‹ Discours parlementaires (volume 2)Chapitre 13 sur 92 · FAITE A L'ASSEMBLÉE NATIONALE DANS LA SÉANCE DU 22 MARS · texte numérisé non relu

FAITE A L'ASSEMBLÉE NATIONALE DANS LA SÉANCE DU 22 MARS

Messieurs,

Il n'est pas dans les usages, et il pourrait y avoir à cela beaucoup d'inconvénients, de communiquer à l'Assemblée les éléments des incidents diplomatiques au moment où ils se produisent; mais dans la situation exceptionnelle qui nous est faite, il n'est pas permis au gouvernement de vous laisser ignorer un de ces incidents, malheureusement pressentis. En effet, vous pouvez à cet égard vous rappeler les craintes que j'exprimais, quand, hier, j'avais l'honneur d'être à cette tribune, sur des éventualités qui, peut-être, viendraient aggraver d'une manière déplorable les maux contre lesquels nous luttons.

J'ai eu l'honneur de dire à l'Assemblée, ce qui est une vérité de bon sens, que l'entreprise criminelle qui a été dirigée à Paris contre le gouvernement et contre l'autorité de l'Assemblée, faisait courir à la France tout entière les dangers considérables d'une reprise immédiate, totale ou partielle d'hostilités, et qu'il était fort à craindre que la ville de Paris, s'étant ainsi violemment séparée du pouvoir régulièrement institué, ne fût traitée en ennemie.

Au moment même où je descendais de la tribune, je recevais de la chancellerie allemande une dépèche plus pressante que celle à laquelle j'avais fait allusion dans mon discours.

Cette nuit encore, il m'en est arrivé une que je ne crois pas possible de cacher à l'Assemblée. Ce matin même je l'ai expédiée à un de nos honorables collègues qui est maire de Paris, avec la réponse que j'ai immédiatement adressée à celui qui me l'envoyait.

Voici comment cette dépèche était conçue :

« Rouen, le 21 mars, midi 20.

« Le général de Fabrice a Son Excellence M. Jules Favre.

« J'ai l'honneur d'informer Votre Excellence que, en présence des événements qui viennent de se passer à Paris et qui n'assurent presque

plus l'exécution des conventions dans la suite, le commandement »

— Ceci est une traduction littérale sur un texte allemand, ce qui peut expliquer l'irrégularité de la phrase... — ce commandement supérieur de l'armée devant Paris interdit l'approche de nos lignes devant les forts occupés par nous, réclame le rétablissement dans les vingt-quatre heures des télégraphes détruits à Pantin, et traitera en ennemie la ville de Paris, si Paris use encore de procédés contradictoires avec les pourparlers engagés et les préliminaires de paix, ce qui entraînerait l'ouverture du feu des forts occupés par nous,

« Signé : FABRICE. »

Voici la réponse qu'immédiatement j'ai adressée à M. le général comte de Fabrice, qui, en l'absence de M. de .Bismarck, représente l'autorité allemande en France :

« Le ministre des Affaires étrangères

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