblement à une intervention dont les dangers eussent été incalculables pour la France. Le cabinet actuel était revenu à celle du blocus, et cette politique, en donnant un appui considérable au gouvernement de la jeune reine, laissait à la France toute sa liberté pour l'avenir. »
M. Thiers ne voulut pas laisser la Chambre sous l'impression du reproche qu'avait paru lui faire M. Mole, d'avoir eu successivement deux politiques envers TEspagne; il demanda à la Chambre de vouloir bien lui permettre de donner de nouveaux éclaircissements à cet égard et d'expliquer comment, dans toute sa conduite, le cabinet du 22 février n'avait cessé d'exécuter fidèlement les traités.
Messieurs,
M. le président du conseil a fait tout à l'heure, à cette tribune, plusieurs choses. Il a d'abord donné quelques explications, dans lesquelles il a répété (qu'on me permette de dire le mot) une calomnie contre le ministère du 22 février. (Exclamations au centre,) Je
vais VOUS le prouver. « Le cabinet du 22 février, a dit M. le président du conseil, a eu deux politiques. » C'est là le mot qui me blesse aussi profondément que vient d'être blessé M. le président du conseil, quand on lui a reproché de faire à Lisbonne une chose contraire à l'intérêt et à l'honneur de la France. M. le président du conseil a été très sensible à ce qu'il avait entendu dire; qu'il me permette de l'être beaucoup aussi. Il a donné quelques explications, que je demande la permission de contredire d'une manière absolue. Il est revenu ensuite à l'examen du sens du traité, et il a parlé, en dernier lieu, de Lisbonne.
Pour moi, qui ne cherche qu'à expliquer mes actes et qui ne veux attaquer personne, je ne m'occuperai pas de Lisbonne, je ne m'occuperai que de ces deux points : la poHtique du cabinet du 22 février, et le sens des engagements que nous avons pris en signant le traité du 22 avril. Je crois que le cabinet du 22 février était dans la teneur des engagements pris ; je crois que le ministère du 6 septembre n'y est pas, et c'est ce que je prouverai, je l'espère en peu de mots.
Est-il vrai que le cabinet du 22 février ait eu deux politiques? Permettez-moi, avant de vous donner la preuve que cela n'est pas, de faire quelques réflexions sur la situation vraiment singulière dans laquelle nous sommes ici placés. {Mouvement d'attention,)
On répand de tous côtés qu'on a apporté à cette tribune la révélation de ce qui s'est passé dans l'intérieur du conseil, qu'on a révélé le contenu des dépê-